45 - Arbitrium

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06.11.2087 – Journal de Lisa

Steve s'avère être un conteur d'histoires redoutablement efficace. Tandis que les gens s'affairent autour de nous, il ne panique pas et prend le temps de tout m'expliquer. Entre mes réminiscences et lui, je commence à concevoir ce que je redoutais depuis le début : je suis bel et bien devenue une terroriste.
Au fur et à mesure qu'il remonte le fil des événements jusqu'à maintenant, je suis de plus en plus dépassée. Lui, semble au contraire fasciné et impressionné par mon parcours.
— Tu as grandement aidé Oracio à s'envoler pour Mars en lui fournissant le dossier sur Paul Dumont afin qu'il usurpe son identité, me confirme-t-il, et tu as eu l'idée des vers informatiques.
— Quoi ? C'est mon idée ?
— Exact.
— Fais comme si j'avais cinq ans, s'il te plaît... Reprends depuis le début.
Il opine du chef, s'assoit et pianote sur son clavier à la vitesse de l'éclair. À l'écran, défilent de très vieux articles datant du début du XXIème siècle. On y aperçoit tout azimut un article du Times faisant la couverture de Donald Trump, des revues sur les avancées de SpaceX, l'entreprise américaine d' Elon Musk travaillant dans le domaine de l'astronautique et surtout tout une tribune dans le Washington Post intitulée « Breath for Mars » et qui sera reprise par Google ensuite.

— Tout commence avec le projet Genesis (qui n'avait d'ailleurs pas de nom à cette époque), lancé quelques mois après l'élection de Donald Trump en 2016, commence-t-il, alors que ce dernier réclamait à corps et à cris une ouverture des Data Centers afin de pouvoir mieux combattre le terrorisme grâce aux données recueillies sur chaque citoyen américain. Cela a mis la puce à l'oreille de Sergeï Brin et Larry Page pour enclencher un projet qu'ils avaient en tête depuis longtemps : la conquête de Mars, mais pas dans le but de la coloniser, contrairement à ce que pensaient la plupart des gens. Ils souhaitaient y établir une base afin d'y expérimenter des choses inédites, jamais réalisées auparavant. Des recherches poussées sur les nanotechnologies, le clonage, la modification de l'ADN humain... Mais leur enthousiasme pris la douche froide face au tollé provoqué par les dilemmes moraux et les questions éthiques que cela suscitait dans l'opinion publique. Considérant que les gens n'étaient pas encore prêts, ils mirent un terme à « Breath for Mars »... Du moins officiellement.

L'article annonçant la fin du projet par Google apparaît alors à l'écran. Le porte-parole de la multinationale avait déclaré à l'époque : « Il a toujours été dans l'intérêt de notre entreprise, qui s'est toujours attachée à ne pas se mettre à dos ses utilisateurs, de respecter l'avis de la majorité. Nous nous rétractons.»

— Un discours de façade, je suppose...
Steve hoche la tête d'assentiment. Il pianote encore et une très ancienne vidéo de Sergeï Brin apparaît, parue peu de temps après l'abandon de «Breath for Mars». Lorsqu'un journaliste le questionne sur le futur des nanotechnologies, il a alors cette réponse étonnante :

«Richard Feynman* l'avait bien compris : il est possible d'écrire de grandes quantités d'informations sur de très petites surfaces. Le futur tient dans notre dextérité à manipuler des atomes un par un et les agencer en structures cohérentes de très petite taille.»

