59 - Fugientibus

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08.11.2087– Journal de David

Lisa me tapote sur l’épaule, me réveillant au passage.
— Tu somnolais…, me murmure-t-elle, c’est à toi de monter la garde.
Je m’étais assoupi près d’un carton dans la semi-remorque du camion. Le plancher dur, la poussière, ainsi que les cahotements incessants ont rendu ma sieste très inconfortable.
Je me redresse avec un mal de dos atroce, mais Lisa s’avère être en plus mauvais état que moi. Sa blessure à l’épaule s’est aggravée. Le teint de son visage s’est pâli. Elle transpire beaucoup, désormais.
— Je t’ai apporté de l’eau, c’est celle du chauffeur, me dit-elle en me tendant une gourde.
Je la remercie en étanchant ma soif. L’eau me revigore, car j’avais la gorge sèche. Je m’essuie la bouche avant d’examiner sa plaie. Le bandage est rougeâtre. Je lui préconise de s’arrêter pour la nettoyer afin d’éviter une éventuelle infection, mais elle refuse tout net.
— On ne peut pas se permettre de s’arrêter. Ils sont à nos trousses, contredit-elle d’un ton ferme.
Une nouvelle fois, je n’ose pas lui tenir tête. Je ne sais que trop en combien elle peut être bornée. Au lieu de cela, je préfère m’en tenir à la collecte d’informations. Je la questionne sur notre destination. Elle évoque l’Egypte, mais reste évasive sur la localisation et surtout le but. Puis, je lui demande des nouvelles des gens qui nous avaient aidé à nous échapper et elle botte en touche.
— Je l’ignore totalement, répond-t-elle, tu étais là et tu as tout vu… Ils sont partis dans une autre voiture et ont disparu. Je ne sais pas s’ils ont pu rejoindre le port à temps. Je ne sais même pas s’ils sont toujours vivants.
Je reste un instant interdit.
— Surveille le chauffeur, me somme-t-elle, même si on lui a confisqué son portable, on ne peut pas le laisser seul trop longtemps. Je vais dormir un peu. Réveille-moi dans une heure.
— Est-ce qu’il est fiable ?
Lisa fronce les sourcils :
— David, il ne sera jamais fiable… Pour le moment, il ne pose aucune question, c’est déjà beaucoup. Je pense que la crainte de perdre son emploi est plus forte que tout. Mais reste sur tes gardes ; il peut péter un plomb et provoquer un accident pour s’enfuir.
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle s’installe à ma place, ne me laissant pas d’autre choix que de sortir en avant. Je rejoins le chauffeur dans sa cabine à la place du passager. Une forte odeur de tabac imprègne l’air malgré le courant d’air s’engouffrant par la fenêtre. Le routier, un homme d’une cinquantaine d’années, fume comme un pompier.
Je lui demande s’il n’a pas une cigarette pour moi. Il m’en donne une, tout en évitant de croiser mon regard. Je l’allume et inspire à fond. Bordel ! Ça fait un bien fou !

— Après un moment, je me décide à rompre le silence :
— Dans combien de temps sommes-nous arrivés ?
— Je dirais qu’il nous reste deux bonnes heures, répond le chauffeur, la matinée est déjà bien avancée. Il y a de la circulation.
— D’accord.
J’observe l’habitacle et constate qu’il y a de nombreuses photos de sa femme et de ses enfants accrochées un peu partout. Au fur et à mesure que les minutes s’engrènent, il prend confiance en lui et ose se tourner vers moi.
— Est-ce que je peux vous poser une question ?, demande-t-il à voix basse.
— Allez-y.
— Vous allez me tuer parce que j’ai vu votre visage ? Je ne dirai rien à personne, vous savez ! Je serai muet comme une tombe !
— On ne vous tuera pas.
— Je suis un père de famille, vous savez. Je ne fais de tort à personne.
— Je vous le répète, on ne vous tuera pas.
À l’écoute de cette réponse, le chauffeur se détend enfin quelque peu, relâchant ainsi l’étreinte de ses doigts sur le volant. Tout en fumant ma cigarette, je laisse mon esprit vagabonder.
Je suis maintenant sain et sauf, qu’est-ce qui m’empêche de rentrer chez moi ? Pourquoi devrais-je suivre Lisa jusqu’en Egypte ? Je ne suis pas un terroriste, moi ! Malgré toute la gratitude que j’éprouve envers elle, je ne lui appartiens pas.
Une partie de moi me conjure de foutre le camp avant qu’il ne soit trop tard, mais je n’ai pas le temps de réfléchir à un plan car Lisa réapparaît brusquement.

