34 - Nam melius et peius

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28.05.2088 – Journal de Jennifer Wilson

Je ne trouve plus vraiment le sommeil depuis ma réunion avec Jonathan et le CEO de Google. Si j'avais su plus tôt que c'était la dernière fois que je le voyais, je serais sans doute restée jusqu'au bout. J'essaye de glaner des informations à droite à gauche pour savoir où il se trouve, mais aucun soldat ne me répond. Je suppose qu'il est enfermé dans un endroit sinistre de la base et que la direction essaye de noyer le poisson. Pauvre Jonathan. Je m'en veux tellement de m'être emportée. Il essayait seulement de me protéger.
Quelle mouche a piqué les soldats ? Depuis deux semaines, ils mettent nos dortoirs et nos bureaux sans dessus dessous à la recherche de je-ne-sais-quoi. Se pourrait-il qu'il y ait un rapport avec Jonathan ? Tout le monde est plus ou moins tendu. Tim Carpenter et le colonel Williams se cloîtrent dans leur tour d'ivoire et ne communiquent plus avec nous.
Tandis que mes compagnons d'équipage dorment, je pense aux derniers instants passés avec Jonathan. Durant notre interrogatoire, il avait cette expression étrange dans les yeux. Un sentiment tantôt bienveillant, tantôt mélancolique, comme s'il pressentait sinistrement au fond de lui tout ce qui arriverait par la suite.
Dans la pénombre, entre les ronflements d'Aksionov et les sifflements de Samuel, j'essaye de vérifier si Xhang est toujours réveillé.
— Xhang, tu dors ?
— Non... Impossible avec Aksionov, répond ce dernier sur un ton exaspéré.
Je souris. Il ignore combien son humour me réconforte à ce moment-là.
— J'étouffe...
— Tu es tourmentée ?, demande Xhang en s'asseyant sur son lit, tu veux que l'on sorte un peu de la chambre ?
— Oui.
Xhang se lève lentement et va ouvrir la porte. Je me laisse entraîner. Nous empruntons le couloir pour atteindre la salle de détente où se trouve les casiers de chacun. Il y a quelques fauteuils avec une vue sur l'extérieur. Xhang, adorable, va me chercher un bol de chocolat à la cafétéria tandis que je m'assois. Il me tend la tasse d'où s'échappe un mince filet de fumée.
— Attention, c'est chaud, me prévient-il.
— Merci, c'est gentil.
Je tourne lentement la cuillère pendant qu'il pose un regard inquisiteur sur moi.
— Tu penses encore à lui, n'est ce pas ? , demande-t-il sans vraiment réclamer de réponse.
— Oui... C'est injuste ce qui est arrivé. J'espère qu'il va bien. Peu importe où il est.
Xhang penche la tête vers le sol en se grattant la tête, un peu embarrassé.
— J'ai quelque chose à t'avouer sur Jonathan, commence-t-il à demi-mots.
— Je t'écoute...
— Avant que vous ne soyez convoqués par le CEO dans son bureau, il est venu me voir pour me demander un service...
— Quel service ?
— Il tenait à ce que, si j'étais interrogé, je transmette une information à monsieur Carpenter.
— Et quelle était cette information ?
— Le fait qu'il... Qu'il ne mange pas et qu'il ne dorme pas.
Je suis si interloquée par ce que j'entends que j'en oublie de boire ma tasse de chocolat. Après quelques instants, j'essaye de garder mon esprit rationnel éveillé et l'interroge :
— Est-ce que c'est vrai ?
— Honnêtement, je n'en sais rien. C'est ce qu'il m'a demandé de dire en tout cas.
— Tu l'as déjà vu manger, rassure-moi ? Et il est toujours allé vers son dortoir le soir, comme tout le monde ?
Xhang pose ses mains sur sa tête, essayant de se remémorer un moment précis qu'il lui aurait échappé.
— En fait, non, jamais, admet-il finalement sans y croire, et toi ?
— Pareil...
— Mais ça ne veut rien dire, n'est-ce pas ?
— Je ne sais pas... Apparemment, monsieur Carpenter et lui se connaissent.
Xhang fronce les sourcils :
— Jonathan nous a fait marcher depuis le début ?! Cette histoire d'espionner Tim Carpenter et les militaires, c'était son plan ?
Je jette subrepticement un œil autour de moi avant de le mettre en garde.
— Chut ! Parle moins fort, on pourrait nous entendre... Pour répondre à ta question, je ne sais pas... Peut-être... Il nous a piégés.... Il n'y a que lui qui connaît la vérité. Je suis un peu perdue, là...
— Regarde par la fenêtre, Jenny...
Xhang tend l'index vers ce qui semble être un nuage de fumée en mouvement avec des lumières blafardes à l'horizon. Je pose ma tasse et m'avance de plus près vers la fenêtre. Le nuage se rapproche, grossissant à vue d'œil et je distingue les véhicules militaires. J'écarquille les yeux d'étonnement.
— Une expédition en pleine nuit ? Personne n'a été informé ?
— C'est vraiment étrange... Oh, ils se rapprochent, ils sont tous près maintenant.
Effectivement, le convoi motorisé s'apprête à rentrer au garage non loin de notre dortoir. On distingue bien les engins, mais difficilement les personnes à l'intérieur.
— Ils n'ont pas pris les crabes avec eux, constate Xhang, ce n'était donc pas une expédition de forage. Qu'est-ce que des militaires font dehors à trois heures du matin ?
— Pour moi, ce ne sont pas les militaires. Aucun militaire n'est jamais sorti de la base. Il ne peut s'agir que des clones.
— Mais ça n'a aucun sens de se balader comme ça au milieu de la nuit sans en avertir personne.
— Sauf pour chercher quelque chose en secret et je suis sûre que cela est en rapport avec Jonathan. On doit le trouver.
— Trouver Jonathan ? Dans une base ultra sécurisée ? Tu n'y penses pas !
— Je dois essayer. Je veux des réponses.
— Tu veux surtout le retrouver, lui...
— Peu importe. Je ne sais pas comment je vais m'y prendre pour atteindre la cellule d'isolement, mais je vais essayer de franchir les sas un à un.
— Tu vas te faire attraper et monsieur Carpenter sera furieux. Tu vas enfreindre les règles.
— S'il me met en isolement aussi, j'ai peut-être une chance de voir Jonathan.
— Il ne le fera pas, il n'est pas si stupide.
— Alors, tu m'aides ?
— Bon sang, Jenny...

Il croise les bras et soupire longuement :

— Bon, ok, je vais t'aider, accepte-t-il finalement, mais à la moindre embrouille j'arrête tout, compris ?
— Je comprends.
— Il faudrait peut-être en parler aux autres.
— Je serais tentée de dire oui, mais je me méfie d'Aksionov et Samuel, malheureusement, partage son avis... Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
— Ok, nous deux alors. Pour le meilleur et pour le pire. Allons sauver Jonathan.

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