9 - Chip

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04.05.2088 – Journal d'Oracio, frère de Lisa

Nous y sommes ! , s'écrie Xhang.

En effet, le sas de décompression est franchi. Je vois les Américains surexcités. Le Russe, plus réservé, semble néanmoins fébrile.

— Bonjour, avez-vous fait bon voyage ? , demande une voix digitalisée dans l'interphone, bienvenue à “Breath for Mars”. Vous pouvez enlever vos déguisements, vous ne vous étoufferez pas ici.

Nous levons la visière de nos masques et retirons nos combinaisons. Un bac est prévu pour les déposer. Après quelques minutes, la porte s'ouvre enfin. Sous nos yeux ébahis, quelque chose de saisissant : un immense complexe à plusieurs étages digne des plus grands laboratoires du monde.

Des hommes et des femmes s'affairent en tenue décontractée, manches de pull retroussées, ou en blouses blanches. Ambiance studieuse. Des humanoïdes sont présents et s'occupent des tâches secondaires comme assister les scientifiques dans leurs fonctions et leur apporter du matériel ou de la nourriture. Les murs sont d'un blanc éclatant. Le sol s'illumine à mesure que nous avançons. Tout est fait pour impressionner et émerveiller le visiteur.

— Bonjour ! Bienvenue ! , dit un robot volant vers nous, je m'appelle Divy. Je suis l'hôtesse d'accueil.

— Salut, la voix digitalisée, répond Samuel.

— Vous semblez épuisés, je vous invite à venir vous restaurer, puis monsieur Carpenter viendra vous accueillir en bonne et due forme.

Soudain, trois hommes en uniforme mauve à l'air méchant s'avancent vers nous d'un pas preste. En quelques secondes, je comprends ce qui se passe.

Ils viennent pour moi.

Je me tourne vers Xhang.

— Écoute, ces hommes vont m'arrêter. Ils vont sûrement vous interroger, toi et les autres. Peu importe ce qu'ils disent à mon sujet, vous ne saviez rien, compris ? Je ne tiens pas à vous entraîner dans cette histoire.

— Mais enfin, Paul, fait Xhang un peu terrifié, tu... Tu n'as rien fait de mal, non ?

Les trois hommes sont maintenant à notre hauteur et m'encerclent.

— Professeur Dumont, veuillez nous suivre calmement, dit le premier, ne faites pas de vagues, on n'est pas sur Terre ici.

Ils me mettent les menottes devant les autres membres de l'équipage médusés puis m'entraînent discrètement au deuxième étage. Je me doute bien que j'ai grillé ma couverture.

— Monsieur Carpenter, il est là, dit l'un des policiers en frappant à sa porte.

— Entrez.

Je découvre un vaste bureau avec une bibliothèque, un télescope, le logo de Google en 3D et beaucoup de pierres martiennes. On me pose sur la chaise, tandis qu'en face, monsieur Carpenter fait de la place sur sa table. Les trois policiers m'ont à l'œil.

Le CEO de Google a un air très grave.

— Bonjour, professeur Dumont, avez-vous fait bonne route ?, demande-t-il d'un ton plus rude que courtois.

— Heu... Bonjour, monsieur Carpenter, j'ai effectivement fait bon voyage, oui, mais je ne comprends pas...

— Ne faites pas l'innocent, nous avons été prévenus. Vous n'êtes pas celui que vous prétendez être, n'est-ce pas ?

— Je... Je...

— Répondez ! Ne me mentez pas ! Je ne supporte pas les mensonges ! Ici, on ne ment pas, Monsieur ! Le FBI, la CIA et Interpol vous recherchent ! Je vais vous renvoyer illico sur Terre où vous moisirez en cellule !

— Heu...

J'essaye de trouver une échappatoire.

— Je suis bien le professeur Dumont, je suis physicien ! Spécialiste de la science des matériaux. Je ne sais pas pour qui vous me prenez, mais je ne suis pas cette personne, je le jure !

Monsieur Carpenter se lève alors et s'adresse à ses hommes :

— Messieurs, laissez-nous.

— Mais, Monsieur, c'est un terroriste ! , s'écrie l'un d'entre eux.

— Faites ce que je vous dis. Sortez. Je vous appellerai si besoin.

Bon gré mal gré, les policiers s'exécutent et ferment la porte. Je me retrouve seul face à Monsieur Carpenter. Il s'avance alors vers moi.

— Je peux vous faire une confidence ? , demande-t-il.

— Laquelle ?

— Entre nous, je ne connais même pas ce professeur Dumont. Ce n'est pas moi qui m'occupe des recrutements.