— Les microtechnologies... Ce qui n'était pas faisable hier, l'est aujourdh'ui.
Steve me sourit puis il reprend le fil de son histoire comme si de rien n'était.
— Le projet fut donc poursuivi, mais dans le plus grand secret. Ce qui n'arrangeait pas les affaires de Google qui devait composer avec les différents gouvernements successifs et interrompait ses activités fréquemment. De fait, les choses avançaient avec peine. Mais pour ce qui était des voyages spatiaux et précisément ceux à destination de Mars, ils se sont multipliés au fil des années. La corruption, le crime organisé, les guerres et la misère augmentèrent de manière exponentielle... Tout ça n'annonçait rien de bon. Une partie de plus en plus importante des gens trouva dans la conquête de Mars une échappatoire à une réalité devenue trop difficile à supporter. Mars offrait un peu d'espoir, ce n'était pas un mot jeté en l'air. D'aucuns considéraient la planète rouge comme le salut de l'Humanité, et c'est toujours le cas aujourd'hui.
Un article retient mon attention parmi la dizaine d'autres : celui de l'annonce officielle de lancement du projet Genesis par l'ONU, qui subit pour l'occasion un léger lifting : ça n'était plus une mission d'expérimentations controversées comme auparavant, mais de la terraformation en vue d'une possible colonisation. Google était rétrogradé au rang de partenaire exécutif et c'était l'ONU qui chapeautait tout.
Rien de méchant, quoi.
— En 2036, une nouvelle vague d'intérêt pour Mars déferla sur le monde alors que le projet baptisé Genesis fut officiellement lancé par l'ONU. Google n'avait plus à se cacher et pouvait maintenant bénéficier d'un soutien international. Le programme comprenait trois phases : la première consistait à ce que presque la totalité des pays membres de l'ONU s'engagent dans les dix ans à venir à construire une base aéorospatiale sur leur territoire et augmentent de manière significative leur budget consacré aux voyages dans l'espace. La deuxième, moins avouable, était que chaque pays membre autorise Google à collecter les données virtuelles de ses concitoyens. Grâce à ce bon vieux chantage du bâton et de la carotte, Google est rapidement devenu le plus gros Big Brother** que la Terre n'est jamais porté. C'est simple, plus rien ne lui échappait et c'est ni l'Autorité de la concurrence, ni les procès en pagaille pour les multiples ingérences dans la vie privée qui l'ont arrêté. Quarante ans plus tard, « Breath for Mars » surgissait du sol martien. Le fruit de très nombreuses missions périlleuses. Beaucoup de ceux qui bâtirent cette folie ne purent jamais rentrer sur Terre. Mais pour ceux qui ont eu la chance de pouvoir raconter ce qu'ils ont vu, ce complexe était une construction humaine unique, presque irréelle, quand on connaît la rudesse et l'hostilité d'une planète aussi inhospitalière.

Je ricane :
— Les geeks parlent de la 1ère merveille du monde martien.

— Je pense qu'ils exagèrent légèrement, tempère Steve d'un ton mesuré, mais la prouesse technique force tout de même le respect. J'en viens à la phase numéro trois : recruter les meilleurs d'entre les meilleurs pour travailler sur «Breath for Mars». Ainsi, chaque pays a offert ses ingénieurs, astronautes, scientifiques, etc. Pour le salut de l'Humanité. Ca, c'est le discours lisse pour les dîners mondains. En vérité, chacun se tire dessus et l'ONU n'est plus que l'ombre d'elle-même. La guerre industrielle, économique et technologique n'a jamais été aussi intense qu'en ce moment même. Les enjeux géopolitiques sont si énormes, la compétition si féroce, que chaque pays est prêt à tout pour faire couler son voisin.

Soudain, j'interromps Steve. Une photo de mon père vérifiant la mécanique d'un robot se matérialise à l'écran. Steve fait un arrêt sur image, scrutant ma réaction du coin de l'œil.
— Rodrigue Martos. Ton père. Notre père à tous, lâche-t-il avec fierté, un génie.
Je ne réponds pas. J'observe avec attention cette photo prise à un instant T. Mon père a le regard plein de malice et il semble mû par son idéal. Paisible. Confiant en l'avenir. Très loin de l'homme nerveux, méfiant et ténébreux de la vidéo posthume. Je suis tiraillée entre ces deux visions si contradictoires.
— Comment mon père a-t-il pu...
— Basculer de l'autre côté ? , termine Steve avec solennité, c'est simple : c'est à cause du projet Genesis et surtout de Tim Carpenter, l'actuel CEO de Google. Si, au début, il travaillait corps et âme pour la multinationale, fournissant des inventions incroyables qui ont été envoyées sur la planète rouge, il a aussi vite compris que Tim Carpenter ne jouait pas franc jeu avec lui.
— Pourquoi ?
— Il a su que l'ONU procédait, dans l'ombre, à une rigoureuse sélection concernant les futures colonies martiennes et qu'au final, seule une infime partie de la population mondiale aurait la chance de faire le voyage. Un tri sélectif injuste et totalement arbitraire que Tim Carpenter a pourtant soutenu. C'est ce qui lui a fait prendre conscience qu'il y avait deux poids, deux mesures et qu'un petit groupe de privilégiés prenait ses aises avec le reste de l'Humanité.
— Quelle était la proportion de la population mondiale prévue ?
— Même pas 1%, rétorque Steve, et uniquement des personnes aux aptitudes remarques, des surdoués.
Je n'ai pas le temps de poursuivre plus en amont ma discussion, car Anna, qui nous espionnait, se fait plus pressante.
— Désolé, nous allons devoir écourter cette charmante conversation, car il faut partir d'ici de toute urgence, déclare-t-elle froidement, Hélène a capté des conversations inquiétantes au siège de la DGSE. Ça confirme ce que disait Pierre : le lieutenant s'apprête à tous nous arrêter. Nous mettons notre plan Dispersion à exécution.

