84 - In sollicitudin ante

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07.11.2088 – Journal de Lisa

« L’ex-commissaire Belard s’est suicidé d’une balle dans la tête alors que la police s’apprêtait à l’appréhender hier matin à son domicile, suite aux vidéos accablantes largement diffusées sur les réseaux sociaux qui l’incriminaient dans le meurtre de l’ambassadeur Thomas Girard, ainsi que dans celui de l’archiviste de son propre commissariat, Francis Loison.

Il y a un an, le commissaire Belard avait été félicité pour avoir arrêté le principal suspect dans l’affaire du meurtre de l’ambassadeur français.

Mais quelques mois plus tard, c’est la désillusion : le suspect est relâché, faute de preuves suffisantes et l’ex-commissaire entame une lente descente aux enfers qui l’amènera à être licencié pour alcoolisme sur le lieu de travail. Les experts s’accordent à dire que les décès respectifs de sa femme et de sa fille survenus huit ans plus tôt, ont pu avoir un effet néfaste sur sa santé mentale et s’interrogent sur le suivi psychologique dont il a pu bénéficier ces deux dernières années. »

« Des militaires ont fait feu sur des civils qui tentaient de les désarmer, causant trois morts. Les accidents de ce genre se multiplient un peu partout dans le pays et, plus largement, dans d’autres pays du monde. »

« Tandis que l’épidémie progresse, les laboratoires se mobilisent pour tenter de trouver un vaccin. Pour le moment, malheureusement, rien dans les échantillons prélevés, ne permet d’identifier le nouveau virus. La panique gagne toutes les grandes villes et la situation devient de plus en plus hors de contrôle.»

« Après le crash d’un quatrième avion, sûrement dû à l’attaque de passagers infectés, tous les vols commerciaux, ainsi que toutes les croisières commerciales sont interdits partout dans le monde. »

« Les pays avaient parlé de quelques jours pour craquer le code des vers informatiques lancés par le groupe terroriste La Nueve. Il s’avère que la tâche est plus ardue que prévu, comme en atteste le Premier ministre allemand Hans Wanderburg :

« Les vers informatiques «mutent», c’est à dire qu’ils semblent anticiper nos actions et réagissent en conséquence. C’est une sorte d’intelligence artificielle implantée dans les virus. Cela prendra plus de temps que prévu, c’est pourquoi nous optons pour une coopération internationale. »

« Alors que les prochaines élections arrivent à grand pas en Egypte, le pays est touché de plein fouet par les vers informatiques lancés par la Nueve qui ont paralysé les entreprises étrangères. L’émir Hazamani est parti en campagne et son discours, prônant un retour à un islam traditionnel et plus dur, gagne de plus en plus de terrain dans un pays au bord de la guerre civile. »

— Couvre-feu ! Rentrez chez vous ! Tout contrevenant se verra arrêté sur-le-champ !, entendons-nous brailler dans les hauts-parleurs, tandis que les chars et les militaires en armes font leurs rondes dans la ville.

Le temps est mauvais, il pleut à nouveau. Je me suis couverte d’un manteau à capuche volé dans un magasin pillé quelques minutes auparavant et je n’en suis pas peu fière.

Un paquet de chips, une bouteille d’eau, j’ai mon compte. Les gens fuient la ville et beaucoup d’immeubles sont peu à peu désertés.

Je me suis mêlée à un groupe de marginaux. Ils ont l’air gentils, quoique un peu bizarres. Ils vivaient déjà en marge de la société avant tout ça. Pour eux, les temps sont juste plus difficiles.

Avec ma coupe de cheveux à la garçonne et ma casquette, personne ne me reconnaît. Le portrait de moi que les medias ont fait circuler datait d’un an. Entretemps, les gens sont passés à autre chose.

Les agents sont débordés par les infectés et toute leur attention est portée sur la protection de l’executif présidentiel. Tant mieux.

