61 - Benificium

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28.05.2088 – Journal de Tim Carpenter

La camisole a été requise pour se protéger de la fureur d’Aksionov. Les militaires ont réussi à l’endormir et l’ont emmené dans le département Biologie pour examen.
L’analyse de son cerveau montre que les cellules cérébrales situées dans le noyau pré mamillaire ventral de l’hypothalamus se sont multipliées de manière exponentielle.
Son agressivité s’en est retrouvée exacerbée. Le médecin est formel : il n’est pas schizophrène. Cela rend le diagnostic d’autant plus inquiétant.
Il se réveille, une muselière attachée au visage. Il ne semble plus aussi agité qu’auparavant. Ce changement de comportement est déconcertant. Le médecin m’assiste.
— Vous pouvez lui parler, il est sous calmant, mais il est parfaitement conscient, me dit-il d’un ton qui se veut rassurant avant de s’éloigner, je reste à proximité en cas de problème.
Les bras et les jambes d’Aksionov sont entravés au lit sur lequel il a été allongé. Il parait inoffensif, à présent. Il me fixe d’un regard gourmand comme si j’étais son prochain repas.
— J’aimerais que vous ne m’appeliez plus par mon prénom, dit-il d’une voix profonde, je ne me considère ni comme un scientifique, ni comme un humain, désormais.
— Alors, qu’est-ce que vous êtes ?
— Je ne suis rien d’autre que la volonté de Dieu. Un de ses nombreux adeptes ou disciples, comme bon vous semble.
Je m’avance vers lui, intrigué.
— Que voulez-vous faire ? Est-ce un message que vous essayez de me transmettre ?
Aksionov soupire profondément en levant les yeux au ciel.
— L’interêt premier réside dans la curiosité, répond-il d'un ton condescendant, c’est ce qui a fait que les humains ont pu évoluer et devenir l’espèce dominante sur Terre. La curiosité les a encouragés à s’interroger sur tout ce qui les entourait. Elle leur a offert les clefs du progrès. C’est la curiosité qui vous a amené ici, sur Mars. La curiosité et l’orgueil.
— L’orgueil ?
— Ne sous-estimez pas le pouvoir de conviction. C’est votre absolue certitude que Mars est l’avenir de l’humanité qui vous a poussé à embarquer. L’envie viscérale d’être un pionnier et de laisser votre nom dans l’Histoire. Orgueil que vous dissimulez en Espoir pour appareiller vos réelles intentions d’une grandeur qu’elles n’ont pas.
Je suis mal à l’aise, mais je tente de ne rien laisser transparaître. Il me lit comme dans un livre ouvert. Comment connaît-il toutes ces choses si intimes ? Se pourrait-il qu’il ait des pouvoirs de télépathie ?
— Vous avez été dupé comme tant d’autres personnes, continue Aksionov, Mars ne sera pas la Terre promise. Ni pour les humains, ni pour les post-humains. Les cités fantasmagoriques que vous avez imaginées sur cette planète n’existeront jamais.
— Comment pouvez-vous en être si sûr ?
Il se met à rire.
— L’enfant qui rêvait d’être astronaute vit toujours en vous, Tim, répond-il, mais l’adulte qui rêve d’idéal et qui se voit en sauveur des hommes est donc à ce point si aveugle ? L’humanoïde disait vrai : la mort est tout ce qui vous attend ici. Et bientôt, elle s’étendra sur Terre tel un raz-de-marée dévastateur qui submergera tout. La vraie apocalypse.
Un frisson glacé me parcourt la colonne vertébrale. J’entrouvre à peine les lèvres.
— Quand est-ce prévu ?
Aksionov fronce les sourcils et son visage redevient impénétrable.
— Le travail a déjà commencé avec moi et il se poursuit ailleurs, réplique-t-il avec dureté, la mort ne se repose jamais.

Soudain, Ray interrompt notre conversation.
— Il y a un problème…, annonce-t-il.
— J’arrive.
Je quitte la pièce et le rejoins dans le couloir.
— Un des clones est tombé dans le gouffre, m’annonce-t-il dans un souffle.
Je suis peiné, mais malheureusement pas surpris.
— Comment est-ce arrivé ? Est-ce que le clone est décédé ?
— On ne sait pas exactement… Le colonel et son état-major sont au poste de commandement. J’en ai profité pour vous voir discrètement.
Je pose ma main sur son épaule :
— Tu as bien fait… Comment va-t-il, ce cher colonel ?
— Comme vous l’aviez prévu, il a l’air de prendre son nouveau rôle très au sérieux. Il est sûr de lui, voire même trop…Il n'hésite pas à vous critiquer devant moi.
Je souris :
— C’est exactement ce que je voulais. En envoyant mes clones dans le gouffre, il a dépassé les bornes. J’ai consacré ma vie à la conception de ces créatures parfaites et lui veut les détruire. Il ne gagnera pas. Ceci est plus grand que sa personne.
Ray hoche la tête.
— Que voulez-vous que je fasse, cette fois-ci ?, me demande-t-il.
Je demeure un moment pensif.
— Mes clones savent ce qu’ils doivent faire avec l’humanoïde. À nous de faire le reste de notre côté.
Ray plisse les yeux comme s’il n’avait pas compris. Ma langue se délie.
— Il va falloir le tuer. Il met en péril toute notre opération.
Pendant un court instant, Ray demeure interdit puis son regard recroise le mien.
— Comment pourrions-nous nous y prendre ?, s’enquiert-il simplement.
— Il faudra être subtil et faire passer ça pour un accident. Et je pense que nous avons trouvé la personne idéale pour cette sale besogne.
Les yeux de Ray deviennent ronds.
— Aksionov ? Il est timbré !
— Raison de plus pour ne pas attirer l’attention sur moi. Si le colonel meurt, je serai le premier suspect. Mais si c’est lui qui le dévore, ce sera malheureux, mais personne ne fouinera.
— Ce n’est pas faux. Reste encore à faire en sorte que le colonel et Aksionov se retrouvent seul à seul.
— Je vais y réfléchir. Retourne retrouver le colonel avant qu’il ne s’inquiète. Je te tiens au courant.
— D’accord.
Je quitte le département Biologie pour retrouver mon bureau où un nouveau message m’attend sur ma tablette tactile. C’est le clone numéro deux.

«Accident dans la grotte. Numéro trois tombé dans le ravin. Humanoïde descendu le chercher. Préparons la mission de sauvetage. Attendons les instructions.»

Mes clones me restent fidèles, car ils savent à qui ils doivent la vie. Je sais que je peux compter sur eux.
Je m’empare de la tablette et écris :

«Occupez-vous de l’humanoïde en priorité et prévenez-moi lorsque ce sera fait.»

Puis je m’affale sur ma chaise, inspirant profondément comme après une longue course à pied.
Dieu existe peut-être, ou serait-ce une machination inventée de toutes pièces ?
Sur ce point, Aksionov a raison : je suis curieux de savoir ce qu’il va se passer lorsque tout sera fini.

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