18 - Inopinatum

5 minutes de lecture

05.05.2088 – Journal de Tim Carpenter


Centre des opérations de « Breath for Mars ».

— Colonel Williams.

— Tim, vous arrivez au bon moment. Nous étions justement en train de commencer l'exploration de la zone de forage de Mare Boreum avec Skip, le robot motorisé.

— Bien, je vais m'asseoir, les caméras sont branchées ?

— Oui, c'est en direct. Mark est en train de téléguider le robot vers le gouffre.

— Quelles sont les nouvelles depuis la dernière tentative ?

— Hum, sur la spectroscopie ça bouge... On observe une activité géothermique plus profonde que l'on ne l'aurait pensé. Pour ce qui est du monoxyde de carbone, de la vapeur d'eau et de l'oxygène contenu dans l'air, ils sont en nette baisse et l'argon, lui, augmente.

— Inquiétant ?

— Pour le moment, ça reste cantonné à cette zone. Mais il nous faut surveiller ça, c'est clair.

— O.K.

Mark manipule le joystick et je visionne la progression du robot sur l'écran du moniteur. J'aperçois la foreuse que les robots ont entièrement montée. Juste en dessous se trouve l'immense cavité d'où s'émane une énergie en sommeil que nous supposons colossale. C'est bien par apport à la dangerosité potentielle du site que nous faisons appel à des robots plutôt qu'à des humains.

— Houston nous a bien confirmé par les résultats de la sonde ERO lors de son deuxième passage sur la zone que ce trou noir ne correspond à rien de connu pour le moment. Il n'a jamais été répertorié. D'après les clichés, ils évaluent sa profondeur à un peu plus de neuf cent mètres, mais il n'y a que nous qui pouvons le confirmer.

— Donc si je comprends bien, il nous incombe de le dater et de voir ce qu'il y a à l'intérieur.

— Voilà pourquoi Skip est là. Avec des échantillons plus anciens, on pourra peut-être en avoir le cœur net, dit Mark. Attention, j'y vais, accrochez vos ceintures.

Le robot descend, slalomant entre les pierres martiennes.

— Pente déclinante, remarque Mark, ce n'est donc pas un puits.

— De plus en plus sombre, renchérit le colonel en plissant les yeux.

Tout en scrutant l'écran, Mark fait pivoter son joystick de gauche à droite.

— Allez, Skip, ne me déçois pas, montre-nous un truc intéressant.

— On a une augmentation anormale de l'argon qui est maintenant à 15 %, souligne un autre militaire sur son écran.

— Allumage de la torche, dit Mark.

— Portée ?

— Environ vingt mètres. Vue 360°.

— Des pierres, du sable, de la poussière... Rien de bien excitant pour le moment, plaisante le colonel.

— Attendons d'aller plus loin.

Soudain, l'image sur le moniteur se brouille avant de disparaitre.

— Oh, c'est quoi ça ? , je demande.

— On a perdu le contact, j'ignore pourquoi, répond Mark en examinant son ordinateur.

— Rétablissez-le immédiatement, dit le colonel d'un ton péremptoire, on ne peut pas se permettre de perdre cet engin.

Les militaires s'activent. Après plusieurs longues secondes, l'écran de contrôle réapparait.

— C'est bon, ça a l'air de revenir, murmure Mark.

Je me redresse sur ma chaise.

— C'est moi où quelque chose a changé ? Regardez, on ne voit plus le sol.

— J'ai l'impression que le robot est retourné..., constate le colonel.

J'observe plus attentivement et je réalise avec stupeur que le robot se déplace dans les airs.

— C'est quoi ce délire ? , s'exclame Mark, on dirait que le robot est entrainé vers le fond du trou comme dans un tourbillon.

— Les pierres aussi.

— Il va de plus en plus vite. Impossible de l'arrêter.

En effet, l'image s'accélère et il fait de plus en plus sombre. Le robot reçoit de multiples jets de pierres sur la carlingue qui font vaciller l'image de plus en plus.

— Qu'est-ce que c'est ? Une force gravitationnelle ? , demande le colonel.

— J'en sais rien, c'est très puissant en tout cas. Je n'ai plus aucun contrôle sur le robot.

— J'enregistre une augmentation de l'argon qui est de 45 %. Oxygène à peine à 0,2 %.

