42 - Proposal

10 minutes de lecture

27.05.2088 – Journal de Jenny

Déjà vingt-cinq longues heures que je suis entravée dans la même position sous le tuyau d'aération avec, comme seule ouverture vers l'extérieur, cette trappe grillagée.
Heureusement que je suis de petite taille. Si Oracio était humain, il n'aurait jamais pu tenir ici aussi longtemps vu sa corpulence.
J'ai les muscles endoloris, la bouche sèche et une affreuse douleur au dos et au ventre. Le fait de ne plus bouger me tétanise petit à petit. J'ai faim. J'ai soif. Je suis en sueur.
Dans mon axe visuel, je vois Xhang, allongé sur la banquette de sa cellule, gémissant de douleur et réclamant de l'aide. Oracio, lui, est hors de mon champ de vision, mais je suppose qu'il est toujours assis. Un soldat se tient devant les barreaux, imperturbable.
Au fond de moi, je le maudis, j'aimerais qu'il s'en aille, mais il n'en fera rien.
Ma cuisse droite, raidie par les courbatures, me fait horriblement souffrir. Je me fais violence pour ne pas me faire repérer.
Oracio a beau être un humanoïde, plus les heures s'écoulent, plus mon ressentiment envers lui augmente. C'est comme s'il avait abandonné sa mission. Condamnée à demeurer immobile et impuissante, cela me rend complétement folle. Je n'arrête pas de revoir inlassablement le film de ce sauvetage raté dans ma tête. Tout cela est absurde. Bien sûr que j'aurais été prise au piège dans tous les cas de figure. Ce qui arrive à Xhang est entièrement ma faute. Quelle idiote !