— Je crois vous avoir entendu dire que nous serions à Marseille dans deux heures, dit-elle, alors, il est temps de partir. Garez-vous sur le bas-côté, s’il vous plaît.
— Maintenant ?
— Oui, garez-vous, nous descendons. Si vous parlez de nous a qui que ce soit, nous vous retrouverons tôt ou tard, ne l’oubliez pas.
— Oui, j’ai bien compris, madame.
Le chauffeur se range sur le côté et nous dépose, avant de redémarrer dans la seconde, s’évanouissant en un rien de temps.
— Il y a sûrement des barrages qui nous attendent à l’entrée de la ville, explique Lisa une fois seuls, continuons à pied, ce sera plus prudent.
Je la dévisage, hésitant :
— Lisa…
— Quoi ?
— Paul et ce gars dans la voiture sont morts… Est-ce que ça valait la peine de me sauver ?
Elle s’avance vers moi, le visage maussade :
— Qu’est-ce que tu essayes de me dire ?, s’enquiert-elle.
— Tu m’as sauvé et… Et je t’en suis reconnaissant, mais je voudrais rentrer chez moi. Je… Je ne suis pas… Je ne suis pas comme toi. Je ne veux pas faire partie d’une organisation…
— Terroriste ?, termine Lisa.
Je soupire.
— Oui, terroriste.
Elle me regarde intensément puis tend le bras comme pour me céder le passage.
— Si tu veux rentrer chez toi, je ne te retiens pas, réplique-t-elle d’un ton cinglant, après tout, c’est vrai, tu ne me dois rien. Tu as le droit de retrouver ta vie, désormais. Qui serais-je pour t’enchaîner à moi ?
Je fais la moue et baisse la tête avant de commencer à marcher à l’opposé. Soudain, Lisa m’interpelle :
— Il faut juste que tu saches une chose, David : à la seconde où tu rentreras à Paris, tu seras un homme mort. La DGSE te rattrapera et cette fois, ils te tueront. Tu m’as aidé de ton plein gré. Pour eux, tu es autant coupable que moi.
Je m’arrête de marcher, dépité.
— Le plus important n’est pas ce que tu sais, continue Lisa d’une voix glaciale, mais ce que les gens croient que tu es. Pour tout le monde, maintenant, tu n’es plus un flic. Ta seule chance de t’en sortir vivant et de rester avec moi.
Elle a raison et j’en suis bouleversé. Trop tard pour faire machine arrière, désormais. Je sens mon pouls s’accélérer, ma respiration s’emballer. Je dois me rendre à l’évidence : je ne pourrai pas survivre seul bien longtemps. À contre coeur, je rebrousse donc chemin et me décide à lui emboîter le pas hors des sentiers battus.
Nous marchons sur plusieurs kilomètres avant de nous arrêter devant une sandwicherie. Là, nous nous asseyons à une table près de la fenêtre, puis Lisa commande à manger tandis que je scrute les alentours pour essayer de débusquer un éventuel agent. Parmi les quelques personnes présentes, certaines regardent le bulletin d’informations diffusé en 3D. Soudain, alors que nous sommes servis, le présentateur parle de notre évasion.
— Hier, pendant la nuit, un commando armé de l’organisation terroriste de la Nueve a attaqué le siège de la DGSE ( Direction Générale de la Sécurité Extérieure ) et a fait évader un ancien policier soupçonné d’avoir été « retourné ». Le bilan provisoire fait état d’une dizaine de policiers blessés et deux morts parmi le commando. L’un d’eux n’est autre que Paul Dumont, le scientifique qui avait disparu et dont le hacker Don Sewn avait réussi à isurper l’identité afin de se rendre sur Mars. Tout porte à croire qu’il était leur otage et qu’il n’était que la victime malheureuse d’une organisation criminelle. Deux suspects ont été formellement identifiés par la police et sont activement recherchés. Il s’agit des anciens agents Lisa Martos et David Bertin, dont voici les portraits.
Merde !
Je vois nos photos s’afficher en plein écran devant toute l’assistance.
— Ils sont considérés comme armés et extrêmement dangereux. Si vous les rencontrez, veuillez les signaler au bureau de police le plus proche ou en appelant le 809, termine le présentateur.
Lisa continue de manger tranquillement, alors que les gens nous détaillent d’un regard soupçonneux. Le stress me coupe l’appétit.
— Lisa, bon sang ! On doit décamper !
— Détends-toi, rétorque-t-elle, tâche de rester calme et tout se passera bien.
Le barmaid s’apprête à téléphoner, mais Lisa s’en aperçoit et l’en dissuade:
— Si vous le permettez, messieurs, nous aimerions terminer nos sandwichs, dit-elle d’un ton qui se veut amical, je vous rassure, vous n’aurez aucune prime pour nos têtes. Alors, le mieux que vous puissiez faire, serait de nous laisser repartir. Je vous promets qu’il n’y aura aucune représaille si vous choisissez de vous taire. J’ai bien dit SI…
— La police est déjà en chemin !, entendons-nous parmi les clients.
— Vous avez fait un très mauvais choix !, réplique Lisa en prenant la direction de la sortie.
Je la suis au pas de course et nous sortons avec fracas.
— Il nous faut une bagnole !, me lance-t-elle.
Un homme au visage hirsute, en blouson et bonnet noirs, nous suit au pas de course.
— Je peux vous aider à vous échapper, si vous voulez !, nous propose-t-il en se dirigeant vers sa voiture.
— Tu veux nous piéger !, rétorque Lisa avec véhémence.
— Non ! Montez !
Sur le coup, nous n’avons pas le temps de réfléchir davantage et grimpons à bord du véhicule, Lisa sur le siège passager et moi à l’arrière. Le type démarre en trombe sous les huées de certains clients indignés.
— Pourquoi vous nous aidez ?, s’enquiert Lisa aussitôt.
— Tout le monde ne suit pas aveuglément le troupeau, réplique l’homme avec un rictus, je sais ce que vous essayez de faire. Vous prenez aux puissants pour le redistribuer au peuple de manière équitable. Les medias essayent de diaboliser votre action, mais moi, je suis au courant de ce qu’il en est vraiment. Au fait, je m’appelle Alfred.
Nous nous contentons d’un hochement de tête poli en guise de réponse, plutôt qu’une franche poignée de main. Il ne nous en tient pas rigueur. Au bout d’un moment, il remarque les grimaces de Lisa et découvre sa blessure.
— Vous êtes souffrante, il faut passer chez moi soigner ça, suggère-t-il.
Lisa fronce les sourcils et montre son revolver.
— Si c’est un piège, je vous tuerai, déclare-t-elle froidement.
— Je sais…
Je me méfie moi-même de ce type. Pourquoi risque-t-il ainsi sa vie pour nous ? Il semble si avenant, c’est déconcertant. Il nous fait quitter la route, empruntant un chemin de campagne moins fréquenté avant de se garer devant une petite maison bien décorée.
— Allez-y, rentrez, nous dit-il en ouvrant la porte, mieux vaut faire vite.
La maison est bien aménagée. L’homme retire son bonnet, révélant de longs cheveux noirs légèrement blanchis au niveau des tempes.

