48 - A desiderari occasionem

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07.12.2086 – Journal de Lisa (mémoire retrouvée 75 %)

— Cette fois-ci tu as franchi la ligne rouge, je ne peux plus te protéger !, fulmine le commissaire Belard dans son bureau.


— Je vous le répète : enlever mes micros et désobéir était le seul moyen de gagner la confiance de la Nueve.


— Tu as attaqué deux agents et détruit un drone ! Tout ça pour quoi ? Nous n'avons aucune preuve de tes dires et l'endroit que tu nous as indiqué est totalement vide.


— Le temps que je vous appelle il était déjà parti, mais il a forcément laissé des indices derrière lui.



Le front luisant de sueur, le commissaire fait les cent pas. Il y a de quoi : par ma faute, le service, déjà sous le coup d'une enquête interne, est un peu plus sur la sellette. L'incident du parc a fait l'effet d'une bombe. Mes collègues et amis se détournent petit à petit de moi. Tout le monde s'interroge sur la sincérité de ma déposition. Le doute s'immisce dans les esprits, y compris dans celui de mon propre chef. Je ressens toute la lourdeur de son regard planté sur moi.


— Je ne sais pas si je suis plus en colère ou déçu avec toi. Je connaissais déjà ton problème avec l'autorité, mais là, tu as mis en péril ta sécurité et celle de ton équipe. Je t'ai crue lorsque tu m'as dit que le fait que le suspect soit ton frère jumeau ne te posait pas de cas de conscience. J'ai visiblement commis une grosse erreur de jugement en te laissant mener cette enquête. Je te surestime beaucoup trop...


Je croise les bras et le défie.


— Alors, vous allez décider quoi ? Dois-je vous répéter que cela m'a permis d'avancer de façon considérable ? Que j'ai pu parler avec TheCreator et Don Sewn pour connaitre leurs convictions ? Ma couverture est grillée, mais les informations que j'ai recueillies sont précieuses.


Il fait la moue.


— Je vous avais dit que je ferai tout pour l'arrêter, c'est toujours le cas, je rajoute.


— Où est-il, maintenant ?


— Je l'ignore.


— La belle affaire ! J'ai une enquête interne sur le dos et mon meilleur agent perd les pédales... Comment je peux être sûr que tu arrêteras ce Don Sewn ?


— Parce qu'il m'a donné rendez-vous la semaine prochaine au Delmacio.


Le chef est surpris par cette révélation pour le moins inattendue. Je poursuis :

— Il souhaite que je vienne absolument seule afin d'en apprendre un peu plus sur mon passé, mais je ne suis pas née de la dernière pluie... C'est une occasion de l'appréhender, chef.


Le commissaire Belard, si renfrogné au départ, parait reprendre goût à la vie avec délice.


— C'est ce que j'appelle un scoop, ose-t-il plaisanter, mais est-ce qu'il va se rendre aussi facilement ? Ce n'est pas un piège ? 


— Je ne le pense pas. Ceci dit, il est toujours plus sûr de vérifier. Il me l'a dit oralement, c'était peut-être du bluff.

— 
Je ne l'espère pas !, bafouille le commissaire.


— Écoutez chef, je sais que je ne suis pas passée loin de la suspension, voire du renvoi définitif. Mais David et moi sommes en train de boucler cette enquête. Laissez-moi juste une petite semaine de sursis, ensuite virez-moi si vous le voulez.


Le commissaire Belard fait une pause, me jaugeant et soupesant ma requête.


— Très bien, Lisa, je te laisse une dernière chance, lâche-t-il finalement, mais tu dois savoir que cela ne dépend pas que de moi. Le gouvernement est sur mon dos afin que cette enquête soit bouclée le plus vite possible. Si tu n'es pas de taille, je n'aurai pas d'autre choix que de te remplacer.


— Je comprends, chef...


Il se lève et m'ouvre la porte.