À force d'y penser, je sens ma tête tourner plus vite.
Mes forces m'abandonnent...
Soudain, un autre militaire fait son entrée et interpelle le premier.
— Bryna a retransmis les images des caméras de surveillance d'hier, cette pétasse est ici ! Elle s'est planquée ! Trouvons-la !
Trop tard !
Armes au poing, les soldats se dirigent dans ma direction. Cette fois-ci, il n'y a plus aucune issue.
Ils me voient et braquent leurs M16* sur mon visage.
— Sors de là tout de suite ! , beugle l'un d'eux en postillonnant.
Je serre les dents et me redresse péniblement tout en ouvrant la trappe. La douleur remonte de ma colonne vertébrale jusqu'à mes omoplates et j'ai grand-peine à me tenir debout.
— Mains sur la tête ! , rugit l'autre, le canon du fusil dirigé vers mon thorax.
— O. K.
— Tu vas nous suivre chez le colonel, tu as compris ?
Je hoche la tête pour dire “oui” tandis qu'ils me poussent brutalement vers la sortie. Ameuté par le bruit, Xhang me regarde, éberlué.
—J...J...Jenny ? , tente-t-il d'articuler, tu... Tu étais là depuis tout ce temps ?
Il a le visage tuméfié, les yeux gonflés, les lèvres en sang. J'ose à peine le dévisager.
— Ne t'en fais pas, tout va s'arranger, Xhang.
Oracio, lui, se tient dans un coin sombre de sa cellule. Il me tourne le dos.
— Tu es un lâche, tu as compris ? UN LÂCHE ! Dis-lui la vérité sur toi !
— Avance, garce !
La porte de la prison se referme derrière moi. Je sens mes jambes vaciller. Je boite.
— J'ai soif.
— Ferme-la et avance !
D'autres soldats m'aperçoivent et m'insultent. On m'emmène dans ce qui semble être une salle d'interrogatoire avec une vitre opaque. Une table et deux chaises. Tout semble épuré. Les soldats me forcent à m'asseoir.
Mains à plat sur la table et ne t'avise pas de bouger, me menace-t-il en quittant la pièce.
Je me tourne vers la vitre et m'examine moi-même. Les cheveux en bataille et la mine affreuse, je suis méconnaissable. J'ai cruellement besoin de... — Tiens, voilà pour toi, me lance le soldat en posant une assiette de riz aux lentilles avec du poulet, ainsi qu'un verre d'eau.
J'engloutis ce dernier cul-sec.
— Encore ! , je braille.
— Une minute, ho !
— C'est bon, Marques, je m'en occupe, dit alors une voix que je reconnais entre toutes.
Le colonel s'assoit en face de moi, une bouteille d'eau minérale à la main.
— Vous mourrez de soif, ça se voit...
— Oui...
Il me tend la bouteille dont je me saisis immédiatement. Sous son œil inquisiteur, je la vide d'une traite, manquant de peu d'avaler de travers. Ensuite, je mange mains nues, sans couverts.
Je n'en réclame pas non plus.
Je sais qu'il souhaite m'humilier pour ce que j'ai fait.
Il ignore qu'à cet instant cela m'est égal.
Il passe ainsi un long moment à triturer sa moustache de la main, ne boudant pas son plaisir de me regarder me salir, attendant patiemment le moment où je serai un peu plus réceptive aux questions en levant les yeux sur lui.
— Vous m'avez déçu, Jenny, lâche-t-il après un moment.
Je me rends compte que j'ai mangé trop vite. Une envie de vomir freine brusquement mon appétit.
— Hum... Venant de vous, je prends cela comme un compliment.
J'avale péniblement la dernière bouchée avant de poser enfin mon regard sur son visage.
— Vous valez mieux que ça, continue-t-il d'une voix monocorde, vous ne choisissez pas le bon camp en essayant de sauver ce terroriste. Contrairement à ce que vous pouvez penser, je suis de votre côté.
— Ah bon ? La dernière fois que vous m'avez vue, vous vouliez me faire taire par la force.
Le colonel sourit, révélant ses rides et un visage creusé par les années de service.
— Je devais faire bonne figure devant mes hommes, vous savez ce que c'est ?
— Non.
Il réprime son sourire. Je vais droit au but.
— Que voulez-vous, colonel ?
— J'apprécie votre cran, d'une certaine façon. Vous avez osé braver des interdits pour sauver ce misérable. Vous l'aimez ?
Je ne réponds pas. En vérité, je trouve ses questions embarrassantes.
— Dites-moi ce que j'encours, c'est tout ce que je veux savoir.
— Eh bien, vous serez renvoyée avec interdiction de travailler au sein de « Breath for Mars ». Un rapport sera rédigé pour la Commission disciplinaire et sera rendu public. Votre nom sera inscrit sur une liste noire et vos possibilités d'évolution de carrière seront réduites à néant. Vous savez, je connais bien votre famille et je suis convaincu que ce n'est pas ce genre de réputation que vous souhaitez lui faire endosser à votre retour. Que penserait votre père, lui qui vous voyait déjà promise à une brillante carrière en politique ?

Bien sûr, je n'ignore pas qu'en tant que sénateur du New Hampshire mon père connaît le colonel Williams, mais ce dernier n'a jamais été invité à dîner à la maison.
Je sais que ce ne sont que des connaissances, mais ces paroles ont le don de me troubler et je redoute de savoir ce qu'a bien pu dire mon père au colonel.
Ce dernier me toise du regard, sûr de son coup. Je ne baisse pas les yeux pour autant.
— Cela dit, il y a peut-être un moyen pour vous de réchapper à cette galère. Une dernière « chance », si l'on peut dire...
— Laquelle ?
— Travailler pour moi. Faire en sorte que cette mission soit un succès. Mes hommes vous ont retrouvée en prison et je suppose que vous y étiez déjà depuis un moment. Donc, vous avez parlé avec ce « Jonathan ».

— Certes...

