76 - In nunc in errorem mittentes

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25.10.2088 –Journal de David

« Les enquêteurs ont donc formellement authentifié la vidéo virale qui enflamme la Toile depuis maintenant 24 heures. C’est bien le cyber-terroriste connu sous le nom de Don Sewn qui en est l’auteur et les images partagées par millions sur les réseaux sociaux sont véritablement issues de la colonie martienne dirigée par l’actuel CEO de Google, monsieur Tim Carpenter.
La vague d’indignation et le tollé médiatique qui s’abat sur l’ONU et ses institutions est indescriptible. La secrétaire générale aux Nations Unies, madame Gloria Spinoza, a été arrêtée hier, tôt dans la matinée, alors qu’elle s’apprêtait à embarquer dans un avion pour une destination pour le moment toujours inconnue. Plusieurs membres de l’ONU, incriminés dans la vidéo, ont fait l’objet de mises en examen immédiates dans leurs propres pays.
Le climat de défiance et de rejet envers les institutions politiques qui régnait déjà dans plusieurs pays semble avoir trouvé dans ce nouveau scandale un écho favorable auprès d’un plus large public.»

« Nouveau rebondissement dans l’affaire, désormais mondiale, du «198 ème Etat»: Don Sewn, le cyber-pirate à l’origine du scandale, s’est échappé du commissariat de police où il était interrogé, au cours d’une rocambolesque prise d’otage qui, fort heureusement, n’a fait que quelques blessés légers parmi la police. L’individu, considéré comme extrêmement dangereux, est activement recherché par tous les services de police.»

« Dans les autres informations, l’OMS indique que l’épidémie d’origine inconnue qui touche actuellement une cinquantaine de pays dans le monde est devenue une pandémie mondiale. Plusieurs pays ont fermé leurs frontières suite à cette annonce. À ce jour, aucun vaccin n’est disponible et le bilan actuel fait état de 850 000 décès et plus de trois millions de personnes infectées à ce jour. La plupart des personnes infectées sont asymptomatiques. Elles ont en commun de ne parler que de Dieu et ont un besoin vital de tuer des proches. Si vous commencez à tenir des discours incohérents et que des pulsions de meurtre vous traversent l’esprit, veuillez immédiatement contacter le SAMU afin que l’on puisse vous prendre en charge à temps.»

Le H3G qui diffuse les informations rend son dernier souffle et s’éteint. Les bourrasques d’eau qu’il s’était pris lors de la tempête lui ont été fatales. Le vieux rafiot sur lequel nous voyageons est tout sauf du grand luxe. On ressemble à s’y méprendre à ce qu’on était lorsque nous avons quitté la France : des clandestins faméliques et désespérés.
Si nous sommes toujours le noyau dur de la Nueve, alors nous sommes pitoyables. Nous sommes entassés parmi des migrants, à fond de cale, presque privés d’eau potable et de nourriture. C’est le prix à payer pour rester discrets.
— Oracio a blessé des policiers et s’est échappé ?, se demande Steve en chuchotant, j’ai dû mal à comprendre…
— Ça ne peut pas être lui, réplique Hélène d’un ton sombre, un robot ne peut pas s’en prendre aux humains.

— Hein ? Qu’est-ce que c’est, alors ?

— Je ne sais pas, intervient Lisa, soucieuse, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas Oracio. C’est...autre chose. Il va nous falloir le découvrir.
Je fronce les sourcils :
— Je continue à penser que c’est du suicide de rentrer en France. Se jeter dans la gueule du loup avec toutes les autorités à nos trousses et cette pandémie ne nous rendra pas service.
— Tu préfèrerais que l’on se terre à jamais au fin fond du désert?, réplique Hélène d’un ton cinglant.
— Notre mission est bientôt finie. Le plus dur reste à venir, mais je suis convaincue que nous y arriverons, conclut Lisa.
Je baisse la tête, résigné :
— Ma famille me manque… Je sais que pour vous c’est pareil. Mais vous n’osez rien dire…
Steve se tait, n’osant pas acquiescer. Hélène me jette un regard désapprobateur, sûrement pour se faire bien voir auprès de Lisa. Cette dernière ne bronche pas, mais semble écouter attentivement.
— Je comprends, consent-elle enfin, mais c’est un sacrifice nécessaire. Cela dépasse nos simples interêts personnels. TheCreator nous a dépêché quelqu’un à notre arrivée. On devra quitter ce navire avant.
— Comment ?, s’interroge Steve, on est en pleine mer.

— Je vais vous le dire. Mais pour le moment tâchons de nous faire tout petits.
Au fur et à mesure que nous nous étions rapprochés avec Lisa, j’avais compris certaines choses la concernant : premièrement, elle a toujours eu un coup d’avance et ne dévoile jamais son jeu. Deuxièmement, si tu as le malheur d’oublier le «premierement», tu es foutu.

Quelques heures plus tard, la douane fait irruption et embarque tout le monde dans le plus grand des chaos. On est mis à l’écart volontairement par les autorités. Tout se rançonne, tout s’achète. Et pour qu’on puisse rentrer sans être inquiétés, Lisa a payé cher, très cher… Trois millions d’euros pour être précis. Mais comme elle nous le répète, «tout cela en vaut la peine». Au fond, ce n’est pas l’argent qui compte. L’argent ne compte pas pour la Nueve, ça n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins.

Pour atteindre Paris, on nous détourne du chemin prévu, afin de brouiller les pistes. Il faut eviter les indics et les agents. — Ça n’est pas facile. Nous changeons d’identité une fois arrivés en Angleterre. Un changement de look total. De nouveaux passeports. Une nouvelle vie. Peut-être la dernière.

Et puis, quelques jours après, c’est finalement l’heure de rentrer au bercail et nous prenons le train comme des citoyens lambdas.
L’opération est sobrement appelée «Lâcher de chiens» et consiste à donner le coup d’envoi aux différentes cellules de la Nueve dans le monde afin qu’elles libèrent les vers informatiques censés paralyser les systemes informatiques des plus grandes compagnies au monde, au détriment des malheureux qui y travaillent. Elle doit être effective deux jours après notre arrivée. Il reste donc beaucoup de boulot.

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