12 - Dolus

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04.05.2088 – Journal d'Oracio

Monsieur Carpenter se fait une joie de me montrer la base. Il me fait confiance. J'ai risqué très gros à le rejoindre sur Mars. Il sait que je ne peux plus me défiler maintenant.

Nous quittons son bureau et après un bref échange avec les policiers, je ne suis plus du tout inquiété. Cette autorité naturelle m'effraie un peu, mais je n'en montre rien à mon hôte.

— C'est bon, venez, me dit-il d'un ton amical.

— Quelle est cette musique que j'entends ?

— Hum, oui, il y a des hauts-parleurs ici. Ne me dites pas que vous ne connaissez pas la 7e symphonie de Beethoven, Allegretto ?

— Si, évidemment... Mais j'étais surpris.

— La musique adoucit les mœurs, mon ami, même sur Mars.

Nous arrivons à une première porte. Monsieur Carpenter se présente devant le détecteur de reconnaissance occulaire et, d'un rapide scan de son iris, enclenche le mécanisme d'ouverture de la porte.

— La base est comme un immense complexe avec trois départements majeurs, me lance-t-il d'un ton très fier, il y a d'abord la Technologie, le Développement et enfin la Biologie. Trois entités fonctionnant conjointement, exactement comme une entreprise normale. On pourrait même dire que cette base est l'extension de notre siège social sur Terre. Sauf qu'elle se trouve à des millions de kilomètres de San-Francisco. Tout ce beau monde fonctionne grâce à un générateur nucléaire. Et oui, on n'a toujours pas trouvé mieux.

— Quelles sont les fonctions de chaque département ?

— La Technologie s'occupe de tout ce qui concerne la robotique, les moyens de locomotion et les humanoïdes. Un domaine dans lequel votre défunt père excellait.

Je suis légèrement troublé.

— Pardon, je suis vraiment désolé, c'est ma faute, s'excuse monsieur Carpenter après un moment.

— Non, ce n'est rien.

Je mens évidemment !

— Je sais très bien tout ce que Google doit à votre père, continue monsieur Carpenter d'un ton maussade, il n'y a pas un seul humanoïde qui n'est été développé sans lui. Sa mort brutale a été une immense perte pour nous tous... J'ai perdu un ami ce jour-là.

Je garde le silence.

— Votre père aurait été fier de vous, c'était un grand ingénieur.

— Le meilleur.

Le CEO me sourit et reprend sa conversation :

— Le Développement est l'endroit où les physiciens analysent et interprètent les échantillons prélevés sur Mars. Actuellement, nous découvrons de nouvelles propriétés chaque jour. Pour finir, la Biologie concentre tous les scientifiques spécialistes du génome et s'emploie à expérimenter des choses nouvelles sous les conditions martiennes. C'est, personnellement, mon département préféré.

— Pourquoi ?

— J'ai toujours été interessé par l'anatomie humaine. Notre cerveau est une merveille en soi. Est-ce que vous savez que nous avons procédé à l'extraction du Big Data* et qu'en recoupant toutes les recherches faites par les internautes, nous avons pu concevoir une substance grise dépourvue de tout vice ? De quoi mettre un terme définitif à toutes ces satanées guerres. Il a fallu du temps pour le concevoir, mais nous y sommes finalement parvenus.

— C'est vraiment fascinant en plus d'être une avancée majeure.

— N'est-ce pas ?, s'extase le CEO flatté, d'ailleurs, nous arrivons justement en Biologie. À partir d'ici, il va falloir nous changer.

Nous mettons une charlotte en papier sur nos têtes ainsi qu'un masque couvrant nos nez et nos bouches. Enfin, nous enfilons une casaque, des couvre-chaussures et des gants très fins.

La salle est ovale et remplie d'instruments de chimie, d'hommes et de femmes exécutant des tâches précises avec leurs microscopes. Une odeur d'éther imprègne les lieux. Plus loin, j'aperçois une salle froide, probablement la réserve où sont conservés les outils stérilisés, les organes, les mélanges chimiques...

— Non, le “frigo” est de ce côté, rectifie monsieur Carpenter qui a deviné mes pensées.

Il désigne du regard une autre porte, mais continue à se diriger vers ce que je pensais être la réserve. Je suis de plus en plus intrigué par tout ce que je vois.

De nouveau, il soumet son iris au détecteur et m'entraîne dans une salle beaucoup plus sombre. En entrant, je me tétanise légèrement. Six bassins remplis d'eau sont entreposés ici et à l'intérieur des humains, le corps nu, flottent sous masque respiratoire. Ils semblent plongés dans un profond sommeil.

Qu'est-ce, c'est que ce... ?!

La porte se referme. Nous sommes seuls, au milieu de ces corps inertes baignant dans l'eau. C'est terrifiant et je ne peux m'empêcher de faire un lien avec le roman de Mary Shelley, Frankenstein.

— Subjugué, n'est-ce pas ?, dit monsieur Carpenter en observant ma réaction avec gourmandise.

— Hum... Ce n'est pas le mot que j'emploierai, mais effectivement, je suis très intrigué. Pourquoi des hommes dans des bocaux ?

— Rassurez-vous, ils respirent ! Ce n'est d'ailleurs pas de l'eau, mais du liquide amniotique.

— Du liquide amniotique ?!

— Oui, ce ne sont pas tout à fait des humains, mais des clones. Ils ont été entièrement développés ici jusqu'à maturité. Regardez le tuyau qui entoure leurs organes génitaux. C'est l'évacuation de leurs selles. Il y a six mois, ils n'étaient que des bébés. Mais nous avons pu modifier leur ADN et augmenter la dose de protéines dans leur lait. De plus, le taux de radiation étant beaucoup plus élevé sur Mars que sur Terre, il a contribué à accélérer le processus de développement de leurs organes ainsi que de leurs muscles. Venez voir, je suis sûr que vous n'y verrez que du feu.