— Vous savez maintenant qui il est vraiment ?
Il sonde mes émotions. Je ne bouge pas les sourcils.
— C'est un robot, il me l'a révélé.
Le colonel acquiesce.
— Comme quoi, nous avions raison de nous méfier de la technologie. Cette machine est un danger, et pas seulement pour cette mission. C'est la preuve irréfutable qu'utiliser à de mauvaises fins, la technologie est une arme dévastatrice. Un tel humanoïde peut ensuite créer un autre humanoïde plus intelligent que lui-même, et que se passerait-il alors ? Ce serait sans fin : le nouvel humanoïde pourrait à son tour créer quelque chose de plus intelligent encore, tout comme la machine suivante, et celle d'après, et bientôt l'homme a l'origine du processus ne représenterait plus rien. Mais je fais confiance à votre jugement. Vous êtes une femme clairvoyante et je pense que vous pouvez voir les évènements actuels sous un autre angle. Suivez-moi, j'ai une chose importante à vous montrer.

Il m'invite à me lever et nous quittons la salle d'interrogatoire.
— Vous n'êtes pas sans savoir que vous êtes dans l'aile sud du bâtiment B, une zone à l'accès restreint. Savez-vous au moins pourquoi ?
— Non, je n'en ai pas la moindre idée...
Le colonel se délecte de jouer à l'homme mystère tandis que nous arpentons un long couloir qui nous emmène au-delà de la prison. Les soldats que nous croisons sont plus qu'étonnés de me voir et certains osent interpeller leur chef :
— Mon colonel, avec tout mon respect, où emmenez-vous cette dissidente ?
— Mêlez-vous de vos affaires, soldats ! Je sais parfaitement ce que je fais ! Nous passons un portique de sécurité où le colonel se soumet à la reconnaissance oculaire. Puis, dans un sas, nous enfilons des charlottes en papier sur nos têtes ainsi qu'un masque couvrant nos nez et nos bouches et mettons des couvre-chaussures et des gants.
— Cette salle est décontaminée, précise le colonel en ouvrant la porte, rien n'affecte l'environnement.
La pièce est plongée dans le noir et je n'y vois rien. Le colonel appuie sur l'interrupteur et la lumière jaillit, révélant un spectacle qui me cloue sur place.
Une serre. Ici. Sur Mars.
Devant moi, se dressent pêle-mêle des plants de seigle, de tomates, de carottes, de cresson et de pommes de terre. J'en ai la bouche bée.
— Vous assez de la nourriture pour tenir quelques semaines, poursuit le colonel, entièrement cultivée ici et d'une croissance saisissante. Ce sont nos dernières récoltes. Elles datent de quelques jours à peine.
— Stupéfiant... Quel est le procédé que vous avez utilisé ?
Le colonel hausse les épaules.
— Je ne suis pas un scientifique, je vous le rappelle, mais dans les grandes lignes les équipes de Google ont réussi à mettre en place un écosystème viable en enrichissant le sol martien avec des légumineuses. Mais regardez ceci.

Il se met accroupi, remue la terre et prend une pierre dans la main.
—Tendez votre main.
J'obéis et il la dépose délicatement sur ma paume.
— C'est une pierre qu'un des clones a ramené du gouffre. Crachez dessus.
— Quoi ?
— Allez-y. Crachez dessus.
J'hésite un peu au début puis ma curiosité prend le dessus. À peine ma salive rentre-t-elle en contact avec la surface plane de la roche que cette dernière s'illumine de mille feux, donnant naissance à une plante qui croit à vitesse grand V et fleurit devant mes yeux ébahis.
— N'est-ce pas fantastique ?, acquiesce le colonel à l'affût de mes réactions, « toute la vie » contenue dans une seule pierre. Vous pensez toujours que Mars n'est pas viable ?

Je repose fébrilement la plante par terre, n'en revenant toujours pas.
— Comment est-ce possible ?
— C'est que nous essayons toujours de comprendre. Et je sais que vous brûlez d'envie d'en savoir plus.
— Ces recherches pourraient remettre en question les origines de l'Humanité, voire de l'Univers...
Le colonel sourit :
— Je savais que vous comprendriez, vous êtes américaine après tout. Est-ce que vous mesurez l'immense portée politique de ces découvertes ? Les enjeux sont énormes pour chaque pays qui participe au projet Genesis. Nous, les Etats-Unis d'Amérique, nous devons rester les leaders en toutes circonstances. Il en va de notre survie. Cette trouvaille doit rester entre nous, en tout cas pour le moment.
Je ne peux m'empêcher de faire la grimace.
— Ça y est, vous déroulez enfin le fil de votre véritable argumentation : le patriotisme avant tout et au détriment de tout le monde.

