46 - Coactio

6 minutes de lecture

28.05.2088 – Journal de Xhang

Et la porte s'ouvre lentement, largement, silencieusement.
Non loin de ma chambre, j'entends des soldats bavarder et plaisanter. Un homme aux sourcils broussailleux en blouse blanche apparaît et referme la porte aussitôt. Il vient s'enquérir de mon état.
Une tablette à la main, il me survole sans même me toucher. L'apdétaillépe point par point l'évolution de mes blessures, fait une prédiction de la durée de cicatrisation et offre une photographie de toutes les parties de mon corps. Le résultat est d'une précision telle qu'il n'a plus rien à examiner si ce n'est la ligne de perfusion intraveineuse et la pochette Baxter.
— Vous allez mieux, constate-t-il dans sa barbe, c'est une bonne nouvelle.
Je ne ressens ni mes doigts, ni mes jambes, ni ma mâchoire, mais je vais mieux ? J'ai été passé à tabac, bon sang ! Ces fous ont bien failli me tuer !
— Vous avez deux côtes fêlées, les lèvres fendues, de multiples contusions et des ecchymoses un peu partout, mais vos jours ne sont plus en danger, déclare le médecin, reposez-vous, mangez sainement et tout rentrera dans l'ordre. Vous resterez encore trois jours alité et ensuite il y aura de la rééducation.
Je le remercie poliment car il m'a averti que je ne devais plus faire de vagues.
Puis il prend congé de moi. Un H3G vérifie une seconde fois mon intraveineuse puis va s'asseoir.
En face de moi, il y a un autre patient, arrivé plus tôt pour une migraine. L'effet des médicaments a l'air d'agir parce qu'il ne se tient plus la tête. Tel un faucon, il m'épie comme une bête curieuse :
— Apparemment, j'ai l'air plus mal que vous, plaisante-t-il.
— Il semble bien...
Ses yeux roulent vers le H3G, guettant sûrement une réaction de ce dernier, mais celle-ci ne vient pas. Le robot demeure immobile. Rassuré, il poursuit la conversation, nonobstant le fait que certains H3G peuvent enregistrer.
— Je vous reconnais, vous êtes Xhang Giao. Celui qui a fait croire qu'il détenait un explosif entre les mains.
Je hoche la tête d'affirmative. Il acquiesce.
— Vous avez une sacrée paire de burnes, si je peux me permettre... Dire tout haut ce que certains pensent tout bas, il fallait oser ! Mais maintenant, il y a eu du changement...
Je fais des yeux d'œuf.
— Quels changements ?
— Tim Carpenter a cédé sa place de leader et le colonel Williams a pris les rênes des opérations. Il se croit dans un camp militaire. Il serre la bride à tout le monde et...
À cet instant, deux soldats débarquent en trombe dans la chambre et entourent mon interlocuteur.
— Vous allez l'air bien mieux, Ronald, déclare l'un d'eux d'un ton glacial, veuillez nous suivre.
L'autre l'agrippe par le bras et le fait se lever du lit brutalement. J'ose une nouvelle fois défier l'autorité.
— Où l'emmenez-vous ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
L'un d'eux me lance un regard de pitbull.
— Toi, le rebelle, mêle-toi de tes affaires ou on te remet au trou !, badine-t-il.
Ils emmènent le patient et s'éclipsent.
Je me sens impuissant, incapable de venir en aide à ce malheureux. Ce gredin de colonel Williams ne souhaite pas que je sois en contact avec d'autres membres, c'est évident. Seul dans mon lit, je me remémore tout ce que m'a révélé Oracio durant la nuit : le fait qu'il soit une machine au service de l'organisation terroriste de la Nueve, le fait qu'un grand danger nous menace si nous ne stoppons pas rapidement l'exploration du gouffre et puis ces...
Ces...
Rodrigue Martos a rendu son humanoïde si réel qu'il lui a implanté des fragments de souvenirs d'un passé fabriqué, embarqué dans son intelligence artificielle. Une vision stupéfiante !
Les confidences d'Oracio m'ont laissé pantois. Il «rêve» comme n'importe quel être humain :
Chaque nuit, je refais une boucle. Je suis seul sur une montagne, prisonnier de la poussière, encerclé par la brume. Soudain, au milieu du néant, je vois une silhouette se profiler à l'horizon. C'est celle de mon père. Il marche vers moi.
Une confidence énigmatique qui me fait toujours gamberger au point d'en oublier Jenny. Depuis que ses soldats l'ont fait sortir de sa cachette à côté de ma cellule, je n'ai plus eu de ses nouvelles et c'est très inquiétant. Je dois vite me remettre sur pied afin d'en avoir le cœur net.
La porte s'ouvre à nouveau et à ma grande surprise, c'est le colonel Williams qui entre, flanqué de son larbin de Ray.
Il ne dit pas un mot et se tient en face de moi, l'air circonspect. Un frisson secoue mes membres à travers les draps.
— Xhang, je ne vais pas y aller par quatre-chemins, vous êtes dans la merde, commence-t-il d'un ton taciturne, votre petit numéro de prestidigitation a été très remarqué la dernière fois. Vous avez franchi la ligne rouge. Le personnel vous a vu. C'est un très mauvais exemple que vous avez donné à «Breath for Mars».
Je me tords de douleur afin de formuler correctement une réponse :
— Je n'ai fait que dire la vérité.
— Votre vérité, monsieur, pas la nôtre, rectifie aussitôt le colonel avec fermeté, pensez-vous sincèrement que je peux vous laisser faire du prosélytisme et détourner nos scientifiques de leur but ? Je ne le tolérerai jamais !
J'entrevois son dessein, cela me terrifie :
— Vous allez me maintenir en prison jusqu'à la fin ?
Il se pince la moustache, comme s'il s'amusait de la situation.
— J'y ai pensé, j'avoue..., confesse-t-il sans remords, mais il y a aussi une autre solution.
— Laquelle ?
— Travaillez pour moi et vous pourrez revoir votre amie Jenny...
Je tressaille légèrement.

