39 - Infiltration (1ère partie)

13 minutes de lecture

06.12.2086 – Journal de Lisa - Mémoire retrouvée 55 %

— Bah mince, ça fait un mois que ça s'est passé et on est toujours ici à en parler ! Walter, sérieusement, à quoi ça sert que je fasse une déposition si c'est pour que tu m'appelles tous les trois jours pour me questionner encore et encore ?
— Tu sais pourquoi je suis là, Francis. Les vidéos de surveillance du soir du meurtre de l'Ambassadeur ont subitement disparu et comme par hasard tu n'as plus les séquences de l'heure précise où cela s'est passé dans tes archives. C'était ici, dans nos bureaux et en pleine journée. Tu l'expliques comment ?
— Je te l'ai déjà dit, il y a eu un bug informatique. Je n'ai rien pu faire.
— Tiens, chef, il ne manquait plus que vous...
Je rentre dans la salle d'interrogatoire en compagnie du commissaire Belard. Francis, qui est notre archiviste, nous dévisage longuement.
— Salut, chef, salut, Lisa. Ça gaze ?

— Ça va bien, Francis, répond le commissaire en s'asseyant, Walter...

Ce dernier n'a pas l'air super content de nous voir débarquer en plein interrogatoire. Il reprend tout de même :
— Donc, tu n'as notifié aucune visite entre midi et une heure ?
— Pas à ma connaissance, non. Je te l'ai déjà dit, il y a quelqu'un qui a profité de ma pause pour dérober les documents.
— Je mène l'enquête interne sur Lisa, mais ce vol, s'il est avéré, peut éclabousser tout le service. C'est très grave, car il aurait pu devenir un élément décisif dans l'enquête du meurtre de l'Ambassadeur.

Tiens donc, voilà qu'il me défend maintenant.

— On peut raisonnablement t'accuser d'obstruction à la justice, continue Walter sur un ton glacial.
Francis croise les bras et prend la posture de la défense.
— Je n'ai absolument rien à me reprocher, lâche-t-il d'un ton ferme.
— 'Faudra juste le prouver. On peut diligenter une enquête, n'est-ce pas, chef ?
Ce dernier parait un peu indécis :
— On pourrait, oui... répond-il la tête basse.
— On pourrait ?, répète Walter surpris, cet «accident» signifie qu'il y a une taupe, chef ! Si ce n'est pas Francis, c'est quelqu'un d'autre. On ne peut pas laisser ça trainer.
— Je t'interdis de me traiter de taupe, Walter !, menace Francis, furieux.
— Walter, sans te manquer de respect, c'est au Bureau des Affaires Internes de faire son boulot, pas à toi, intervient le commissaire calmement. Tu n'as pas à mener l'enquête de ta propre initiative.
— Comment peut-on mener une enquête à terme avec une taupe dans les parages ? Franchement, dites-moi !, s'emporte Walter.
Le chef se lève.
— Walter, je peux te causer une minute ?, demande-t-il avec autorité.
Walter obéit et ils s'éclipsent tous les deux. Francis, esquissant un sourire, s'adresse alors à moi.
— J'ai appris que tu avais intégré les Dark Units depuis un mois, dit-il, tout se passe bien pour toi ?
Sur le moment, je suis mal à l'aise et ne sais quoi répondre.
— Je suis désolée, Francis, je ne peux pas trop en parler...
Il pousse un hoquet gêné.
— Je comprends... Tu me crois coupable, c'est ça ?
J'inspire profondément :
— Honnêtement, Francis, je te connais depuis un bout de temps maintenant et tu es une personne fort sympathique mais, en dehors du travail, on ne se fréquente pas. Alors...
Je me contente de hausser sottement les épaules tandis que Francis fronce les sourcils, visiblement froissé par ma prise de distance soudaine.
Walter et le chef reviennent se rasseoir.
— Francis, tu es suspendu, il s'agit d'une faute grave, déclare ce dernier sans prendre de gants.
— Pas trop tôt !, siffle Walter, irrité.
— Je me passe largement de tes commentaires, Walter. Premier avertissement.
Francis parait d'abord désarçonné.
— Après toutes ces années vous me croyez donc tous coupable ou complice ?
— Présomption d'innocence, mon vieux, ironise Walter, pars en paix.
— Toi la ferme ! Je ne t'ai jamais supporté, ce n'est pas maintenant que ça va commencer !
— Messieurs, calmez-vous, intervient le chef, si je fais ça, c'est uniquement parce que je n'ai aucun intérêt à ce que le service soit sous le coup d'une enquête interne alors que Lisa est sur la tienne. Cette affaire est beaucoup trop importante pour être parasitée par des vents contraires.
— On parle d'une taupe..., répète Walter d'un air taciturne.
— Je suis parfaitement au courant !, rétorque le commissaire Belard, je ferai ce qu'il faut, mais discrètement ! Si la taupe sait que nous la traquons, comment pensez-vous que l'on va l'attraper ?
Je chuchote :
— La ou les taupes... Vu le niveau de corruption qu'a atteint cette ville, je ne serais même pas étonnée.