TheCreator m’a donné son adresse. Qu’il ait pris un tel risque est le signe qu’il a quelque chose d’important à me dire. Ou peut-être que, comme le disait David, c’est un piège. L’idée de me rendre chez lui ne m’enchante pas, mais je n’ai pas le choix si je veux enfin obtenir des réponses.

— Tu sais où tu dois aller ? Je connais un peu le secteur, je peux t’aider, me dit l’un des hommes en dépliant un plan de la ville sur la table.

Je pointe du doigt un point sur la carte. L’homme hausse légèrement les sourcils.

— Ce n’est pas à côté, constate-t-il, il y a plusieurs barrages sur ta route, par exemple, rue de Rivoli ou les Grands Boulevards. Tous les grands axes sont cernés. Je te conseille de passer par les petites rues.

Il trace un trajet au stylo sur le plan.

— Celui-ci est un peu moins surveillé pendant la nuit, m’indique-t-il, tu auras plus de chances d’atteindre ton but.

— Merci.

À la nuit tombée, je quitte la planque et me mets en route. Il ne pleut plus, au moins.

Je me fais discrète, m’accroupissant derrière des voitures à la moindre patrouille qui passe. Au coin d’une rue, j’atterris sur un premier barrage. Trois soldats, deux H3G. Ils contrôlent les automobilistes, ainsi que les piétons. A cette heure-ci, il faut une attestation pour circuler.

Je contourne le barrage par une rue adjacente, suivant le plan à la lettre. Plus loin, j’assiste à l’exécution d’infectés dans la rue par des militaires. Le monde a basculé si vite dans la folie… Après moult péripéties et raccourcis, j’arrive enfin à l’adresse indiquée. La devanture est une ancienne épicerie qui a fermé. Elle ne paye pas de mine. La porte et les fenêtres sont barricadées. Je fais le tour de l’immeuble et tombe sur une benne à ordures qui bloque l’entrée d’une issue de secours cadenassée.

Merde…

Un message apparaît sur ma montre connectée :

«098212»

Je pousse la benne, inscris le code, déverrouille le cadenas, puis ouvre la porte.

À l’intérieur, c’est le noir total. J’avance à tâtons, utilisant ma montre connectée comme lampe torche. Les rayons de l’épicerie sont vides, mais le lieu est truffé de caméras. Tout est calme et désert.

Soudain, un appel sur ma montre connectée. C’est TheCreator.

— Content que tu sois arrivée à bon port, Lisa, me dit-il d’une voix erratique, bienvenue chez moi. Ne te fie pas à la décoration, c’est volontaire. Il s’agit de ne pas se faire remarquer.

— Où êtes-vous, bon sang ! Est-ce que vous m’avez piégée ?

Il toussote.

— Tu ne regardes pas dans la bonne direction, me répond-il, derrière la caisse du magasin, il y a une étagère. Pousse-la.

Je suis ses directives et découvre à ma grande surprise une porte blindée dans le mur. Après quelques secondes, cette dernière s’ouvre sur un long escalier. Je le descends avec méfiance.

Au bout de l’escalier, une autre porte. À peine l’ai-je entrouverte que de la musique classique me parvient aux oreilles. Du Schubert.

Je vois une salle pleine d’ordinateurs et truffée de caméras, la plupart ayant capté mon arrivée. Il y a des tracts anarchistes, des posters des Sex Pistols, des centaines de journaux prédécoupés et un H3G qui déambule et s’avance vers moi.

— Bonjour, vous êtes Lisa Martos, je présume ?, me demande-t-il.

— Oui, c’est moi.

— Mon Maitre vous attend dans sa chambre. Suivez-moi, je vous prie.

J’ai le rythme cardiaque qui s’accélère légèrement. Je vais enfin rencontrer celui que j’ai poursuivi depuis tout ce temps.

— Je m’occupe de mon Maitre depuis des années, maintenant. J’ai vu son état se dégrader et je tiens à vous prévenir, il est très malade. Il faudra que vous parliez intelligiblement, me conseille le robot au seuil de sa porte.

— O.K.

