38 - Missionis liberandum

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25.05.2088 – Journal de Jenny


À la pause café de dix heures, je rejoins discrètement Xhang dans notre dortoir. On s'assoit sur mon lit superposé et on ouvre le manifeste de « Breath for Mars ». Je le feuillette à partir de la fin, au niveau des annexes. Je tombe rapidement sur ce que je recherche : un plan détaillé de la base.
— Je n'aurais jamais pensé que ce livre nous servirait finalement bel et bien un jour, s'en amuse Xhang en esquissant un sourire malicieux.
— J'ai regardé ce plan en long et en travers hier et il y a une zone qui n'apparaît pas en légende.
Je désigne du doigt un point situé sur l'aile Sud de la base, dans le bâtiment B.
— Cela me semble être une zone à l'accès très limité, dit Xhang, il y a la maintenance et le générateur nucléaire qui alimentent toute la base en électricité. Seules quelques rares personnes pourraient y avoir accès. À vue de nez je dirais monsieur Carpenter, le général Williams et le chef du service d'ordre, Ray quelque chose... Il suit le CEO de Google comme son ombre.
— C'est vrai. Mais ils sont tous les trois trop difficiles à approcher pour pouvoir s'emparer de leurs badges. Il nous faudrait quelqu'un provenant du personnel.
— Hum... Pourquoi pas un technicien ? Ils sont relativement peu surveillés par les militaires.
— Oui, c'est une bonne idée. Le moment qui me parait le plus propice pour s'emparer d'un badge est celui de la douche. Tu penses que tu pourrais y arriver ?
Xhang prend quelques secondes avant de se tourner vers moi, l'oeil perçant.
— Oui, c'est faisable... Si je trouve une clef qui ouvre les casiers.
J'esquisse un sourire :
— Tu sais très bien que tout le monde ne ferme pas son casier lorsqu'il va à la douche. Le vrai problème, c'est que s'ils s'en aperçoivent, ils vont immédiatement déclencher l'alerte. On aura donc peu de temps pour agir avant qu'ils ne fouillent chaque dortoir à la recherche du badge volé.
— J'en suis conscient... Bon, je tente le coup ce soir et je te dis ce qu'il en est.
— Ça marche. Bonne chance !

Je passe le reste de la journée à travailler, essayant de ne pas penser au moment où Xhang irait aux douches dans l'espoir de trouver le casier d'un technicien ouvert. S'il se faisait prendre, c'en serait fini de lui ou de moi. Nos carrières respectives seraient définitivement anéanties. Pourtant, au fond de moi, je me réjouis de cette infraction aux règles. Je me sens excitée, animée par l'envie grandissante de retrouver Jonathan et d'obtenir les réponses tant convoitées.

Le soir venu, Xhang et moi entamons un jeu de dupes dangereux avec nos compagnons de dortoir. Dans un simulacre de routine, je m'empare d'un jeu de cartes et nous commençons une partie de tarots, plaisantant et rigolant tous ensemble. Un peu plus tard dans la soirée, Samuel gagne puis on décide de tous aller se coucher. Je fais semblant de m'endormir et attends patiemment qu'Aksionov et Samuel s'assoupissent. Au-dessus de mon lit superposé je sais que Xhang, lui aussi, a les yeux ouverts. Après une bonne heure, nos voisins ronflent enfin et Xhang me tend délicatement le badge qu'il a dérobé. Dans l'obscurité, difficile pour moi de savoir s'il s'agit bien du bon badge, mais le toucher chasse définitivement mes angoisses.
Il l'a fait. Impossible de reculer à présent.
Néanmoins, Xhang et moi n'avons rien planifié pour la suite. Comment s'y prendre pour tromper la vigilance des soldats et atteindre la cellule de Jonathan ? Je n'en ai pas la moindre idée. Mes yeux se ferment doucement...
Le lendemain, au petit-déjeuner, nous apprenons que monsieur Carpenter a une importante annonce à faire et que tout le personnel sans exception est convié au hall à dix heures du matin.
