44 - Primum conventum

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06.12.2086 – Journal de Lisa Mémoire retrouvée 70 %

De la musique classique... Du Mozart... Requiem en ré mineur.
Mon père adorait l'écouter lorsqu'il travaillait. Cela a bercé une bonne partie de mon enfance.
Lorsque j'ouvre les yeux, l'espace d'un instant, j'ai l'impression de me retrouver chez moi pendant que cette mélodie intemporelle caresse mes tympans et pénètre mon esprit. Mais ce n'est qu'un doux rêve. Il n'y a aucun bruit en réalité.
Je me retrouve nez à nez avec un humanoïde de troisième génération. Veillant à ne pas m'effrayer, il modère chacun de ses gestes, tandis que d'un rapide balayage de ses yeux, il analyse mon rythme cardiaque afin de calquer l'intonation de sa voix sur mon humeur. C'est ce qui a fait le succès de ces machines à l'intelligence artificielle si avancée.
— Bonjour, Lisa, comment allez-vous ?, demande-t-il d'un ton avenant.
Je me redresse lentement du canapé où l'on m'avait allongée. Une chambre banale avec une télévision et une table de chevet.
— Où suis-je ?
— Vous êtes dans un endroit sûr, ne vous en faites pas, se contente de répondre le robot en reprenant son ménage interrompu par mon réveil.
— Je suis dans la Nueve, n'est-ce pas ? Je courais dans la rue. J'ai été touchée par une flèche tranquillisante et ensuite le trou noir.
— Léonardo vous a récupérée in extremis, c'est exact.
— Léonardo ?
— Le chauffeur. Vous êtes chez mon Maitre.
— Comment ça ?
Soudain, la porte devant moi s'ouvre et un homme de grande taille fait son apparition. Alors que les températures sont négatives à l'extérieur, il porte une chemise blanche aux manches retroussées et fait montre d'une décontraction à faire pâlir un Anglais.
— Bonjour, Lisa, tu vas bien ?, me demande-t-il avec un sourire.
— Vous êtes TheCreator, n'est-ce pas ?
Le jeune homme au regard ténébreux semble apprécier la situation.
— Non, désolé, je ne suis pas TheCreator, répond-il poliment.
— Alors qui êtes-vous ? Et qu'est-ce que je fais ici ?
— Je suis ton frère. Je m'appelle Oracio, mais les autorités me connaissent surtout sous le pseudonyme de Don Sewn. Tu es dans une planque.
Je n'en reviens pas de rencontrer ce mystérieux frère jumeau si vite. Il est vrai qu'il y a bien un air de famille, mais je n'aurais jamais imaginé que cela se passerait ainsi, aussi simplement. Après tout, quelques heures auparavant, j'avais fait le pied de grue dans l'attente de rencontrer le mystérieux TheCreator sous une fausse identité qui s'est révélée inutile. J'ai délibérément retiré mes mouchards et j'ai agressé deux agents pour obtenir des réponses. Je me suis montrée irresponsable, égoïste et dangereuse.
Une trahison... Voilà ce qu'ils diront au poste.
Mais je m'égare... Ce frère si beau et affable, comment peut-il être un hacker ?
Je n'ose même pas imaginer qu'il ait pu tuer l'Ambassadeur.
— Vous êtes donc mon suspect numéro un !
— Certes...
Je me mets aussitôt en garde et décoche un premier direct du droit qu'il esquive sans effort. Je ne me démonte pas et je récidive avec le gauche sans succès. Il recule et pare avec une aisance inouïe. Je m'élance sur lui, envoyant un coup de pied rotatif, mais ma chaussure mord la poussière. Il semble intouchable, anticipant mes attaques et se plaçant de telle sorte à ne pas me blesser non plus.
— Du calme !, me lance-t-il avec fermeté.
Mais je suis mauvaise perdante, j'attaque une seconde fois avec plus de vivacité. J'enchaîne à nouveau pied poing en vain.
