41- Erunt vermes

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06.11.2087 – Journal de Lisa


Ça recommence... On m'a encore endormie comme une vulgaire souris de laboratoire...
Cabrones !***...
La lumière est brumeuse. Je ne distingue que certaines silhouettes en filigrane. C'est flou, mais je perçois les visages et surtout, je reconnais les voix. Il y a Anna, Pierre Devos et... Hélène ?!
Ils n'ont pas encore remarqué mon éveil. Ils parlent à voix basse sur mon dos. Anna est la plus virulente.
— Vous l'avez entendue ?.... Elle n'est plus vraiment elle-même. Je vous avais pourtant prévenus qu'utiliser un Effaceur serait risqué... Elle ne nous reconnaît plus. Elle m'a frappé au visage.
Et je ne l'ai pas loupée, elle a la joue gauche légèrement boursouflée.
— Il lui faut peut-être plus de temps... On a complètement sous-estimé les effets secondaires de ce traitement de choc, répond Pierre Devos.
— On a besoin d'elle... Elle doit être rapidement opérationnelle, dit Hélène que je reconnais bien dans les propos, c'est un miracle que tu aies réussi à semer la DGSE cette fois-ci, Pierre, mais la prochaine fois ?
Ce dernier penche la tête, un trait striant son front.
— Je crains qu'il n'y ait pas de prochaine fois...
— Que veux-tu dire ? , demande Anna en cachant mal son inquiétude dans l'intonation de sa voix.
— Je suis sûr que j'ai été suivi par un ou plusieurs drones pendant ma course-poursuite dans les rues de Paris. Je ne serais pas étonné qu'ils soient au-dessus de nos têtes en ce moment même.
Silence. Pierre semble très tendu et préoccupé.
— Il faut partir, lâche-t-il d'un coup, le lieutenant Gilbert s'apprête à tous nous arrêter, je le sens... Je le connais par cœur.
— Si tu le dis, c'est que c'est sérieux. On n'est plus en sécurité ici. On doit être prêts à lever le camp dans quarante-huit heures.
— C'est bien à cela que je pensais. Il est temps pour nous de nous disperser...
Je me redresse en soulevant les draps de mon lit. Ils me dévisagent comme si je les avais surpris en flagrant délit de vol. Anna est la première à s'avancer vers moi, sourire aux lèvres :
— Lisa, ça va ?
Certes, je pourrais m'excuser pour le coup que je lui ai infligée, mais ayant surpris une partie de leur conversation, je ne me sens pas encore prête à faire du copinage avec elle.
— Où est mon sac à dos ?
— Il est là, sur la chaise.
Je le fixe d'un regard perçant puis me tourne vers Anna, l'air courroucé :
— Vous l'avez ouvert pendant que je dormais...
Anna parait réellement surprise par mon accusation.
— Non, je te jure que non, se défend-elle, alors qu'Hélène et Pierre s'approchent à leur tour.
— Écoutez, Lisa, intervient ce dernier d'un air grave, je sais que le moment est peut-être mal choisi pour vous dire ça, mais vous devez nous faire confiance. Si Anna vous dit qu'elle n'a pas ouvert votre sac, c'est que c'est vrai !
Je les jauge tous, particulièrement Hélène que j'avais vue dans mon rêve quelques heures plus tôt. Je réalise que tout ça était évident et pendait au bout de mon nez depuis le début, mais j'étais trop focalisée sur mon frère pour m'en apercevoir. La Nueve a décidément des ramifications insoupçonnées. Je tente de donner le change en félicitant Pierre :
— Vous avez réussi à échapper au lieutenant Gilbert, c'est tout à votre honneur.
Ce dernier paraît surpris tout d'abord et flatté ensuite.
— Oh ! Je n'ai aucun mérite, répond-il humblement, j'ai été entraîné par lui. Je connais toutes ses méthodes.
— Mais ça c'était avant, n'est-ce pas ?
Les traits de visage de Pierre se durcissent :
— Oui... C'était avant qu'il ne drague ma femme et qu'il utilise mes enfants comme moyen de pression sur moi... Depuis, j'ai démissionné de la DGSE et j'ai mis ma famille en sécurité loin de France.
— Comme nous tous à vrai dire..., renchérit Hélène.
Je me lève du lit.
— Depuis combien de temps suis-je alitée ?
— Quinze heures environ, répond Anna un peu gênée, le médecin a peut-être un poil surdosé la seringue. Désires-tu boire quelque chose ?
Je ne réponds pas et prends immédiatement mon sac à dos sans un mot. Hélène, Anna et Pierre me scrutent du regard.
— Tu comptes partir ?, ose finalement demander Hélène d'un ton un peu railleur.
Je fronce les sourcils.
— Non, je reste...
Les épaules de mes interlocuteurs s'affaissent légèrement, comme pour indiquer qu'ils sont désormais réceptifs à toutes mes demandes. Je me dis que c'est le moment de poser LA question.
— Où est TheCreator ?
Ils sont pris de court et se regardent mutuellement.
— Tu ne te souviens pas que nous avons déjà eu cette conversation, Lisa ?, répond Anna, TheCreator tient à rester anonyme... Il n'a jamais été présent avec nous.
— Il ne fait pas partie de la Nueve ?
—Si, bien sûr. Mais il a un traitement spécial. C'est tout de même le numéro 3 dans l'organisation. Il n'est pas dans notre intérêt qu'il soit capturé, surtout en ce moment...
Je me gratte la tête :
— Le numéro 3 ? J'avais toujours entendu dire qu'il était le numéro 2 ?
— Oh, il l'était pendant longtemps...
— Qui l'a remplacé ?
Silence à nouveau. Anna remue à peine les lèvres.
— C'est toi la numéro 2 maintenant.
— Moi ?
— Tu es la fille de Rodrigue Martos, fondateur de la Nueve. Tu es donc la successeure légitime.
— Je croyais que la Nueve n'avait pas de chef...
Pierre pousse un léger rire :
—C'est le cas... Mais nous savons aussi rendre à César ce qui est à César. Vous ne pourrez jamais être considérée comme un membre lambda de l'organisation. Votre voix comptera toujours plus que les autres. C'est pour cela que je vous ai montré cette vidéo posthume de votre père. Pour que vous compreniez tout de suite la place qui est désormais la vôtre.
— J'entends bien, mais si je suis la numéro deux, Don Sewn est quoi, lui ?
Anna, Hélène et Paul se regardent à nouveau.
— Don Sewn est assez... Particulier, répond Hélène, nous t'expliquerons tout plus tard le concernant...
— D'accord.
— La question est : avez-vous repris vos esprits ou pas ?, demande Pierre tout à coup.
— Partiellement... Je retrouve petit à petit la mémoire.
Il pousse un « ouf » de soulagement tandis qu' Anna et Hélène esquissent un léger sourire. Leur angoisse se dissipe.
— On peut donc envisager que tu retrouves toute ta mémoire d'ici peu de temps ?, demande Anna avec cette étincelle d'espoir dans les yeux.
— Oui.
— C'est parfait alors !
Je prends une nouvelle fois la mouche et les foudroie du regard. Leurs sourires disparaissent aussi vite qu'ils étaient apparus.
— Pourquoi m'avoir effacé la mémoire ? Pourquoi ai-je dû endurer ça ?
L'espace d'un instant, ils ne savent pas quelle réponse adéquate donner. Pierre est le premier à se jeter à l'eau.
— C'est vous-même qui l'avez voulu... C'est votre décision et elle est courageuse.
— Je ne vous crois pas. Pourquoi aurais-je fait ça ?
— Pour éviter de donner des informations capitales si vous étiez arrêtée. Pour protéger la Nueve.
— Vous mentez !
Je me raidis instantanément. Quel affront de me dire ça avec cet aplomb. C'est tout bonnement impossible !
— C'est dur à entendre pour vous, mais c'est la vérité. La pure vérité !
— Taisez-vous !
À mon plus grand étonnement, il obéit, me laissant baigner dans mon propre désarroi.
S'il s'avère qu'il a raison, ma confusion est totale... Je déploie d'énormes efforts afin de contenir mes émotions. Tout ceci me parait tellement insensé... Cela ne peut pas être moi. Allons, Lisa, resaissis-toi ! Reste factuelle. Concentre-toi sur le présent et avance. D'abord, ralentis ta respiration et rassemble tes idées...Préserve les apparences... Bien ! Maintenant, poursuis ton interrogatoire comme tu sais le faire. Allez !
— Je sais suffisamment de choses pour comprendre que vous préparez un acte terroriste prochainement. Si je suis celle que vous dîtes, je devrais tout savoir et vous ne devriez rien négliger.
— Oui, Lisa, pas de soucis, répond Pierre prestement, mais la confiance doit être réciproque. Nous devons être sûrs que vous êtes maintenant vous-même.