— Et c'est quoi ce plan ? , j'interroge, vous allez tous déménager en espérant qu'il ne le remarque
pas ?
Anna ne relève pas mon sarcasme et elle s'approche de moi tout en enfilant un gilet pare balle :
— C'est un plan qui peut s'apparenter au programme de protection des témoins aux Etats-Unis, répond-t-elle, nous avons tous obtenu de nouvelles identités et nos familles ont été déplacées dans des destinations inconnues afin de les protéger. Tout notre passé informatique a été effacé. C'est ton père qui l'a créée et ce plan est très efficace. Si l'une de nos familles est en danger, la Nueve la préviendra instantanément. Notre réseau est vaste. Nous veillons les uns sur les autres.
J'observe toute l'agitation autour de moi et avec quelle discipline les gens évacuent les lieux en n'emportant rien avec eux. Pierre Devos dirige les opérations et motive les troupes à un rythme soutenu. Tout à coup, les souvenirs sordides des photos pédophiles du lieutenant Gilbert remontent insidieusement dans mon esprit. Anna charge une arme devant moi avec dextérité puis elle l'attache à son ceinturon. Je la questionne :
— Quand est-ce que le lieutenant Gilbert compte lancer son opération ?
Elle pousse un soupir d'exaspération.
— Ce soir, demain... Comment je pourrais le savoir ?, répond-elle sèchement. Tout ce qui concerne l'opération a été discuté dans une salle isolée de tout réseau informatique. Tu viens avec nous ?
— Où allez-vous ?
— Chacun dans des pays différents pour augmenter nos chances.
— Tu es consciente que beaucoup se feront finalement attraper ?
Anna esquisse un sourire empreint d'ironie envers le coup du sort.
— S'ils sont acculés, ils utiliseront leurs Effaceurs... Comme toi.
Je suis une nouvelle fois sidérée par ce fanatisme aveugle, cette foi inébranlable d'être dans le vrai.
— Je ne partirai pas. En tout cas, pas sans David.
Le visage d'Anna est congestionné par l'indignation.
— Pardon ?
Je reste droit dans mes bottes :
— Tu as bien entendu. David est mon partenaire. Il est entre les mains du lieutenant Gilbert. Si je dois partir, ce sera avec lui. Il m'a sauvé la vie plusieurs fois. Pas question de le laisser tomber.
Anne, si chétive soit-elle, n'en demeure pas moins intimidante lorsqu'elle pousse une colère noire. Son visage d'apparence doux prend maintenant des allures de masque argileux décomposé par la chaleur du soleil. Elle pâlit littéralement et ses yeux féroces me font face, telle une lionne prête à bondir sur sa proie.
— Est-ce que tu te fous de nous, Lisa ?, rugit-elle sans réellement y croire, sais-tu au moins tout ce qu'ont sacrifié ces braves gens pour notre cause ?
Pour la première fois depuis bien longtemps, je n'ai aucune répartie pour formuler une réponse adéquate.
— Je... Je ne me souviens pas de tout, encore...
— Nous risquons nos vies tous les jours, tempête Anna, être ici ou dans le Darknet peut nous valoir la prison pour au minimum cinquante ans ! Ce plan est en passe d'être une extraordinaire réussite et tu serais prête à tout détruire à cause d'un mec ? Il ne fait même pas partie de la Nueve !
Elle est maintenant à quelques centimètres de mon visage. Je ressens sa colère grandissante et me contente de balbutier.
— Sans lui, je ne serais pas ici.
Notre altercation ameute bientôt les autres membres qui s'arrêtent de bouger et nous observent. Pierre et Hélène viennent prestement vers nous.
— Qu'est-ce qui se passe ?, demande Hélène en s'interposant entre nous deux.
— Lisa s'est mise dans la tête de sauver son abruti de partenaire dans la police, fulmine Anna, vous entendez ça, vous autres ? Elle compte saper tous nos efforts pour sauver une vie, quand on peut en sauver des milliards !