Il ouvre la porte et j’entends de longs râles. En entrant, je découvre un vieil homme allongé sur un lit, branché à un électrocardiogramme et respirant sous assistance respiratoire. En m’approchant, je sursaute presque. J’ai dû mal à en croire mes yeux :

— Grand-père Georges ?...

Le vieil homme retire son masque respiratoire.

— C’est bien moi, Lisa, articule lentement grand-père Georges, j’attendais ce moment depuis tellement longtemps.

Il peine à trouver son souffle et happe l’air. Je ne peux m’empêcher de le fixer, choquée.

— Tu étais censé être mort depuis longtemps.

— Je sais…, admet-il, mais laisse-moi t’expliquer.

Le H3G amène une chaise et je m’assois.

— Je ressens une forte émotion émanant de vous, constate le robot, désirez-vous quelque chose à boire ?

— De l’eau fraîche, s’il vous plaît.

— Très bien. Je reviens tout de suite.

Nous restons un moment à nous regarder, grand-père Georges et moi, sans échanger le moindre mot. C’est comme si cet instant était suspendu dans un espace-temps, hors d’atteinte de tout paradigme. À la lueur d’une lampe mourante, je constate ses rides creuses, son visage émacié et dévoré par la maladie. Il agonise. Probablement un cancer ou une saloperie dans le genre.

Le H3G me donne mon verre, que je bois d’une traite, ce que ne manque pas de me faire remarquer grand-père Georges.

— Je t’ai desséchée, ironise-t-il en esquissant un maigre sourire.

— Je n’ai pas l’habitude de voir des morts-vivants. Raconte-moi tout comme si j’avais cinq ans.

Il reprend son masque, respire un bon coup et commence à me parler de mon père. Plus précisément de leur relation étroite.

— Ton père et moi, on était comme des frères. J’aurais donné ma vie pour lui et je suis sûr qu’il aurait fait la même chose pour moi. Quand il est rentré des Etats-Unis, il était très agité. Il m’a dit qu’il regrettait certaines choses qu’il avait faites là-bas. Tous ses brevets robotiques n’avaient servi qu’un seul but : la conquête de Mars, mais pour des privilégiés et surtout, pour des clones. Il voulait réveiller les consciences, donner une chance au peuple de voir la vérité en face et d’agir selon son bon vouloir. J’ai adhéré à cette idée, mais j’étais encore en service à cette époque. Je ne pouvais pas enfreindre la loi comme lui voulait que je le fasse. Je restais un agent secret et lui devenait petit à petit un criminel. J’ai fermé les yeux, parce qu’au fond, il avait raison. On devait agir et on devait se salir les mains. Je l’ai donc aidé à recruter ses premiers hackers pour le compte de la Nueve. J’avais des renseignements classés secret défense qu’il lui ont permis de se créer un réseau très rapidement.

Il tousse. Je vois sa poitrine se soulever et s’abaisser avec peine. Un sifflement s’échappe après chacune de ses respirations. Le H3G ne reste pas très loin.

— Au fil des années, la Nueve a grossi et je pense que ton père s’est retrouvé un peu dépassé par la situation, continue grand-père Georges. Il sentait le vent tourner. Alors, il m’a fait promettre de m’occuper de toi s’il lui arrivait malheur. Et puis, il y a eu la découverte…

— La découverte ?

— Ton Q.I… Ta précocité sur ce que tu souhaitais faire de ta vie dès l’âge de deux ans. Ton père a compris que tu pourrais devenir tout ce que tu veux. Il tenait à ce que tu ne gâches pas ton avenir à cause de ses agissements. Tu voulais devenir policière. Ça lui convenait. Il voulait que je t’apprenne des choses sur le métier. Je l’ai fait.

— Tu avais omis de lui préciser la dureté de tes entraînements…

— N’empêche, c’est grâce à mes enseignements que tu es devenue celle que tu es, aujourd’hui. La manipulation, l’infiltration, la neutralisation discrète, etc. Je t’ai tout appris !

Il reprend son souffle après ce pic de colère. Je ne sais pas quoi répondre.