— — J’ai une trousse à pharmacie, dit-il en ouvrant une armoire de manière très hasardeuse dans la cuisine.
Étonnamment, Lisa se laisse faire et s’assoit près de lui. Elle me tend le revolver.
— Inspecte les lieux, m’ordonne-t-elle.
— D’accord.
J’examine les meubles, le temps que cet étrange Alfred change le pansement de Lisa. De suite, je remarque quelque chose d’anormal : l’endroit est propre, presque trop propre. C’est comme si personne n’y vivait à temps plein et la manière avec laquelle Alfred s’est mis à chercher sa trousse à pharmacie me met la puce à l’oreille. Au coin de la cheminée, je trouve un petit ours sculpté en bois. Je le ramasse, réfléchis un instant, puis retourne à la cuisine. Je trouve Alfred épongeant la blessure encore béante de Lisa. Cette dernière avale de la morphine en serrant les poings.
— Alfred, je suis tombé sur ce petit ours en bois… Vous aimez les ours ?
L’homme me dévisage, comme s’il se doutait du piège.
— Assez, oui, répond-il d’un ton laconique, ils sont indépendants et débrouillards.
— Où était-il posé ? Je voudrais le remettre à sa place ?
Alfred prend un temps de réflexion avant de finalement faire « non » de la tête avec un sourire embarassé.