— C'est pourquoi nous allons laver notre linge sale en famille, explique le chef, rien ne doit filtrer de cette maison. Tout le monde doit être interrogé, y compris toi, Walter.
— Je n'ai pas terminé mon investigation sur Lisa et je...
Lisa aussi sera entendue, mais pas suspendue, car elle est en pleine enquête et j'ai besoin qu'elle soit concentrée sur ce qu'elle fait à cent pour cent.
— Mais chef, vous...
— Tant que vous ne serez pas rigoureusement questionné, je vous décharge de l'enquête sur Lisa. C'est un ordre, Walter. Je ferai moi-même l'objet d'un interrogatoire. C'est juste l'histoire de quelques jours. En attendant, agent Martos, vous vous en référerez directement à moi, désormais.
— Très bien, chef. Qui se chargera de l'enquête, si cela doit rester secret ?
— Vous le saurez bien assez tôt, ne vous inquiétez pas. Ce sera quelqu'un de la maison. Francis, tu restes notre suspect principal, tu seras donc mis sous surveillance rapprochée.
Francis parait abattu, ses épaules s'affaissent, son regard devient maussade.
— Lisa, je ne te retiens pas plus longtemps, poursuit le commissaire en se tournant vers moi, je dois encore parler avec Francis et Walter. Tu peux reprendre le boulot.
— Bien, chef.
Je me retire sans demander mon reste. David m'attend au seuil de la porte.
— Alors, quelle est la suite ?, demande-t-il abruptement.
— On va tous subir des interrogatoires. Le chef soupçonne une ou plusieurs taupes au sein du bureau. Francis est suspendu.
— Ben tiens !, grogne David tandis que nous nous dirigeons vers la sortie.
— Je sais que tu es toujours furieux à propos du fait que ces pièces à conviction ont soudainement disparu, mais il faut essayer de voir les choses du bon côté.
— Quel bon côté ?
— En infiltrant la Nueve de l'intérieur, nous avons la possibilité d'en apprendre beaucoup plus que si nous nous étions contentés de consulter de simples caméras de surveillance.
David s'insurge :
— Non mais tu t'écoutes parler un peu, Lisa ? On était peut-être à deux doigts de clôturer cette enquête et c'est tout ce que ça te fait ? Tu as l'air contente, limite !
— Ce n'est pas ce que j'ai dit... Mais avoue que dans tous les cas, nous aurions été obligés d'en passer par là pour atteindre notre cible. On a juste perdu un peu plus de temps, c'est tout.
Tout en parlant, je ferme mon épais manteau d'hiver et ouvre la porte d'entrée. David m'imite en tous points. Un vent glacé nous fouette le visage tandis que nous descendons le perron menant à notre voiture. Les premiers flocons rendent la chaussée glissante. Ça sent le sapin.
— Nous n'aurons plus Walter dans les pattes, désormais.
Je laisse cette phrase s'échapper afin de dérider un peu mon partenaire, mais ce dernier, loin de s'adoucir, allume une cigarette, signe chez lui d'un certain agacement.
— Enfin, une bonne nouvelle, marmonne-t-il d'un ton grinçant en faisant jaillir une étincelle de son briquet.
Nous claquons les portières de la Mercedes et David enclenche le moteur et pousse le chauffage à fond. D'un coup de volant de sa part, nous prenons la direction du QG de la Dark Unit.
— On peut dire que depuis que tu as intégré cette unité de geeks, on ne se voit plus vraiment, commence-t-il au bout d'un moment.
— Je te manque ?
— P...Professionnellement parlant, j'avance moins vite, balbutie-t-il.

— Ça se comprend.

