89 - Mors ad mures inclusi essent

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07.11.2088 – Journal du lieutenant Gilbert

« Chaque jour, de nouvelles révélations ébranlent un petit peu plus l’exécutif, ainsi que des personnes très haut placées. Des photos d’enfants nus dans des positions subjectives à caractère pédopornographique ont fuité sur le net. Elles auraient été récupérées dans les effets personnels du lieutenant Adrien Gilbert. Tout porte à croire que le lieutenant Gilbert, que beaucoup considèrent comme un exemple d’intégrité au sein de la police, soit lié à un réseau pédophile. Le scandale est déjà retentissant sur la toile et risque d'ébranler un peu plus les syndicats de police déjà débordés par l'explosion des bavures depuis le début de la crise. »

La garce a abattu sa dernière carte. Elle souhaite non seulement détruire ma vie personnelle, mais également ma carrière. Mon ex-femme m’a annoncé par message qu’elle souhaitait que je ne revoie plus jamais les enfants. Après tout ce que j’ai fait pour elle, elle préfère croire des rumeurs, plutôt que le père de ses fils. Quelle lâcheté ! Le commandant Léonce m’ordonne de me rendre sur-le-champ, avant que l’opinion publique ne se retourne contre toute la profession. Je viens de perdre trois hommes il y a quelques heures à cause de cette terroriste et maintenant que je touche presque au but, on veut m’arrêter ? Non ! Il n’est pas question que cette salope s’en sorte encore une fois !

Au sein de l’unité que je dirige, il y a eu des défections suites aux informations télévisées. La moitié de mes hommes a préféré partir. Pas la meilleure moitié.

Les quelques-uns qui sont restés auprès de moi sont de vrais patriotes, de vrais combattants. Tandis que nous roulons à travers la ville, je reçois un message sur ma montre connectée :

« Analyse terminée. Lisa Martos est partie à l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche.»

Je fais tournoyer mon index, donnant le signal de départ.

— Direction Maison Blanche, les gars !

Nous fonçons. J’apprends plus tard que le commandant Léonce a dépêché des policiers pour mettre un terme à mes agissements. Qu’ils viennent ! Je n’ai plus rien à perdre.

Nous arrivons devant l’hôpital. Mes hommes descendent les premiers du fourgon, les armes au poing. Les deux snipers montent sur les toits des immeubles alentours. Nous fermons la circulation. Je m’empare d’un haut-parleur et disperse les curieux avant de prendre les devants :

— ­Quadrillez le périmètre et mettez vos boucliers ! Bloquez toutes les issues !

Une fois cette première étape accomplie, je m’entretiens avec mes hommes :

— Écoutez, les gars. Elle se cache dans cet hôpital, mais elle sait que c’est la fin. Elle est seule et terrifiée. Elle espère pouvoir mourir en martyre. Ne lui laissez pas cette chance. Si vous pouvez, visez les jambes. Je préfère l’avoir vivante que morte.

Je vérifie mon équipement et particulièrement mon gilet pare-balles, ce qui ne manque pas d’intriguer l’assistance. Je me justifie, s’il fallait encore l’expliquer :

— J’ai un problème personnel à régler avec elle. Je vais rentrer à l’intérieur. Elle est sans doute armée. J’ai besoin de trois hommes pour m’accompagner.

Julien et Alexandre se dévouent naturellement, car eux aussi, ils ont des comptes à régler avec Lisa. Olivier les rejoint. Je suis fier d’eux.

Nous mettons nos masques anti-gaz et pénétrons dans l’enceinte de l’hôpital en file indienne. Julien avance en éclaireur avec son bouclier.

— R.A.S*, nous lance-t-il au bout d’un moment.

Le hall d’accueil a été ravagé par les flammes. Il y a beaucoup de cendre qui flotte dans l’air. Je fais signe à mes hommes d’inspecter les couloirs. Ils me désignent les traces de sang du doigt.

Nous longeons une rangée de casiers dont l’un d’eux est ouvert et vide. L’inspection du rez-de-chaussée ne donnant rien, on décide de monter à l’étage.

En radio, les snipers nous signalent du mouvement, sans pouvoir distinguer une silhouette. On comprend qu’on doit être très prudents. En haut des escaliers, il fait beaucoup plus sombre.

Tout à coup, un coup de feu retentit et une balle vient percuter le bouclier de Julien qui se recroqueville. Nous tirons pour répondre.

— Elle va essayer de faire diversion, ne vous faites pas avoir ! Avançons pas à pas !

Mes hommes, par radio, me demandent s’il nous faut des renforts. Je réponds par la négative. Il n’y aura plus d’effusion de sang dans mes rangs. Il y a deux couloirs en face de nous, l’un vers la gauche, l’autre vers la droite. Spontanément, nous décidons de nous séparer afin de l’encercler. Julien passe devant moi et nous progressons dans le couloir graduellement.

Soudain, en radio, Alexandre et Olivier annoncent qu’ils essuient des tirs. Nous accélérons l'allure afin de leur porter main forte.

— Elle m’a tiré dans la jambe ! Elle est rapide !, gémit Olivier, gesticulant de douleur, tandis qu’Alexandre lui porte secours.

Je ne flanche pas.

— Reste avec lui, Julien et moi, on continue.

— Chef, on devrait appeler les gars !, suggère Alexandre.

— Non, ça reste entre ces murs et c’est un ordre. Si la situation l’exige, on fera appel à la cavalerie. Là, c’est trop tôt.

— Vous voulez vous venger, chef ! Vous en oubliez de protéger vos propres hommes !