Il réchappe élégamment à cette seconde charge, me ridiculisant un peu plus.
— C'est inutile, Lisa, tempère-t-il, tu n'es pas venue pour ça. Et si tu conservais plutôt ton énergie à m'écouter, tu comprendrais pourquoi je t'ai amenée ici.
— Ne me tutoyez pas ! Vous et moi, nous n'avons rien en commun ! Ce lien qui nous lie, je n'y crois pas une seconde !
Je serre les poings et darde vers lui un regard mortel, mais il me prend totalement au dépourvu de la plus belle des manières :
— Contrairement à ce que tu penses, je ne suis pas ton ennemi.
Et il me tend sa main. Comme ça. J'en suis toute retournée, mais j'essaye de ne pas le montrer.
Bon, Lisa, tu t'es fait battre à plate couture. Il faut regarder les choses en face : il est plus fort que toi... Certes, ce qu'il dit est assez inattendu, mais il reste le suspect numéro un et tu n'as aucune confiance en lui. Puisque tu es à sa merci, rentre dans son jeu et écoute attentivement ce qu'il a à dire. Tu auras une autre occasion de le piéger. Fais preuve de patience...
Je glisse donc ma main dans la sienne et je le laisse gentiment me relever.
— Si vous n'êtes pas TheCreator, où est-il ?
— Je suis ici.
Cette voix trafiquée provient de la télévision.

— Je me suis permis de l'allumer, monsieur, dit le H3G en se tournant vers Oracio. J'espère que cela vous convient ?
— Oui, tu as bien fait, merci, répond ce dernier.
Le robot nous salue puis se retire. Je m'avance vers la projection tridimensionnelle représentant la Terre tournant sur elle-même. Oracio m'emboîte discrètement le pas.
— Lisa, je suis TheCreator. Félicitations pour avoir réussi à t'échapper du parc. Je suis désolé car je ne pouvais pas être là physiquement, mais je tenais à te dire certaines choses de vive voix. En tant que policière, nous ne pouvions pas courir le risque de t'emmener au cœur de l'organisation. C'est pourquoi nous avons préféré cette planque afin que tu rencontres ton frère.
Je suis soudainement frappée par le ton si familier qu'il prend pour me parler comme s'il me connaissait. Sa manière de s'adresser à moi diffère de notre premier échange au parc. Oracio prend un air plus grave.
— Montrez-lui, s'il vous plaît, demande-t-il à TheCreator.
— C'est vrai, l'horloge tourne...
Je suis de plus en plus intriguée. Qu'est-ce que je suis censée voir ?
Des images défilent sur la famine, la corruption, la guerre.
— La Terre et ses dix-sept milliards d'habitants. Une pauvreté dévorante. Le manque d'eau et de nourriture. Des pays entiers qui réclament maintenant d'être libérés de la tyrannie. C'est le monde inique dans lequel les pays riches tentent vainement de préserver leur confort et une stabilité fantoche. Je ne t'apprends rien. C'est notre société actuelle.
Les images du journal télévisé continuent de s'amonceler sous nos yeux : des manifestations réprimées dans le sang, des tueries effroyables, la déforestation, une vision brutale et sombre de l'Humanité...
— Les politiques y voient les conséquences d'une anarchie galopante mais savent-ils vraiment ce qu'est l'anarchie ? Ils ont tellement galvaudé le mot qu'il est resté dans l'inconscient collectif de la plupart des gens comme la définition même du désordre et du chaos. L'ordre ne nécessite nullement une hiérarchie. L'anarchie est structurée, c'est la définition d'un peuple libéré à la fois politiquement, économiquement et spirituellement de toute coercition. Rien ne doit s'imposer à l'autre. Tout cela, les médias et les pouvoirs politiques ne le diront jamais. Ils préfèrent continuer à véhiculer des inepties sur le terme anarchiste, la soi-disant anomie sociale. L'ordre véritable naît de la liberté, qu'elle soit mentale ou physique. Ce sont les gouvernements qui provoquent sciemment le désordre afin de brandir leurs «remèdes» pour le guérir : propagande, boucs émissaires, assassinats... Ton père le savait parfaitement et c'est la raison pour laquelle il a voulu te «préparer»
— Me « préparer » ?