Le regard de David se perd dans la circulation, alors qu'un embouteillage nous ralentit fortement au niveau de Porte Maillot.
— Tu sais, pendant que tu deviens une apprentie développeuse modèle, Marc-Olivier et moi sommes venus à bout de tous les enregistrements de Thomas Girard, déclare-t-il au bout d'un moment.
— Et ?
— Le mot le plus juste qui me vient est : édifiant.
David sait comment piquer ma curiosité :
— Raconte !
— Il ne s'est pas contenté de se filmer lui-même. Il a aussi filmé d'autres dirigeants à leur insu en caméra cachée. Je dirais même que c'est à partir de là qu'il a véritablement travaillé pour la Nueve. On sait déjà que le déclic pour lui s'est fait lors du dîner en compagnie du secrétaire d'Etat américain. Il en fait d'ailleurs souvent allusion dans ses vidéos personnelles. Tiens, écoute un peu ça.

«Arrêtons une bonne fois pour toutes de jouer sur les mots. Il s'agit de quelque chose de bien plus important que de misérables vies sans intérêt. On parle de l'avenir du monde. S'il fallait compter sur le peuple pour résoudre tous les problèmes, on en serait toujours à l'âge de pierre. Les élites ont toujours existé. C'est indispensable pour maintenir un semblant de stabilité. Qu'aurions-nous fait sans les franc-maçons, sans les Illuminatis ou les Templiers ? Le monde marcherait sur la tête aujourd'hui et on s'entretuerait. Mars est une occasion d'expérimenter quelque chose d'inédit : un monde nouveau avec des hommes nouveaux. Qu'en pensez-vous, Thomas ? Vous n'êtes pas d'accord sur le fait que vous avez un Q.I au-dessus de la moyenne et que vous méritez, par vos efforts et votre travail, d'être en première ligne pour coloniser Mars ?»
David coupe.
— Jeff Walter à l'œuvre. C'était ce fameux dîner du quatorze janvier 2085 qui, selon Thomas, l'aurait définitivement convaincu qu'il fallait dénoncer les agissements de l'ONU. Ce qui est étrange, c'est que j'ai aussi remarqué qu'il essayait de filmer l'intérieur de la Nueve.
— Ah bon ?
— Oui. Certes, c'est très court et il n'a pas réussi à saisir les visages, mais c'est suffisant pour être utilisé comme pièce à conviction lors d'un procès.

Je me gratte légèrement la tête :
— Tout ça ne parait pas très logique, au premier abord... Pourquoi essaierait-il de piéger l'organisation terroriste censée l'aider à inculper les membres corrompus de l'ONU ?
David jette sa cigarette par la fenêtre du véhicule, laissant échapper un nuage de fumée de sa bouche :
— Au début, il m'apparaissait évident qu'il filmait en caméra cachée uniquement dans le but de se protéger lui-même. Après tout, c'est normal, il risquait sa vie tous les jours et avoir des vidéos accablantes lui permettait de se couvrir si les choses tournaient mal. Un moyen de pression classique.
— Exact.
— Mais en creusant davantage, je me suis aperçu que les raisons pouvaient être finalement beaucoup moins avouables.
— Développe...
— À mon avis, l'ambassadeur jouait sur les deux tableaux et toutes ces vidéos n'avaient été réalisées que dans un seul et unique but : nous persuader de sa bonne foi. Il souhaitait que l'on pense qu'il avait subitement changé et qu'il était prêt à dénoncer ses anciens amis, mais j'ai la conviction que c'est faux. En tout cas, que la vraie histoire n'est pas aussi chevaleresque qu'il veut bien l'admettre. Toutes ces vidéos se trouvaient dans son ordinateur portable, protégées par un mot de passe très basique. Pas franchement ce que j'appelle quelqu'un de prudent avec ses données personnelles. Dans mon scénario, il a effectivement tenté de nuire à quelqu'un, mais je doute que ce soit contre l'ONU. Pour ma part, il a dupé la Nueve afin de les infiltrer pour pouvoir mieux les détruire de l'intérieur et ce serait pour ça que l'organisation l'aurait finalement descendu. Je suis certain qu'il s'apprêtait à les dénoncer devant le monde entier.
Je ne le montre pas devant David, mais intérieurement, je suis épatée par son raisonnement.
— Je devine déjà ce que tu vas me sortir comme mobile... Son propre fils.
— Oui ! Son fils déchu et embrigadé dans une organisation terroriste. Il n'aurait pas pu lui arriver quelque chose de pire. Comment pourrait-il pardonner ça ? Pour moi, c'est impossible.
— C'est un bon argument, j'avoue... Mais ça reste une hypothèse. Thomas Girard a fait des vidéos bien plus anciennes que le jour de son dîner avec Jeff Walter où il incendiait déjà le projet Genesis. Cela remonte à bien plus loin... Au fond de lui, il pensait ce qu'il disait.
— Peut-être qu'il ne faisait que vider son sac en ce temps-là et que ce n'était pas vraiment sérieux.Ça l'est devenu à partir de 2085. C'est tout à fait plausible, non ?

