60 - Norunt Martium

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28.05.2088 – Journal d’Oracio

Par bien des aspects, l’apparition de pierres taillées au sol et l’évasure de la grotte au sein du gouffre poussent à l’étonnement. D’autant que je ne me souviens pas du tout les avoir vus lors de ma première exploration.
L’entrée de la grotte étant trop étroite pour pouvoir passer avec les Taupes, Todd et Elvira décident de poursuivre à pied. Nous franchissons la cavité sans véritable problème.
Le Veilleur, quelques mètres devant nous, nous ouvre le chemin.
— A quoi est due la formation de cette grotte ?, demande Elvira en regardant tout autour d’elle.
On sait déjà que Mars était couverte de lacs, de rivières et de mers avant qu’un changement climatique majeur ne vienne progressivement la refroidir et l’assécher il y a quelque 3,5 milliards d’années, explique Jenny, il faisait bien plus chaud et humide qu’aujourd’hui, ce qui indique qu’il y avait de l’eau liquide en surface. Ces grottes ne sont donc pas si improbables que ça. Les pierres taillées le sont bien plus.
— Il est donc fort possible qu’il y ait eu de la vie sur Mars, dit Todd, probablement des êtres dotés d’intelligence comme les humains.
C’est une hypothèse qu’on ne peut pas écarter…
— Hé ! Venez voir ça !
Nous rejoignons Elvira qui, appuyée contre la paroi, balaye la poussière sur la roche. Soudain, surprise, elle a un mouvement de recul. Nous n’en croyons pas nos yeux.
Qu’est-ce que c’est ?, questionne Jenny.
Le cadavre d’un loup est emprisonné, comme piégé dans la glace. Nous informons Jenny de cette découverte pour le moins déroutante et sa première réaction est de ne pas nous croire. Nous devons nous répéter à plusieurs reprises.
— Il est intact, renchérit Todd, conservé comme dans du verre.
Le faisceau du Veilleur révèle d’autres corps d’animaux. Il y en a tellement que l’on ne peut pas les compter. Des espèces végétales et animales de toutes sortes.
Tout ce bestiaire est conservé ici ? Comment est-ce possible ?
— Il doit bien y avoir une explication, répond Elvira.
— On dirait un laboratoire naturel, émet Todd.
Je scanne l’ensemble des espèces exposées et informe les clones que toutes, sans exception, se trouvent sur Terre.
— C’est comme si des êtres intelligents avaient recréé des espèces endémiques à la Terre, ici. C’est extraordinaire, rajoute Todd, fasciné.
Elvira désigne des pierres phosphorescentes un peu en contrebas.
— Nous avons déjà vu ces pierres lors d’une précédente expédition et les avons apportées à la base, nous dit-elle.
Je m’interroge :
— Elles ont quoi de particulier ?
— Elles ont des propriétés incroyables..., répond Elvira, monsieur Carpenter s’en sert pour faire pousser des légumes, mais il pense qu’on pourrait faire bien plus avec.

— Comme quoi ?
— On devrait avancer vers le premier point comme Jenny nous l'a demandé, interrompt Todd en marchant entre nous.
Nous sortons donc de la grotte et reprenons notre progression jusqu’au premier endroit désigné sur la carte. Les deux clones regardent autour d’eux avec étonnement.
— Je ne reconnais pas les lieux, vous êtes sûrs qu’on est bien passés par ici ?, s’interroge Elvira.
— D’après la carte, c’est bien par là, réplique Todd, tu peux confirmer, Oracio ?
— Je confirme.
Elvira secoue la tête négativement et marche vers Todd.
— J’ai un doute, montre-moi la carte, dit-elle.
Au moment où Todd sort son fameux objet circulaire pour consulter la carte en trois dimensions, le sol se dérobe sous ses pieds. En quelques instants, il disparaît, victime d’une vertigineuse chute dans le néant.
— Numéro cinq !, hurle Elvira en le voyant tomber dans les ténèbres.
Ce dernier pousse un long cri qui bientôt ne devient plus qu’un simple écho.
Que se passe-t-il ?, s’enquiert Jenny d’une voix inquiète.

— C’est numéro cinq ! Il est tombé !
Elvira se penche dangereusement vers le précipice. Je la retiens de justesse.
— Il faut le sauver !, crie-t-elle, Veilleur, descends en bas et éclaire-le !
— Non !
Je tente de la calmer en la plaquant au sol. La fixant du regard, je prends l’initiative de descendre moi-même le chercher avec l’équipement nécessaire.
— Préviens les autres. Dis-leur de venir avec du matériel chirurgical. Il est sûrement gravement blessé.
Elvira se reprend et hoche la tête avant de se mettre en route au pas de course.
Oracio, tu vas vraiment descendre seul ?, demande Jenny en cachant mal son émotion.
— Le temps presse et je suis une machine. Ne t’en fais pas pour moi.
Silence dans l’écouteur.
— Fais attention à toi, lâche-t-elle enfin.

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