25 - Tergiversari

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07.05.2088 – Journal de Tim Carpenter


    — Les clones viennent de rentrer de mission, débriefez-les immédiatement ! , ordonne le colonel à ses hommes.

Je m'appuie sur ma chaise.

— Ils seront factuels, ne leur demandez pas de vous faire un exposé.

— Cessez de plaisanter, Tim !

— Je ne plaisante pas. Ne pensez pas qu'ils réagissent exactement comme nous.

Le colonel Williams fait les cent pas :

— Je veux savoir à quoi on a à faire, nom de Dieu ! ... Jenny, une idée ?

— Je... Je dirais un organisme vivant extraterrestre à l'intelligence supérieure, répond la scientifique d'un ton quelque peu maladroit, il est clair que cette chose n'a pas appris notre langue auparavant. C'est donc tout à fait remarquable.

— Pas vraiment un scoop, ma belle, rétorque le colonel d'un ton sarcastique, en gros, vous n'en savez rien !

— Est-ce que vous pourriez essayer de vous calmer un peu ?

Je dessine ce que j'ai vu sur un carnet puis je le montre à l'hémicycle :

— Voilà ce qui est apparu sur l'écran. Une forme cylindrique de matière inconnue. Sans yeux ni bouche, mais dotée de parole et connaissant notre langue. Quelque chose qui ne ressemble à rien, mais qui n'a pas l'air non plus hostile au premier abord.

— Ce qui nous laisse le temps de réfléchir ensemble à ce que c'est exactement, poursuit Jenny, je propose d'organiser un brainstorming avec le reste de la base.

— Excellente idée, Jenny.

Quelques minutes plus tard, l'ensemble des scientifiques est réuni dans le hall et je me tiens sur l'estrade, accompagné par le colonel Williams et les clones.

— Vous avez tous été témoins de ce qu'on a vu aujourd'hui. Il s'agit peut-être d'une des plus grandes découvertes que l'Humanité n'ait jamais faites. Je vais laisser les clones s'exprimer et nous décrire précisément ce qu'ils ont vu afin que nous puissions en tirer nos propres conclusions. Numéro 3, si tu veux bien prendre la parole, je t'en prie.

Les cinq clones s'avancent et font face au public :

— De toute évidence, cette « chose » nous attendait. Aucune forme d'hostilité ni d'agressivité n'émanait d'elle. C'était un premier contact, une tentative de communication dans notre langue.

— À quoi ressemblait-elle exactement ?, demande un chercheur dans l'assistance.

— C'était translucide, sans enveloppe charnelle. Aucun membre, ni organe visible.

— Si c'est un extra-terrestre, il doit bien respirer quelque part, rebondit un ingénieur.

J'interviens :

— Je pense qu'il faut qu'on arrête de raisonner selon nos critères connus. On est sur Mars, toutes nos certitudes ne comptent pas ici.

Cette phrase provoque le remous souhaité.

— Je rajouterai qu'en ce qui concerne l'exobiologie, l'étude des pierres prendra un certain temps.

— Autant attendre les résultats dans ce cas-là, ce sera plus pertinent pour tout le monde, intervient un scientifique.

Le colonel sort de son silence :

— Nous n'avons pas ce temps. Et quand je dis nous, je parle des trente-deux nationalités différentes présentes sur cette base. Chaque journée ici nous coûte des millions alors essayons d'être les plus productifs et les plus rapides.

J'entends des rires étouffés.

— À combien de mètres de profondeur étiez-vous lors du premier contact ?

— Nous étions précisément à 222 mètres.

— Pensez-vous qu'il vous reste encore beaucoup à parcourir afin d'atteindre le fond ?

— Oui. Sans machine, il nous sera impossible d'atteindre quoique ce soit car il y a bien trop de puissance.

— De quoi parlons-nous lorsque nous parlons de cette puissance ? Personne n'a pu pour le moment mettre le doigt dessus.

— Peut-être parce que jusqu'à présent, on n'a pas réussi à s'en approcher de suffisament près pour pouvoir définir ce que c'est.

J'interviens :

— Essayons de tous nous concentrer, s'il vous plait !

Un scientifique lève aussitôt la main :

— On peut être d'accord ou pas, moi, je pense qu'il s'agit d'un vortex.

De nouveau du brouhaha. Un autre lui répond :

— Je ne suis pas d'accord, s'il s'agissait d'un vortex on aurait un mouvement tourbillonnaire des pierres or celles-ci lévitent avant d'être brutalement aspirées vers la source d'énergie en suivant un axe horizontal. Ça ne colle pas.

— Un champ magnétique alors ?

— Oui, mais dans ce cas-là quel est l'aimant ? Si le champ vectoriel provient du gouffre est-ce qu'il s'agit de l'attraction de Mars ? Si c'est le cas pourquoi ce champ ne s'exerce qu'ici et pas ailleurs ? Pourquoi nous ne sommes pas aussi inexorablement attirés vers cette force ?

— Cela est sûrement dû à des conditions particulières, dit Jenny, on a déjà remarqué que les propriétés physiques de Mars changent d'un endroit à l'autre. Ici, c'est totalement différent. Dans le gouffre, ces propriétés changent de mètre en mètre. C'est brutal et violent, et cela prouve l'intense activité chimique présente sur Mars. Il faut se rendre à l'évidence...

— Laquelle ?

— Mars ne sera jamais vivable pour l'Homme.

Je suis interloqué, les gens présents dans la salle le sont tout autant. Je vois de la stupeur dans le regard de certains, de l'hébétement chez d'autres. Le colonel Williams sort de ses gonds :

— Bon Dieu, Tim, faites taire cette putain de cinglée !

Il l'agrippe violemment, la secoue devant des clones impassibles.

— Vous n'avez pas honte de ce que vous dites ? C'est censé motiver votre équipe que de dire ce genre de conneries ?

Les chercheurs commencent à hausser le ton, d'autres veulent intervenir pour arrêter le colonel fou furieux. Les militaires, témoins de la scène, ne bougent pas le petit doigt. Jenny se protège comme elle peut. Je n'ose pas m'interposer.

— Lâchez-la !, rugit une voix parmi la foule.

J'écarquille les yeux. C'est Don Sewn. Il s'avance et tout le monde se tourne vers lui.

— Elle a raison, dit-il lentement, Mars ne sera jamais vivable pour l'Homme. C'est une réalité que vous devez tous accepter.


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      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
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– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
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– Fichtre, toujours ces fanfarons d'olympiens ! Lorsqu'il s'agit de se faire assister, il ne manque jamais une occasion mais quand nous, Orishas, auront besoin d'eux en retour, nous entendrons que les chants de leurs maudites sirènes. Bien, qu'il reste donc et qu'il me prévienne de son arrivée. Nous festoierons à ce moment de joie.
     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
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– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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