— Dans ce cas-là, ces vidéos ne sont pas toutes fabriquées pour essayer de se disculper... Comment peux-tu être si sûr qu'il ne s'est impliqué qu'à partir de 2085 et pas avant ?
David pousse un grognement d'exaspération :
— Lisa, où est-donc passé ton instinct de flic durant ce mois de formation ?
Je deviens sombre.
— Je suis désolée... Aujourd'hui est le jour de mon premier rendez-vous avec celui qui se fait appeler TheCreator au sein de la Nueve. Je suis un peu nerveuse.
Nous arrivons près d'un bâtiment qui ne paye pas de mine, seulement gardé par un homme en arme, un berger allemand et une vieille barrière. De ce que m'a dit Hélène, c'était un choix réfléchi pour ne pas trop attirer l'attention sur l'unité.
— C'est tout de même étonnant qu'en si peu de temps, tu aies réussi à t'adresser directement à un haut responsable de la Nueve, là où des dizaines de geeks ont échoué, s'étonne David.
— Je suis peut-être plus douée ou plus chanceuse.
— Peut-être que tu lui as tout simplement tapé dans l'œil.
— Physiquement, il ne m'a jamais rencontrée.
— Oui, mais vous avez bien discuté par claviers interposés avant ce moment. Il sait que tu es une fille ?
— Oui.
— Bah, voilà, j'ai ma réponse...
— Bon, je me sauve, on se revoit bientôt, David.
— Bonne chance !
En franchissant le hall du bureau de la Dark Unit, je surprends Pierre, près de la caféteria, une nouvelle fois victime des moqueries de ses collègues.
— Comment ça se fait qu'après un mois, tu ne l'as toujours pas invitée au restaurant ? , demande l'un d'entre eux alors que Pierre devient blanc comme un linge.
— Oh, laisse-lui le temps, allons ! Rappelle-toi qu'il est toujours puceau, le petit ! , ridiculise un autre.
Et les trois d'éclater de rire à gorge déployée. C'en est trop pour moi. J'avance vers eux et me plante là, les bras croisés, en les apostrophant :