C'est une occasion en or pour tenter quelque chose. Par un échange bref et discret, Xhang et moi fomentons une imitation de plan qui ne brille pas par son originalité mais qui, nous l'espérons, sera efficace.
À dix heures précises, un peu plus de deux cent personnes bavardent et rient dans le hall. Je me rapproche de Xhang, lui susurre quelques mots à l'oreille et m'éloigne lentement vers la porte menant à l'aile Sud. Après un moment, comme à son habitude, monsieur Carpenter sort théâtralement de son bureau et s'appuie contre la rembarde, haranguant la foule.
— Mes amis, commence-t-il, ce matin, les planètes se sont alignées pour nous offrir la possibilité de marquer l'Histoire. Les « Taupes » sont de nouveau opérationnelles !
L'assistance applaudit de plus belle et des vivas retentissent.
— Nous allons pouvoir terminer le travail tous ensemble et découvrir ce qui se cache derrière cette entité extra-terrestre ! Vous n'êtes pas curieux de le savoir ?
— SI !
— Et bien, je souhaite que vous donniez votre maximum. Il ne nous reste que quelques mois pour tout finaliser. La mission ici va bientôt s'achever pour certains d'entre vous et seuls ceux qui auront mis du coeur à l'ouvrage auront la chance de rentrer les premiers ! La récompense au mérite ! Après tout, on vise l'excellence !
Je me faufile en toute discrétion, sans éveiller les soupçons des militaires qui restent figés devant les différentes portes. Je ne parviens plus à distinguer Xhang dans la foule.
Soudain, j'entends sa voix surgir du brouhaha au-dessus de toutes les autres. Il invective violemment monsieur Carpenter, provoquant un malaise dans l'assistance.
— Ne voyez-vous pas que le colonel Williams et monsieur Carpenter se moquent de nous depuis le début ? Ne comprenez-vous pas que rien ici ne les intéresse plus que ce fichu gouffre ? Peu importe si vos vies valent mieux qu'eux, ils ne méritent même pas que vous vous battiez ! Ce sont des usurpateurs ! D'autres personnes auraient rêvé d'être à leur place pour faire le Bien. Mais eux ne sont là que pour leur propre profit !
Monsieur Carpenter, surpris tout d'abord par ce crime de lèse-majesté, se resaisit et esquisse un sourire poli et maitrisé.
— Monsieur Xhang Giao, ricane-t-il, heureux de vous revoir. Je vois que vous n'avez pas encore perdu votre langue.
L'audience rit à son tour et un cercle se forme et s'agrandit autour de Xhang qui n'arrête pas pour autant sa diatribe.
— J'avoue que je me suis laissé emporter moi aussi par l'éloquence de monsieur Carpenter, mais maintenant que je suis ici, à des millions de kilomètres de chez moi, je réalise que j'ai commis une énorme erreur. Rien, dans cette base, ne reflète les idéaux ou la vision d'un monde meilleur. Non, c'est une colonie, comme il y en avait beaucoup au dix-huitième siècle. C'est une dictature !
— Je crois que monsieur Giao a définitivement perdu l'esprit, ironise le CEO en faisant un bref signe de tête aux soldats, le mal de l'espace sans doute !
Le soldat qui se trouvait devant ma porte commence à marcher vers la foule. Les autres l'imitent en tous points, arme à la main, formant un étau autour de Xhang. J'entends ce dernier crier avant de passer mon badge et de me faufiler in extremis dans le couloir.
— Ne vous approchez pas de moi ! Un seul geste et je fais tout exploser !
La porte se referme derrière moi. Je n'entends plus que des voix étouffées. Xhang doit sûrement brandir et agiter le tube qu'il a rempli d'une mixture bizarre au laboratoire pour faire croire à je-ne-sais quel cocktail explosif. J'admire son courage, j'en tremble même.