Je fronce les sourcils, contrarié :

— Vous me suivez, oui ou non ?

Julien, Alexandre et Olivier se regardent mutuellement sans broncher. Ils n’osent pas me regarder en face et cela m’exaspère.

— Comme vous voudrez ! Je pensais que j’avais affaire à des bonhommes, mais vous n’êtes que des lâches. Finalement, elle a réussi à vous retourner contre moi, vous aussi.

— Chef, vous…

— Déguerpissez !

Je leur tourne les talons, déçu et furieux qu’ils m’abandonnent si près du but.

Je m’enfonce dans les ténèbres, le fusil d’assaut bien en évidence, à l’affût du moindre bruit. J’inspecte chacune des chambres. Personne.

Brusquement, je sens le canon d’un revolver appuyé sur l’arrière de ma tête.

— Posez votre arme lentement sur le sol, débranchez votre radio et ne faites pas de geste brusque, prononce une voix féminine derrière moi.

Je devine qu’il s’agit bien de Lisa Martos. J’obtempère tandis qu’elle me tient en joue.

— Chef, tout va bien ?, demande-t-on à la radio.

— Dites-leur que vous êtes avec moi et que s’ils interviennent, je vous tue, m’ordonne-t-elle de dire en appuyant un peu plus sur la gachette.

— N’intervenez pas, les gars.

— Nous n'allons pas la laisser faire !

— Donnez-moi au moins un quart d’heure.

— Chef, nous…

J’éteins la radio. Une fois mon arme à terre, je lève les mains en l’air et me retourne vers elle. Elle ne ressemble plus du tout à la fille de mes souvenirs. Pourtant, cela datait d’un an à peine. Elle parait avoir pris dix ans de plus et elle a coupé ses cheveux et les a teint. Portant des vêtements usés et un sac à dos, son visage est barré par un bandana. Je ne distingue que son regard perçant, toujours aussi féroce.

— Enfin, la boucle est bouclée, lâche-t-elle d’un ton victorieux, je tiens le meurtrier de mon père. À genoux.

Je fais mine de n’avoir pas entendu, ce qui la fait enrager.

— J’ai dit : à genoux !, répète-t-elle avec véhémence.

Je m’exécute, lui faisant face. Elle me toise puis tend l’oreille au-dehors. Elle sait pour les snipers.

Admettant ma défaite, je tente vainement de l’amadouer.

— Ça a toujours été moi, ton problème. Ne mêle pas mes hommes à ça.

— Vous n’êtes pas en mesure de négocier.

— Je leur ai demandé de t’épargner. Rends-toi et tu seras encore en vie ce soir.

Elle ricane :

— Oh, quelle noblesse ! Il est évident que vous n’aviez aucune intention de me tuer de vos propres mains, n’est-ce pas ?

— J’y ai pensé plusieurs fois, je l’admets. Je l’ai appelé de mes vœux.

— Ah…

— Mais aujourd’hui, je vois les choses sous un autre angle. Je sais que tu as mené ta propre vendetta. Je sais que toutes les personnes qui étaient impliquées de près ou de loin à la mort de ton père sont soit sous les verrous, soit mortes. Il ne reste plus que moi.

— TheCreator avait raison : vous êtes plus intelligent que vous n’en avez l’air. Qu’avez-vous pensé de mon intrusion dans votre vie privée ? Qu’est-ce que ça fait d’être démasqué au grand jour comme le sombre porc que vous êtes ? Le Marchand de Sable n’est pas mort pour rien. Je me devais de le venger. Vous êtes seul, à présent.

— Lui ? Ça n’était que de la vermine.

À ces mots, Lisa fronce les sourcils et tire dans ma cuisse gauche, me faisant vaciller brutalement au sol. Je lâche un énorme hurlement de douleur. Je vois le sang sur mes mains et constate avec horreur que j'en perds beaucoup.
Elle me regarde souffrir, se délectant du spectacle.

— Oups, je crois qu’il faudrait un garrot, ironise-t-elle.

Je serre les dents et continue à lui tenir tête :

— Tu es aussi folle que ta satanée mère ! C’est pour ça tu es venue ici ? Pour lui rendre un dernier hommage ?

Elle s’agenouille et m’enlève mon masque anti-gaz.

— Bien plus que ça !, rétorque-t-elle, aujourd’hui, tu as fait exactement ce que j’avais prévu. C’est symbolique pour moi. Quelque part, tu es en partie responsable de ce que je suis devenue, non ?

De sa main gauche, elle exerce une vive pression sur ma blessure. Je hurle. Elle éclate de rire à nouveau et se relève, avant de braquer une dernière fois son revolver sur moi. Je bombe le torse, embrassant mon sort dans une ultime provocation.

— Ton père aurait été fier de toi.

— Effectivement, il avait un rêve. Je l’ai accompli, maintenant, me rétorque-t-elle cyniquement.

Tout à coup, je la vois lever la tête au-dessus de mon épaule et écarquiller les yeux, surprise. Un homme s’avance lentement vers nous.

Il est grand, brun et armé d’une mitraillette. Lisa le met en joue immédiatement.

L’individu s'arrête, nullement intimidé. Je le reconnais instantanément. Il ne me prête aucune intention et s’adresse directement à Lisa avec une assurance déconcertante :

— Alors, sœurette ? On ne dit pas bonjour à son frère ?

R.A.S*: Rien à signaler.

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Adaptation et réécriture d'une musique existante : The All Might Dubstep Rap par None Like Joshua
(Je ne suis pas propriétaire du contenu de cette vidéo, et n'ai pas l'intention de violer le droit d'auteur)
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