54 - Raid (Partie 2)

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07.11.2087– Journal de David

Un bruit sourd me fait sursauter dans mon sommeil. Les murs tremblent. C’est tout près.
On aurait dit qu’une grenade avait explosé. Le son est monstrueux.
Je me lève du lit, scrutant au-delà de la vitre ce qui peut bien se passer.
Les gardiens s’agitent et se précipitent vers l’entrée, nous abandonnant à notre sort.
Les autres détenus de la Nueve sont abasourdis et se regardent mutuellement, l’air hagard.
J’entends leurs supplications. Tout est irréel, sombre, angoissant.
Je reste debout un moment à me persuader naïvement que ce n’est qu’un exercice de routine et que rien de grave ne va m’arriver. La torture m’a anesthésié de toute expansion d’émotion. J’ai une putain de grosse envie de fumer, c’est tout ce que je sais !
Après un moment de confusion, deux silhouettes apparaissent dans mon champ de vision. Est-ce que ce sont des unités d’intervention ou des terroristes de la Nueve venus à la rescousse des leurs, difficile encore à déterminer.
Soudain, les individus armés s’arrêtent devant la cellule d’une jeune femme que j’ai vu débarquer hier. Ils discutent, signe qu’ils la connaissent. Ils ont l’air de lui donner un objet, des lunettes noires.
La jeune femme les met, est-ce qu’il s’agit d’un Effaceur ? Je suis intrigué.
Tout à coup, un flash jaillit des lunettes et la jeune femme se tétanise. Elle vient de s’effacer la mémoire sous mes yeux ! Je n’avais jamais vu ça en vrai.
Les individus armés marchent vers moi. En les détaillant des yeux, je tressaille.
— Lisa ? C’est toi ?
Elle a une expression triste sur le visage.
— Qu’est-ce qu’ils t’ont fait, David ? Tu as des cicatrices partout !
— Oui… C’est moche…Ça dépend des jours… Des fois, c’est juste la torture de la noyade, d’autres fois, ce sont les électrochocs…

— Vous n’avez pas l’air en état de courir, constate l’homme qui l’accompagne.
— Il faudra bien, pourtant, répond Lisa du tac au tac, on est venus te libérer.
Sur le coup, je ne réalise pas encore ma méprise. Un sentiment me saisit : l’incompréhension. Je ne peux m’empêcher de poser cette question qui me brûle les lèvres :
— Tu fais partie de la Nueve, maintenant ?
Lisa s’avance vers la porte, l’œil sombre.
— On n’en parlera plus tard, réplique-t-elle, Hélène, il faudrait ouvrir la cellule numéro onze, s’il te plaît !

— Je m’en occupe !, répond cette dernière.
En quelques secondes, le verrou électronique de la porte cède. Lisa entre et me serre dans ses bras.
J’essaye d’en faire de même, mais je suis sous le choc. Elle ne m’en tient pas rigueur.
— Il va falloir que tu te dépasses, on va avoir toute la DGSE aux trousses, prévient-elle.
— Je ferai de mon mieux... Pourquoi ne sauvez-vous pas les “vôtres” ?
— Ils ont effacé leur mémoire… Ils se feront cueillir facilement. Allez, viens !
Elle me prend par le bras et m’extirpe enfin de ma cellule. Je m’interroge.
— Comment va-t-on sortir d’ici ?
— On détruit les canalisations, me rétorque Lisa en me montrant la charge explosive dissimulée dans sa veste.
Son comparse en fait de même. Je suis dubitatif.
— Si vous faîtes ça, il y a un risque que la déflagration nous tue tous.
— C’est un risque à prendre. Nous n’avons pas le choix.
Lisa et son ami se dirigent vers les toilettes d’un pas décidé, moi sur leurs talons. Ils posent les charges sous les W.C., puis nous nous éloignons à bonne distance. Lisa actionne le détonateur et une explosion retentit, secouant tous les murs aux alentours et ouvrant une brèche dans les égouts.
L’odeur pestilentielle des déjections nous prend à la gorge, mais Lisa m’exhorte à y faire abstraction afin de sauver ma vie. Je me faufile donc dans le conduit, jouant des coudes dans la vase nauséabonde. Lisa et son acolyte m’emboîtent le pas. Sous la lumière des petites torches, nous nous enfonçons de plus en plus sous la terre. Les cris des autres détenus ne sont bientôt plus qu’un appel à l’aide ténu venu d’un autre monde. Je me pose plein de questions : est-ce que les policiers vont nous descendre dès notre sortie ? Est-ce que Lisa sait où aller ensuite ? Sortirons-nous tous vivants de ce cauchemar ?
Au bout de quelques longues minutes, nous arrivons au bout d’un tunnel où une échelle métallique mène à la surface.