— — Laissez tomber, posez-le sur la table. Je le mettrai à sa place plus tard, répond-il sous le ton de la boutade en terminant de bander l’épaule de Lisa avec des ciseaux et du sparadrap.
Je braque alors le revolver sur sa tête.
— Putain, David, qu’est-ce que tu fais ?, proteste Lisa en se levant de sa chaise.
— C’est un menteur ! Il est incapable de dire où était posé cet objet ! Soit cette maison ne lui appartient pas, soit il nous mène en bateau !
Lisa a un mouvement de recul et fixe Alfred d’un regard suspicieux. Alfred lève les mains.
— O.K ! J’avoue !, confesse-t-il, je ne vous ai pas tout dit… Disons que je ne vis pas ici tous les jours…
J’appuie le canon de mon revolver plus fort sur le haut de son crâne.
— Explique-toi !
— C’est dans le jardin. Il y a une bâche.
— Je vais voir, lance Lisa en quittant la cuisine, continue à le surveiller, David.
— Entendu.
J’entends la respiration d’Alfred s’accentuer au fur et à mesure que la panique le gagne.
— Je suis de votre côté !, clame-t-il comme une supplication.
— Ferme-la !
— David !, crie Lisa au loin, amène-le dehors.
— Allez, debout !
Le canon du revolver dans le dos d’Alfred, je le pousse facilement vers le jardin jusque devant la bâche que Lisa prend le soin d’enlever avec minutie. Il y a un trou énorme dans la terre, révélant ce qui ressemble à un bunker protégé par une porte blindée.
— Un survivaliste, constate Lisa en soupirant, j’aurais dû m’en douter.
Ñ Pas n’importe quel survivaliste, rétorque Alfred avec aplomb, je peux vous aider à vous échapper et à accomplir votre mission.
— Qu’est-ce que tu sais de nos projets ?
— Je sais que vous allez provoquer une révolution. Je ne connais pas les détails, mais peu importe… Des sympathisants de la Nueve, il y en a plus que vous ne le pensez. Il y a des rumeurs qui circulent. Le bruit court que la révolution est proche et que le gouvernement sera bientôt aux abois. Je vous soutiens ! À bas les puissants !
Je lui intime l’ordre de baisser d’un ton. Il lève à nouveau les mains en l’air en signe de soumission. Lisa s’accroupit en direction du trou.
— Il y a quoi, dans ce bunker ?, demande-t-elle, inquisitrice.

— — Des armes lourdes et des provisions, répond Alfred sans hésitation, de quoi tenir tout un siège. Je ne suis pas tout seul. Nous sommes des milliers dans ce pays, prêts à monter au front lorsque le signal sera donné.
Je fronce les sourcils :
— Tu es fou…
Alfred ne me répond pas, il n’a dieu que pour Lisa. Cette dernière se redresse, le regard brillant de celle qui vient d’avoir une idée.
— Nous devons rejoindre le port de Marseille rapidement, dit-elle, mais avec la police a nos trousses, ça ne sera pas facile. Peux-tu nous y emmener en toute sécurité ?
Alfred abaisse lentement ses mains, un sourire éclairant son visage.
— Ce serait un honneur de vous aider, répond-il euphorique, laissez-moi juste récupérer des armes et passer quelques coups de fil. Nous devrons attendre la nuit pour agir.
— Très bien, répond Lisa en regagnant la maison.
Nom de dieu ! Elle lui fait confiance ? J’ai dû attendre des années pour obtenir ça, moi !
— À tout hasard, rajoute-t-elle, trois amis à nous ont dû passer par Marseille pour fuir. Ils étaient avec nous lors de l’attaque. Auriez-vous entendu parler d’eux ?
Alfred hoche la tête négativement.
— Désolé, réplique-t-il, pas à ma connaissance.
Le visage de Lisa s’assombrit.
— Merci quand même, murmure-t-elle.
Nous profitons de la journée pour nous reposer et retrouver des forces. Après avoir bien mangé, Lisa s’écroule sur le canapé et s’endort comme un bébé. Moi, je ne ferme qu’un œil : cet Alfred, je ne le sens pas. Je le vois passer des coups de fil et faire les cent pas dans la maison. Mais c’est lorsqu’il recharge ses fusils que je suis le plus nerveux. Il semble absent des fois, parlant dans le vide. À croire que tous ces putains de survivalistes sont timbrés.
— Ce n’est pas un astéroïde qui va tous nous buter, c’est nous-même. Et après, ce sera la loi de jungle, mon ami !, marmonne-t-il en singeant un lion sur sa proie.