Le colonel fronce les sourcils et son tempérament éruptif refait surface.
— N'êtes-vous pas une patriote ? Une Américaine ?, s'insurge-t-il, l'avenir de notre nation se joue ici même !
— À d'autres, colonel... Vous ne me ferez pas avaler des couleuvres sur l'amour du drapeau et tout le toutim. Cette époque est révolue.
Piqué dans son amour-propre, il croise les bras, droit comme un I.
— Bon, laissons tomber les trompettes de l'hymne national et parlons concrètement, élude-t-il d'un revers de la main, je suis actuellement en pourparlers avec le ministère de la Défense pour l'ouverture prochaine du plus grand centre d'études et de recherches sur Mars des Etats-Unis. J'aimerais vous offrir un poste de responsable de département. Vous avez l'intelligence, les compétences et le caractère pour diriger votre propre laboratoire. N'est-ce pas là votre rêve ?
À ces mots, j'ai les lèvres qui se pincent.
— Vous allez rapporter des échantillons martiens sur Terre alors que Jonathan l'a fortement déconseillé ?
— Jonathan est un robot, bon sang ! Vous vous êtes laissée bernée ! Il vous a bien eue ! Bien sûr que nous allons ramener des milliers d'échantillons avec nous. Avez-vous la moindre idée de ce que coûte cette mission aux contribuables américains ? C'est la moindre des choses...
— On risque nos vies et...
— Foutaises ! Ce robot n'est qu'une marionnette entre les mains de son créateur.

— De quoi parlez-vous en le comparant à une marionnette ?

J'ai droit à un grognement poussif en guise de réponse.

— Alors ? Que pensez-vous de ma proposition ? C'est plutôt très avantageux pour vous.
— Je ne suis pas intéressée, désolée !
Je fais mine de m'en aller et le colonel me retient par le bras, soudainement très agressif :
— Si vous m'aidez, je ferai immédiatement conduire votre ami Xhang à l'infirmerie. Il se pourrait qu'il ait une hémorragie interne ou pire encore... Après tout, mes gars n'y sont pas allés de main morte avec lui. Il serait regrettable qu'il meure, n'est-ce pas ?
— Sale fils de pute !
A cet instant, la porte s'ouvre et c'est un Tim Carpenter furibond et flanqué d'un de ces clones armés qui fait son apparition. Nerveux, il tempête.
— Bon sang ! Que fait-elle ici ?

M16 : est le fusil d'assaut standard de l'armée américaine. Actuellement l'U.S. Army utilise la version A4

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Riley Sullivan
Bridie, jeune avocate brillante, sûre d'elle et à qui tout réussit. Auteure de romances à ses heures perdues, elle dissimule un passé complexe et difficile. La réalité est toute autre.

Brisée, harcelée, elle va se retrouver confrontée à sa pire crainte, lorsque l'un de ses deux meilleurs et seuls amis se retrouve derrière les barreaux.

Elle va plonger dans un monde qui lui est totalement inconnu, se confronter à son passé, à ses doutes et à ses plus grosses peurs. Saura-t-elle les surmonter et saisir sa chance pour trouver l'amour?
3
0
0
8
Vahkiin