Je m'en doutais...
—Très bien. Comment voulez-vous que je vous le prouve ?
— Montre-nous ce qu'il y a dans le sac, suggère Anna abruptement.
J'inspire profondément. Cette brillante idée ne pouvait venir que d'elle...
— O.K. Je vais vous le montrer, alors.
Ma quête de révélations est plus forte que ma méfiance. J'ouvre le sac, m'empare de la boite cartonnée et en retire quelques clichés que je tends à Anna. Cette dernière est stupéfaite.
— Nom d'un chien ! C'est vraiment le lieutenant Gilbert avec ce gamin nu ? Mais c'est horrible !, s'écrie-t-elle devant Hélène et Pierre, dégoûtés eux aussi.
— C'est bien lui. Et j'en ai plein d'autres...
— Le fils de pute !, peste Pierre, écoeuré.
Anna me dévisage, les yeux ronds.
— C'est juste incroyable...
— Quoi donc ?
— Que tu te sois souvenue de ça... Tout s'est passé exactement comme tu l'avais prévu dans les moindres détails. Tu nous avais dit que tu obtiendrais des dossiers compromettants sur le lieutenant Gilbert avant de te faire effacer la mémoire.
C'était donc tout un stratagème que j'avais soigneusement développé... Je ne m'en rappelais plus... Je tombe de haut.
— Tu as tenu parole. Comment as-tu réussi ce tour de force, Lisa ?, demande Hélène, impressionnée.
— Elle a un QI de 160, ne l'oublie pas..., répond Anna d'un air laconique.
— J'ai quelques contacts dans la police, certes...
Pierre serre les dents et les poings.
— Ces photos feraient tomber le lieutenant Gilbert dans l'heure si on les répandait sur Internet. Qu'est-ce qu'on attend ?