Un attroupement gonfle graduellement tout autour de nous. Certaines personnes me jettent des regards hostiles, d'autres paraissent baigner dans l'incompréhension totale face à ma décision.
— Anna, arrête ça tout de suite !, intervient Pierre d'un ton péremptoire en prenant ma défense, tu ne vois pas que tu mets tout le monde dans l'embarras ?
Mais la jeune femme, loin d'être décontenancée, évacue son ennuyeuse litanie une nouvelle fois.
— Vous voyez ? Je vous l'avais dit ! L'Effaceur lui a grillé le cerveau ! Elle n'est plus du tout la même ! Elle ne sait plus quelles sont ses priorités !
C'est donc elle la dissidente de la Nueve. Elle a l'oreille attentive d'une partie non-négligeable du groupe. Peut-être a-t-elle dans l'idée de prendre ma place ?
— Que penserait ton père de cette décision, Lisa ?, ose-t-elle enfin demander, galvanisée par le ramdam qu'elle a provoqué.
— Anna ! Un peu de respect !, grogne Hélène, piquée par la colère.
L'hémicycle a l'air de réclamer silencieusement une réponse de ma part, mais celle-ci ne vient pas, car je m'y refuse. Ces batailles d'egos sont d'un puéril ! Ce n'est pas mon genre de me soumettre à cette séance d'invectives stériles. Lasse, Anne me fustige :
— Soit ! Va donc sauver ton ami puisque sa vie semble plus compter pour toi que les nôtres ! Moi, je pars avec ceux qui n'ont pas perdu notre objectif final des yeux. Nous allons nous mettre au travail et suivre le plan comme tu l'avais prévu, n'est-ce pas ?

Elle s'empare de son sac à dos avec force et prend le chemin de la sortie sans se retourner, bientôt suivie par la plupart des gens.
Peu à peu, notre repaire se vide et ne restent que quelques personnes dont Hélène, Paul, Steve et Pierre.
— Vous ne partez pas avec elle ?, je demande en faisant part de mon étonnement.
Hélène croise les bras, un peu vexée.
— Depuis que je te connais, je t'ai toujours suivie, répond-elle avec aplomb, ce n'est pas maintenant que ça va changer. Même si, objectivement, je ne suis pas d'accord et je pense que cela est très risqué de s'engager dans cette direction, je ne peux pas non plus occulter le fait que ton ami est en danger de mort. Tel que je te connais, tu ne renonceras pas à essayer de le sauver. Quelle amie je serais si je ne t'aidais pas ? Si pour toi, il mérite qu'on le libère, c'est que cet homme est digne d'intérêt.
Sa clairvoyance m'épate. Elle a parfaitement résumé le contexte.
— Je me range de son avis, rajoute Pierre Devos, tout ceci pourrait gravement compromettre notre plan. Mais je me suis fait un devoir de vous protéger et vous allez avoir besoin d'hommes aguerris pour mener à bien ce sauvetage. Des hommes de confiance. Je peux les contacter.
— Merci beaucoup, Pierre.
— Et un hacker sachant s'infiltrer dans les systèmes de sécurité ne sera pas de la tarte à trouver, sauf si je me dévoue..., gouaille Steve sur le ton de la boutade. Tu es un exemple pour moi, Lisa. Je te suivrai en Enfer, s'il le faut.
Je suis sincèrement impressionnée par leur sens du sacrifice. Après tout, ils ne sont pas obligés et je ne leur force la main. C'est d'autant plus remarquable.
— Je vous remercie tous pour votre bonté. Je me voyais y aller seule, mais il est évident que mes chances seraient nulles. David est mon partenaire depuis le début de ma carrière de flic. Il n'est pas du genre à balancer quoique ce soit. C'est l'un des hommes les plus droits et loyaux que je n'ai jamais connu. Je ne pouvais pas partir et l'abandonner à son sort. C'est indigne de moi.
Tous hochent la tête d'adhésion.
— Les choses étant maintenant dites, nous pouvons passer à l'action, déclare Pierre d'un ton grave, nous avons peu de temps, car le lieutenant Gilbert prépare en ce moment même une attaque contre nous. Il nous faut rapidement un plan détaillé du Q.G de la DGSE. Hélène, tu as déjà mis le siège sous écoute, tu penses que cela est possible ?
— Oui, avec l'aide de Steve nous pourrons apporter un soutien logistique, répond cette dernière, après tout, il nous reste pas mal de matériel high tech ici.
— Parfait, je vais contacter d'anciens membres des unités d'intervention devenus des membres de la Nueve, poursuit Pierre, j'ai la chance de connaître la maison et les tactiques du lieutenant Gilbert. Nous avons un petit avantage, mais le risque reste cependant très élevé si l'on tient compte du niveau de sécurité du siège. Cette opération devra être menée avec la plus grande minutie pour être un succès.
Nous nous regardons les uns les autres, convaincus de la dangerosité et des conséquences d'une telle mission. Nos chances sont très faibles, nous en sommes tous conscients, moi la première. Je me sens obligée de me montrer rassurante.
— N'oubliez pas que j'ai été interrogée durant de longues heures au siège, j'ai eu le temps de visualiser les salles et les agents. Cela peut également être un atout...
— Très bien, coupe Pierre brusquement, au boulot ! Hélène, Steve, rassemblez les ordinateurs et les gadgets nécessaires à la mission.
— Et moi ?, balbutie Paul que personne n'avait encore remarqué, je veux vous aider aussi !
Pierre le dévisage de bas en haut, soupesant la question dans son esprit.
— Tu sais te servir d'une arme à feu ?, s'enquiert-il.
— Non.
— Ce n'est pas maintenant que tu commenceras, alors. Par contre, si tu sais bien conduire, tu peux être utile.
— C'est le cas.
— Parfait ! On se retrouve ici dans un quart d'heure. Laissez-moi seul avec Lisa, s'il vous plaît.
Ils s'exécutent tous et vaquent à leurs occupations. Pierre me prend à part un peu plus loin, jette un bref coup d'œil à droite et à gauche, puis fronce les sourcils :
— Lisa, il n'est pas question que vous participiez à ce raid, c'est bien trop dangereux, murmure-t-il d'une voix étonnamment douce.
— Pourquoi ?
— Il y a un risque élevé que vous soyez blessée ou pire encore... Si vous êtes tuée, tout est fini. Vous êtes bien plus précieuse que vous ne l'imaginez pour l'organisation.
— Vous savez bien que non. Et la réaction des gens envers moi me prouve que je suis loin de faire l'unanimité.
— Il ne faut pas le prendre si mal, réplique Pierre, c'est Anna. Elle est impulsive. Au fond, elle vous admire beaucoup. Ça va passer...