Il éclate de rire. Moi aussi.

— Je vous ai bien eu, n'est-ce pas ?, plaisante-t-il avec un sourire.

— J'ai eu une seconde de doute, je l'avoue.

— Le “je vous jure” était vraiment très convaincant.

— Il faut que ça paraisse le plus réel possible.

Le CEO marche derrière mon dos.

— Laissez-moi vous débarasser.

Il se saisit de mon masque et me retire enfin la fausse enveloppe charnelle.

— Masque d'apparence en véritable épiderme humain, épousant la forme du visage de son hôte à plus de 95%, dit-il, admiratif, en tenant l'objet dans ses mains. Une merveille de technologie.

Je soupire.

— J'en avais assez de porter cette horreur ! Quel soulagement !

— Don Sewn, cyber terroriste connu dans le monde entier. Un QI de 160. En venant jusqu'ici sans accroc vous m'avez encore une fois prouvé que j'avais raison de vous faire confiance. C'est remarquable.

— Merci, j'ai également les prothèses digitales sur chacun de mes doigts et les lentilles dans les yeux. Ça doit faire vrai jusqu'au bout.

  • Rien n'est laissé au hasard, à ce que je vois. Je parie que vous avez même étudié les théories du professeur, histoire de duper l'équipage.
  • Évidemment. Ils auraient posé des questions sinon.

Le CEO semble très impressionné.

— Où est le professeur ?, demande-t-il soudainement.

Je souris.

— En lieu sûr, mieux vaut que vous n'en sachiez rien.

— Et votre soeur ?

— Elle doit actuellement être aux mains de la police.

— Doit-on s'inquiéter ?

— Non.

Avec mes mains menottées je sors des lunettes noires de ma poche. Monsieur Carpenter s'en saisit.

— Un effaceur. Fascinant, acquiesce-t-il avec un sourire mauvais.

— Elle ne se souvient plus de sa mémoire à court terme. Donc tout ce qu'elle a fait ces derniers mois est perdu à jamais.

— Bien joué, Don Sewn. Avoir utilisé votre sœur a été un véritable coup de génie. Elle a mordu alors ?

— Exactement comme prévu.

— Parfait, vous l'avez apportée ?

Je me redresse légèrement sur ma chaise et je désigne ma poche droite du regard.

Monsieur Carpenter, fébrile, glisse sa main et en retire une puce.

— C'est bien ce que je pense ? demande-t-il en contenant sa frénésie.

— Oui, c'est bien ce que vous pensez. Il y a dans cette puce de quoi poursuivre et condamner chaque dirigeant membre de l'ONU. Les conversations téléphoniques et e-mails où l'on entend les politiques parlant du projet “Genesis” en des termes très peu flatteurs pour la population. “ Un nouvel eldorado, laissons tomber la Terre”, “ Les gens sont idiots, qu'ils crèvent sur Terre”. Que des propos à charge. Ils sont d'une grossièreté en privé...

— Un scandale mondial sans précédent qui enflammera tous les gouvernements les uns après les autres et obligera les dirigeants à être transparents. Et après, vers qui se tourneront-ils ?

— Vers Google, Monsieur. Vers Mars. Vers leur salut.

— Exactement. La Troisième Guerre Mondiale contenue dans une toute petite puce. De quoi déstabiliser le monde. 

Monsieur Carpenter semble transporté par sa vision, ses yeux s'illuminent. Il met la puce dans sa poche.

— Merci, mon ami. Je vais mettre ce trésor en lieu sûr, dit-il après un long silence.

— Bien, je vais pouvoir être libéré alors ?

Le CEO me fixe.

— Oui, mais votre mission n'est pas finie.

— Comment ça ?

— Vous êtes Don Sewn. Le cyber terroriste qui est contre toute forme de despotisme ou de tyrannie. Pour beaucoup de gens vous êtes un héros. Vous avez fait tout ce chemin pour m'apporter ces preuves en mains propres. Maintenant vous devez rentrer et répandre la vérité.

Je tressaille.

— Je repars pour la Terre maintenant ?

— Oui, vous allez rentrer tel un prophète en son pays et apporter la bonne parole au monde.

— Mais je serai arrêté une fois que j'aurai posé le pied sur Terre ! Ils vont me coffrer ! Je n'ai aucune chance de revoir la lumière du jour !

Monsieur Carpenter sourit.

— Du calme, le hacker. Vous allez bientôt rentrer. En tous cas en partie. Je vais vous montrer quelque chose.

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(Je ne suis pas propriétaire du contenu de cette vidéo, et n'ai pas l'intention de violer le droit d'auteur)
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