Mais pas le temps de m'apitoyer sur son sort. Ce long couloir éclairé mène au bâtiment B. Je dois le franchir sans me faire repérer par les soldats. Aux aguets, je me mets à marcher vite jusqu'à entendre des voix masculines.
— Je te le dis, Liam, qu'est-ce que je ne donnerai pas pour une putain de cigarette !
— Une cigarette ? Je croyais que tu avais arrêté à dix-huit ans ?
Des soldats ! Je m'accroupis tant bien que mal derrière un conduit d'aération. J'angoisse à l'idée d'être prise. Ils marchent vers moi.
—Je sais, mais on manque de tout ici. On ne peut pas fumer, on ne peut pas baiser... C'est une prison.
— Je ne te le fais pas dire. Moi, j'ai laissé ma femme s'occuper seule de notre fils. Il faut dire que niveau salaire, on n'a pas à se plaindre. Je serai un roi une fois que l'on sera rentrés au pays. Mais ils me manquent foutrement.
— Ne t'en fais pas, vieux, tu les reverras. On ne va pas moisir ici.
Ils ne sont plus qu'à quelques mètres de moi. Je suis perdue !
— Hey ! Les gars !, s'écrie un troisième soldat qui vient à leur rencontre, vous n'auriez pas oublié quelque chose ? C'est votre tour de garde.
— Oh, merde, nous fais pas chier, Henry ! On discutait de choses philosophiques...
— Attends, laisse-moi deviner... Les gonzesses, les gonzesses et les gonzesses ?
— Ferme-la un peu, tu veux ? On va y aller, surveiller ton bonhomme.
Les deux soldats font demi-tour en râlant. L'autre reste planté là, à les regarder s'éloigner.
— Putain, 'faut que je pisse moi !, marmonne-t-il entre ses dents.
Il regarde brièvement autour de lui puis se dirige vers le hall d'un pas preste. Je me recroqueville et recommence à stresser. Par une chance incroyable, il ne me remarque pas. Je saute sur l'occasion et sors de ma cachette en sens inverse. Je cours vers l'entrée du bâtiment B. Je passe mon badge dans la foulée et les épaisses portes s'ouvrent. Je m'engouffre presque en rampant. J'ai grand-peine à retrouver mon souffle. Je suis les deux gardes discrètement. Ils sont toujours en pleine conversation et ne se doutent de rien.
— Ce mec s'est déjà échappé une fois, il n'est pas question que ça se reproduise. Ordre du colonel.
— Ouais... D'ailleurs, c'est vrai ce qu'on dit sur lui ? Comme quoi il a creusé dans le mur pour atteindre les canalisations et s'échapper ?
— Ouais... Ce sont les gars qui le gardaient qui nous ont tout raconté. Ce type a quelque chose de pas normal...
— C'est foutrement dingue cette merde !
L'un des militaires place son œil vers la reconnaissance oculaire et une seconde porte s'ouvre. Celle de la prison de la base. Les deux hommes disparaissent.
Je me retrouve seule, à la merci de tous, vulnérable. Je m'approche de la porte, tente de placer mon œil devant la reconnaissance oculaire, mais en vain. Le désespoir me gagne. Et puis j'aperçois l'alarme.
Sans réfléchir, je l'enclenche ce qui fait résonner une sirène tonitruante qui parcourt toute la colonie, des couloirs jusqu'au dernier étage des bâtiments. Mon niveau de nervosité est à son maximum.

« Alerte sécurité, alerte sécurité. Ceci n'est pas un exercice. Veuillez suivre les procédures et vous rendre immédiatement dans le bunker. Alerte sécurité, alerte sécurité... »

Je m'empare de l'extincteur tout près de l'alarme. Il est lourd, mais à cet instant je n'y pense pas. Je m'avance vers la porte, soulève l'extincteur au niveau de mon épaule et attends.
Soudain, j'entends une voix :
— J'y vais et toi, reste là et surveille-le.