— Tu ne t'es pas fait des amis, confesse-t-il, j'ai fait passer le mot aux hommes de ne pas venir te chercher des noises, mais ne les provoque pas. Je vais demander un report de ton interrogatoire. Même si pour le moment nous n'avons pas de piste concernant la taupe, j'ai confiance en toi. Sois discrète dans tes avancées et rends-moi compte directement.


— Merci, chef. Je programme l'opération d'appréhension du suspect pour jeudi prochain et vous tiens au courant.


— Soit !


David, qui patientait dans le couloir, s'avance vers moi en soupirant.


— Est-ce que tu as dû remettre ta plaque ?, demande-t-il, un peu inquiet.


— Pas encore...


Il croise les regards hostiles de certains collègues.


— Alors, cette fois-ci on est seuls contre tous, ironise-t-il.


— Nous sommes tout proches d'arrêter Don Sewn. Viens, je dois te parler en privé.


J'entraîne David dans une salle à l'abri des oreilles indiscrètes. Il semble quelque peu circonspect. Je l'interpelle.


— Toi aussi, tu as ce regard...


— Quel regard ?, me demande-t-il en s'asseyant nonchalamment sur la première chaise roulante à sa portée.

— Le regard de celui qui doute de sa partenaire.


— Ce que tu as fait avec la Dark Unit a choqué tout le monde, je dois l'admettre.


— J'ai juste fait du zel pour obtenir mes galons... Mais si tu doutes de moi ou de mes actions, peut-être devrions arrêter d'être coéquipiers. 


David fronce les sourcils et soupire longuement en regardant ailleurs.


— Qu'as-tu à me dire, Lisa ?, s'enquiert-il finalement.

— 
Don Sewn m'a dit de me méfier de mon entourage, qu'il y avait des personnes qui souhaitaient mon malheur dans cette affaire.


— Sérieusement ?, ricane David, je n'avais pas remarqué !


— Don Sewn parlait de la taupe, ça ne fait aucun doute. Je ne peux me fier à personne...


— Tu lui accordes ta confiance alors que tu le connais à peine ?


Mon visage s'assombrit. David hoche la tête.


— Maintenant que tu lui as parlé, est-ce que tu penses qu'il est coupable ?, demande-t-il.


— Franchement, je ne suis plus sûre de rien...
Pourtant, nous nous apprêtons à l'arrêter. Avec le recul, j'ai l'impression qu'il essaye de te rallier à sa cause. C'est le cas ?


Je me rapproche de David, prête à lui rentrer dedans.


— Si tu penses que je me suis faite retournée dis-le clairement !


— J'espère pour nous qu'il sait où se trouve l'arme du crime, rétorque David sèchement, sinon notre carrière en prendra un sacré coup.
Il n'y a qu'une seule manière de le savoir : attendre jeudi.


David hausse un sourcil dubitatif. Je me gratte la tête, embarrassée.


— Je te demande de me faire confiance.



************************************************



Les jours suivants, je prépare méticuleusement l'opération... Sans David, car Don Sewn le connaît. J'ai tout prévu : deux snipers en embuscade et deux agents en extérieur, prêts à intervenir au moindre pépin.

 Le jeudi, comme convenu, un peu avant vingt-trois heures, je me gare non loin du lieu du rendez-vous. Ce soir-là, malgré le froid et la neige, il y a du monde. Après vingt bonnes minutes d'attente dans la queue, je suis enfin dans la place.


C'est un cabaret cubain. L'endroit est classieux et l'ambiance festive qui y règne est communicative. Sur scène, un groupe de musiciens entonne ses dernières compositions aux sonorités latines et caribéennes. Dans la foule des corps qui se déhanchent et transpirent sur la piste de danse je suis sur les traces de Don Sewn. Je fais deux aller-retours qui ne donnent aucun résultat. Puis, entre de jeux de lumière, je distingue une silhouette que je reconnais adossée au bar. À pas feutrés, je m'approche et tapote dans le dos de mon frère jumeau.


— Bonsoir, Oracio.


L'homme se retourne lentement et à ma grande surprise ce n'est pas Don Sewn.