— Dites donc les gars, vous n'avez rien d'autre à foutre que de l'emmerder ? Il ne vous dira rien, vous n'en valez pas la peine. Demandez-vous plutôt pourquoi votre patronne a préféré choisir Pierre que vous pour me former ? C'est simple : c'est lui le meilleur.
Complétement déconcertés par ma rhétorique et mon culot, les pauvres bougres ravalent leur fierté et s'en vont sans piper mot. Je me tourne vers Pierre, très impressionné.
— Tu vas bien ?, m'enquiers-je.
— O... O... Oui, ça va... Merci, répond-il un peu honteux.
Je plonge mes yeux dans les siens et lui envoie un sourire réconfortant.
— Ne laisse jamais personne te marcher sur les pieds, jamais.
D'abord surpris, Pierre semble boire mes paroles et me rend mon sourire.
— Alors, Lisa, est-ce que vous êtes prête pour le grand saut ?, me demande Hélène Lotte d'un ton qui se veut amical en s'avançant vers moi tel un chat.
— Je pense que oui...
— Bien ! Alors ne perdons pas de temps et rendons-nous tout de suite en salle de réunion pour parler du plan d'action.
Une dizaine de personnes sont déjà assises, que des hommes. Ils ont tous l'air concentrés sur une reconstruction 3D du lieu de la rencontre.
Hélène m'invite à m'asseoir et prend la parole devant tout le monde.
— Messieurs, Madame, aujourd'hui, est un jour particulier. Dans trois heures, précisément, Lisa va avoir son premier véritable contact avec un membre de La Nueve et pas des moindres puisqu'il s'agit de celui qui se fait appeler TheCreator, considéré comme le numéro 2 de cette organisation. Au temps vous dire que c'est la cerise avant le gâteau et qu'une telle occasion ne se reproduira pas de sitôt. Il est donc vital pour nous tous que cette rencontre se déroule le mieux possible et qu'à la fin, Lisa obtienne la confiance de son interlocuteur. C'est pourquoi j'ai opté pour la discrétion en montant une équipe réduite et seulement constituée des meilleurs éléments. TheCreator a donné rendez-vous à Lisa au Parc Georges Brassens à 11h, près de la fontaine.
Tout en parlant, Hélène fait un zoom de ma future position sur la reconstitution 3D. Un banc près d'un arbre.
— Le groupe sera scindé en deux : quatre agents sur le terrain, quadrillant la zone et ayant un contact visuel sur Lisa et les quatre autres avec moi, ici, à enregistrer et analyser la conversation et diriger le drone. Ne vous méprenez pas : TheCreator a beau être un hacker de génie, c'est également un terroriste. Il doit donc être sûrement armé et extrêmement dangereux. C'est peut-être la première fois que l'on verra son visage. Je recommande à tous la plus grande prudence. Le plus important sera de savoir s'il est effectivement venu seul ou avec des complices. Je sais que certains d'entre vous brûlent d'envie de le coffrer sur place mais ce n'est pas du tout le but de cette mission. Concrètement, nous n'avons rien contre lui et ce serait une erreur monumentale de faire ça, en grillant ainsi la couverture de Lisa et en anéantissant nos chances d'attrapper in fine toute la clique. Donc, calmez vos ardeurs de petits flics frustrés de testostérone et contentez-vous de protéger les arrières de Lisa pour cette fois-ci. Maintenant, à vous de jouer !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 10 versions.

Recommandations

Riley Sullivan
Bridie, jeune avocate brillante, sûre d'elle et à qui tout réussit. Auteure de romances à ses heures perdues, elle dissimule un passé complexe et difficile. La réalité est toute autre.

Brisée, harcelée, elle va se retrouver confrontée à sa pire crainte, lorsque l'un de ses deux meilleurs et seuls amis se retrouve derrière les barreaux.

Elle va plonger dans un monde qui lui est totalement inconnu, se confronter à son passé, à ses doutes et à ses plus grosses peurs. Saura-t-elle les surmonter et saisir sa chance pour trouver l'amour?
3
0
0
8
Vahkiin

      Le vieil homme porta un regard sur ses petits-enfants alors que dehors il menaçait de pleuvoir. Leur mère, autoritaire et stricte, leur interdisait de jouer sous la pluie. Elle avait raison, pensait-il souvent même s'il jugeait que sa fille était un peu trop sévère avec ses enfants. Les gamins prirent place dans le salon sur deux vieux fauteuils en face d'une télé toute aussi vieille. Des cadres en bois décoraient les photos des membres de cette famille et la joie semblait ne jamais quitter les mûrs de cette maison. L'atmosphère devenait de plus en plus lugubre malgré l'ampoule qui pendouillait au-dessus de leurs têtes grâce à un câble. Le vieillard s'installa sur un des vieux canapés avant de saisir son journal. À Kinshasa, au Congo, lorsque le ciel annonçait l'orage, la réception des chaînes ne fonctionnait pas très bien. Ainsi, les images se brouillaient et cela décourageait bien vite les enfants. Alors le vieil homme, devant leurs airs attristés, referma son journal et lança :
– Ramenez-vous bande de sales mioches !
      Les enfants étaient habitués à cette appellation. Ils étaient à sept dont trois adolescents, deux morveuses et encore deux autres plus petits. Ils avaient tous des traits similaires à leur grand père. Des visages noirs, des cheveux crépus coiffés en épaisses tignasses pour les plus jeunes. Les trois ados avaient, quant à eux,  des cheveux coiffés en dégradés pour mieux se conformer à la mode de leur génération. Les filles, elles, arboraient de jolies tresses, certaines colorées qui leur arrivaient jusqu'aux reins. Le vieillard était fier de sa descendance et il ne cessait jamais de le dire à sa ravissante fille. Malheur à leur père qui avait osé les abandonner quelques années auparavant. Ces petits enfants, du moins les plus jeunes, le regardaient avec une petite idée derrières leurs têtes sur ce qu'il allait dire. Ils étaient embêtants certes mais bon dieu qu'est-ce qu'ils étaient adorables. Il ne pouvait donc pas rester impassible devant leur ennuie.
– Je vais vous raconter une histoire, annonça-t-il en constatant les visages radieux de ses petits enfants. Il referma son journal et le posa sur la table basse en face de lui. Autour de lui, ses enfants étaient assis en tailleur et les plus jeunes étaient tous excités d'entendre le récit de leurs grands-pères. Elles se faisaient de plus en plus rares les histoires de papy, ils sautèrent donc sur l'occasion.
– Ouais ! s'exclama un des gosses, une histoire avec des chevaliers ?
– Non ! je sais, proposa sa petite-fille aux tresses roses, cendrillon ? Hein, s'il te plait papy, raconte nous cendrillon.
– Chevaliers, insista le garçon.
      Voyant qu'ils allaient encore devoir assister à des histoires d'enfants, les plus vieux se levèrent et prirent la direction de leurs chambres. Mais s'arrêtèrent presque aussitôt à l'annonce du vieux.
– Vous pouvez rester, déclara le vieil homme. Je n'ai pas l'attention de vous raconter l'histoire d'une de vos héroïnes à la peau blanche et aux cheveux blonds...rien en rapport à toutes vos conneries que vous regardez devant vos écrans. Derrière la porte de la cuisine, la mère des enfants adressa un regard noir au vieillard pour les gros mots qu'il venait de proférer. Ce dernier s'excusa face au regard de braise de sa fille. Elle a vraiment hérité de sa mère, se dit-il dans sa tête.
– Bien, donc l'histoire que je vais vous raconter s'est déroulé il y a très longtemps. Ici, en Afrique...
******