— J’ai vu les infos au journal, Révonnaissance est toujours en cours ? s’enquiert-il, les vers informatiques ne devaient pas survivre aussi longtemps, sachant que les meilleurs informaticiens du monde sont sur les dents pour casser les codes.

— Je pense qu’une tierce personne nous aide. Non seulement, aucun vers n’est détruit, mais ils sont devenus hors de contrôle et s’attaquent également aux systèmes de défense des états. Cela a provoqué un crash boursier.

— Qui que soit ce mystérieux bienfaiteur, il nous a grandement aidés !

Je hausse les sourcils.

— À la base, il ne s’agissait que de provoquer un sursaut, pas de paralyser le monde.

— De ton point de vue…, réplique sèchement grand-père Georges, ton père et moi, on était sûrs d’une chose : seule une révolution vaut la peine que l’on se batte pour elle.

— Au prix de millions de vies innocentes, des gens qui n’y étaient pour rien ?

Il me regarde et se braque.

— Ne me dis pas que ce n’est que maintenant que tu as des relents de culpabilité, lâche-t-il d’un ton abrupt, tu appliques une vengeance implacable. J’ai appris ce qui était arrivé au commissaire Belard. Son nom figurait sur la liste qu’Oracio t’a donnée.

— Cette liste, c’était toi, en fait ?

Grand père Georges toussote avant de répondre :

— Bien sûr que c’était moi. Cette liste était connue depuis un moment. Je savais que tu voudrais te venger en apprenant qui était le meurtrier de ton père. De toute façon, j’ai pris ma retraite il y a longtemps déjà. Je suis trop vieux pour tout ça… Mais les gens inscrits sur cette liste sont soit en fuite, soit en prison, soit morts. Si mes calculs sont bons, il ne te reste plus qu’un nom à rayer.

— Le plus important. Je tiens à m’en charger personnellement.

— Je n’en doute pas.

— Pourquoi m’avoir fait croire que tu étais mort ? Pourquoi avoir disparu tout ce temps ?

Le visage de grand-père Georges grimace de peine :

— Je n’avais pas le choix, ils étaient à mes trousses, se justifie-t-il maladroitement, si j’étais pris, qui aurait pu s’occuper de la Nueve et de Révonnaissance ? Tu n’étais pas prête à endosser ce rôle à cette époque. Rester avec moi t’exposait au danger. Tu étais déjà surveillée de près par la DGSE, comme tu as pu t’en rendre compte.

— Hum…O.K…

— Je sais que par rapport à ton passé, ça n’a pas dû être facile pour toi. Je suis désolé si tu t’es sentie une nouvelle fois abandonnée.

Je ne réponds pas, me contentant de digérer les informations. Mon enfance a été essentiellement basée sur le mensonge, le secret, la théorie du complot et les obsessions de grand-père Georges. J’aimerais qu’il assume la part de responsabilité qu’il a eu sur ma personnalité.

— Si je t’ai fait venir jusqu’ici, c’est que j’ai des choses importantes à te dire, me confesse-t-il.

— Je t’écoute.

— Ce clone venu de Mars, il cherche quelque chose. Ce quelque chose, c’est un objet qu’a développé ton père pour Google et qu’il a sciemment volé lors de sa démission : le simulateur 3D. C’est un élément primordial pour le bon fonctionnement de l’intelligence artificielle Bagheera. Bagheera est une intelligence artificielle qui a été conçue par Google il y a des décennies afin de récolter tout le savoir de l’humanité en cas de…

— En cas de quoi ?

— En cas de fin du monde, termine grand-père Georges, ce qui est le cas, aujourd’hui. Cette intelligence artificielle est l’ordinateur le plus avancé, actuellement. Elle a progressé d’année en année et emmagasiné des milliards de données dont elle tire des prédictions qu’elle retranscrit grâce à ce simulateur. Monsieur Carpenter sait en combien cette machine est précieuse. Il a remué ciel et terre pour retrouver ton père et mettre la main dessus, mais sans succès. En désespoir de cause, voyant que son plan initial a échoué, il a dû confier cette mission à un de ses clones. Si monsieur Carpenter récupère le simulateur, il sera en mesure de se défendre dans son procès et il s’en tirera. Nous ne pouvons pas nous le permettre.