— Hélène, nous arrivons au point de rendez-vous, ouvrez-nous, ordonne le complice de Lisa.
— Entendu !
J’entends des bruits de pas de plus en plus distincts. Puis, la plaque d’égout se soulève et un homme me fait un geste amical.
— Venez ! Dépêchez-vous !, nous lance-t-il en épiant les environs.
Je monte l’échelle vers la surface et nous nous retrouvons tous dans la rue. Tout parait si calme et pourtant l’expression de l’homme qui nous a permis de sortir trahit sa peur.
— Il faut que l’on file, vite ! Le lieutenant Gilbert arrive !, nous crie-t-il en courant vers la voiture d’Hélène tandis qu’un autre individu nous fait des signes de loin.
— C’est Paul ! Viens !, tonne Lisa en me poussant vers lui.
À cet instant, un drone nous survole et des véhicules blindés déboulent de la rue adjacente.
— Pierre, monte avec eux !, ordonne Lisa.
Ce dernier hoche la tête, dégaine son fusil d’assaut et commence à tirer sur les policiers afin de couvrir notre fuite. Steve s’engouffre dans la première voiture.
— Pierre, grouille-toi !, hèle Hélène.
Une première balle atteint le coffre de la voiture, une seconde la vitre arrière, heureusement sans gravité. Pierre saute à son tour dans la bagnole et Hélène démarre en trombe.
Pendant ce temps, je me jette sur la banquette arrière de la voiture de Paul et tombe nez à nez avec un homme en uniforme du Raid. Il a un garrot sur la jambe et est très mal en point. Lisa, qui se met à tirer à son tour, s’assoit à la place passagère alors que Paul, totalement paniqué, appuie sur l’accélérateur.
Nous nous éloignons enfin sous une pluie de balles qui sifflent de part et d’autre de l’auto. Le drone nous suit.
— Prends cette rue !, ordonne Lisa à Paul tout en rechargeant son arme.
— Où va-t-on ?, s’enquiert ce dernier.
— Suis mes directives et ne t’occupes pas du reste !
Elle baisse la vitre de son côté et mitraille le drone alors que tout un contingent de policiers est à nos trousses. À peine en a-t-elle fini avec ce drone qu’un second appareil surgit du ciel.
— Le lieutenant Gilbert est en face de nous !, s’écrie Paul.
En effet, toute une cargaison de policiers nous fait face. Le lieutenant Gilbert gesticule comme s’il était possédé.
— Ne les laissez pas s’échapper !, entendons-nous.
Paul change brutalement de direction, empruntant les quais de Seine.
Un hélicoptère nous prend en chasse. La tension est palpable.
— On doit atteindre Marseille, lâche enfin Lisa.
— On ne s’en sortira pas !, je réplique.
— Tais-toi !
Soudain, le bruit d’un haut-parleur résonne dans la nuit.
— Rendez-vous immédiatement ! Vous n’avez aucune chance ! Arrêtez votre véhicule ou nous serons contraints de faire feu !
Cet ordre provient de l’hélicoptère. Un faisceau de lumière est braqué sur nous. C’est éblouissant.
Je regarde mes mains. Je m’aperçois qu’elles sont ensanglantées. L’espace d’un instant, je suis pétrifié. Je crois qu’il s'agit de mon sang, mais ce n’est pas le mien, c’est celui du type assis à côté de moi qui s’est évanoui.
— Votre ami semble être dans le cirage…
— Fous-lui une gifle !, réplique Lisa d’un ton abrupt.
J’obéis et je lui en mets une. J’ai la main lourde car je suis stressé. Il ouvre les yeux et me dévisage comme si j’avais cinq ans. Il a le teint pâle, les lèvres gercées, le regard vitreux.
— M… Merci, bafouille-t-il entre deux respirations.
— Essayez de rester éveillé.

