6 - Mare Boreum

3 minutes de lecture

04.05.2088 – Journal d'Oracio, frère de Lisa

J'ouvre doucement les yeux. Je semble émerger d'un long et pénible sommeil. Devant moi, rien. Je suis toujours allongé dans ce fichu caisson en forme d'énorme suppositoire. Je jette un œil sur le cadran placé au bout de mes pieds qui ne cesse de clignoter. Lorsque j'avais refermé la porte, quelques heures auparavant, il était rouge pour indiquer que l'enceinte était verrouillée et qu'aucun retour en arrière n'était désormais possible. A présent, il me lance des flashs verdâtres en pleine face pour me signifier qu'il y a de l'oxygène à l'extérieur et que ce long voyage prend enfin fin.
Nous avons atterri sur Mars !

Frénésie et inquiétude.

En toute conscience, je retire mon masque respiratoire et appuie sur le bouton d'ouverture situé au niveau de mon coude. Le compartiment étanche s'ouvre alors lentement dans un bruit métallique.
Je me redresse douloureusement, les muscles encore endoloris, le souffle court. La lumière blafarde de l'enceinte m'aveugle les yeux. Autour de moi, les autres savants de l'équipe s'affairent à régler les derniers détails en vue de notre “sortie”.
Bryna se tient là et m'observe de ses grands yeux translucides.
— Bonjour, Monsieur, dit-elle.
— Salut, Bry ! Alors, quoi de neuf ? Tu n'as pas vomi ?
— Ha, ha, très drôle, professeur Clown, dit Xhang Vidong, un jeune génie, chercheur au CNRS, tu devrais plutôt lui demander de t'examiner et te dépêcher de nous rejoindre dans le sas !
Il remonte la fermeture éclair de sa combinaison et file.
Quel ronchon, celui-là !
— Veuillez retirer votre haut, s'il vous plaît, demande Bryna.
— Depuis le temps que j'attendais ce moment ! Je suis ravi.
Mais Bryna ne rigole pas. Elle ne rigole d'ailleurs jamais. 
— Saisissez-vous du capteur cardiaque.
Je m'exécute sans broncher. Le capteur est froid lorsque je le mets sur mon doigt. Bryna sort un long et fin tuyau d'où une lumière jaillit.
— Ouvrez les yeux en grand et suivez le point lumineux du regard, dit-elle.
— Pourquoi ne voulez-vous pas sortir avec moi ?
— Je suis une machine, Monsieur.
— Ce n'est pas un problème pour moi...

Bryna m'interrompt :
— Pression artérielle : normale. Fonctions cognitives : normales. Rythme cardiaque : normal. Bonne circulation du sang dans les organes vitaux, pas de séquelles apparentes.
— Sérieusement, le fait que vous soyez une humanoïde, moi, ça ne me dérange pas du tout.

— CHECK-UP TERMINE.
Je frissonne.
— Brrr, ça caille ! Je vais me dépêcher de mettre ma combinaison (j'ouvre mon casier) quelle température fait-il ?
— Température intérieure : 12 °. Température extérieure : - 63°.
— Hum, OK, on va oubier les t-shirts alors. Est-ce qu'on est bien arrivé sur la cible ?
— Les coordonnées ont été correctement respectées, Monsieur. La trajectoire n'a pas été modifiée. Premier quadrangle. Latitude : 75°. Longitude : 190°. Mare Boreum. Il est dix-neuf heures et dix-sept minutes, heure locale.
— Gemina Lingula, me voici.
Mon scaphandre enfilé, je rejoins les autres membres de l'équipage dans le sas. Nous sommes cinq en tout. Une Américaine, un Américain et un Russe participent au voyage avec Xhang et moi, tous deux fiers de représenter le drapeau tricolore. 

— Why he's still not ready ?*, maugrée Jenny, l'Américaine, en soupirant.
— French people...*, dit Samuel, le second Américain.
— I'm ready, now !*, je braille.
— Gôôd*, fit Aksionov en levant le pouce en l'air.
— Ils nous attendent à la base, on ne doit donc pas être en retard, me sermonne Xhang.
— J'avais compris.
Jenny déclenche la dépressurisation puis l'ouverture de l'écoutille externe.
Nous émergeons prudemment dans ce qui pourrait s'apparenter à un tunnel d'embarquement nous reliant à la base “Breath for Mars”.
La force gravitationnelle étant beaucoup plus basse que sur Terre, une impression soudaine d'immense légèreté nous envahit. J'ai l'étrange sensation de ne peser que dix kilos tout mouillé. Autour de nous, un terrain dégagé, parfait pour les atterissages. De hautes chaînes de montagnes s'étendent au loin, couleur rouille et pastel. Le ciel, quant à lui, est sombre, mais le soleil couchant irradie littéralement. 

C'est l'accalmie. 

Ce paysage unique nous invite à la contemplation, mais nous ne pouvons pas trainer. Devant nous, de larges bâtiments se dressent, hauts et fiers, tels une forteresse imprenable. Une installation de cette ampleur avait nécessité les efforts de centaines de personnes pendant des années. Cela force tout de même le respect.
 Je fais deux, puis quatre et enfin six mètres d'un coup. En quelques enjambées, nous atteignons la porte d'entrée. Surexcités, nous n'avons qu'une hâte : découvrir enfin de l'intérieur la base dont tout le monde parle.

* Traduction :

— Pourquoi n'est-il jamais prêt ?

— Les Français...

— Je suis prêt !

— Bonne chose.


Annotations

Versions

Ce chapitre compte 23 versions.

Recommandations

Défi
Sterc


Je vis au sein d'une monarchie, comment est ce possible?
Monarchie démocratiquement inégalitaire,
Totalitaire à tout type d'évasion,
Imposant appareil répressif, censurant au maximum les "libertés",
Mélange incompatible entre le totalitarisme extensif fondé sur une incommensurable forme de conservatisme à en perdre la raison,
Et entre soupçon de démocratie surveillée
Toute forme d'expérience nouvelle est anticonservatisme, donc anticonstitutionnel, donc illégal.
Cette illégalité est un délit sanctionné par l'annonce de sanctions pouvant y découler.
Je cherche malgré tout un moyen de renverser le régime et de planter le drapeau français, symbole de toute les libertés

4
9
0
0
Défi
phillechat
Agglutination et rimes féminines
11
13
0
0
Défi
Calypso Dahiuty
Rêve...
Mot enchanteur qui révèle en nous les pensées les plus folles, les fantasmes inassouvis, les envies, les idées, et toutes ces choses inachevées...
Rêve...
Ne suffit-il pas de fermer les yeux, après tout ?
Pour vivre, rire et pleurer, bâtir sa vie par procuration ?
Rêve...
Un rêve. Un simple rêve, pour oublier, pour changer, remettre en place cette vie que l'on a pas su bien façonner.
Un rêve, juste un rêve... pour tout changer.
17
6
1
1

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0