— N'as-tu donc pas été soumise à des entraînements intensifs étant enfant ?
Comment sait-il ça ?
— Oui, mon père m'a confié à mon grand-père Georges qui s'est occupé de mon éducation jusqu'à sa mort, lorsque j'avais dix-sept ans. C'était un ancien agent des services secrets français. Il m'a donc appris les méthodes d'infiltration, d'espionnage ou comment usurper une identité.... Mais comment savez-vous tout ça ?
— Parce que je suis un ami de ton père.
— Mon père avait peu d'amis.
— Raison de plus pour que cela étaye mon propos, tu ne trouves pas ?
Je ne réponds rien. Intérieurement, je n'en reviens pas que cet inconnu, ce hacker si redouté, m'ait piratée au point de connaitre ma vie par coeur.
— Qui êtes-vous vraiment ?...
Silence. Il botte en touche.
— La question n'est pas là, Lisa. Ce que j'essaye de te dire, c'est que ton père a choisi de te cacher certaines choses. L'organisation de la Nueve est une de ces choses. Ton frère en est une autre.
Un frisson parcourt chacun de mes membres. TheCreator en sait plus que moi-même sur ma propre vie. C'est bien pire que la simple violation de la vie privée !
Sentant sûrement la confusion dans mon esprit, Oracio se rapproche inexorablement de moi.
— Vous avez été séparés à la naissance, continue TheCreator, et ton père a décidé que la lourde tâche de s'occuper de la Nueve si jamais il lui arrivait malheur devait incomber à Oracio plutôt qu'à toi. Alors, lorsqu'il mourut et toujours selon son testament, tu as été confiée à ton grand-père et Oracio a été envoyé en internat. Au fond de toi, je suis certain que tu sais ce qu'il en est vraiment pour ton grand-père Georges, n'est-ce pas ?
J'ai de plus en plus de mal à dissimuler mon incrédulité. Dois-je répondre ou refuser, sous peine de mettre un point final à cette enquête ?
Au bout d'un moment, je prends une décision radicale : accepter de me confier sur mon passé à un criminel afin de gagner sa confiance. Pour le meilleur et pour le pire.
— Georges n'était pas mon grand-père...
Un silence à nouveau. Le temps semble suspendu.
— C'est exact, lâche finalement TheCreator, il ne l'était pas. C'était le mentor de ton père. D'ailleurs, il était français et non pas espagnol. C'est pour ça qu'il ne te l'a jamais appris. Mais il t'a apporté bien plus : il t'a fait prendre conscience de ton véritable potentiel.
— Mon potentiel... Une jolie façon de parler de mon intelligence.
— Tu es exceptionnelle. Ne te méprends jamais à ce sujet. Cela suffira pour le moment. Nous progresserons par étapes, désormais. Je vais te laisser avec ton frère. Vous devez vous parler, vous connaître. Je reviendrai te voir plus tard.
L'image tridimensionnelle de la planète s'évanouit. Je reste là, sans bouger, ne sachant quoi dire. Oracio penche la tête vers moi.
— Il est un peu brouillon dans sa manière de parler, plaisante-t-il, mais ce qu'il dit a le mérite d'être censé, non ?
Je ne réponds pas et fronce les sourcils.
— J'ai attendu ce moment toute ma vie, admet Oracio sans gêne, papa m'a si souvent parlé de toi...
Je m'écarte de lui farouchement. Il baisse la tête, peiné.
— Je ne te veux aucun mal, murmure-t-il à demi-mots.
Il ment !
— Avons-nous seulement la même mère ?
— Oui.
Je le regarde ou plutôt, je le sonde, mais toujours à bonne distance.
— Pourquoi papa vous a-t-il avoué mon existence, à vous ?