La porte s'ouvre. Je ne réfléchis pas et frappe le soldat en pleine tête de toutes mes forces en poussant un hurlement. Il tombe brutalement à terre, assommé. J'aperçois le deuxième soldat, hébété et derrière lui, Jonathan, debout derrière des barreaux en métal.
— Bordel, c'est quoi cette merde ?, s'écrie le soldat.
Il n'a pas vraiment le temps de pointer son arme sur moi, car Jonathan, d'un geste fulgurant, l'empoigne à travers les barreaux et lui fait un collier d'étranglement. Le soldat, qui devient tout rouge, se débat puis lâche son arme sous la suffocation. Jonathan pose alors sa main libre sur le haut de sa tête et commence à exercer une vive pression. En quelques secondes, le soldat perd conscience et s'écroule à terre. Jonathan retire immédiatement son bras des barreaux et pousse un grognement de colère avant de s'asseoir sur le lit de sa cellule.
— Je ne voulais pas faire ça ! Je ne voulais pas faire ça !, maugrée-t-il en me lançant un regard accusateur.
Je laisse tomber l'extincteur et me précipite vers lui.
— Jonathan, c'est moi ! Jenny ! Je suis venue te libérer !
Il hoche la tête de désapprobation.
— Tu n'aurais pas dû... Tu vas avoir de gros problèmes, maintenant.
Je ne comprends pas pourquoi il est si mécontent de me voir. Je n'en reviens pas. Après tous les risques que j'ai pris pour lui !
— Jonathan, tu ne mérites pas d'être ici. Je vais chercher un moyen de te libérer.
Je m'agenouille à côté du soldat et le palpe à la recherche de clefs improbables.
— Aucun de ces hommes n'a de clef, Jenny, déclare Jonathan tête baissée, va-t-en tant que tu le peux encore.
— Pourquoi tu me dis ça ? Tu ne veux pas t'échapper d'ici ? Partir ?
— Partir où, exactement ? Nous sommes sur Mars, Jenny... Arrête d'être aussi naïve !
— Xhang et moi avons pris tous les risques pour toi !
Jonathan ne répond pas et reste assis là sans bouger. Je suis sidérée. Après un instant, je me tourne vers l'autre cellule, apparemment vide.
— Où est Paul ? Il devrait être ici aussi.
Jonathan se tourne vers moi, l'air sombre.
— Il n'a jamais mis un pied sur Mars. J'ai menti, avoue-t-il.
J'en ai la bouche bée.
— Mais je l'ai vu, il était venu avec nous.
— C'était moi. Je portais un masque d'apparence.
— Ce n'est pas possible !
— C'est pourtant la vérité. Et j'ai une autre révélation à te faire : je suis un robot.
Je sens mes jambes se dérober sous moi. Je peine à décrypter les informations. Tout se bouscule dans ma tête. Est-ce qu'il est devenu fou dans cette prison ? L'alarme continue à sonner, mais je ne l'entends même plus. Je parviens péniblement à remuer les lèvres.
— Prouve-moi que tu es un humanoïde.
Jonathan se lève aussitôt et s'avance vers moi. Puis il saisit un des barreaux avec sa main droite et le plie légèrement sans le moindre effort. Je suis stupéfaite et tétanisée.
Il observe un moment ma réaction avant de remettre le barreau droit.
— Ma véritable identité est Oracio, explique-t-il sur un ton monocorde, je travaille pour la Nueve, une organisation internationale.
— Je connais... C'est une organisation terroriste qui fait des cyber-attaques.
— On nous traite de terroristes, mais qui sont les vrais terroristes à ton avis ?
— Je n'en sais rien...
Il fronce les sourcils, visiblement déçu par ma réponse.
— J'ai été envoyé ici pour une mission précise : rapporter les agissements de monsieur Carpenter au monde et protéger les humains. Il y a quelques jours de ça, je suis sorti de la base et j'ai pu m'entretenir avec l'entité martienne. Il s'est avéré qu'il s'agissait en fait de Dieu.
— Tu te moques de moi ? C'est une plaisanterie ?
