66 - Refugium

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18.02.2087 - Journal de Lisa (Mémoire retrouvée 94 %)

(Note : quelques éléments du récit initial ont changé. Je l’explique par le fait que je n’avais pas encore d’idée précise au début du récit. On ne parle donc plus de Récupérateur de Mémoire Cérébrale ou R.M.C, mais tout simplement d’un sérum).

Le refuge, le quartier général, la première cellule… Ces dénominatifs désignent une seule et même chose : les membres les plus anciens de la Nueve parmi lesquels TheCreator, le mystérieux associé de mon père, qui exerce une fascination et un respect bien réels auprès de chacun, mais dont la présence fait cruellement défaut.
Léonardo m’a d’abord bandé les yeux. Puis il m’a conduite vers une destination inconnue sans prononcer le moindre mot.
Lorsque je fus enfin autorisée à les rouvrir, l’accueil qu’on me fit me tétanisa.
Des hommes et des femmes, de tout âge et de tout milieu social, se bousculaient pour me voir. Tous semblaient savoir qui j’étais. Ils vivaient là, en autarcie, dans cet ancien entrepôt laissé à l’abandon et qu’ils avaient retapé eux-mêmes. Ils étaient auto-suffisants, cultivant leurs propres légumes et fruits. Le bâtiment était truffé de brouilleurs pour bloquer le réseau téléphonique et empêcher quiconque de trouver cet endroit par les voies de communication classiques. Cela dit, ils avaient tous le droit, et même le devoir, de sortir et de mener une vie « normale », ne revenant au refuge que pour les réunions opérationnelles. Chacun d’eux avait une double identité : employé modèle le jour, terroriste une fois la nuit tombée.
Ils connaissaient tous parfaitement les tâches qui leur incombaient :
ils récoltaient des informations qu’ils considéraient importantes en regard de leurs objectifs, comme espionner des hauts responsables politiques à leur insu, se fondre dans un groupe de gens soupçonnés de malversations, trouver de nouvelles ressources et faire un peu de prosélytisme de temps en temps.
Des personnalités se sont révélées à moi, notamment Anna, Hélène et Pierre, qui m’ont accueillie à bras ouverts, mais tout ceci a été éclipsé par les révélations d’Oracio.
De deux choses l’une : les humanoïdes, j’ai appris à vivre avec, même si je me suis toujours refusée à en avoir un chez moi. C’était la grande passion de mon père, mais je ne la partage pas.
Je ne suis pas trop bousculée par le fait qu’Oracio soit une machine, c’est plutôt l’admiration exagérée que lui portent les autres membres qui me gêne.
Depuis quand un humanoïde prend autant d’importance dans une organisation ? D’accord, Oracio est génial dans l’incarnation de mon défunt père, mais de là à lui confier ma vie ?
Il se considère comme mon frère alors que ce n’est qu’un assemblage de métal. Cela dit, j’ai compris pourquoi mon père l’a conçu : quoi de mieux qu'un humanoïde pour aller là où aucun humain sensé n'aurait envie de mettre les pieds ?
Oracio parle de puzzle, se plaçant dans le rôle d’un des milliers de rouages dans une pièce maitresse. Il explique que chacun des membres de la Nueve a son rôle à jouer dans la réussite de ce projet. Pas seulement l’organisation, mais également et surtout le peuple. Il projette devant mes yeux les détails d’un plan monté de A à Z par mon père. Un dessein à l’échelle mondiale, qui demande la coordination de tous pour être mené à bien.
Premièrement, mettre le monde en état de choc par l’image : la conquête martienne n’est pas celle que l’on croit. C’est une imposture qui ne profitera qu’à une poignée d’individus parmi les plus puissants et corrompus qui soit. Diffusion massive sur les réseaux sociaux et les journaux télévisés du monde entier. Prise de conscience. Manifestations. Élément déclencheur.