Oracio a un air maussade :

— C'est compliqué à expliquer...
— Essayez toujours !
Le hacker vient à ma hauteur puis me dépasse pour observer la neige tomber par la fenêtre.
— Papa ne tenait pas à ce que tu me connaisses, car il avait envisagé un autre destin pour toi. Un rôle important, certes, mais dans la légalité. Avocate ou juge, que sais-je ? Il a appris très tôt que tu souhaitais devenir policière. Il a alors tout fait pour que tu aies une enfance paisible, enfin... À sa façon, on va dire. Parler de moi revenait à devoir révéler l'existence d'une part d'ombre chez lui et cela lui était impossible à assumer.
— À cause de la religion ?
— Oui, en partie. Mais surtout pour ne pas t'attirer de problèmes, car il savait que ce qu'il faisait était très dangereux.
Il se tourne vers moi.
— Nous sommes deux enfants surdoués qui avons suivi des trajectoires opposées, l'un du côté de la loi, l'autre dans la cybercriminalité. Est-ce que cela fait de nous des adversaires pour autant ? Au fond, nous souhaitons tous les deux la même chose : la justice.
— Sauf que moi, je n'extorque personne. Je ne pirate pas les gouvernements ou les entreprises pour voler leur argent ou leurs dossiers classés secret défense.
Comme piqué au vif, il fait la grimace.
— Mais je n'ai tué personne, moi, rétorque-t-il dans un souffle.
Je tressaille.
— Répétez ce que vous venez de dire ?
Il plante son regard dans le mien avec intensité.
— Je sais que tu as déjà tué, Lisa.
— Je suis flic, c'est logique !
Je m'écarte à nouveau de lui, furieuse.
— Ça fait longtemps que je t'observe et que je te surveille. Je suis sûr que tu te souviens de cette fameuse nuit en patrouille avec David devant l'une des planques du Marchand de Sable.
Bien sûr que je me souviens de cette nuit... Comment l'oublier ?
— Tu savais que David était un joueur de poker compulsif et qu'il devait beaucoup d'argent à des personnes peu recommandables. Le même genre de personnes qui s'en prenaient à ton indic, le Marchand de Sable. Cela faisait un moment que vous enquêtiez sur ce réseau mafieux et que vous récoltiez des preuves ici et là afin d'arrêter le patron, Ramon Simoni. David se gardait bien de te le dire, mais tu étais au courant qu'il était criblé de dettes de jeu. Tu l'avais pris en filature et tu l'avais suivi dans un de ces bordels sordides de la banlieue de Paris. De là, tu as vite compris qu'il avait de gros problèmes et que sa vie était menacée, tout comme celle de ton indic...
Je m'assois sur le lit, prostrée.
— Cette nuit-là, il pleuvait, continue Oracio comme s'il récitait, David et toi faisiez le guet dans la voiture qui était garée non loin de chez le Marchand de Sable. Que recherchiez-vous, déjà ?
— On avait besoin que Kevin nous mette en contact avec un gars de la Mafia avec qui il traitait... Je devais me rendre chez lui afin de lui soutirer des informations.
— Tu omets de dire que tu savais que Simoni avait mis sa tête à prix et que des tueurs étaient à ses trousses.
— J'ignorais totalement qu'ils avaient prévu de le descendre cette nuit !
— C'est faux, Lisa et tu le sais... Tu avais enquêté de ton côté, graissé la patte à quelques zonards et la rue avait parlé... Bien sûr, David l'ignorait.
Je serre la mâchoire.
— Tu es sortie de la voiture dix minutes avant, prétextant vouloir parler au Marchand de Sable seule afin qu'il parle plus librement. Qu'as-tu dit à David en sortant ?
Je lance à Oracio un regard noir.