— Finalement, je cède à mon tour au sommeil.
À la nuit tombée, Alfred nous reveille.
— C’est l’heure de partir, nous explique-t-il, je vais vous conduire à un endroit et une autre personne prendra le relai, puis une autre et enfin une dernière.
— O.K, marmonne Lisa en baillant.
— J’emporte le fusil à pompe avec moi. En cas de pépin, courez par l’arrière du véhicule. Je vous couvrirai.
— Entendu.
Nous nous installons dans le coffre de sa voiture. Il démarre et nous commençons notre périple. Alors que nous sommes confinés entre le pot d’échappement et la banquette arrière, je serre Lisa dans mes bras pour la toute première fois. À mon grand étonnement, elle ne me repousse pas. Peut-être que finalement toutes ces épreuves nous ont rapprochés. Quelle sensation enivrante !
L’odeur de ses cheveux, le contact de sa peau, sa respiration si lente et paisible. Il se dégage une telle sérénité de son être que je désire en récolter un peu pour mon propre confort. Elle est si belle et forte, si cruelle et vulnérable à la fois, que je ne cesse de m’interroger sur sa vraie nature. Dois-je essayer de la comprendre ou dois-je m’en défaire définitivement de peur de sombrer dans les abysses de ses prunelles ? Puis-je la percer à jour, tout comme elle m’a percé à jour depuis déjà bien longtemps ?
—Tu penses que l’on va mourir, lâche-t-elle tout à coup, c’est pour ça que tu me touches.
Je me confonds en excuses, gêné. Elle concède qu’elle ne sait pas non plus si on s’en sortira.
Une heure plus tard, la voiture s’arrête. Le coffre s’ouvre et Alfred nous aide à descendre.
— Cachez-vous derrière ces arbres, nous enjoint-il, de la buée s’échappant de sa bouche, une voiture va s’arrêter à votre hauteur dans peu de temps.
Lisa hoche la tête :
— Merci pour tout ce que tu as fait pour nous, Alfred, dit-elle. Je le pense vraiment.
Alfred sourit.
— Revenez-nous vivante, répond-il avec conviction, que l’on puisse leur botter le cul à tous ces enfoirés !
Les adieux sont brefs. Il regagne sa voiture et disparaît dans la nuit. Nous suivons son conseil et nous nous réfugions au pied d’un arbre en attendant le conducteur suivant.
Les nuits de novembre sont glaciales, pas plus de cinq degrés, mais nous tenons bon. Des voitures passent à vive allure, tous feux allumés, telles des apparitions fantomatiques. Enfin, l’une d’entre elles s’arrête, moteur ronflant.

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      Olodumare restait dans sa gigantesque salle de méditation, remplie d'objets qui étincelaient de mille feux. Sur des étagères en bois de Baobab se trouvaient des trophées étranges à l'honneur de sa participation à la création du monde. Une grande partie des objets qu'il possédait, éclairer la salle de méditation. Il disait que cela l'aidait à se concentrer dans sa recherche de la perfection spirituelle. Un stade qui une fois atteint, procurait une jouissance incontrôlable pour le dieu. Les portes, grandement ouvertes, laissaient voir l'univers infini et juste devant lui l'Afrique sur toute son intégralité. Ses habits en tissus blancs étaient tellement longs qu'ils recouvraient le sol entier de la pièce. Quelqu'un toqua à sa porte, il ne fut pas surpris de voir le visage d'Ellegua, le dieu messager. Il était paré d'un collier d'argent et des pierres d'obsidiennes s'y incrustaient. Le dieu avait également sur son chef un chapeau fait en crâne d'antilope avec des rameaux s'entortillant sur lesquelles étaient accrochés des gris-gris et des coquillages pendouillant par des cordelettes. Un tissu rouge sang cousu dans du cuir noir lui servait à couvrir le bas de son corps. Son torse était scarifié et couvert de peintures blanches contrastant avec sa peau noir.
– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
– Son honorable seigneur des mers souhaiterait prolonger la durée de sa mission en Grèce afin de seconder le seigneur Poséidon dans sa lutte contre les Titans.
– Fichtre, toujours ces fanfarons d'olympiens ! Lorsqu'il s'agit de se faire assister, il ne manque jamais une occasion mais quand nous, Orishas, auront besoin d'eux en retour, nous entendrons que les chants de leurs maudites sirènes. Bien, qu'il reste donc et qu'il me prévienne de son arrivée. Nous festoierons à ce moment de joie.
     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
– Mais que fais-tu là, mon cher Eshu. Demanda à la fois gêné et énervé. Ce dernier ne savait pas que le dieu de la discorde avait des ébats passionnés avec la même concubine que lui. Mais cela ne suffit pas à le calmer, alors il envoya un sort de cécité en direction des deux divinités. Eshu retira un poignard de sa ceinture et l'enfonça dans le cœur de son amante après avoir réduit la distance qui les séparait.
– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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GEO
Un petit garçon, à la veille de Noël, de la neige, un peu de magie...

Je fête l'arrivée prochaine du printemps avec un conte de Noël, comme quoi tout est permis en écriture.
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