92 - Negotium

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07.11.2088 – Journal de Lisa

— Alors, sœurette ? On ne dit pas bonjour à son frère ?
J’ai imaginé tous les scénarios, élaboré toutes les stratégies, mais rien ne pouvait me préparer à ça.
Devant moi, se dresse un homme en tenue du raid, qui ressemble trait pour trait à Oracio. Il respire calmement et parle avec la même décontraction que l’original. Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer et cela me terrifie.
Les paroles de grand-père Georges me reviennent en tête et ma première réaction est de le menacer.
— Tu n’es pas mon frère. Recule ou je tire !
— Calme-toi… Si je voulais vraiment te tuer, tu serais déjà morte, répond le clone.
Il lève les mains en signe d’accalmie. Seuls les gémissements de cette ordure de lieutenant Gilbert fendent l’air. Le clone s’accroupit et pose sa mitraillette par terre. Je ne le quitte pas des yeux. Il me jauge, puis se relève.
— Si je suis là, c’est parce que tu as quelque chose qui ne t’appartient pas et que j’aimerais récupérer, continue-t-il sans détour.
Je fais mine d’ignorer sa requête en essayant de gagner du temps.
— C’est monsieur Carpenter qui t’envoie ? Il prépare son retour ?
— En quelque sorte… Est-ce que tu as le simulateur 3D ?
À nouveau, je fais la sourde oreille.
— Je ne vais pas te tuer, insiste le clone, seul le simulateur 3D m’intéresse. Il a bien plus de valeur que toi à mes yeux.
— Pourquoi ?
— Là où certains y verraient une simple projection de l’avenir, j’y vois bien plus. Cet objet écrit l’histoire de l’Humanité ou plutôt, il la définit de manière tangible, concrète.
— Et toi, tu fais partie de cet avenir, je suppose…
— Moi, je ne suis qu’un simple soldat. Le génie, c’est monsieur Carpenter, mon père. Sans lui, tous les progrès technologiques de ces dernières années n’en seraient qu’à leurs balbutiements.
J’ai un léger sourire et j’ironise :
— C’est comme ça qu’il t’a vendu le projet Genesis ? C’est plutôt flatteur comme angle de vue.
Entre deux gémissements, le lieutenant Gilbert se permet de questionner le clone :
— Vu ce que tu as fait à mes gars, je n’ai que de l’animosité envers toi, mais une question me taraude : après t’être enfui, comment as-tu fait pour retrouver Lisa ?
— Je me suis d’abord rendu sur une piste qui indiquait que le simulateur avait été enterré quelque part. Une piste qui s’est avérée rapidement inutile, mais qui aura eu le mérite de faire gagner du temps à Lisa. Je me suis ensuite débrouillé pour revenir en ville par des moyens détournés. Pour le reste, je savais que vous la traquiez. Il m’a juste fallu me brancher à votre radio et à suivre vos mouvements. Tôt ou tard, je savais que vous me mèneriez jusqu’à elle. Je ne m’étais pas trompé.
Il se tourne alors vers moi :
— Je me suis permis d’écouter votre petite conversation. Ravi de savoir que ce policier tant décoré est un pédophile notoire…lâche-t-il d’un ton cinglant, les vices humains dont parlait mon père sont donc bien vrais. La nature humaine est à ce point si misérable ?
Le lieutenant Gilbert tente de se justifier, mais je lui coupe la parole.
— C’est le simulateur 3D que tu veux ? Il est dans mon sac à dos.
Le clone est pour le moins surpris. Il ne s’attendait pas à ce que je lâche aussi facilement le morceau. Je continue :
— Je te propose un marché. Tu m'aides à sortir d’ici saine et sauve et je te donne le simulateur. Ça te va ?
Une nouvelle fois, le lieutenant Gilbert nous interrompt :
— Vous ne sortirez pas d’ici vivants, jacasse-t-il, mes gars vous attendent dehors, leurs canons braqués sur vous. Ils vous descendront sans hésiter.
Je le remets à sa place :
— Pas si on vous prend en otage.
— Pour aller où ? En Australie ?
Je m’approche de lui et lui prend sa radio.
— Qu’as-tu en tête ?, me demande le clone, intrigué.
— Tu veux donner le simulateur à monsieur Carpenter, c’est ça ? Or ce dernier est sur Mars. Pourquoi ne pas le donner à Google directement ? Après tout, il est toujours à la tête de l’entreprise.
— Monsieur Carpenter se méfie de ses collaborateurs. Il m’avait explicitement demandé de conserver le simulateur 3D jusqu’à son retour et ne le confier à personne.
—Très bien. Le simulateur 3D reste entre tes mains, mais pourquoi pas nous rendre au siège de Google afin de s’assurer que le simulateur 3D que je détiens est bien le bon ?
— Tu veux dire leur céder le simulateur ?
— Non, juste leur demander de vérifier l’authenticité de cet objet. Avec toutes les polices à tes trousses, je doute fort que tu puisses conserver le simulateur intact. Tu n’auras nulle part où te cacher.
Le clone fronce les sourcils, songeur.

