53 - Raid (Partie 1)

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07.11.2087– Journal de Pierre Devos

Au final, j’étais sûr que Lisa ne m’écouterait pas, malgré mes multiples mises en garde.
David semble plus précieux à ses yeux qu’elle ne veut bien l’admettre.
Elle se tient à côté de moi, vêtue de la tenue Airsoft du Raid, cagoulée et méconnaissable.
Notre voiture fonce dans la nuit, direction le Q.G de la DGSE.
Un silence pesant et oppressant règne en chemin. Une odeur de poudre avant l’heure.
Nous sommes quatre. J’ai fait appel à un ami, Martin, ancien des forces d’intervention, reconverti comme bras armé de la Nueve après avoir été écoeuré par la corruption qui régnait au sein de la police.
Paul Dumont est le conducteur. Je le sens nerveux. J’espère qu’il sera à la hauteur.
Hélène et Steve se trouvent dans une autre voiture, à bonne distance de nous. Ils ont piraté le système de sécurité du siège de la DGSE. Ils seront nos yeux lorsque nous serons dans le feu de l’action.
Nous nous garons à quelques centaines de mètres du siège. Lisa sort la première, le fusil d’assaut bien en évidence. Comme consigne, j’avais exigé aucune balle réelle, nous sommes donc munis de balles en caoutchouc et de flèches tranquillisantes. Hélène a déclaré que David se trouvait dans une cellule isolée des autres, surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Trois portes doivent être franchies pour l’atteindre. Le point positif est que la plupart des hommes sont partis dans notre ancienne planque au même moment. Cela nous laisse une marge de quelques minutes pour exfiltrer David.
— Commençons déjà par venir à bout les gardes, suggère Lisa.
— Une personne peut suffire…, répond Martin.
— Je m’en occupe.
— Je coupe les deux caméras de surveillance qui donnent sur le hall d’entrée, indique Hélène dans l’oreillette.
— Parfait, répond Lisa.
— Cela va éveiller leurs soupçons, soyez prudents !
— Ne t’inquiète pas.
Lisa dégaine son arme de poing, met en place le silencieux et s’élance furtivement dans la cour. Nous l’imitons en tous points et restons à couvert. Je suis impressionné par sa technique d’approche, c’est comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle contourne les deux hommes en se cachant derrière les voitures une à une.
Elle assomme le premier garde d’un coup de crosse de revolver puis entraîne le bougre endormi derrière un autre véhicule. Ensuite, elle se charge du second, cette fois-ci en utilisant le collier d’étranglement. Elle ne parait pas plus en difficulté.
— La voix est libre , nous hèle-t-elle après un moment.
Nous traversons la cour à grandes foulées pour la rejoindre. Tapis dans la pénombre, nous écoutons attentivement Hélène.
— Bon, il y a environ vingt agents dans les bureaux à cette heure-ci. Sur ces vingt agents, la moitié est devant les ordinateurs, les autres sont armés et surveillent les cellules. Certains des nôtres sont enfermés, mais ils ont effacé leur mémoire. Tâchez de passer outre afin de ne pas finir six pieds sous terre. Dès que vous êtes prêts, nous y allons !
— Nous devons profiter de cet effet de surprise, pas de temps à perdre, rétorque Lisa.
— Lorsque vous entrerez, deux agents seront en train de boire un café sur votre gauche, les autres seront assis devant leurs ordinateurs. Utilisez vos bombes lacrymogènes et mettez vos masques pour semer la confusion chez vos adversaires. Je vais couper la lumière au début des hostilités.
— Bien !
Nous mettons nos masques à gaz, ainsi que nos lunettes infrarouges. Lisa entre la première.
— Encore une nouvelle nuit à passer au poste, j’ai des cernes jusque là !, se plaint l’un des deux hommes à la cafétéria.
— ‘Faut croire que ce soir, c’est la bonne, la Nueve va enfin tomber, répond l’autre avec un sourire.
— J’espère bien !

