22 - Agitur

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07.05.2088 – Journal de Tim Carpenter


Numéro six parti, je me sens un peu plus détendu. J'ai hâte de voir comment il va être reçu une fois débarqué sur Terre. Je suis confiant et relaxé. Je sais ce qu'il convient de faire, parfois, pour le Bien de tous. Il faut savoir se salir les mains... Un peu. Répandre ce parfum de scandale mondial à quelque chose de très excitant. Déstabilisation gouvernementale à grande échelle. Justification parcellaire de tous ces dirigeants corrompus qui ne pourront plus se cacher, désormais. Je vois déjà la tête de mes confrères de la Silicon Valley, une sidération mêlée d'une certaine jalousie de ne pas en avoir eu l'idée eux-mêmes.

— Échec, dit Oracio, en face de moi.

J'émerge de mes pensées.

— On ne joue que depuis trois minutes et vous me mettez déjà en danger ?

— Votre roi est mis en échec par mon Fou.

— Vous saviez que j'avais la tête ailleurs, n'est-ce pas ?

Je déplace mon Roi en E2 dans une vaine tentative de gagner du temps. Oracio me donne le coup de grâce en déplacant sa Tour.

— Cela ne m'aurait pas empêché de vous mettre échec et mat, dit-il calmement.

Je souris. Sa victoire est indiscutable.

J'admire ce hacker à l'intelligence si fertile.

À ce moment, le colonel Williams fait son entrée en treillis militaire.

— Je suis content de voir que vos projets avancent, Tim.

— Merci, colonel Williams.

— Néanmoins, nous avons aussi notre priorité, n'est-ce pas ? Hum... Qui est cet homme ?

— Jonathan Couthenx, un ingénieur de Google et ami.

Le colonel bourru jauge Oracio.

— Et bien, votre ami ne verra sûrement pas d'inconvenient à me laisser discuter seul à seul avec vous ?

Oracio se lève de sa chaise.

— J'allais justement reprendre le travail, dit-il.

— Je souhaite ma revanche !

Don Sewn referme la porte derrière lui et mon sourire disparait aussitôt. Le colonel Williams se tourne alors vers moi, l'air grave.

— Est-ce que les clones sont prêts ?, demande-t-il brutalement, penché sur ma table.

— Ils s'entraînent minutieusement. Ce n'est pas si simple. Nous allons travailler dans un gouffre instable. Nous devons donc prévoir tous les scénarios, y compris les plus dramatiques.

— Épargnez-moi les explications, je veux une date. Quand seront-ils prêts ?

Je réfléchis quelques minutes :

— Je dirais encore deux jours.

— Je vous donne jusqu'à demain.

Je fronce les sourcils :

— C'est risqué, toute opération menée à l'extérieur doit être préparée en amont. La sécurité...

— C'est nous, la sécurité, interrompt le colonel, tous les engins ici sont plus que fiables, et la seule chose que les clones doivent faire c'est les diriger jusqu'au trou.

Je me lève, car ce colonel arrogant m'exaspère. Je regarde le logo de Google, pensif.

— Vous ne comprenez pas ce que nous faisons ici, ni la portée que cela aura pour les générations futures. Nous sommes en train d'écrire une toute nouvelle page dans l'histoire de l'Humanité sur Mars. Tout cela devrait, un temps soit peu, vous rendre fier. Au lieu de ça, vous jouez la marionnette pour Washington.

— Attention, Tim, vous me devez le respect !, s'insurge le colonel, vous êtes peut-être celui qui aura concrétisé le programme « Genesis », mais c'est Larry Page qui en est le véritable instigateur. C'est lui le visionnaire, pas vous !

Je le défie du regard.

— Qui se souviendra de lui une fois que les découvertes faites ici seront révélées au public ?

Le colonel reste interdit quelques instants.

— Peu importe, quand est-ce que le prochain départ pour la Terre est prévu ?, demande-t-il.

— Dans quatre mois, six scientifiques rentreront chez eux.

Le colonel fait une grimace et fait mine de regarder sa montre.

— C'est donc le temps qui nous est imparti pour que cette mission soit un succès. Ce programme coûte déjà des milliards de dollars au contribuable alors j'espère que vous ne vous êtes pas trompé sur ce que peut nous apporter ce gouffre mystérieux. Les envolées lyriques ne sauveront pas votre tête si jamais nous ne trouverons rien.

— Dans vingt-quatre heures, quand vous verrez les clones à l'œuvre, vous vous rendrez peut-être compte que nous avons déjà gagné.

Le militaire aguerri qu'est le colonel Williams apprécie mon répondant, tout compte fait, car il s'en va sans broncher. Pour le moment, je n'ai fait qu'ouvrir mon jeu, développé mes pièces et formé ma chaîne de pions. Avec numéro six, j'ai maintenant déplacé ma Reine.

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