— Je dois reconnaître que tu as raison, concède-t-il, je ne pourrai pas fuir éternellement… Je dois trouver une solution pour me sortir de là.
Je prends cette parole pour un consentement et enclenche la radio d’un air triomphal :
— Nous n’avons pas le choix que de négocier avec la police.
La radio grésille, puis une voix rauque se fait entendre :
— Ici, le commandant Léonce, à qui ai-je l’honneur ?
— Lisa Martos, je détiens le lieutenant Gilbert et il y a un homme avec moi.
Le commandant Léonce fait une pause avant de reprendre.
— Écoutez, Lisa. Je vous connais en tant qu'ex-flic. Vous étiez un agent formidable avant de basculer de l’autre côté. Le policier que vous détenez doit aujourd’hui répondre de faits graves. Je suis ici pour lui, pas pour vous déclarer la guerre. Vous avez accompli ce pourquoi vous êtes revenue sur le sol français. Soignez votre sortie avec panache. Rendez-vous sans histoire et il n’y aura pas d’effusion de sang.
— Je crains que me rendre ne soit pas pour tout de suite… J’ai une requête à faire.
— Laquelle ?, gromelle le commandant Léonce, désappointé.
— J’aimerais que vous nous ameniez une voiture afin que l’on puisse se rendre au siège de Google France. Et pas de micros, évidemment.
— La nuit est en train de tomber et vous voulez vous rendre au siège de Google France ?, s’étonne le commandant.
— Tout à fait. Je veux une voiture garée devant l’entrée de l’hôpital dans vingt minutes ou je tue l’otage. Si vous donnez l’assaut, je tue l’otage. Si vous abattez l’homme qui est avec moi, je tue l’otage.
— Attendez, nous…
J’éteins la radio. Voilà ma façon de négocier. Le clone jette un bref coup d’œil par la fenêtre, alors qu’un hélicoptère nous survole.
— Il y a des journalistes en bas qui couvrent l’événement, nous apprend-il. Toutes les chaînes d’information doivent retransmettre l’opération.
— Parfait. Je veux que le monde entier voie ces images.
Le lieutenant Gilbert ne peut plus cacher sa douleur. Les mains pleines de sang tentant vainement de couvrir la plaie sur sa jambe gauche, il grince des dents et devient de plus en plus pâle.
— Il est en train de se vider de son sang. Si on ne fait rien, il va s’évanouir, explique le clone.
L’idée ne me dérange pas, mais j’ai encore besoin de ce sale vaurien.
— On va l’emmener à l’infirmerie de l’hôpital. Ça devrait le faire tenir quelque temps.
— O.K.
On prend le lieutenant de chaque côté, les bras au-dessus de nos épaules et on descend pas à pas les escaliers jusqu’à l’infirmerie. Je fais un brin de causette avec le clone.
— Tu dois être dépaysé par ce que tu vois sur Terre, non ?
Le clone étouffe un rire sarcastique :
— Je préfère largement Mars, répond-il.
— Je peux le comprendre… Que t’a dit monsieur Carpenter sur moi ?
— Il m’a dit de me méfier de toi car tu es très intelligente. Il m’a aussi confessé qu’il avait beaucoup de respect pour ton père, malgré leurs profonds désaccords. À mon avis, c’était de l’admiration avant de la jalousie ou tout autre sentiment nuisible chez les êtres humains.
— Tu penses que ce qu’il a fait était juste ?
— Je le pense, oui. Tout comme tu penses que ton père avait raison. Personne n’est vainqueur ou perdant dans cette histoire. Chacun se bat pour ses idées.
— Peut-être… Est-ce que tu as un nom ?
— Je m’appelle Numéro six. Je suis l’ainé de six frères et sœurs.
— Il y en a cinq autres comme toi là-haut ?
— Comme moi ?
— Des clones, je veux dire.
— Oui. Et j’espère que l’on sera plus nombreux à l’avenir. C’est moins risqué d’envoyer des clones que des humains dans l’espace.
—Tu n’as pas tort…