— Elle est partie avec la presque totalité du «noyau dur». Je n'ai aucune légitimité ici, contrairement à ce que vous pensez.

La voix de Pierre change, devenant plus sombre. Il me chuchote à l'oreille.
— Écoutez-moi, vous n'avez pas récupéré la totalité de votre mémoire. Il est normal que vous ne soyez pas encore en pleine capacité de diriger, mais c'est vous notre chef. Quand vous aurez saisi les tenants et les aboutissements, Anna n'aura pas d'autre choix que de se soumettre. En attendant, par pitié, faites-moi une promesse : ne participez pas au raid. Restez en vie pour l'organisation. Restez en vie pour tous ceux qui croient en vous.
Je le sonde du regard, je le défie presque.
— Très bien, j'accepte de ne pas participer activement à la mission. Mais vous devez comprendre une chose : la femme que vous avez connue avant qu'elle ne se bousille le cerveau n'existe plus. Je ne serai jamais plus la même.
— J'en suis parfaitement conscient et je vous remercie d'accepter ma demande pour le bien de tous. Concernant ce David...
— Oui ?
— Si on parvient à l'extraire, on ne pourra pas l'emmener avec nous. Il risque de nous compromettre.
Je me braque :
— Si on le laisse tomber juste après, tous nos efforts n'auront servi à rien. Le lieutenant Gilbert le capturera et le tuera. C'est une requête non-négociable.
— On ne le connaît pas. S'il vient avec nous, cela créera instantanément des tensions.
Je détourne le regard, la bouche contractée :
— Pierre, soit je pars avec David, soit je ne pars pas. Ce n'est pas négociable.

Richard Phillips Feynman* : (1918-1988) est un physicien américain, l'un des plus influents de la seconde moitié du xxe siècle, en raison notamment de ses travaux sur l'électrodynamique quantique, les quarks et l'hélium superfluide.

Big Brother** : personnage du roman nommé 1984, de l'écrivain anglais Georges Orwell.
Big Brother (qui signifie « Grand Frère », même si dans la traduction française le nom est laissé en anglais tel quel) est un personnage de fiction du roman 1984 de George Orwell. L'expression « Big Brother » est depuis utilisée pour qualifier toutes les institutions ou pratiques portant atteinte aux libertés fondamentales et à la vie privée des populations ou des individus.

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