      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
      Olodumare restait dans sa gigantesque salle de méditation, remplie d'objets qui étincelaient de mille feux. Sur des étagères en bois de Baobab se trouvaient des trophées étranges à l'honneur de sa participation à la création du monde. Une grande partie des objets qu'il possédait, éclairer la salle de méditation. Il disait que cela l'aidait à se concentrer dans sa recherche de la perfection spirituelle. Un stade qui une fois atteint, procurait une jouissance incontrôlable pour le dieu. Les portes, grandement ouvertes, laissaient voir l'univers infini et juste devant lui l'Afrique sur toute son intégralité. Ses habits en tissus blancs étaient tellement longs qu'ils recouvraient le sol entier de la pièce. Quelqu'un toqua à sa porte, il ne fut pas surpris de voir le visage d'Ellegua, le dieu messager. Il était paré d'un collier d'argent et des pierres d'obsidiennes s'y incrustaient. Le dieu avait également sur son chef un chapeau fait en crâne d'antilope avec des rameaux s'entortillant sur lesquelles étaient accrochés des gris-gris et des coquillages pendouillant par des cordelettes. Un tissu rouge sang cousu dans du cuir noir lui servait à couvrir le bas de son corps. Son torse était scarifié et couvert de peintures blanches contrastant avec sa peau noir.
– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
– Son honorable seigneur des mers souhaiterait prolonger la durée de sa mission en Grèce afin de seconder le seigneur Poséidon dans sa lutte contre les Titans.
– Fichtre, toujours ces fanfarons d'olympiens ! Lorsqu'il s'agit de se faire assister, il ne manque jamais une occasion mais quand nous, Orishas, auront besoin d'eux en retour, nous entendrons que les chants de leurs maudites sirènes. Bien, qu'il reste donc et qu'il me prévienne de son arrivée. Nous festoierons à ce moment de joie.
     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
– Mais que fais-tu là, mon cher Eshu. Demanda à la fois gêné et énervé. Ce dernier ne savait pas que le dieu de la discorde avait des ébats passionnés avec la même concubine que lui. Mais cela ne suffit pas à le calmer, alors il envoya un sort de cécité en direction des deux divinités. Eshu retira un poignard de sa ceinture et l'enfonça dans le cœur de son amante après avoir réduit la distance qui les séparait.
– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
0
0
0
8
GEO
Un petit garçon, à la veille de Noël, de la neige, un peu de magie...

Je fête l'arrivée prochaine du printemps avec un conte de Noël, comme quoi tout est permis en écriture.
3
13
54
5

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0