Je m'avance, hébété, vers l'un des caissons de verre et regarde longuement le clone. Je plisse les yeux un instant, n'en revenant pas. Puis j'ai un violent mouvement de recul, effrayé par ce visage si familier.

— Mais c'est moi !

— Non, c'est une copie de vous modifiée, rectifie calmement monsieur Carpenter, mais effectivement, physiquement parlant, il s'agit de vous.

Je recule encore.

— Mais comment... ?

— Nous avons fait ?, termine monsieur Carpenter, et bien, la première fois que nous nous sommes rencontrés je vous ai demandé un échantillon de sang, ce qui est demandé à tout nouveau salarié Google.

— Je ne suis pas votre salarié.

— Pour moi, vous l'êtes tant que vous travaillez pour moi.

— Je travaille pour le peuple, pour la liberté.

Monsieur Carpenter éclate de rire.

— À d'autres, très cher, nous ne sommes pas dans un conte de fées..., ricane-t-il. Bref, tout à l'heure, je vous ai parlé du Big Data* et de notre volonté à concevoir un encéphale sain. Votre ADN nous a permis de créer ce clone. Il a une intelligence équivalente à la vôtre, voire supérieure. Mais il y a une différence de taille : celle-ci est dépourvue de tout vice. Nous avons utilisé toutes nos connaissances pour élaborer un nouveau genre d'être humain ; un homme cinq fois plus fort, résistant à la plupart des maladies bénignes et surtout sans idées malsaines.

— L'esprit subversif est l'antidote et le cancer de la société... Je me rappelle de vos paroles la première fois que l'on s'est vus. Elles prennent tout leur sens aujourd'hui.

— Vous n'avez pas oublié, c'est bien. C'est donc ce clone qui va aller sur Terre avec la puce. La prison à vie ne devrait pas le déranger outre mesure car il est docile et obéissant. En outre, il a la faculté de pouvoir utiliser toutes les ressources de son environnement si cela s'avère nécessaire. Armes comprises. Il n'a pas été bien difficile de l'entraîner au combat avec un Q.I pareil. Ainsi, si jamais quelque chose ne se passe pas comme prévu, il pourra disparaitre dans la nature et personne ne saura rien de nos agissements.

Je me touche le front d'anxiété.

— Mais cela reste moi... Si cela ne se passe pas comme prévu, je serai incriminé. Vous avez fait de ce clone une arme à votre service, mais il s'agit toujours de mon identité ! Mon nom sera sali !

Monsieur Carpenter s'avance vers moi, l'œil brillant.

— Parce que vous comptiez rentrer et redorer votre blason ?, dit-il, allons, soyez sérieux, vous êtes Don Sewn, aux yeux de la police vous êtes un criminel. Être sur Mars n'est finalement pas une si mauvaise chose dans votre cas, je me trompe ? Personne ne vous connaît. Vous pouvez être qui vous voulez, ici. C'est comme un nouveau départ. Prenez cela comme une chance. Vous serez sans doute le seul criminel à avoir marché sur Mars.

Je dois admettre qu'il a raison.

— Êtes-vous toujours en contact avec cette journaliste française, Elena Gauthier ?, me demande le CEO tout à coup.

— Oui, c'est une amie.

— Bien, parfait ! Parce que c'est à elle que votre clone devra confier la puce. Ce sera sans doute LE scoop de sa carrière, elle pourra vous dire mille fois merci.

Soudain, je m'inquiète pour Elena. Un mauvais pressentiment...

— Je vous donnerai son contact.

— Parfait ! Je voulais vous dire...

À ce moment, le haut-parleur retentit.

— Monsieur Carpenter est attendu d'urgence dans son bureau. Ordre du colonel Williams, dit la voix de Divy.

Le CEO pousse alors un soupir :

— Les militaires... Être obligé de composer avec eux est une vraie corvée, mais que voulez-vous, l'ONU est toujours officiellement aux manettes du projet... Nous reprendrons cette conversation plus tard car je dois y aller. Vous venez avec moi ?

— Heu... Je suis fasciné par ce clone. Je pense que je vais rester encore quelques minutes.

— On en serait à moins ! C'est d'accord, contemplez-le autant que vous le souhaitez. Ensuite, vous pourrez descendre au réfectoire et vous dénicher de quoi vous sustenter. Divy vous montrera votre chambre. Elle vous fera lire également le manifeste.

— Le manifeste ?

— Oui, il y a des règles ici. Comme sur Terre. Le manifeste est la liste des lois qui régissent la base. C'est notre code civil à nous et il est important pour moi que vous vous y conformiez.

— Très bien.

— Allons, détendez-vous. Tout se passera bien. Je sais que le respect des règles n'est pas vraiment votre point fort, mais tâchez de faire une exception ici. Oh, et puis si jamais vos “amis de voyage” ou d'autres vous demandent où se trouve le professeur Dumont...

— Je leur dis que je suis un ingénieur du nom de Jonathan Couthenx. En ce qui concerne le professeur Dumont, je ne sais pas grand chose de lui sauf qu'il vient d'être mis en isolement en attendant son retour prochain sur la Terre car tout porte à croire que ce soit un terroriste.

Monsieur Carpenter sourit de toutes ses dents : 

— Dans votre bouche ça sonne “presque” vrai. Votre badge vous attend à l'accueil comme prévu, dit-il en s'éloignant d'un pas preste.



Big Data* : Le Big Data fait référence à l'explosion du volume des données dans l'entreprise et des nouveaux moyens technologiques proposés par les éditeurs, en particulier de la Business Intelligence, pour y répondre.


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     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
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      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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