Tout en se dissimulant derrière les murs, Lisa progresse avec une dextérité toute féline tandis que nous nous approchons des bureaux en rampant. Elle vise et tire sur les deux hommes, les immobilisant instantanément grâce au tranquillisant.
Nous balançons alors les lacrymogènes dans la pièce.
— On est attaqués, ils ont infiltré notre réseau !, entendons-nous à quelques mètres de nous.
La lumière est coupée. La tension exacerbée. Le siège est plongé dans le noir le plus total.
Nous entendons des suffocations et des complaintes dû à l’effet du produit chimique sur les yeux et dans les poumons. Recroquevillés dans les recoins de la pièce, les policiers arrachent leurs vêtements pour se couvrir la bouche.
Après quelques instants, ils décident de nous encercler comme nous l’espérions. Ils n’ont pas le temps de se munir de leurs lunettes infrarouges et sont donc pénalisés, mais cela n’a pas l’air de les perturber.
Hélène et Steve nous offrent un précieux coup de main en bloquant les portes menant aux cellules, empêchant ainsi aux gardiens d’accéder au hall d’entrée.
Nous décidons de neutraliser les policiers un par un, utilisant le mobilier comme bouclier. Je surprends Martin en plein pugilat avec un policier. Les autres n’osent pas tirer de peur de blesser un des leurs dans l’obscurité. Ils préfèrent se jeter sur lui. Je viens lui porter secours.
Je frappe le premier au visage, esquive de peu la droite d’un autre, envoie un chassé dans les jambes du troisième. Je reçois un coup-de-poing à la tête et suis envoyé contre un mur. Je me ressaisis, me retourne, et envoie mon agresseur valser entre deux chaises. Un coup d’œil jeté sur Lisa me permet de m'apercevoir qu’elle est aux prises avec un homme à la carrure imposante. J’aimerais l’aider aussi, mais je ne peux pas me dégager. À tout instant, sous le coup de l’énervement, l’un de nos adversaires peut dégainer son arme et tous nous flinguer.
Fort heureusement, nous arrivons à les repousser. Ils rebroussent chemin, nous laissant un peu de répit, mais c’est pour mieux se regrouper entre nous et le passage menant à David.
Ils ont compris qui on est et ce qu’on est venus chercher !
— Je vais enclencher l’araignée magnétique avant que eux ne le fassent, dit Martin, un genou à terre, en déballant sa sacoche.
Il se saisit d’un petit robot de la taille d’un poing, ressemblant à une araignée cubique avec huit pattes articulées, puis le pose délicatement en direction des policiers. La machine se précipite alors vers eux, prête à libérer un champ magnétique d’une puissance phénoménale.
Tout à coup, Lisa, à une vingtaine de mètres de nous, s’agite comme un diable.
— Grenade ! Foutez-le camp !, nous hurle-t-elle en se mettant à l'abris.
Non loin de nous, j’entends le roulement d’un objet au sol. J'en suis terrifié.