— J'ai le sens de l'humour assez développé, mais pas à ce point-là...
— Oh !
— Dieu m'a expliqué qu'il n'était dans l'intérêt d'aucun être humain que l'énergie contenue dans le gouffre soit extraite et ramenée sur Terre.
— Et pourquoi ?
— Cela provoquerait l'extinction pure et simple de votre espèce.
— Tu es sérieux ?
— On ne peut plus sérieux... Monsieur Carpenter ne doit pas s'emparer du minerai. Je dois l'arrêter à tout prix. Mais je suis malheureusement limité par les lois de la robotique. Il m'a forcé la main. Nous avons conclu un marché : il enclenche l'évacuation de la base et moi, je reprogramme les « Taupes » afin qu'elles puissent atteindre le fond du gouffre.

Je retiens mon souffle :
— Et tu l'as finalement fait ? Tu as reprogrammé les Taupes pour lui ?
— Je n'avais pas le choix. Il a bel et bien envoyé le message de fin de mission. Un marché et un marché et c'est d'une logique indiscutable.
— Jo... Oracio, tu as signé notre arrêt de mort en faisant ça ! Est-ce que tu t'en rends compte ?
— Il m'a donné sa parole de ne rien rapporter sur Terre... Je dois lui faire confiance. J'ai été conçu en ce sens.
— Tu es une machine, certaines choses t'échappent...
— Comme ?
— Il t'a menti ! Tu sais pourtant ce que c'est que le mensonge, non ? Tu n'as fait que mentir tout ce temps en ma compagnie !
— J'ai, certes, menti, mais mon but n'était pas de nuire à qui que ce soit. Mon objectif était la réussite de ma mission : protéger les humains présents sur cette base.
— Ne penses-tu pas que pour lui aussi ce ne soit pareil ? Qu'il soit guidé par une foi inébranlable de faire le Bien en agissant ainsi ?
— L'homme convaincu est un animal dangereux, mais l'homme est aussi capable du meilleur.
— Tu vas donc rester ici jusqu'à ce qu'il te transforme en boite de conserve ?
— Je ne peux pas brutaliser un être humain. C'est formellement interdit par les lois de la robotique. Même si je sors d'ici, je ne pourrai pas utiliser la force pour imposer mon idée. Mon père, Rodrigue Martos, me l'a fait promettre : je ne ferai jamais aucun mal à un humain.
J'hallucine de l'entendre dire de telles choses alors que nos vies sont entre ses mains et que le temps nous est compté. Je soupire, excédée par son discours. J'hésite entre le frapper ou le supplier.
— Tu ne t'es jamais dit que peut-être ton créateur souhaitait que tu sois comme ça ?
— Comme quoi ?
— Sociable, attentionné... Attachant.
Oracio ne répond rien et baisse à nouveau la tête.
— Peut-être qu'il souhaitait que tu crées des liens avec des gens pour qu'ils puissent combler tes lacunes. Xhang et moi, on a tout risqué pour toi. Tu pouvais nous demander bien plus... Tu n'es peut-être même pas obligé d'être violent. Il y a d'autres moyens, tu sais.
— Je pensais pouvoir faire ça tout seul. Je me suis visiblement trompé.
Une colère grandissante m'envahit tout à coup. Je me sens trahie.
— Décidément, tu te trompes sur beaucoup de choses pour un robot !
L'alarme s'arrête brusquement. Je réalise dans quel pétrin je suis : les deux soldats à mes pieds commencent à remuer lentement. Des voix de plus de plus distinctes me parviennent aux oreilles. D'autres soldats arrivent !
— Ils ont compris que le déclenchement de l'alarme était une fausse alerte, dit Oracio, cache-toi en dessous de cette trappe, là-bas, je m'en suis servi lors de ma première évasion. Tu pourras te dissimuler derrière le tuyau. Fais vite !
Je ne perds pas de temps et me dirige vers l'endroit qu'il me désigne de la tête. Je me mets ensuite accroupie et commence à tirer la trappe avec les mains. Mes premières tentatives ne donnent rien, à part des brûlures aux doigts.