— Où est Bagheera, en ce moment ?

— Au Etats-Unis, au siège social de Google sûrement, que sais-je ? C’est un projet top secret. Même moi, je ne sais rien sur cette intelligence artificielle. Ton père m’en parlait avec un mélange d’admiration et de crainte.

— Si je suis ton raisonnement, détruire ce simulateur est la meilleure solution. Pourquoi ne pas le faire ?

Grand-père Georges sourit légèrement entre deux spasmes:

— C’est plus complexe que ça, Lisa. Ton père n’a jamais eu l’envie de détruire le simulateur. Il savait l’importance de cet objet. Il pensait que le détenir lui permettrait d’avoir un moyen de pression au cas où Google ou la police viendraient l’inquiéter.

— Il a eu tort… Ça ne les a pas arrêtés.

— Peu de gens connaissent l’existence de Bagheera. Je suis persuadé que monsieur Carpenter espérait récupérer le simulateur avant l’assassinat de ton père. Mais trop de gens avaient à perdre dans cette histoire.

Je me lève de ma chaise en soupirant.

— Qu’est-ce que je dois faire, alors ? Trouver le simulateur avant le clone et le détruire ?

Grand-père secoue la tête :

— Tu ne dois pas le détruire. Cet objet est trop précieux, je te l’ai dit.

— Comment ça ? Je vais devoir le rendre à Bagheera, tout en évitant de me faire tuer par ce clone ou par toutes les polices du monde ?

— C’est l’idée… Bagheera est peut-être la seule machine capable de nous sauver tous.

— C’est du suicide !

— Je croyais que tu n’avais pas peur de mourir…

— Non, mais je ne suis pas totalement débile au point de me jeter dans la gueule du loup. Pourquoi ne pas l’avoir fait toi-même ?

Il me regarde, respirant profondément dans son masque, incapable de bouger.

Je grimace, exaspérée.

— Je suis bien trop vieux, murmure-t-il tristement, et je n’ai confiance qu’en toi pour cette mission. Cette épidémie va anéantir l’Humanité si on ne l’arrête pas. Bagheera est notre seul salut.

Je fais les cent pas, secouant la tête en me répétant que ce n’est qu’une mauvaise idée.

— J’ai contacté Google, lâche grand-père Georges, je leur ai dit pour le simulateur.

Cette phrase me fait bondir et je m’insurge :

— Pourquoi tu as fait une telle chose ? Google est toujours sous la coupe de Tim Carpenter !

Grand-père Georges peine de plus en plus à trouver ses mots.

— Ils ne peuvent pas connaître ma véritable identité. Je suis TheCreator sur le Darknet. Est-ce qu’ils ont pris en compte ce que je leur ai dit ? Il y a de grandes chances que non.

— Si c’est comme ça que tu comptais me rassurer, c’est raté !

— Je sais. Mais dans les circonstances actuelles, tu es mon seul espoir.

Je soupire, dépitée. Il me connaît par cœur. Je l’observe et il comprend que ma décision est prise. Il me demande d’ouvrir le tiroir.

Dedans, il y a une boite à musique ornée de motifs de chevaux. Je tourne la manivelle et une petite musique enfantine se fait entendre, faisant rejaillir en moi des émotions oubliées.

— Elle appartenait à ta mère, m’explique grand-père Georges, ouvre-la par le bas.

Ma mère ?...

Je la retourne, trouve le mécanisme d’ouverture et scinde la boite en deux, laissant tomber une petite clef. Étonnée, je la ramasse, l’étudiant sous toutes les coutures.

— Cette clef ouvre un casier qui détient le simulateur 3D, continue grand-père.

— Et où est ce casier ?

— À hôpital psychiatrique de Maison Blanche. Là où a été enfermée ta mère.