— Heu... Bonsoir ! Agent Martos, je présume ?, balbutie l'inconnu, un brin timide.


— Vous n'êtes pas... Qui êtes-vous ? Et comment connaissez-vous mon nom ?
L'homme s'inspecte lui-même, balayant une mouche invisible sur sa chemise, puis me tend la main.


— Visiblement, ce n'est pas moi que vous attendiez, répond-il, je m'appelle Paul Dumont, enchanté.
Je fais la grimace, ne cachant rien de ma déception, mais je lui serre tout de même la main.


— Non, du tout, je ne vous connais pas. Vous m'attendiez ?


— C'est exact. On m'a dit que je vous trouverai ici ce soir, alors je suis venu.


— Qui vous a dit que je serai là ?


— Hum, un homme brun, plutôt grand. Oracio, vous dîtes ?


Je fronce les sourcils, dépitée.


— Laissez tomber. Venez, allons nous asseoir.


Assis à une table non loin de la scène, j'invite ce monsieur Dumont à m'expliquer le pourquoi de sa venue.


— On m'a dit que vous étiez l'un des meilleurs agents de la ville et que vous aviez accès aux dossiers personnels de tout le monde, commence-t-il, à l'heure actuelle, je sais que nous sommes tous fichés.
— Je suis de la police, mais je n'ai pas les accréditations nécessaires pour accéder à ces fichiers.
Paul Dumont semble ennuyé par ma réponse.
Je dois vous avouer quelque chose : je vais partir sur Mars travailler pour Google. Je serai sur « Breath for Mars ». Cela est très excitant, mais il y a un bémol : je sais que Google va éplucher mon passé afin de confirmer ou non ma présence...

Il fait une pause, hésitant à poursuivre. J'entrouvre les lèvres doucement :


— Vous aviez consommé de la drogue pendant longtemps, je suppose.


Les yeux de Paul Dumont s'arrondissent.


— Wow, vous êtes douée..., congratule-t-il, épaté, alors, vous pensez que vous pouvez effacer ça de mon ardoise ? Sérieusement, j'en ai réellement besoin. Je veux dire, c'est probablement la chance de ma vie, vous comprenez ?


Mes épaules s'affaissent et je soupire, car j'entends le chef pester dans le mouchard placé dans ma bouche.


— Opération annulée ! Arrêtez ce type ! Lisa, on se voit tout à l'heure !



************************************************



Quatre heures du matin, je sors du commissariat épuisée.


Paul Dumont a été arrêté et interrogé, malheureusement, il n'est d'aucune aide pour retrouver Don Sewn.
 À mon grand regret, ce dernier n'est pas venu au rendez-vous. La sanction est immédiate : le chef me retire l'enquête. Mes arguments quant à mes avancées ne m'ont pas sauvée. Mes derniers actes m'ont discréditée. Mon interrogatoire, pour déterminer si je suis la taupe, aura lieu le lendemain. Je sais que je suis la coupable toute trouvée. Une sorte de résignation s'est emparée de moi.


Je rentre chez moi, sous un froid glacial, me persuadant que tout ce qui est arrivé devait l'être.
En franchissant le seuil de ma porte, je veux me hâter de prendre une douche, mais quelque chose m'intrigue : la photo de mon père et moi, posée sur l'étagère, a été légèrement déplacée. Spontanément, je dégaine mon arme, tâchant de ne plus faire le moindre bruit.
En alerte dans la pénombre, je progresse très lentement dans le couloir, jetant subrepticement un oeil dans la cuisine. Je longe au mur jusqu'au salon, prête à tirer si nécessaire. 
Soudain, j'entends une voix que je ne reconnais que trop bien.


— Tu peux allumer, je ne te ferai rien.


En appuyant sur l'interrupteur, je découvre Oracio, convenablement assis sur mon fauteuil.


— Bonsoir, sœurette, dit-il, il faut que l'on parle de ce Paul Dumont, si tu le veux bien.

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      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
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     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
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– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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