Nous arrivons à l’infirmerie et nous allongeons le lieutenant Gilbert sur un lit. Numéro six lui retire le pantalon. Sa jambe gauche est ensanglantée. Je prends de la morphine, un antiseptique et une bouteille d’eau et les donne à Numéro six.
— Cela fait déjà plus dix minutes que la balle a traversé sa jambe et est ressortie, il faut arrêter le saignement et éviter l’hémorragie interne, indique ce dernier en s’attelant à la tâche.
Dans un des tiroirs, je trouve un garrot que je confie volontairement au clone. Il est hors de question que je le soigne.
Tout en s’affairant, Numéro six se tourne vers moi :
— Est-ce que je pourrai voir le simulateur 3D ?, demande-t-il, non pas que je ne te fasse pas confiance, mais je ne l’ai pas vu de mes yeux, moi.
Une petite voix intérieure m’exhorte à ne pas lui obéir, tandis que l’autre me dicte de suivre mon instinct.
La confiance doit être réciproque.
J’ouvre mon sac à dos et prends le simulateur dans mes mains, tandis que Numéro six préconise au lieutenant Gilbert de se reposer un peu en lui donnant de l’eau. Puis il s’approche de moi et se saisit du simulateur avant de l’étudier minutieusement. Finalement, il conclut en déclarant que ce simple objet peut changer le monde.
— Je pourrais aussi vous tuer tous les deux et m’enfuir avec, rajoute-t-il avec ironie.
— Mais tu n’aurais pas les réponses à tes questions. Je ne crois pas que tu sois du genre à fuir.
— C’est vrai.
La radio sonne. Le commandant Léonce nous annonce que la voiture est arrivée. Numéro six vérifie sa mitraillette une dernière fois et ordonne au lieutenant Gilbert de se lever.
— Tu vas marcher sur une jambe et sautiller comme une gazelle, plaisante-t-il avec une sérénité déconcertante.
—Tu es drôle, le clone… Dommage que tu meurs ce soir, rétorque le pauvre bougre d’un ton sinistre.
— Attention, lieutenant, pas de signe malencontreux à tes snipers sur les toits, prévient Numéro six, au moindre geste suspect, je te loge une balle dans la tête, peu importe les conséquences. Vu ?
Je parie qu’il ne rigole pas.

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      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
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– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
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     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
– Mais que fais-tu là, mon cher Eshu. Demanda à la fois gêné et énervé. Ce dernier ne savait pas que le dieu de la discorde avait des ébats passionnés avec la même concubine que lui. Mais cela ne suffit pas à le calmer, alors il envoya un sort de cécité en direction des deux divinités. Eshu retira un poignard de sa ceinture et l'enfonça dans le cœur de son amante après avoir réduit la distance qui les séparait.
– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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