Nous nous engouffrons sur le périphérique extérieur. Paul slalome entre les voitures. C’est très dangereux, mais cela s’avère payant : nous prenons de la distance sur nos poursuivants.
— L’hélicoptère et le drone nous suivent toujours, constate Paul, je suis sûr que ce calme n’est qu’apparent.
— Continue de foncer, ne t’arrêtes pas !, coupe machinalement Lisa, les yeux rivés sur les rétroviseurs.
Nous quittons la banlieue parisienne sans ennuis. Lisa n'a pas l'air rassurée ; le drone et l’hélicoptère nous filent toujours le train.
— Rendez-vous ! Ceci est notre dernier avertissement !, répète le tireur dans l’hélicoptère.
Une nouvelle fois, Lisa n’en tient pas compte, encourageant Paul à appuyer davantage sur l’accélérateur. Je me retourne et aperçois les phares des véhicules de police briller au loin. Se pourrait-il qu’ils abandonnent ?
Soudain, un bruit lourd éclate. C’est saccadé, pesant. C’est la carlingue qui vient de subir une rafale de tirs. Le tireur dans l’hélicoptère a appuyé sur la détente.
Je ferme les yeux l’espace de quelques secondes. Je me crois mort, touché par plusieurs balles. Lorsque j’ose les ouvrir à nouveau, un spectacle macabre s’offre à moi : Lisa pousse des cris de douleur. Elle est touchée, mais je ne sais pas exactement où. Il y a du sang partout.
L’homme à moitié couché à côté de moi semble endormi à nouveau. J’ignore s’il a été tué. Je suis sous le choc. Je n’ose plus bouger.
Je vois le sang dégouliner sur mon visage. Je dois sûrement être blessé, cette fois-ci.
— Paul !, s’écrie Lisa entre deux soubresauts.
La tête de Paul a été à moitié arrachée par l’impact des balles. Son sang a été projeté sur le pare-brise. Il est immobile, inerte, la bouche légèrement entrouverte. Des morceaux de son cerveau sont éparpillés un peu partout dans l’habitacle. Son corps est secoué de spasmes nerveux. Il bouge encore. Je n’ai jamais vu une scène aussi effroyable de toute ma vie.
Lisa tente tant bien que mal de reprendre le contrôle du véhicule en mettant la main sur le volant, mais c’est trop tard.
Notre voiture fait une embardée et sort de la chaussée pour foncer vers le bois à proximité. J’aimerais prier, mais je n’en ai pas le temps. Il est évident que c’est Dieu qui me rappelle auprès de lui.