— Tu lui as dit de surveiller tes arrières et de te prévenir en cas de « problème », poursuit ce dernier nullement intimidé, ce que tout bon officier de police dirait à son partenaire en de pareilles circonstances. Tu avais besoin de David pour te confirmer l'identité des tueurs, ce qu'il fit par l'intonation de sa voix au téléphone. À partir de là, tu lui as demandé de ne pas bouger et tu es rentrée en action.
Il s'avance vers moi alors que je n'ose plus le regarder dans les yeux.

— Afin que ton crime soit pris pour de la légitime défense, tu as raccroché normalement et tu as attendu que les tueurs montent au sixième étage. Là, tu as posé ta main sur ton arme à feu et, intimant l'ordre au Marchand de Sable de ne pas bouger, tu as jeté ton dévolu sur la porte d'entrée. Ils l'ont défoncée et dégainé leurs armes. Tu savais qu'ils seraient surpris de te voir. Ils ont hésité une fraction de seconde, suffisant pour que tu tires dans la tête du premier et que tu blesses mortellement le deuxième.
Il sait donc tout ! C'est pire que ce que je pensais !
— D'une pierre, deux coups. Fin de l'histoire. Une semaine plus tard, Simoni et son gang étaient sous les verrous et tu recevais la médaille du courage. David a été suivi par un psychologue afin de vaincre son addiction et il s'en est plutôt bien sorti, même si sa tête est toujours mise à prix par les hommes de Simoni.
Je joins mes mains et fais une mine désinvolte.
— Charmante histoire, je la raconterai peut-être à mes enfants si j'en ai.
— Tu as du sang sur les mains, Lisa. Ce n'est pas quelque chose que tu peux cacher.
Je me lève et lui fais face.
— C'est votre version, pas la mienne. Personnellement, c'étaient des ordures, alors ce n'est pas moi qui irai les pleurer.
— Je ne te juge pas, sœurette. C'est juste factuel. Le monde n'est ni trop blanc, ni trop noir. Aucun de nous ne peut prétendre agir pour le Bien continuellement. C'est cet axiome qui a rongé notre père toute sa vie. Ça le hantait au point d'en faire des cauchemars. Il voulait absolument sauver son âme. Et toi, te sens-tu coupable aujourd'hui ou satisfaite d'avoir sauvé deux vies cette nuit-là ?
— Vous ne me connaissez pas, vous ne savez rien de moi.
Nous restons tout deux plantés au milieu de la chambre un moment, à nous observer l'un l'autre sans parler. La tension est palpable. Tout semble nous opposer. Soudain, Oracio rompt ce silence pesant :
— Tu devrais partir. Tes collègues ne vont pas tarder à lancer des recherches pour te retrouver. La nuit va bientôt tomber.
— Vous me laissez m'en aller comme ça ? Je ne suis pas votre otage ?
— Pourquoi serais-tu notre otage ? Nous te voulons aucun mal. Règle numéro un : aucun sang ne doit être versé pour notre cause.
— Vous piratez des gouvernements, mais vous ne tuez personne ? Et Thomas Girard ?
Visiblement vexé, Oracio ne répond pas et me raccompagne au seuil de la porte d'entrée.
— Je sais que tu essaies de m'arrêter et que tu me crois toujours coupable, mais je n'ai pas tué l'Ambassadeur, me dit-il sans ambages, on essaye de me faire porter le chapeau du fait de mon affiliation à la Nueve. Je suis peut-être un hacker redoutable mais je ne suis pas un tueur. Méfie-toi de ton entourage : certaines personnes ne te veulent pas que du bien dans cette enquête. Si tu veux savoir pourquoi nous sommes rentrés en contact avec toi, viens jeudi prochain au Delmacio aux environs de vingt-trois heures. J'y serai si j'ai l'absolue certitude que tu es bien seule. Tu sais maintenant que nous sommes informés de tes moindres faits et gestes. N'essaye pas de me duper. Il ne tient qu'à toi de savoir...
Il m'ouvre la porte d'entrée.
— Ou de ne pas savoir, termine-t-il en refermant la porte, au revoir et fais attention à toi.

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– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
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      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

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