L’araignée magnétique explose dans un grondement sourd, projetant les policiers effrayés quelques mètres plus loin.
Courir vers l’entrée, vite !
Dans la précipitation, Martin me suit, mais il est déjà trop tard. Dans un fracas monumental, la déflagration de la grenade nous expédie tous les deux dans les airs comme de vulgaires chaussettes.
Je retombe très mal au sol, me fracassant le dos contre le rebord d’un bureau. Sur le coup, je ne m’entends pas hurler. Mon ouïe étant partiellement atteinte, mes cris sont couverts par un son strident qui bourdonne dans mes oreilles. J’ai un trou noir durant quelques secondes. Heureusement que je porte mon gilet !
Lorsque j’ouvre les yeux à nouveau, je vois des feuilles de papier virevolter au milieu des gravats, de la fumée s’échapper du sol encore fumant et une odeur rance qui prend à la gorge.
Allongé au sol, enseveli sous la poussière et incapable de bouger, je tente de reprendre mes esprits. J'entends graduellement des bruits de pas se rapprocher et mon nom. Je ne suis pas devenu sourd, ouf !
Soudain, une ombre se penche sur moi. Entre deux soubresauts, je reconnais Lisa. Elle m’aide à me relever tout en me parlant.
— Pierre, ça va ?
Elle me flanque une sacrée gifle qui a le mérite de me remettre les idées en place.
— Où est Martin ?
— Il est salement blessé à la jambe… Paul a entendu l’explosion et s’est ramené. Je lui ai dit de l’accompagner à la voiture.
— Mon trou noir a duré plus longtemps que je ne l’aurais pensé…
— Prêt à finir le boulot ?
Je me touche la tête, pris par des vertiges. Je décide néanmoins de mentir.
— Je vais très bien.
Lisa n’a pas l’air convaincue, mais elle n’a pas le temps de s’apitoyer sur mon sort.

— J’ai pour idée de prendre un de ces types en otage pour passer, propose-t-elle, c’est le mieux que j’ai trouvé.
— C’est une bonne idée. De toute façon, nous n’avons plus le temps d’y réfléchir davantage.
Elle hoche la tête, puis s’avance vers les agents tombés dans les pommes. Elle en désarme un, le réveille avec une flopée de claques puis le braque avec son arme à feu.
— Lève-toi, allez !, ordonne-t-elle d’un ton glacial.
Le policier s’exécute sans broncher. Elle se place derrière lui, le canon du pistolet dans son dos.
— Ils oseront tirer, tu crois ?, ose-t-elle plaisanter.
— Je vous ouvre la porte, entendons-nous Hélène nous dire dans l’oreillette.
À peine la porte ouverte, une armada d’hommes lourdement armés nous mettent en joue.
— Tout doux, tout le monde !, aboie Lisa derrière l’otage, j’ai votre collègue en joue. Vous tirez, on meurt tous. Baissez gentiment vos armes et tout se passera bien.
La dizaine de policiers hésite.
— Exécution !, tempête Lisa avec une voix semblable au rugissement d’une lionne.
Les agents abaissent finalement leurs armes et nous cèdent bon gré mal gré le passage.
— Passez tous de l’autre côté de la porte, impose ensuite Lisa.
Une nouvelle fois, les policiers obéissent, nous fusillant du regard.
— Je referme la porte, indique Hélène dans l’oreillette.
— Parfait.
Une fois la porte fermée, on entend les agents nous insulter et exhorter leur collègue à tenir bon. Nous n’y prêtons pas plus attention, retirons nos masques à gaz et continuons notre progression vers notre objectif, franchissant deux autres portes encore. Finalement, nous découvrons une grande salle circulaire aux cages de plexiglas où les nôtres ont été enfermés. Le spectacle est affligeant. Ayant effacé leur mémoire, ils errent sans but, nous suppliant de leur venir en aide et jurant qu’ils sont innocents.
Je reconnais des amis proches. J’en ai le cœur brisé.
Lisa, elle, ne laisse rien transparaître. Elle assomme l’otage d’un coup de crosse de revolver et continue de marcher vers ce qui semble être la cage de David.
— Je n'en reviens pas que vous soyez là, entendons-nous au milieu des cris.
Séparée par une épaisse vitre de plexiglas Anna se tient debout en face de nous, enfermée, les yeux brillants.
— J’ai été capturée, moi aussi, dit-elle avec une mine contrite, je pensais pouvoir m’en sortir, mais…
Elle baisse la tête, s’empêchant d’être submergée par l’émotion.
Lisa la jauge, surprise.
— Tu ne t’es pas effacée la mémoire comme les autres ?, s’enquit-elle avec amertume.
— Je n’ai pas eu le temps…, répond Anna entre ses dents, le lieutenant Gilbert compte sur mon témoignage pour tout savoir de notre projet. Il va… Décortiquer mon cerveau.
La mâchoire de Lisa se contracte.
— Je suis désolée…, déplore Anna, je n’aurais jamais dû prendre ton sac. J’étais tellement en colère, j’ai agi sous l’impulsivité… Il a récupéré les photos compromettantes et il les a détruites.
— Sérieusement ?