Deuxièmement, mettre à sac le système : grâce aux vers informatiques, les plus grandes entreprises mondiales seront paralysées, les marchés financiers impactés, les politiques corrompus mis à nu.
Selon Oracio, ce moment précis pourrait être propice à un sursaut du peuple et à un début de révolte, voire de guerre civile, nécessaire dans chaque révolution.
— Car il s’agit bien là d’une révolution mondiale, d’un retour fracassant de la justice sociale, appuie-t-il, j’espère que les gens sauront saisir la chance qu’il leur est offerte de repartir de zéro.
Sur ces paroles, il ressort le dossier concernant Paul Dumont.
— En ce moment même, Paul Dumont est suivi par nos hommes, poursuit-il, j’étudie en profondeur sa personnalité, ses mœurs, ses habitudes, ses mimiques etc. Le but étant que je devienne lui pour partir sur Mars à sa place. Dans quelques jours, il est censé embarquer pour l’Antarctique pour suivre un entrainement intensif dans des conditions extrêmes. On va le kidnapper et je prendrai sa place en espérant que Google n’y voit que du feu.
— Mais que deviendra ce Paul Dumont une fois entre vos mains ?
Oracio fronce les sourcils.
— Nous ne sommes pas des tortionnaires, réplique-t-il, il sera bien traité ici. Une fois tout ceci terminé, nous le relâcherons.
— Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai du mal à le croire…
— C’est la vérité, pourtant.
Je fais une pause. Oracio m’observe, songeur. Il semble deviner chacune de mes pensées.
— Je ne peux plus rentrer chez moi, c’est officiel. Je suis considérée comme potentiellement « retournée ». Il y a donc de fortes chances que je sois capturée. Si c’est le cas, je tiens tout de même à ce que certaines personnes payent pour le meurtre de mon père. La police ne doit pas se servir de moi pour obtenir des informations sur vous. Vous comprenez ?
Oracio hoche la tête, ouvre un tiroir, et en sort des lunettes noires au design si particulier que je reconnais instantanément.
— Nous avons des Effaceurs, mais personne n’a jamais osé sans servir jusqu’à présent. On pense que ce qui nous attend dans l’avenir pourra nous pousser à les utiliser, vu la dangerosité de notre projet. Celui-ci est pour toi.
J’examine l’objet, me demandant encore si j’aurais le courage d’appuyer sur le bouton le moment venu.
— TheCreator veut te parler, déclare Oracio en me tendant une tablette tactile, je ferais mieux de vous laisser. Je dois coordonner le kidnapping.
Il me tourne les talons. J’allume la tablette et un écran noir apparaît. Je ne vois toujours pas TheCreator, mais j’entends sa voix trafiquée.
— Bonjour Lisa, dit-il avec une certaine fierté, que de chemin parcouru en si peu de temps. Je suis content que tu sois des nôtres, désormais. Cela dit, je connais tes motivations premières : tu n’as pas les mêmes objectifs que nous. Ce qui t’anime avant tout, c’est la vengeance. Et tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour y parvenir, y compris mentir ou faire tuer des gens à ta place. C’est ce qui te rend plus dangereuse, mais plus efficace également. Je vais donc te donner un coup de main pour parvenir à tes fins. Tu vois ce coffre sur ta droite ? Son code est 30-05-20-62. Ouvre-le.

C’est ma date de naissance ! Pourquoi avoir inscrit ma date de naissance dans un coffre-fort ?