Quelles ont été les minutes qui ont suivi ? C’est comme un trou noir.
La voiture fait plusieurs tonneaux avant de finalement s’arrêter.
La secousse est d’une violence phénoménale. Je tombe dans les pommes.
Je n’ai aucun souvenir de ce moment-là.
Tout ce dont je me souviens, c’est que je me réveille la tête à l’envers, que l’homme assis à côté de moi est décédé les yeux ouverts et que des mains m’extirpent par la vitre cassée de la portière arrière.
C’est encore Lisa. Elle souffre le martyr, mais elle a quand même eu la force de me traîner hors de danger. C’est un miracle que nous soyons tous les deux en vie.
Je la regarde saisir péniblement son flingue.
— On doit partir, ils nous pourchassent, me dit-elle froidement.
Elle me propose de prendre le chemin des bois. Nous nous mettons à courir, malgré nos multiples blessures.
Les agents arrivent bientôt sur les lieux et organisent une battue.
L’hélicoptère, balayant la zone de son puissant projecteur, est implacable.
Le drone se faufile d’arbres en arbres pour guider les policiers.
Tout semble jouer contre nous.
J’ai envie d’abandonner, mais Lisa continue à me pousser à me dépasser. Nous nous cachons derrière tout ce que nous trouvons et finalement, l’hélicoptère et le drone nous perdent de vue.
Nous découvrons une zone pavillonnaire complétement paumée. L’hélicoptère continue ses rondes. Nous longeons les murs lorsque le puissant faisceau de lumière passe près de nous. Lisa suggère d’entrer de force chez quelqu’un. Je n’ai pas le courage de lui dire non après ce qu’elle a fait pour moi. À chaque minute qui passe, elle parait de moins en moins lucide. Elle saigne abondamment.
— Cette maison m’a l’air bien, murmure-t-elle entre deux grimaces de douleur.
Derrière les fenêtres, j’aperçois une famille qui fait la fête joyeusement. Une adolescente, son frère et leurs parents. Il y a un gâteau entamé et des bougies au milieu de la table. J’en déduis qu’il s’agit d’un anniversaire qui s’est éternisé, vu l’heure tardive.
Je me tiens en retrait et laisse Lisa faire. J’essaye de ne pas le montrer, mais intérieurement, je bous. Elle est armée et risque de traumatiser à jamais ces pauvres gens. Le jour d’un anniversaire, en plus… Mais que dire ? Je suis dans le même pétrin.
Le père lui ouvre, elle le menace avec son arme et pénètre chez lui très rapidement. Je la rejoins.
Les adolescents sont terrifiés. La mère se place entre eux et le flingue. Le père essaye de tempérer.
— Explique-leur qu’on ne leur veut pas de mal, me lance Lisa en me donnant le revolver, je dois aller me soigner.
— Facile à dire, tu viens de les braquer avec ton arme !
— Pas le temps pour la subtilité.
Elle disparaît dans la salle de bain. Je demande à la famille de se réunir dans le salon. Le père ne me quitte pas des yeux, la mère essaye de rassurer ses enfants qui pleurent. Je leur indique que s’ils respectent nos règles, il ne leur arrivera rien.
— Nous ne restons pas longtemps, nous avons juste besoin de nous cacher.
Le père fronce les sourcils.
— Vous êtes recherchés par la police ? C'est à cause de vous, l'hélicoptère là-haut ? Vous n’allez pas prendre mes enfants en otage, n’est-ce pas? , demande-t-il en ravalant sa salive.
— Nous ne prendrons personne en otage.
Lisa réapparaît en soutien-gorge. Sa blessure à l’épaule gauche est béante.
— L’un de vous s’y connaît un peu en soins de santé ?, s’enquiert-elle, je dois retirer une balle de mon épaule. C'est plutôt... Urgent.
La mère lève timidement la main.
— Je suis infirmière.
— Parfait ! Venez avec moi.
La mère serre ses enfants dans ses bras puis, reprenant de la contenance, elle suit Lisa dans la salle de bain.
Je vais à la fenêtre et constate que l’hélicoptère nous survole. Je décide donc de fermer tous les rideaux.
— Combien de temps allez-vous rester ici ?, demande encore le père.
—Le temps qu’il faudra. Est-ce vous avez un endroit dans la maison où on pourrait se cacher ?
— Il y a la cave.
— Une sortie par derrière?
— Oui.
— C’est ce qu’il nous faut.
Lisa ressort de la salle de bain en grimaçant. Elle a un bandage à l’épaule gauche. La mère lui a retiré la balle et fait quelques points de souture. Elle finit de se rhabiller. Je jette de nouveau un œil à la fenêtre et constate que les agents arpentent la rue.
Ils arrivent !
Lisa dévisage le père avec sévérité.
— N’oubliez pas : on sait où vous habitez. Si vous nous dénoncez, on le saura et votre famille ne sera plus jamais en sécurité. C’est clair ?
Le père déglutit avant de répondre :
— Oui, nous ne dirons rien.
— Bien.
Lisa et moi descendons dans la cave.
— Tu leur fais confiance ?
— Nous n’avons pas le choix, de toute façon, répond-t-elle.