— Vivante, rajoute-t-il sans chaleur.
Ce chantage est facile mais si efficace...
— Qu'est-ce que je dois faire en échange ?
Le colonel joint ses mains :
— Commencez par me raconter ce que vous a dit le robot durant la nuit, suggère-t-il. Divy a capté une conversation entre vous et l'humanoïde, malheureusement il n'y avait pas de son. Je veux savoir ce que vous avez appris précisément.
Je déglutis légèrement et réponds :
— Sa mission ici et la menace qui plane sur nous si nous ne quittons pas Mars le plus tôt possible. Il ne m'a rien confié d'autre.
Le colonel se rembrunit. Il balaye d'un regard torve mes différentes plaies.
— Vous savez, les blessures que vous avez pu endurer ne sont rien comparé à ce que je pourrai vous faire, me rétorque-t-il d'un ton revêche, je suis sûr que vous me mentez.
Je n'ai aucun moyen d'échapper à son courroux car je suis trop mal en point.
— Je vous assure que je ne sais rien d'autre !
Il se tourne vers son homme de main :
— Ray, amenez le médecin, ordonne-t-il placidement.
Ce dernier s'exécute et le toubib revient avec un sachet contenant une seringue et un flacon.
— Personnellement, j'ai des méthodes radicales qui tranchent avec celles de Tim Carpenter, ironise le colonel, j'aurais préféré vous braquer le canon d'un flingue sur la tempe pour obtenir ce que je veux, mais ça n'a plus la côte de nos jours. Et puis le sérum de vérité a démontré son efficacité.
— Le sérum de vérité ?
Je me démène comme tous les diables, mais Ray me maintient solidement sur le lit. Je n'ai pas assez de forces pour le repousser.
— Piquez-le, vite !, aboie le colonel.
— Ne faites pas ça ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi, putain !
Le médecin se précipite pour me passer de l'alcool sur la zone à piquer et cibler ma veine... qu'il rate une première fois.
Je hurle au secours en vain. Ray plaque sa main sur ma bouche avec toute la brutalité dont il sait faire preuve. J'ai dû mal à respirer. Le colonel se joint à lui. Ils redoublent d'efforts, s'appuyant sur mes blessures, me provoquant une douleur si terrible que je ne m'aperçois pas que le sérum galope maintenant dans mes veines.
— Voilà, lâche le colonel satisfait, il ne reste plus qu'à attendre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 8 versions.

Recommandations

Défi
Sterc


Je vis au sein d'une monarchie, comment est ce possible?
Monarchie démocratiquement inégalitaire,
Totalitaire à tout type d'évasion,
Imposant appareil répressif, censurant au maximum les "libertés",
Mélange incompatible entre le totalitarisme extensif fondé sur une incommensurable forme de conservatisme à en perdre la raison,
Et entre soupçon de démocratie surveillée
Toute forme d'expérience nouvelle est anticonservatisme, donc anticonstitutionnel, donc illégal.
Cette illégalité est un délit sanctionné par l'annonce de sanctions pouvant y découler.
Je cherche malgré tout un moyen de renverser le régime et de planter le drapeau français, symbole de toute les libertés

4
9
0
0
Défi
phillechat
Agglutination et rimes féminines
11
13
0
0
Défi
Calypso Dahiuty
Rêve...
Mot enchanteur qui révèle en nous les pensées les plus folles, les fantasmes inassouvis, les envies, les idées, et toutes ces choses inachevées...
Rêve...
Ne suffit-il pas de fermer les yeux, après tout ?
Pour vivre, rire et pleurer, bâtir sa vie par procuration ?
Rêve...
Un rêve. Un simple rêve, pour oublier, pour changer, remettre en place cette vie que l'on a pas su bien façonner.
Un rêve, juste un rêve... pour tout changer.
17
6
1
1

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0