86 - Somnum exterreri

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28.11.2088 – Journal de Jenny

Je n’avais pas réalisé que je m’étais assoupie sur ma chaise, devant l’ordinateur de contrôle. Le claquement de la porte me fait sursauter.

Le lieutenant-colonel Ferguson s’approche de moi, une tasse de café à la main. Devant nous, la grande baie vitrée permet d’admirer les étendues interminables et sinueuses de Mars la nuit.

— Vous réalisez qu’il est tard ?, me demande-t-il en s’asseyant près de moi et en m’offrant la tasse, il faut passer le relai à Isaac.

Je baille profondément en frottant mes yeux aux cernes creusés et lui réponds :

— Je préfère être ici, en contact avec Oracio… Je me sens utile.

Il sourit d’un air bienveillant en prenant ses aises sur la chaise.

— Merci pour le café, au fait, je rajoute maladroitement en buvant une gorgée.

— Comment va notre ami ?

Je regarde mon écran et constate qu’Oracio continue de s’enfoncer dans le gouffre pas à pas. La caméra est en mouvement, mais il fait noir et il ne dit pas un mot.

— Il a l’air de poursuivre sa mission. Il recherche l’entité, mais pour le moment, ça n’a rien donné. Il était plus bavard avant…J’essaye de le faire retrouver sa mémoire. Des fois, je le perds… Je pense que Bryna avait raison : sa nouvelle carte mémoire est inadaptée pour lui. Il est différent.

Le lieutenant-colonel Gilbert semble pensif.

— Au moins, il ne renonce pas, c’est l’essentiel, réplique-t-il finalement.

— Vous semblez voir le positif dans chaque situation.

— Ici, c’est une qualité indispensable. Vous ne pensez pas ?

— Peut-être… En tout cas, je préfère de loin votre état d’esprit à celui de vos prédécesseurs.

Il rit jaune.

— Vous êtes bien la seule personne qui m’apprécie, je dois l’admettre, plaisante-t-il à demi-mots.

— Pourquoi ?

Il devient sombre et scrute l’horizon, le regard lointain.

— Mes décisions n’ont pas fait l’unanimité, confesse-t-il, le cœur serré.

Je me doute qu’il évoque l’exécution des cinquante personnes infectées, dont certaines étaient mes amis. Une décision lourde de conséquences.

Cela l’a atteint, c’est sûr. Je tente de justifier ses actes.

— Vous n’aviez pas le choix… Il fallait sauver les gens sains. Grâce à vous, nous sommes tous en vie.

Cette réponse ne le satisfait pas et il fait la grimace.

— Cela me hante toujours, aujourd’hui… Je revois la scène inlassablement dans ma tête et j’essaye d’arranger les choses d’une autre manière, mais à chaque fois, le sang gicle sur mon visage… Est-ce que j’ai bien fait ? Est-ce que j’ai sauvé « Breath for Mars » ou est-ce que je n’ai fait que retarder l’échéance ?

— Vous avez fait ce qui vous paraissait la meilleure chose à faire. Personne ne peut savoir si cela aura des conséquences positives ou négatives par la suite.

Il me fait un clin d’œil malicieux :

— Vous êtes bien une scientifique : pragmatique en toutes circonstances, ironise-t-il, histoire de se détendre.

— Je fais confiance à Oracio. Je crois que je me raccroche à ça, désormais.

Le lieutenant-colonel fait un signe d’assentiment et reprend sa contemplation. Puis, comme revigoré par ce moment de méditation, il se tourne vers moi :

— Est-ce que vous êtes soulagée ?, me demande-t-il.

— Par quoi ?

— Le fait que monsieur Carpenter soit parti hier avec une trentaine de personnes.

Je soupire, me ressassant tous les mauvais souvenirs que j’ai pu partager avec cet homme.

— Il fallait qu’il parte. Il a déçu beaucoup de monde et il a fortement compromis notre mission.

— Il sera jugé dès son arrivée, soyez-en sûre, déclare le lieutenant-colonel d’un ton ferme.

La vision de sa discussion secrète avec le CEO me revient en tête et je ne peux m’empêcher de demander :

— Lieutenant-colonel, je peux vous poser une question ?

— Je vous écoute.

— Qu’est-ce que vous avez montré à monsieur Carpenter sur votre tablette tactile qui le mette dans cet état de panique ?

Le lieutenant-colonel se racle la gorge, embarrassé.

— Je ne peux pas vous en parler, ni à vous, ni à qui que soit, rétorque-t-il d’un air grave.

— Même après ce que je viens de faire pour vous ?

Il se redresse et jette un œil par-dessus sa chaise afin de s’assurer que nous sommes vraiment seuls. Puis il s’approche de moi et chuchote.

