65 - Liber

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28.05.2088 – Journal de Jenny

Le colonel Williams se montre une deuxième fois dans la salle de commandement.

— Que se passe-t-il ?, demande-t-il d’une voix agacée.

— Nous n’avons plus de contact avec l’expédition, mon colonel, répond un militaire à ma place, il semble qu’ils l’aient fait volontairement.

— Je ne m’adressais pas à vous, soldat, mais à Jenny, rabroue le colonel d’un ton péremptoire.

Nos regards se croisent. Il attend que je prenne la parole. Je suis prise de court.

— Il vient de vous le dire, ils ont coupé la liaison avec nous, il y a environ deux heures. Je vous avais déjà signalé l’accident dans le gouffre : l’un des clones a fait une chute. Depuis, plus rien.

Le colonel fait la moue.

— J’aimerais connaître l’historique des communications depuis le départ des clones, dit-il.

— Tout de suite, mon colonel, consent le militaire en pianotant sur le clavier.

En quelques secondes, une liste d’appels entrants et sortants s’affiche à l’écran. La plupart proviennent de moi, mais un message retient particulièrement l’attention du colonel.

— Ils ont contacté l’intérieur de la base quelques temps après l’accident, constate-t-il, je veux les details.

Le militaire s’exécute.

— C’est un message écrit, mais je ne peux pas le voir, déclare-t-il, il a été adressé à quelqu’un. Impossible de savoir qui.

Le colonel hoche la tête en serrant les poings.

— Je ne vois qu’une seule personne ayant la sympathie des clones ici…, lâche-t-il d'un ton amer.

Je suis perplexe. Est-ce que les clones jouent un double-jeu et rendent compte à monsieur Carpenter dans le dos du colonel Williams ? Cette perspective le met hors de lui, en tout cas.

— Jenny, continuez à garder le contact avec eux le plus possible, ordonne-t-il, je dois parler à monsieur Carpenter.

Je fais mine de comprendre. Il tourne les talons.

J’essaye encore vainement de joindre le rover une nouvelle fois puis je m’arrête.

Je réalise que je ne peux rien faire de mieux concernant cette expédition. Par contre, je peux m’enquérir de l’état de santé de Xhang. Le colonel Wiliams ne veut rien me dire à ce sujet. Je vais donc trouver mes réponses moi-même.

Puisque le colonel a une confiance inconsidérée envers moi, autant l’exploiter. Il est persuadé que je peux me ranger de son côté. Il a imprudemment abaissé sa vigilance sur moi.

Je me lève de mon siège et lance d’un air désinvolte.

— Je fais une pause pipi, à tout à l’heure.

En vérité, je me dirige vers l’infirmerie, où j’espère trouver Xhang. Je me fais la plus discrète possible. J’arrive devant les dortoirs, tête baissée. Je l’aperçois derrière une vitre, torse nu et couvert d’électrodes. Un médecin est assis non loin de lui et pianote sur sa tablette.

Le voir est un soulagement et je souris instantanément. Il m’aperçoit et a un instant de flottement.

Puis, il se reprend et simule un début de malaise, ce qui fait mouche auprès du médecin qui quitte la salle à la recherche de médicaments. La voie étant libre, il s’avance vers moi, à la fois soulagé et un peu effrayé de me voir ici. Nous nous prenons dans les bras comme deux adolescents.

— Le colonel a tenu sa promesse : tu es soigné…

Xhang fronce les sourcils :

— Tu as passé un accord avec lui ?, me demande-t-il avec défiance.

— Pour te sauver, oui. J’ai dû coopérer. Ça ne veut pas dire que j’ai retourné ma veste pour autant.

Ces paroles semblent rassurer Xhang quelque peu. Il m’explique qu’il est ici pour subir une batterie de tests, car il a été en contact avec Aksionov. Ce dernier n’est plus le même. Il me raconte, de façon glaçante, sa tentative de le dévorer.

— Il parlait constamment de Dieu. Il a perdu l’esprit ! Le colonel l’a mis en quarantaine en attendant de prendre une décision, continue-t-il.

Je fais le lien direct avec ma soudaine promotion.

— Il a tué Mark…

— Qui est Mark ?, s’interroge Xhang, oh, le médecin revient !

Il s’élance vers son lit et s’empare d’un carnet qu’il avait caché sous l’oreiller, puis il revient vers moi et me le donne.

— Lis ceci pour moi, s’il te plaît, me supplie-t-il, je n’ai pas eu le temps de tout lire.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Ce sont les notes et observations du médecin. Il y parle du projet Genesis et de tout ce que Tim Carpenter veut faire ici. On doit connaître la vérité sur les clones.

Je glisse le carnet dans la poche de mon pantalon.

— Je le ferai.

Je quitte l’infirmerie, pétrie d’émotions.

Aksionov qui est devenu une menace, Xhang qui a découvert les réels agissements de Tim Carpenter et la soudaine perte de contact avec l’expédition des clones… Si tout est lié, Oracio a raison depuis le début et nos jours sur Mars sont maintenant comptés. Je dois absolument lui parler.

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