Je ne saisis rien de ce qu’il me raconte. Pourquoi cacher ce simulateur dans un asile pour fous ?

— Ton père était prévenant, continue grand-père Georges, il savait que les effets personnels des internés étaient mis sous scellé jusqu’à leur sortie. Il a demandé dans son testament à ce que la boite détenant les affaires de ta mère ne soit ouverte que par une personne : toi. Ta mère ne s’y opposa pas. Personne ne viendrait chercher dans un endroit rongé par la folie.

— Tu oublies que je suis une terroriste. Personne ne me laissera rentrer.

Grand-père Georges tousse à nouveau bruyamment. Le H3G vient lui porter secours.

— Tu ne le sais peut-être pas, mais il y a eu des infectés. Un incendie s’est déclaré et des fous se sont échappés pendant l’évacuation, hoquette-t-il. Presque tout a brûlé.

— Les casiers également alors.

— Il n’y a qu’une seule manière de le savoir… Lisa, je dois rajouter une chose.

— Laquelle ?

— Ta mère tenait un journal, tout comme toi, aujourd’hui. Je sais qu’elle l’avait au moment où elle a été internée. Il est fort possible que ce carnet soit également dans le casier. Ce que tu risques d’y lire ne va sûrement pas te plaire…

Ses paroles pleines de mystère m’intriguent.

— Pourquoi tu me dis ça ?

— Il y a des secrets de famille qu’on ne veut pas déterrer. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire…

— Ne tourne pas autour du pot et dis-moi ce que je vais trouver dans ce carnet.

— Je ne le sais pas, je suppose juste. Écoute, je sais ce que je t’ai fait. Ton père et moi, on t’a privée de ton enfance. Mais sache qu’on voulait ton Bien, tous les deux. On voulait te préparer à tout ça.

Je fronce les sourcils, piquée au vif.

— Me conditionner ? Me… Déshumaniser ?

Grand-père Georges se tait un instant avant de s’excuser platement.

Soudain, un bruit lourd provenant de l’entrée de la boutique nous parvient. Les coups sont répétés.

— Les flics ! Ils sont en train de défoncer la porte à l’explosif ! Tu dois partir, maintenant !, hèle grand-père Georges.

Il ordonne aux H3G de me fournir en armes dans un sac à dos.

— Tu vas en avoir besoin face à ce clone, me dit grand-père Georges, tu vas bientôt lui faire face et il ne faudra pas hésiter. Il n’abandonnera pas.

— O.K. Et toi ? Je dois t’évacuer.

— Non. Pour moi, c’est trop tard. C’est sûrement le lieutenant Gilbert. Il a enfin réussi à m’avoir grâce à toi.

Je suis choquée :

— Quoi ?

— Il s’est encore servi de toi. Il a des yeux partout.

— Mais j’ai fait attention à tout ! Je me suis cachée !

Grand-père Georges hoche la tête sinistrement et me met en garde :

— Ne le sous-estime pas, Lisa. Il est plus rusé qu’il en a l’air. Ça valait le coup pour moi de prendre ce risque. Il y a une porte dérobée de l’autre côté de la chambre. Elle te fera atterrir deux bâtiments plus loin en prenant les escaliers.

J’ai envie de lui exprimer ma reconnaissance, mais rien ne me vient. J’ai l’étrange impression de vivre un rêve éveillé. Il ne m’en tient pas à rigueur et me dit adieu d’un clignement d’œil.

Je cours vers la porte dérobée alors que retentissent les aboiements des chiens et des agents. Je la referme derrière moi puis emprunte les escaliers jusqu’en haut. Grimpant sur le toit, je perçois les voix des policiers en bas qui poursuivent leur progression.

— Attention ! Il a une bombe !

En une seconde, je me retrouve à terre, ébranlée par le souffle de l’explosion qui fait voler en éclats les vitres du rez-de-chaussée.

Il s’est sacrifié pour que je reste en vie… Je suis livrée à moi-même. Merde, merde et merde !

Il faut que je me rende dans cet hôpital au plus vite.

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