      Le vieil homme porta un regard sur ses petits-enfants alors que dehors il menaçait de pleuvoir. Leur mère, autoritaire et stricte, leur interdisait de jouer sous la pluie. Elle avait raison, pensait-il souvent même s'il jugeait que sa fille était un peu trop sévère avec ses enfants. Les gamins prirent place dans le salon sur deux vieux fauteuils en face d'une télé toute aussi vieille. Des cadres en bois décoraient les photos des membres de cette famille et la joie semblait ne jamais quitter les mûrs de cette maison. L'atmosphère devenait de plus en plus lugubre malgré l'ampoule qui pendouillait au-dessus de leurs têtes grâce à un câble. Le vieillard s'installa sur un des vieux canapés avant de saisir son journal. À Kinshasa, au Congo, lorsque le ciel annonçait l'orage, la réception des chaînes ne fonctionnait pas très bien. Ainsi, les images se brouillaient et cela décourageait bien vite les enfants. Alors le vieil homme, devant leurs airs attristés, referma son journal et lança :
– Ramenez-vous bande de sales mioches !
      Les enfants étaient habitués à cette appellation. Ils étaient à sept dont trois adolescents, deux morveuses et encore deux autres plus petits. Ils avaient tous des traits similaires à leur grand père. Des visages noirs, des cheveux crépus coiffés en épaisses tignasses pour les plus jeunes. Les trois ados avaient, quant à eux,  des cheveux coiffés en dégradés pour mieux se conformer à la mode de leur génération. Les filles, elles, arboraient de jolies tresses, certaines colorées qui leur arrivaient jusqu'aux reins. Le vieillard était fier de sa descendance et il ne cessait jamais de le dire à sa ravissante fille. Malheur à leur père qui avait osé les abandonner quelques années auparavant. Ces petits enfants, du moins les plus jeunes, le regardaient avec une petite idée derrières leurs têtes sur ce qu'il allait dire. Ils étaient embêtants certes mais bon dieu qu'est-ce qu'ils étaient adorables. Il ne pouvait donc pas rester impassible devant leur ennuie.
– Je vais vous raconter une histoire, annonça-t-il en constatant les visages radieux de ses petits enfants. Il referma son journal et le posa sur la table basse en face de lui. Autour de lui, ses enfants étaient assis en tailleur et les plus jeunes étaient tous excités d'entendre le récit de leurs grands-pères. Elles se faisaient de plus en plus rares les histoires de papy, ils sautèrent donc sur l'occasion.
– Ouais ! s'exclama un des gosses, une histoire avec des chevaliers ?
– Non ! je sais, proposa sa petite-fille aux tresses roses, cendrillon ? Hein, s'il te plait papy, raconte nous cendrillon.
– Chevaliers, insista le garçon.
      Voyant qu'ils allaient encore devoir assister à des histoires d'enfants, les plus vieux se levèrent et prirent la direction de leurs chambres. Mais s'arrêtèrent presque aussitôt à l'annonce du vieux.
– Vous pouvez rester, déclara le vieil homme. Je n'ai pas l'attention de vous raconter l'histoire d'une de vos héroïnes à la peau blanche et aux cheveux blonds...rien en rapport à toutes vos conneries que vous regardez devant vos écrans. Derrière la porte de la cuisine, la mère des enfants adressa un regard noir au vieillard pour les gros mots qu'il venait de proférer. Ce dernier s'excusa face au regard de braise de sa fille. Elle a vraiment hérité de sa mère, se dit-il dans sa tête.
– Bien, donc l'histoire que je vais vous raconter s'est déroulé il y a très longtemps. Ici, en Afrique...
******