— Je suis tellement désolée. Tout est de ma faute. Je ne te croyais plus capable d’assurer jusqu’au bout. J’ai cru bon de prendre les choses en main. J’ai eu tord.
Je suis effaré par ce que j’entends. Comment a-t-elle pu autant se fourvoyer ?
— Tu as conscience que s’il t’interroge, tu risques de tout lui dire ?
Anna me défie avec aplomb.
— Ça n’arrivera jamais. Il ne saura rien, rétorque-t-elle avec détermination.

— Comment tu peux en être si sûre ?

— Vous êtes venus nous libérer, n’est-ce pas ?
Lisa et moi échangeons un regard embarrassé.
— À dire vrai, nous étions persuadés que vous aviez tous eu la mémoire effacée, répond Lisa d'un ton abrupt, nous sommes venus pour libérer David. Nous n’aurons pas le temps de sauver davantage de personnes, malheureusement…
Le visage d’Anna s’assombrit, dissimulant mal sa déception.
— Après ce que j’ai fait, je comprends que tu n’aies pas spécialement envie de me sauver à la place de David. Je mérite d’être ici. J’ai entraîné des gens avec moi dans cet Enfer.
Lisa fronce les sourcils et ne répond rien. Anna marche lentement vers le passage de plateaux repas.
— Il vous reste un Effaceur ?, demande-t-elle.
Merde, Anna… Elle me fixe avec insistance, car elle sait que je me balade toujours avec le mien.
— Tu n’es pas obligée de faire ça…
— Allons, Pierre, tu sais très bien qu’il n’y a pas d’autres solutions, réplique Anna avec un sang-froid incroyable, nous devons aller jusqu’au bout, ils ne doivent pas gagner !
Elle a foutrement raison. Je lui donne mon Effaceur, sous les yeux approbateurs de Lisa.
Anna inspire et expire profondément en tenant les lunettes noires si redoutées dans les mains. Pour la première fois de ma vie, je la vois trembler comme une feuille.
— Attendez, je dois vous donner quelque chose!, s’écrie-t-elle soudain, je l’avais planquée sur moi.
— Quoi donc ?
Elle soulève la semelle de sa chaussure et en sort une petite puce informatique. Puis elle la confie à Lisa.
— Avec ce fichier, tu auras accès aux informations nécessaires pour coordonner les différentes cellules avant le « gros coup », dit-elle, ça aussi je te l’ai volé…
— Merci, répond Lisa laconiquement.
— Je sais que je ne t’ai pas traitée avec respect et que tu peux me voir comme une traître, mais…
— Je comprends... Mais je suis revenue.
Anna s’interrompt, comme honteuse. Elle échange un dernier regard avec Lisa et moi.
— Si le commandant Gilbert a réussi à te faire retrouver la mémoire, je me dois de pousser l’expérience plus loin…
J’écarquille les yeux.
— Plus loin comment ?
— Genre… Cinq ans, au moins, réplique Anna tout en respirant à fond. Là, il n’aura aucune chance de me soutirer des informations.
— Non ! Ne fais pas ça ! C’est trop dangereux ! Tu pourrais devenir folle !
Mais Anna ne m’écoute déjà plus. Du bout des doigts, elle met délicatement les lunettes et règle l’appareil en bougeant des objets imaginaires avec ses mains.
— Chaque acte que nous accomplissons a des conséquences, lâche-t-elle avec emphase, j’assume les miens… Faites ce qu’il faut pour que ces ordures payent !
Une lumière blafarde jaillit des lunettes et Anna a un mouvement de recul, signe que l’effacement de mémoire a bien eu lieu.


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