— Il va de plus en plus vite, j'ai perdu le contrôle, dit Mark en repoussant sa chaise de frustration.

Tout le monde regarde fébrilement le moniteur en espérant futilement que le robot tienne le choc. Des éclairs bleutés apparaissent sur l'écran par intermittences.

— Vous voyez ce que je vois ? , demande Mark, c'est dingue, il y a des flashs de lumières à l'intérieur du trou. La force semble phénoménale...

— Les pierres ont l'air de léviter. C'est incroyable, commente un autre.

Le colonel se mure dans le silence, mais son regard trahit sa stupéfaction. Je suis cloué sur ma chaise. L'image tremble de plus en plus, le robot doit être trop rapide pour pouvoir transmettre des images en bonne qualité. Brusquement, il chute vers le bas et l'écran devient noir. Mark retire son casque audio et soupire.

— On vient de perdre Skip...

— Qu'est-ce que c'était ce truc ? , demande le colonel, piqué par la colère.

— Vous me demandez d'expliquer l'inexplicable, monsieur ?

— Je vous demande de travailler sur la réponse à fournir à Washington pour expliquer la perte d'un robot qui coûte une petite fortune. Au boulot !

— Oui, monsieur !

Le colonel se tourne vers moi :

— Venez avec moi.

Je le suis un peu plus loin à l'écart des autres militaires. Il me jette une de ses expressions indéchiffrables qu'il a lorsque quelque chose le contrarie :

— Écoutez, monsieur Carpenter, je ne vais pas y aller par quatre-chemins, commence-t-il, j'ai des comptes à rendre à Washington. Ce qu'on vient de voir, c'est tout sauf normal.

— Je suis d'accord.

— Il y a effectivement quelque chose dans ce trou, mais ce n'est pas avec des robots qu'on va pouvoir obtenir les réponses que nous voulons.

— Qu'est-ce que vous proposez, alors ?

— Vous aimez vous targuer que vous avez créé des clones ici. Faites en sorte qu'ils servent à quelque chose.

— C'est-à-dire ?

— Bon sang, Carpenter ! Utilisez ces clones pour inspecter ce fichu trou, que j'ai quelque chose de concret à dire au Président.

— C'est que je n'avais pas prévu de m'en servir pour cet emploi, monsieur.

— Pourquoi donc sont-ils là si ce n'est pas pour nous aider ? Je n'enverrai pas mes propres hommes à une mort certaine, ça, je peux vous l'assurer, alors vous allez me faire le plaisir de préparer vos clones pour une mission d'exploration d'envergure. Il faut découvrir ce qu'est cette source d'énergie et si on peut la transporter sur Terre. On n'a pas tout notre temps, ici.

Il repart rejoindre ses hommes d'un pas preste. Je soupire, j'hésite, je réfléchis, je me gratte la tête.

Un jour, Galilée a dit : « On ne peut rien enseigner à autrui. On ne peut que l'aider à le découvrir lui-même. »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Défi
Sterc


Je vis au sein d'une monarchie, comment est ce possible?
Monarchie démocratiquement inégalitaire,
Totalitaire à tout type d'évasion,
Imposant appareil répressif, censurant au maximum les "libertés",
Mélange incompatible entre le totalitarisme extensif fondé sur une incommensurable forme de conservatisme à en perdre la raison,
Et entre soupçon de démocratie surveillée
Toute forme d'expérience nouvelle est anticonservatisme, donc anticonstitutionnel, donc illégal.
Cette illégalité est un délit sanctionné par l'annonce de sanctions pouvant y découler.
Je cherche malgré tout un moyen de renverser le régime et de planter le drapeau français, symbole de toute les libertés

4
9
0
0
Défi
phillechat
Agglutination et rimes féminines
11
13
0
0
Défi
Calypso Dahiuty
Rêve...
Mot enchanteur qui révèle en nous les pensées les plus folles, les fantasmes inassouvis, les envies, les idées, et toutes ces choses inachevées...
Rêve...
Ne suffit-il pas de fermer les yeux, après tout ?
Pour vivre, rire et pleurer, bâtir sa vie par procuration ?
Rêve...
Un rêve. Un simple rêve, pour oublier, pour changer, remettre en place cette vie que l'on a pas su bien façonner.
Un rêve, juste un rêve... pour tout changer.
17
6
1
1

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0