— Continue, ne t'arrête pas, je l'ai laissée ouverte, m'encourage Oracio.
La énième tentative s'avère fructueuse. Je me glisse à l'intérieur. C'est très exigu et j'ai un mal fou à respirer. Tant bien que mal, je m'allonge en dessous du tuyau.
— Cela te permettra de passer inaperçue un temps, me lance Oracio au loin, mais ne t'y trompe pas : tu ne fais que gagner un peu de temps. Divy a sûrement déjà capté ta présence ici grâce aux caméras de surveillance. Et tu n'es pas comme moi... Il faudra bien que tu manges à un moment donné.
— C'est cool, j'avais besoin de soutien et c'est merveilleux de pouvoir compter sur toi !
J'entends la porte de la prison s'ouvrir.
— Putain, qu'est-ce qui s'est passé ici ?
— Toi, lève-toi, allez !
Apparemment, le premier soldat que j'avais assommé vient de se réveiller. Il geint.
— Mon nez, bordel, cette pute m'a cassé le nez !
— Qui ça ? , demande l'autre.
— Une blondasse. Elle m'a frappé au visage avec l'extincteur. Elle n'avait rien à foutre ici ! Je mettrai ma main à couper que c'est elle qui a déclenché l'alarme.
— Et lui ?
— Merde, Tex est à terre.
— C'est Jonathan qui a fait ça, c'est sûr ! Parce que si jamais c'est cette femme, vous pouvez aller déposer votre démission, les gars !
— Va réveiller ton pote, on a un petit nouveau à foutre au trou.
— Xhang Giao. Un petit malin qui a voulu nous foutre la trouille.
Ils l'ont eu !... Ils l'ont eu!... Je tremble comme une feuille.
Je les aperçois à travers le grillage de la trappe s'avancer vers le second soldat.
— Allez, fous-lui quelques claques, ça le réveillera !
— Oh, les gars, arrêtez, je suis debout !
— Qui t'a mis dans cet état ?
— C'est cet enfoiré ! Il m'a étranglé ! Putain, je te ferai payer ça, sale merde !
— Où est la fille ?
— J'en sais rien, moi ! J'étais dans les vapes, je te signale. Elle s'est probablement enfuie.
— On l'aura. S'il faut, on fera cracher le morceau à ce cinglé de Jonathan. Bon, aide-nous à mettre le nouveau en cellule.
— Messieurs, vous n'êtes pas obligés de faire ça. J'ai compris la leçon.
— Ferme ta gueule, ducon !
— Allez, viens avec nous. On t'emmène dans ta nouvelle maison.
J'entends leurs ricanements sadiques. Ils entourent Xhang. — Allez, rentre là-dedans !
Ils le poussent violemment à l'intérieur.
— Je vous en supplie, laissez-moi ! , s'écrie Xhang d'une voix pétrifiée en se protégeant le visage.
— Ah oui ? Le colonel nous a dit de ne pas trop t'abîmer, tu as de la chance !
— Tu t'es quand même bien foutu de notre gueule tout à l'heure, le Français !
L'un d'eux frappe Xhang à la tête, rapidement suivi par tous les autres.
— Tu la ramènes moins là, hein ?
J'entends les gémissements de Xhang alors qu'il est roué de coups par ses bourreaux. C'est déchirant de l'entendre souffrir ainsi. Ils s'acharnent littéralement sur lui, le frappant au visage et au ventre, évacuant une malsaine frustration qui couvait déjà depuis longtemps. C'est un déchaînement de violence. J'assiste, terrifiée et impuissante, à toute la scène. Oracio reste désespérément stoïque, assis sur son lit, indifférent. Cela dure déjà depuis si longtemps dans mon esprit que ça en devient atroce. Je mets instinctivement ma main sur ma bouche pour éviter de hurler. Je ne réalise pas que je pleure depuis deux longues minutes.






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