      C'était un non lieu qu'était le monde des dieux. Un endroit où règnent les divinités. Ces êtres cosmiques étaient regroupés en factions ou royaumes et se partageaient le monde divin qui s'étendait à l'infini. Des édifices gigantesques jouant avec des proportions inimaginables et exagérées se dressaient dans les contrées mystiques du monde divin. Les architectures étaient variées selon les royaumes. L'immensité de leur orgueil se manifestait par la grandeur de leurs créations et rien ne laissait croire qu'ils pourraient être un jour rassasiés de cette mégalomanie divine. Chacune des factions avait un dieu créateur qui avait participé à la création du monde. Et l'un d'eux, Olodumare, se languissait de ses privilèges en tant que l'un des rois suprêmes du royaume des Orishas. Ces dieux avaient le contrôle de la majorité de l'Afrique. Portion du monde pour laquelle les divinités se sont longtemps fait la guerre jusqu'à un commun accord. C'était un dieu chic et fier, et il était toujours vêtu de blanc, symbole de pureté. Son animosité infinie semblait éclairer l'univers et son rire faisait trembler le monde des hommes. Ses larmes arrosaient l'Afrique, continent de la richesse. Il ne manquait jamais de s'en vanter auprès des dieux des royaumes des autres régions.
      Olodumare restait dans sa gigantesque salle de méditation, remplie d'objets qui étincelaient de mille feux. Sur des étagères en bois de Baobab se trouvaient des trophées étranges à l'honneur de sa participation à la création du monde. Une grande partie des objets qu'il possédait, éclairer la salle de méditation. Il disait que cela l'aidait à se concentrer dans sa recherche de la perfection spirituelle. Un stade qui une fois atteint, procurait une jouissance incontrôlable pour le dieu. Les portes, grandement ouvertes, laissaient voir l'univers infini et juste devant lui l'Afrique sur toute son intégralité. Ses habits en tissus blancs étaient tellement longs qu'ils recouvraient le sol entier de la pièce. Quelqu'un toqua à sa porte, il ne fut pas surpris de voir le visage d'Ellegua, le dieu messager. Il était paré d'un collier d'argent et des pierres d'obsidiennes s'y incrustaient. Le dieu avait également sur son chef un chapeau fait en crâne d'antilope avec des rameaux s'entortillant sur lesquelles étaient accrochés des gris-gris et des coquillages pendouillant par des cordelettes. Un tissu rouge sang cousu dans du cuir noir lui servait à couvrir le bas de son corps. Son torse était scarifié et couvert de peintures blanches contrastant avec sa peau noir.
– Ô mon Seigneur, veuillez bien m'excusez d'avoir interrompu votre méditation, cependant une réponse du seigneur Olokun m'a été envoyé et c'est avec un réel plaisir que je vous la fais parvenir.
– Bien, poursuis donc mon très cher Ellegua, ordonna-t-il en lui souriant.
– Son honorable seigneur des mers souhaiterait prolonger la durée de sa mission en Grèce afin de seconder le seigneur Poséidon dans sa lutte contre les Titans.
– Fichtre, toujours ces fanfarons d'olympiens ! Lorsqu'il s'agit de se faire assister, il ne manque jamais une occasion mais quand nous, Orishas, auront besoin d'eux en retour, nous entendrons que les chants de leurs maudites sirènes. Bien, qu'il reste donc et qu'il me prévienne de son arrivée. Nous festoierons à ce moment de joie.
     Ellegua s'inclina avant de se retirer de la salle du dieu. Lorsqu'il parcourut le couloir du palais des trois rois suprême il tomba nez-à-nez avec Eshu, le dieu de la discorde et de la tromperie. Il semblait profondément concentré dans la contemplation de ces énormes statues à l'effigie des dieux orishas qui longeaient les murs. Elles étaient soit en obsidienne, en or ou en argent. Ellegua le vit dérober une plus petite avant de la glisser dans la poche de sa longue tunique en tissu rouge et noir, avant de s'arrêter net devant le regard accusateur du dieu messager, Eshu lui jeta un regard sournois. Il coiffait son chef d'un joli chapeau noir et rouge également comme le reste de ses habits.