J’ouvre le coffre et découvre une petite boite. Dans celle-ci, il y a une puce électronique.
— Tu peux l’insérer dans la tablette, suggère TheCreator.
Des coordonnées GPS apparaissent, ainsi que des instructions précises avec les contacts, l’action demandée, la date. Cela ressemble à un plan pensé et élaboré depuis longtemps.
— Ton père a rédigé ce plan il y a des années de cela, poursuit TheCreator, je l’ai finalisé moi-même. Il s’agit de la plus grande opération informatique jamais réalisée à ce jour. La déstabilisation simultanée de dizaines de pays. La raison d’être de la Nueve depuis sa création. Il l’a baptisé « Révonaissance » pour révolution et renaissance. Lorsque tout sera fini, la Nueve sera dissoute. Etudie ce plan jusqu’à t’en faire une photographie mentale. Coordonne toutes les cellules. Si tout se passe comme prévu, toutes les personnes sur ta liste seront soit mortes, soit en prison.
Je me satisfais de cette dernière phrase et remets la puce dans le coffre. Je me tourne ensuite vers la tablette, un brin naïve.
— Est-ce que vous me direz un jour qui vous êtes ?
Silence. Puis TheCreator déclare :
— Ton père t’a laissé une vidéo posthume. Je la lance pour toi.
Je suis émue, je n’ose pas y croire.
— M…Mon père ?
Ce dernier apparaît alors à l’écran. Bouleversée, je laisse échapper la tablette des mains.
— Bonjour, ma fille, commence mon père, je sais que tout ce qui est en train de se passer peut te bouleverser mais je pense qu'il est temps pour toi de connaitre la vérité (Il fait une pause et respire profondément). Si tu regardes cette vidéo, c'est que je suis mort. Mais c'est le début de quelque chose de grand. Laisse-moi juste tout t'expliquer...
Je ramasse la tablette, fébrile.
— Tu te rappelles, ma fille, la salle de gym ? Les entraînements intensifs que grand-père te faisait ?, poursuit-il d’un ton grave.
Bien sûr que je m’en souviens, je n’étais qu’une gamine ! Je vomissais à chaque séance.
— Il t’a appris tout ce qu’il savait sur le métier d’agent durant ses années de service : ne jamais se compromettre. Toujours avoir un coup d’avance. Ne jamais laisser transparaître ses sentiments, sauf pour manipuler les autres et gagner leur confiance.
C’était de la torture. Mon innocence a été sacrifiée. Tous les jours, je devais faire mes preuves. Tous les jours, il rendait les exercices mentaux et physiques plus difficiles. Tous les jours, les mêmes discours conspirationnistes et les théories les plus folles alimentaient un esprit de plus en plus paranoïaque. Son emprise sur moi ne m’a jamais totalement quittée.
— Je sais que tu as encore du mal à l’admettre, ma fille, continue mon père avec un orgueil non dissimulé, mais c’est grâce à lui que tu es devenue celle que tu es aujourd’hui. Une femme complexe, intelligente et redoutable. Tu es prête à accomplir ta mission, maintenant. J’ai voulu t’éloigner de cette vie secrète et dangereuse, mais lorsque je me suis aperçu de ce dont tu étais capable de faire… Ta précocité… Ton incroyable discernement… J’ai réalisé que tu pouvais accomplir de grandes choses et il était de mon devoir de t’encourager. Mais le temps est limité et je laisse derrière moi une œuvre inachevée. Il ne tient qu’à toi de la terminer…
Je n’ai pas le temps de regarder la vidéo davantage, car Hélène débarque en trombe.
— Lisa, il faut que tu viennes voir ça ! me lance-t-elle d’une voix stridente.
À son expression de visage, je comprends que c’est important et je la suis dans la grande salle où l’un des hackers s’est connecté aux chaînes de télévision. Tout le monde s’est réuni et il m’est un peu compliqué de me faufiler pour voir l’écran.
Le chef de la police s’exprime en direct devant des dizaines de journalistes.
— Hier, au petit matin, nous avons arrêté un individu qui semble être le premier suspect dans l’assassinat de Thomas Girard, l’Ambassadeur français tué il y a de cela quatre mois environ. Il a clairement avoué avoir appuyé sur la gâchette. L’arme utilisée, un fusil de précision de calibre moyen et de fabrication récente, a d’ailleurs été retrouvée à son domicile chargée, avec des balles correspondant en tous points à celle qui a mortellement touché Thomas Girard. Cet homme n’est pas fiché et n’avait aucun antécédent judiciaire jusqu’à présent. Pour autant, l’individu présentant certains troubles mentaux, une analyse approfondie de sa psychologie pourra déterminer s’il a été influencé par une tierce personne ou s’il a agi de sa propre initiative. Le mobile n’est pour le moment pas encore connu à ce jour. L’enquête se poursuit et l’interrogatoire devrait nous en apprendre un peu plus. Je tiens à féliciter en premier lieu le commissaire Belard ainsi que tout son service, pour le travail remarquable effectué durant ses longs mois d’enquête. Sans leur ténacité et leur expérience, nous n’aurions pas obtenu d’aussi bons résultats.
Intérieurement, je bouillonne. David et moi savons très bien que la balle extraite du corps de Thomas Girard ne provient pas d’une arme récente, mais plutôt d’un MX-110, une arme datant des années 2040 et largement répandue à travers le monde. Toute cette histoire est cousue de fil blanc.
Pauvre David. Il doit m’en vouloir à mort. Plus de nouvelles. Pas un coup de fil. Pas un mail. J’ai disparu des radars tout comme mon père l’avait fait avant moi.
Mon seul réconfort et que je ne l’ai pas impliqué plus que ça.
Les choses iront sûrement mieux pour lui, à présent que je ne suis plus dans sa vie.
Après la conférence, le présentateur rajoute que la secrétaire générale des Nations Unies, Gloria Spinoza, s’est fendue d’un tweet où elle salue le travail de la police française et rend hommage à un « ami », selon ses mots :