— La situation est dramatique sur Terre, m’apprend-il, le virus que nous avons affronté ici a contaminé des millions de personnes. Les gens s’entretuent. La Commission nous a transmis des images classées confidentielles.

Je suis abasourdie.

— Vous comptiez garder cette information secrète jusqu’à quand ?

— Cela doit rester entre nous. Ça provoquerait un mouvement de panique au sein de la colonie.

Je me lève, à la fois furieuse et inquiète :

— Nous devons tous rentrer auprès de nos familles afin de savoir si elles vont bien.

Le lieutenant-colonel me toise :

— Ce n’est pas déjà le cas ? Nous ne sommes plus que soixante, réplique-t-il, dans quelques jours, nous aurons tous évacué et…

— Jenny ?

Je me tourne vers l’écran de l’ordinateur. C’est Oracio. Il s’exprime enfin !

Je me rassois.

— Je suis là, Oracio. Tout va bien ?

— Je ne sais pas exactement. J’ai l’impression de disjoncter, répond Oracio, je ressens une force indescriptible qui m’attire irrésistiblement.

Sur les images, je le vois descendre une pente très raide et… Il y a de nouveau cette lumière aveuglante, comme lors de notre première expédition.

— Je distingue des pierres en lévitation, dit Oracio.

Je suis sans voix. Le phénomène recommence de plus belle ! Le lieutenant-colonel le remarque aussi.

— Si tout va bien, on devrait voir apparaître l’entité sous sa forme cylindrique, commente-t-il.

Je retiens mon souffle.

— Je vais me rapprocher davantage, lâche Oracio en sautant sur un rocher avec peine.

L’image est trouble, on sent la puissance du vent. Oracio s’avance vers la lumière qui, progressivement, s’amenuise. Tout à coup, le noir complet. Plus de lévitation. Tout redevient calme et paisible.

À nouveau, on ne distingue rien. Soudain, Oracio s’exclame :

— Non ! C’est impossible ! Cela ne se peut pas !

L’écran s’éteint. Je suis éberluée.

— Oracio ? Oracio, tu m’entends ? Oracio ?

— Qu’est-ce qu’il a vu ?, se demande le lieutenant-colonel.

— Je n’en sais rien !

La porte s’ouvre en grand et des militaires font leur entrée dans la salle de contrôle. Le major Zuckerman ferme la marche. Il a le visage blême.

— Lieutenant-colonel Ferguson, nous avons un gros problème, déclare-t-il sinistrement.

— Que se passe-t-il ?

Le major lui tend une tablette tactile. Curieuse, j’y jette un œil également.

— Voilà ce que l’on a reçu il y a dix minutes en provenance de la fusée Jupiter 4, dans laquelle a embarqué monsieur Carpenter, explique le major.

Dans une vidéo adressée à la colonie, monsieur Carpenter se filme lui-même. Les cheveux en bataille, les yeux écarquillés, il a une mine effrayante.

— Il m’a fallu du temps pour comprendre l’absurdité de cette mission, commence-t-il machinalement, j’étais aveuglé par mon orgueil et mes ambitions. J’ai réalisé que tout acte a des conséquences et je tiens à vous remercier, lieutenant-colonel Ferguson.

Ce dernier secoue la tête, décontenancé.

— Vous m’avez ouvert les yeux en me montrant cette vidéo, continue monsieur Carpenter, le monde sombre dans le chaos et la destruction. Après ce visionnage qui m’a terrifié, j’ai réalisé que je devais tenir ma promesse : j’avais promis au monde de leur ramener l’Espoir. Et même s’ils me détestent aujourd’hui, ils m’aimeront demain. J’ai accompli un acte de bravoure. J’ai pris un échantillon de cette énergie extra-terrestre avec moi et je l’ai sciemment caché à l’ensemble de l’équipage, en dépit des mises en garde.

Je n’en crois pas mes oreilles. Je laisse échapper un cri. Le lieutenant-colonel est interloqué.

— C’était la meilleure chose à faire, poursuit monsieur Carpenter avec gravité, je ne pouvais décemment pas rentrer les mains vides avec ce procès qui me pend au nez. Alors oui, j’ai craqué. Mais c’est pour le salut de l’Humanité. Qui sommes-nous pour oser nous mesurer à Dieu ? Nous ne sommes que des pêcheurs, des être imparfaits qui ne demandons qu’à nous élever, mais nous ferons toujours des erreurs.

Sans m’en rendre compte, des larmes coulent le long de mes joues. J’éclate en sanglots.

Monsieur Carpenter soupire, comme résigné.

— — Le colonel Williams était dans le vrai, conclut-il, nous sommes des monstres. Je ne l’ai compris que bien trop tard. Mais je peux encore rattraper les choses. Je peux encore accomplir mon devoir envers Dieu en tuant des membres de l’équipage. Pas tous. Juste ce qu’il faut pour qu’ils comprennent le message.