— C'est clair, acquiesce Anna, s'il compte nous attaquer, on doit le contrer immédiatement. Je vais scanner ces photos.
Au moment ou elle veut prendre mon sac, je l'arrête d'un revers de la main.
— Non, on ne fera rien... Du moins, pas maintenant.
— Mais pourquoi ?
Je fais une pause. Je réfléchis quelques secondes avant de donner ma réponse.
— Je ne pense pas que ce soit le moment le plus propice. Si j'ai fait cela, c'est que je devais avoir mes raisons et, à mon avis, ce n'était pas dans cet usage.
— Alors, on conserve les photos sans les utiliser pour le moment et on laisse le lieutenant Gilbert agir à sa guise ?
— Oui. Mettez-vous une seconde à sa place d'affreux narcissique pervers qu'il est. Quel délicieux plaisir de penser qu'il a déjà gagné ? Je l'ai vu en face-à-face lors de mon interrogatoire. Son arrogance et sa vanité sont ses faiblesses. Faisons-lui croire qu'il est le meilleur et ensuite détruisons-le.
— Ce n'est pas une si mauvaise idée que ça, après tout... , consent Pierre, l'index sur sa bouche.
— Ces photos ne doivent absolument pas filtrer en dehors de nous quatre. Vous devez promettre de le garder pour vous.
— C'est promis, Lisa.
— Bien. Maintenant, montrez-moi ce que je dois savoir.
— Ce que tu dois savoir, c'est qu'on est des hackers, répond Hélène d'un ton rude, et qu'on n'est pas des enfants de coeur. Au fil des années, d'autres personnes venant d'autres domaines professionnels et épousant les idées anarchistes se sont agrégées à nous. Aujourd'hui, La Nueve est présente partout dans le monde. Des centaines de cellules autonomes, fonctionnant indépendamment et ayant leurs propres règles. Personne ne peut dire avec certitude combien nous sommes en réalité. Notre efficacité réside dans une discrétion totale. Tu es ici dans la première cellule, le « noyau dur » comme les autres aiment nous appeler. C'est ici que tout à commencé avec ton père. Viens, je vais te présenter.