« Un homme de convictions. Bon et loyal. Un ami qui a toujours soutenu notre projet. Repose en paix. »

— Nous savons de quel projet elle parle ! , entendons-nous dans l’hémicycle alors que des noms d’oiseaux fusent un peu partout à son égard.
— Nous avons là un exemple de plus de la sournoiserie de ces gens, intervient Oracio avec emphase, accuser ainsi un homme innocent d’un crime qu’il n’a pas commis, c’est impardonnable. Son seul tort aura été de s’être retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Toute cette manœuvre ne sert qu’à clôturer cette affaire au plus vite, mais nous, nous ne sommes pas dupes. ( Son regard croise le mien.) Nous connaissons les coupables. Thomas Girard s’est joué de nous, mais les personnes qu’il protégeait se sont également retournées contre lui. La roue tourne.
— Lui, n’a eu que ce qu’il méritait ! Contrairement à ce pauvre bougre qui est un bouc-émissaire victime d’une injustice ! , fustige quelqu’un, ils paieront pour ça aussi !
Tandis qu’ Oracio tente de calmer ses troupes, je me retire discrètement dans une autre pièce. L’ Effaceur, que je manipule entre mes mains comme une œuvre d’art, me fait prendre conscience que je risque de perdre bien plus que je ne le pense si je poursuis dans cette voie. Je tente d’imaginer ce qui pourrait se passer dans l’éventualité où ma mémoire serait effacée.
Je m’assois donc face à l’ordinateur et surfe sur le Darknet à la recherche d’un maximum d’informations sur les Effaceurs.
Depuis quand existent-ils ? Il y a-t-il eu des cas de séquelles neurologiques suite au trou de mémoire ? Quelles sont les différentes parades des pays pour endiguer le phénomène ?
J’apprends que des sérums censés « réparer » la mémoire dissoute ont été testés sur des chimpanzés de laboratoire avec des résultats proches de soixante-douze pourcents. Je me raccroche à ce chiffre afin de me rassurer un peu. Même si cela est tenu secret, il est fort probable que l’Etat soit déjà en détention de ces fameux sérums. Du moins, j’espère que oui.
Malgré tout, je me fais violence pour accepter le fait qu’il est possible que je ne retrouve plus jamais la mémoire si je mets ces lunettes.
Je m’empare d’un carnet dans un tiroir et commence un long et laborieux travail qui requiert ma pleine concentration.
Avec une écriture de mouche pour noircir chacune des pages, je développe tout un enchevêtrement de scénarios basés sur des probabilités. En fait, je les avais déjà imaginées chez moi, face au mur des gens de ma liste noire, mais je n’avais pas osé les accoucher sur le papier.
À présent, ma frénésie est inarrêtable. Je matérialise dans mon esprit chaque personne que je serai amenée à rencontrer et j’élabore plusieurs intrigues en fonction des réponses qu’elle serait susceptible de me donner. Les ramifications sont très complexes, mais l’objectif demeure inchangé : tous ces parcours doivent me conduire au moment fatidique où j’exécuterai ma vengeance. Ma plume file comme l’éclair.
Au bout d’une heure, Anna et Pierre m’interrompent, intrigués par cet état second qui m’anime. Je réplique brièvement que j’échafaude un plan d’action.
La nuit tombe, puis le jour pointe et à nouveau la nuit et encore une fois le jour. Je n’ai quitté ma chaise que pour me nourrir. Je n’ai dormi que quelques heures. Je suis exténuée, harassée, épuisée. Mais le carnet est rempli. J'ai écrit avec fièvre. Je n’ai fait l’impasse sur aucune option, même pas ma propre mort. Je me sens vidée et j’ai des poches sous les yeux.
Je n’envisage pas d’être capturée. Si je le suis, il y aura des morts. De nombreux morts.
Luttant toujours contre le sommeil, je me promets une chose : si je dois utiliser cet Effaceur, ça ne sera pas dans un geste précipité ou désespéré. Non. Je le ferai bien avant d’être interrogée. Cela doit être ainsi pour fonctionner.
Pour parachever mon œuvre, j’inscris « MÉMORISE-MOI ABSOLUMENT » en lettres capitales sur la première page de couverture. Si je perds la mémoire, ce cahier doit être dans ma poche, c’est juré.
Lorsque je sors enfin de la pièce, on m’annonce qu’Oracio est parti pour l’Antarctique et que Paul Dumont a été amené ici durant la nuit.
Sérieusement ? Mon esprit a tellement été occupé ces derniers temps que je n’ai même pas réalisé ce qui se passait autour de moi. Et personne n’a daigné me prévenir !
C’est bête, au moment où je commençais à développer des sentiments pour lui, voilà qu’il disparaît.
Anna, Hélène et Pierre s’inquiètent de mon état. Je dois avoir une mine affreuse.
Je déclare que je souhaite que les hackers consacrent une partie de leur temps à fouiller dans la vie du lieutenant Gilbert. Lorsque Pierre s’interroge sur les raisons, j’élude en argumentant que cet homme pourrait potentiellement être un adversaire de taille et qu’il nous faut connaître ses points faibles. Sur ce point, nous sommes tous d’accord.
- En l’absence d’ Oracio, qui est aux commandes ?, je demande.
Anna, Hélène et Pierre se regardent mutuellement les uns, les autres.
- TheCreator nous a plus ou moins expliqué qu’il fallait te faire confiance, désormais, répond Anna.
Plus le temps passe, plus ce mystérieux TheCreator me plaît !
- O.K. Alors, je vais vous parler de vive voix de ce que nous allons faire dans les prochains mois. Réunissez tout le monde. Y compris Paul.