— L'enregistrement s'arrête net.


— Il est infecté, dit le major. Nous avons essayé de joindre la fusée, en vain.

Les épaules du lieutenant-colonel s’affaissent.

— Essayez encore ! Nous devons garder le contact !, ordonne-t-il dans une intonation désespérée.

« Alerte sécurité, alerte sécurité. Ceci n'est pas un exercice. Veuillez suivre les procédures et vous rendre immédiatement dans le bunker. Alerte sécurité, alerte sécurité... »

Les militaires se regardent mutuellement avant que l’un des leurs quitte la salle afin de voir ce qui se passe.

— Merde, les scientifiques s’entretuent !, s’écrie-t-il, il nous faut nos armes pour nous défendre, chef !

— Fermez les portes !,ordonne le major d’un ton péremptoire, Divy a lancé la procédure d’urgence.

Je suis terrifiée, j’en tremble.

— Qu’est-ce qu’on fait, lieutenant-colonel ?, demande un autre militaire.

Ce dernier, pris de court, s’assoit et réfléchit :

— Il faut éviter un bain de sang, commence-t-il, il y a encore des militaires à l’extérieur. Nous devons confiner tout le monde avant de perdre totalement le contrôle de la situation. On va sortir d’ici et atteindre le bunker. Ensuite, on cherchera un moyen de prendre les armes.

Tout à coup, un tremblement effrayant. Les pas lourds d’un déblayeur se font entendre au sein même de Breath for Mars.

— Un militaire est dans une taupe ! Il va tout détruire si on ne l’arrête pas !, s’écrie le major.

— On sort en rang serré !, ordonne le lieutenant-colonel, protégez la scientifique.

Les militaires s’exécutent et m’entourent. Puis, l’un d’eux ouvre la porte et nous exhorte à sortir le plus rapidement possible.

Je n’en crois pas mes yeux. Le hall est dévasté par la Taupe. Les tables sont renversées, les vitres des labos sont brisées et quelques scientifiques ont été tués. Sans armes, les militaires n’ont d’autre choix que de fuir. Certains scientifiques tentent de nous attaquer. Les soldats les repoussent autant qu’ils le peuvent.

— Tout le monde dans le bunker !, ordonne le lieutenant-colonel.

La Taupe nous aperçoit. L’homme à son bord semble déterminé à nous exterminer. Actionnant frénétiquement les différents rouages de l’engin, il se met en marche rapide vers nous dans un fracas infernal, pulvérisant tout sur son passage. Un militaire se détache de nous afin de détourner son attention dans un acte héroïque.

— Peter ! Reviens !, s’écrie l’un des siens.

Je l’aperçois esquiver une première attaque de la Taupe et tenter de raisonner son frère d’armes.

— Arrête tout, tu vas nous tuer !

Nous atteignons enfin le bunker, lorsque la Taupe écrase le militaire d’un coup de pied avant de se jeter sur nous. Les militaires referment la porte in extremis. La Taupe charge une première, puis une deuxième fois, sans succès. Les bruits de pas s’éloignent. Les murs cessent de trembler.

Un bref moment de répit qui me permet de souffler un peu et de retrouver des collègues qui ont survécu à l’attaque. Le lieutenant-colonel Ferguson prend immédiatement la parole et appelle à l’accalmie, avant d’organiser une mission pour récupérer les armes, quand, soudain :

— Plus de courant ! Il a endommagé le générateur !, s’épouvante une scientifique.

Nous sommes plongés dans le noir. Le lieutenant-colonel Ferguson ne se démonte pas pour autant.

— Je veux quatre hommes volontaires pour passer sous les radars de la Taupe, s’armer et abattre cet individu. Qui se dévoue ?

Les militaires hésitent. Puis quatre courageux sortent du rang. Après une rapide entrevue avec le lieutenant-colonel, ils quittent le bunker, la peur au ventre.

— Prions pour eux, demande ce dernier d’un ton grave à l’assistance.

Nous entendons plusieurs secousses retentir, ce qui fait craindre le pire sur les intentions du pilote fou.

— Il va finir par ouvrir une brèche, nous allons manquer d’oxygène !, s’écrie un scientifique, s’il détruit nos réservoirs, nous sommes perdus !

— Mesdames et messieurs, s’il vous plaît, ne cédons pas à la panique. Nous devons rester unis.

— Vous allez faire quoi quand ils auront récupéré les armes ? Nous exécuter comme des lapins comme vous l’avez déjà fait ? , apostrophe une scientifique avec véhémence.

— On ne se laissera pas faire !, se révolte un autre.

— Le chef vous a demandé de vous calmer !, rugit le major, fermez-la !

Je me recroqueville sur moi-même, en proie à une montée d’angoisse, alors que tout le monde s’écharpe autour de moi.

Oracio, si tu dois agir, c’est maintenant !

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