Nous nous rendons dans la salle des ordinateurs où Steve, le hacker qui m'avait présenté à Paul Dumont, s'avance vers nous.
— C'est Steve, dit Hélène, il fait partie de nos meilleurs éléments au sein de l'organisation. Mais je crois que vous avez déjà pu faire un peu connaissance...
Le hacker aux longs cheveux blonds et à l'air de dandy que j'avais mis à terre la veille me tend maintenant la main en signe de bienvenue sans la moindre rancune.
— Re-bonjour, du coup !, plaisante-t-il, content de voir que tu es réveillée.
— Oui, bonjour... Désolée pour le coup d'hier, j'y suis allée un peu fort...
— Ce n'est rien, c'est tout à fait normal vu le traumatisme que tu as subi.
On se serre poliment la main.
— Et si tu te présentais un peu ?, suggère Hélène.
— Oh, et bien... Je m'appelle Steve, je suis franco-anglais. Lorsque j'étais adolescent, j'ai piraté le réseau de la bibliothèque d'Oxford à la recherche de manuels traitant d'informatique. J'ai ensuite infiltré différents sites de vente en ligne, histoire de prouver qu'on pouvait les hacker facilement. Lorsque j'ai eu vingt-cinq ans, je me suis introduit dans le système du MI6* à la recherche d'éléments prouvant l'existence d'une conspiration politique au sein même du Parlement. Les choses ont commencé à chauffer pour moi et je me suis réfugié en France où j'ai été recruté par la Nueve. Vu que je suis toujours recherché, l'organisation me protège en échange de mes services. La douzaine de personnes scotchées à leurs écrans que tu peux voir ici sont tous des pirates. On travaille sur le même projet depuis des années.
— Et quel est ce projet ?
Je vois les yeux de Steve rouler vers Hélène qui hoche la tête d'assentiment.
— Un ver informatique**, répond finalement le hacker, mais pas n'importe quel ver. Le plus performant ver que l'on ait pu concevoir à ce jour.
— Ce n'est pas la première fois, intervient Hélène, nous avons déjà eu recours aux vers par le passé, notamment pour pirater les courriels des membres de l'ONU. Mais cette fois-ci, c'est différent, nous comptons lancer plusieurs vers au même moment et à différents endroits dans le monde. Toutes les cellules de la Nueve à l'étranger se sont jointes à nous pour cette opération de grande envergure. C'est un piratage mondial visant tous les pires symboles du capitalisme : les banques, les politiques corrompus, les multinationales cupides... L'objectif est de provoquer un sursaut, une révolte. On espère que tous les peuples du monde suivront le mouvement et se soulèveront.
— Cela risque de provoquer une guerre civile, un embrasement du monde... Ce sera...
— L'anarchie ? , finit Steve d'un ton désinvolte, effectivement, c'est le but. Il faut détruire l'Ancien Monde pour en créer un meilleur. Celui-ci est condamné depuis longtemps déjà. Tout ce que nous faisons, c'est...
Il retrousse sa manche droite et exhibe le fameux tatouage du A majuscule cerclé de noir représentant l'anarchie sur son avant-bras.
— Allumer la mèche, termine-t-il avec une fierté non dissimulée.
— Ce sera grandiose, rajoute Anna avec emphase, c'est ce que voulait ton père depuis qu'il a commencé : mettre un terme à l'injustice et à la corruption qui gangrènent ce monde. Nous allons exaucer son souhait.

Le souhait de mon père était de voir le monde brûler ? Sérieusement ? Anna, tu ne le connaissais même pas...
Je réalise, soudain, que toutes ces personnes sont habitées par leur idéal et que rien ne les fera changer d'avis. Déstabiliser ainsi le monde ne leur procure aucun remord, bien au contraire... C'est à la fois enivrant et effrayant. Je suis piquée par la curiosité malgré un certain malaise face à ce fanatisme palpable.
— Est-ce que ce ver informatique est prêt et quand comptez-vous le répandre sur Internet ?

Steve semble ravi d'être mon guide.
— Ne t'en fais pas, Lisa, je vais tout t'expliquer, répond-il en posant sa main sur mon épaule. A la fin, tu en sauras bien plus qu'au moment où tu t'es effacé la mémoire.

MI6* : Le Secret Intelligence Service (SIS), également connu sous la dénomination de MI6 (pour Military Intelligence, section 6), est le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni. Son rôle est de produire des renseignements sur les sujets concernant les intérêts vitaux du Royaume-Uni en matière de sécurité, défense, politique étrangère et politique économique.

Ver informatique**: Un ver informatique est un logiciel malveillant qui se reproduit sur plusieurs ordinateurs en utilisant un réseau informatique comme Internet. Un ver, contrairement à un virus informatique, n'a pas besoin d'un programme hôte pour se reproduire. Il exploite les différentes ressources de l'ordinateur qui l'héberge pour assurer sa reproduction.
Le ver sert habituellement à :
- espionner l'ordinateur où il se trouve ;
- offrir une porte dérobée à des pirates informatiques ;
- détruire des données sur l'ordinateur où il se trouve ou y faire d'autres dégâts ;
- envoyer de multiples requêtes vers un site Internet dans le but de le saturer (attaque par déni de service).

Cabrones***: Bâtards en espagnol

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