Dans la cave, il y a un empilement de vieux cartons. Nous nous dissimulons derrière.
Quelques minutes plus tard les agents sonnent à la porte. Nous tendons l’oreille et entendons quelques bribes de leur conversation.
— Nous sommes à la recherche de deux individus armés et extrêmement dangereux. Une femme et un homme. Est-ce que vous les auriez aperçus ?, demande l’agent.
— Non, nous n’avons rien vu. À vrai dire, nous fêtions l’anniversaire de ma fille cadette. Nous étions trop occupés pour nous soucier de ce qui se passait dehors, répond le père.
— Je comprends. Cela ne vous dérange pas de nous laisser rentrer une minute ?
— Non, rentrez donc !
Nous entendons deux hommes entrer. Ils inspectent la maison. L’un d’eux interpelle la mère.
— Vous semblez nerveuse, madame… Tout va bien ?, interroge l’un des agents.
— Je pense que je suis assez surprise, vu l’heure tardive. Ce n’est rien…, bafouille la femme.
— Vous avez des traces de sang sur les vêtements.
Merde…
— Oh, ce n’est rien, c'est des choses qui arrivent en cuisine.
— Ce n’est pas la vérité n’est-ce pas ? Ils sont ici ?
Lisa me fait signe de nous enfuir par la fenêtre dérobée. Les deux agents commencent à fouiller la maison et perdent du temps à monter à l’étage.
Nous en profitons pour nous échapper. Une fois dehors, nous escaladons la clôture et nous continuons à longer les murs.
— Ils ne peuvent pas être loin, continuez à chercher !, entendons-nous.
Nous nous accroupissons et avançons à tâtons. Je suggère de créer une diversion afin de nous permettre d’avoir une chance de nous sortir de là.
— J’aurais bien tenté de déclencher l’alarme anti-vol d’une voiture, mais je serai immédiatement capturé.
— Ce qui signifierait que nous aurions fait tout ça pour rien ?, réplique Lisa d’un ton amer, je ne peux l’accepter. On doit voler une voiture et tenter le tout pour le tout.
— On peut y rester…
— J’en suis consciente, mais il n’y a pas d’autres solutions.
Je ne peux pas la contredire sur ce point. Je pense que le côté désespéré de notre situation me fait perdre toute capacité de jugement rationnel. Lisa ne perd pas une seconde. Alors qu’elle s’apprête à entrer dans un véhicule par effraction, les agents semblent aux aguets.
— Je crois avoir entendu un bruit par là, les gars !
Un agent donne l’alerte et nous sauve la mise par la même occasion. Tous les policiers convergent vers une autre maison plus loin, nous laissant le champ libre. Est-ce de la chance ? J’en doute, mais nous la saisissons pour filer en douce et quitter la zone pavillonnaire en évitant l’hélicoptère.
— Il nous reste un dernier obstacle, le barrage, me chuchote Lisa.
En effet, non loin de là, deux agents font le pied de grue devant un tueur de pneu installé sur toute la largeur de la chaussée. Nous les contournons par les bois en faisant le moins de bruit de possible.
Une fois assez éloignés de la zone de recherche, nous reprenons la direction de l’autoroute à l’affût du conducteur inconscient qui viendrait à passer à notre hauteur.

Un camion de marchandises surgit de la brune matinale et Lisa le stoppe en se mettant en travers de son chemin avec son arme. Nous grimpons à l’avant et menaçons le chauffeur de représailles s’il n’obéit pas.
Il n’oppose aucune résistance et redémarre. Nous sommes toujours aussi nerveux, mais de moins en moins au fur et à mesure que les minutes s’écoulent.
C’est l’aurore. Nous avons survécu à cette terrible nuit.

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– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
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– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
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GEO
Un petit garçon, à la veille de Noël, de la neige, un peu de magie...

Je fête l'arrivée prochaine du printemps avec un conte de Noël, comme quoi tout est permis en écriture.
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