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******

      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
      Olodumare restait dans sa gigantesque salle de méditation, remplie d'objets qui étincelaient de mille feux. Sur des étagères en bois de Baobab se trouvaient des trophées étranges à l'honneur de sa participation à la création du monde. Une grande partie des objets qu'il possédait, éclairer la salle de méditation. Il disait que cela l'aidait à se concentrer dans sa recherche de la perfection spirituelle. Un stade qui une fois atteint, procurait une jouissance incontrôlable pour le dieu. Les portes, grandement ouvertes, laissaient voir l'univers infini et juste devant lui l'Afrique sur toute son intégralité. Ses habits en tissus blancs étaient tellement longs qu'ils recouvraient le sol entier de la pièce. Quelqu'un toqua à sa porte, il ne fut pas surpris de voir le visage d'Ellegua, le dieu messager. Il était paré d'un collier d'argent et des pierres d'obsidiennes s'y incrustaient. Le dieu avait également sur son chef un chapeau fait en crâne d'antilope avec des rameaux s'entortillant sur lesquelles étaient accrochés des gris-gris et des coquillages pendouillant par des cordelettes. Un tissu rouge sang cousu dans du cuir noir lui servait à couvrir le bas de son corps. Son torse était scarifié et couvert de peintures blanches contrastant avec sa peau noir.
– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
– Son honorable seigneur des mers souhaiterait prolonger la durée de sa mission en Grèce afin de seconder le seigneur Poséidon dans sa lutte contre les Titans.
– Fichtre, toujours ces fanfarons d'olympiens ! Lorsqu'il s'agit de se faire assister, il ne manque jamais une occasion mais quand nous, Orishas, auront besoin d'eux en retour, nous entendrons que les chants de leurs maudites sirènes. Bien, qu'il reste donc et qu'il me prévienne de son arrivée. Nous festoierons à ce moment de joie.
     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
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– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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