– Comment vas-tu, mon cher Ellegua ? Demanda le malin tout en sachant que le dieu messager ne l'appréciait guère, comme la plupart des dieux Orishas. Pourrais-tu m'apporter dans mes quartiers de quoi me remplir la panse ?
– Je suis un messager et non un serviteur, lui répondit le dieu vexé de cette demande...et puis de toute façon si vous voulez vraiment vous faire plaisir de quelques mets, Il vous suffit tout simplement de faire apparaître une niche de pain bien garnie, espèce de paresseux !
– Je suis au courant, petit insolent faiblard, mais ce serait beaucoup plus jouissif de te voir dandiner avec un plateau remplis d'avocats, soumet toi à moi Ellegua afin de me donner l'occasion de rigoler un peu. Ce qui est rare dans ce palais ennuyeux. En rétorquant cela, le dieu de la discorde coupa le passage au messager et ce dernier baissa la tête. Sa faiblesse était visible et puis en même temps que pouvait faire ce pauvre Ellegua face à la puissance de persuasion du dieu malin. Eshu sourit devant la faiblesse de sa victime et lorsqu'il retourna dans ses quartiers il fut ravi d'y découvrir à coté de son amante, un panier remplis de fruits succulents avec du pain de mil.
      Il s'approcha de Yemoja, sa douce et tendre amante envers qui il éprouvait un amour profond. Elle ne portait qu'un léger tissu violet qui couvrait uniquement le bas de son corps. Les yeux d'Eshu lorgnèrent sur sa poitrine généreuse dont les tétons étaient entourés de paillettes dorées, mais le corps de son amante n'était rien en comparaison de son visage d'ébène parfaitement lisse et resplendissant. Ses yeux noirs obsidiennes étaient tellement profonds et hypnotisant que le malin s'y perdait. Ses cheveux tressés en deux nattes noires et violets retombaient derrière elle dans le bas du dos. La déesse de l'eau était parfaitement au courant des sentiments qu'avait Eshu envers elle. Mais elle feignait l'ignorance. Ses lèvres rencontrèrent les siennes et leurs corps se rapprochèrent. La chaleur qui naissait entre eux était toujours aussi ardente et passionnante. La déesse le poussa sur son lit avant de se lancer dans un excitant ébat avec le dieu malin.
      Leurs activités étaient très fréquentes et discrètes. Mais Eshu était naïf, le comble pour un dieu de la tromperie. Alors qu'il croyait avoir Yemoja rien que pour lui, il fut surpris de ne pas la retrouver un soir dans sa couchette comme à son habitude. Il ne lui en voulut pas mais quelques jours plus tard, il l'a surprise au moment où elle pénétrait dans les quartiers d'Olodumare. La jalousie lui monta au nez. Il se précipita donc vers la porte du roi suprême et l'ouvrit.
      La scène lui fendit le cœur. Gênée, Yemoja ramassa un pan de la longue tenue d'Olodumare pour couvrir sa nudité.
– Mais que fais-tu là, mon cher Eshu. Demanda à la fois gêné et énervé. Ce dernier ne savait pas que le dieu de la discorde avait des ébats passionnés avec la même concubine que lui. Mais cela ne suffit pas à le calmer, alors il envoya un sort de cécité en direction des deux divinités. Eshu retira un poignard de sa ceinture et l'enfonça dans le cœur de son amante après avoir réduit la distance qui les séparait.
– Je t'aimais...lui dit-il simplement en tenant sa tête entre ses mains, tandis que son corps glisser lentement sur le sol.
      Alors qu'il s'apprêtait à poignarder le dieu aveugle qui venait de s'écrouler, une lance perfora le corps d'Eshu. Mais son cœur resta intact. Eshu s'écroula et s'évanouit juste après avoir aperçu le visage froid et terrifiant d'Ogun, le dieu de la guerre qui venait de le neutraliser.

Note d'auteur. 
J'espère que ce prologue vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un commentaire et un vote.
Cette partie ne semble pas très prometteur, je l'avoue mais il sert simplement à introduire une scène qui va entraîner à son tour une succession d'événements importants dans la suite de l'histoire.
on se retrouve dans le premier chapitre. 
0
0
0
8
GEO
Un petit garçon, à la veille de Noël, de la neige, un peu de magie...

Je fête l'arrivée prochaine du printemps avec un conte de Noël, comme quoi tout est permis en écriture.
3
13
54
5

Vous aimez lire The Creator ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0