39 - Infiltration (1ère partie)

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06.12.2086 – Journal de Lisa - Mémoire retrouvée 55 %

— Bah mince, ça fait un mois que ça s'est passé et on est toujours ici à en parler ! Walter, sérieusement, à quoi ça sert que je fasse une déposition si c'est pour que tu m'appelles tous les trois jours pour me questionner encore et encore ?
— Tu sais pourquoi je suis là, Francis. Les vidéos de surveillance du soir du meurtre de l'Ambassadeur ont subitement disparu et comme par hasard tu n'as plus les séquences de l'heure précise où cela s'est passé dans tes archives. C'était ici, dans nos bureaux et en pleine journée. Tu l'expliques comment ?
— Je te l'ai déjà dit, il y a eu un bug informatique. Je n'ai rien pu faire.
— Tiens, chef, il ne manquait plus que vous...
Je rentre dans la salle d'interrogatoire en compagnie du commissaire Belard. Francis, qui est notre archiviste, nous dévisage longuement.
— Salut, chef, salut, Lisa. Ça gaze ?

— Ça va bien, Francis, répond le commissaire en s'asseyant, Walter...

Ce dernier n'a pas l'air super content de nous voir débarquer en plein interrogatoire. Il reprend tout de même :
— Donc, tu n'as notifié aucune visite entre midi et une heure ?
— Pas à ma connaissance, non. Je te l'ai déjà dit, il y a quelqu'un qui a profité de ma pause pour dérober les documents.
— Je mène l'enquête interne sur Lisa, mais ce vol, s'il est avéré, peut éclabousser tout le service. C'est très grave, car il aurait pu devenir un élément décisif dans l'enquête du meurtre de l'Ambassadeur.

Tiens donc, voilà qu'il me défend maintenant.

— On peut raisonnablement t'accuser d'obstruction à la justice, continue Walter sur un ton glacial.
Francis croise les bras et prend la posture de la défense.
— Je n'ai absolument rien à me reprocher, lâche-t-il d'un ton ferme.
— 'Faudra juste le prouver. On peut diligenter une enquête, n'est-ce pas, chef ?
Ce dernier parait un peu indécis :
— On pourrait, oui... répond-il la tête basse.
— On pourrait ?, répète Walter surpris, cet «accident» signifie qu'il y a une taupe, chef ! Si ce n'est pas Francis, c'est quelqu'un d'autre. On ne peut pas laisser ça trainer.
— Je t'interdis de me traiter de taupe, Walter !, menace Francis, furieux.
— Walter, sans te manquer de respect, c'est au Bureau des Affaires Internes de faire son boulot, pas à toi, intervient le commissaire calmement. Tu n'as pas à mener l'enquête de ta propre initiative.
— Comment peut-on mener une enquête à terme avec une taupe dans les parages ? Franchement, dites-moi !, s'emporte Walter.
Le chef se lève.
— Walter, je peux te causer une minute ?, demande-t-il avec autorité.
Walter obéit et ils s'éclipsent tous les deux. Francis, esquissant un sourire, s'adresse alors à moi.
— J'ai appris que tu avais intégré les Dark Units depuis un mois, dit-il, tout se passe bien pour toi ?
Sur le moment, je suis mal à l'aise et ne sais quoi répondre.
— Je suis désolée, Francis, je ne peux pas trop en parler...
Il pousse un hoquet gêné.
— Je comprends... Tu me crois coupable, c'est ça ?
J'inspire profondément :
— Honnêtement, Francis, je te connais depuis un bout de temps maintenant et tu es une personne fort sympathique mais, en dehors du travail, on ne se fréquente pas. Alors...
Je me contente de hausser sottement les épaules tandis que Francis fronce les sourcils, visiblement froissé par ma prise de distance soudaine.
Walter et le chef reviennent se rasseoir.
— Francis, tu es suspendu, il s'agit d'une faute grave, déclare ce dernier sans prendre de gants.
— Pas trop tôt !, siffle Walter, irrité.
— Je me passe largement de tes commentaires, Walter. Premier avertissement.
Francis parait d'abord désarçonné.
— Après toutes ces années vous me croyez donc tous coupable ou complice ?
— Présomption d'innocence, mon vieux, ironise Walter, pars en paix.
— Toi la ferme ! Je ne t'ai jamais supporté, ce n'est pas maintenant que ça va commencer !
— Messieurs, calmez-vous, intervient le chef, si je fais ça, c'est uniquement parce que je n'ai aucun intérêt à ce que le service soit sous le coup d'une enquête interne alors que Lisa est sur la tienne. Cette affaire est beaucoup trop importante pour être parasitée par des vents contraires.
— On parle d'une taupe..., répète Walter d'un air taciturne.
— Je suis parfaitement au courant !, rétorque le commissaire Belard, je ferai ce qu'il faut, mais discrètement ! Si la taupe sait que nous la traquons, comment pensez-vous que l'on va l'attraper ?
Je chuchote :
— La ou les taupes... Vu le niveau de corruption qu'a atteint cette ville, je ne serais même pas étonnée.

— C'est pourquoi nous allons laver notre linge sale en famille, explique le chef, rien ne doit filtrer de cette maison. Tout le monde doit être interrogé, y compris toi, Walter.
— Je n'ai pas terminé mon investigation sur Lisa et je...
Lisa aussi sera entendue, mais pas suspendue, car elle est en pleine enquête et j'ai besoin qu'elle soit concentrée sur ce qu'elle fait à cent pour cent.
— Mais chef, vous...
— Tant que vous ne serez pas rigoureusement questionné, je vous décharge de l'enquête sur Lisa. C'est un ordre, Walter. Je ferai moi-même l'objet d'un interrogatoire. C'est juste l'histoire de quelques jours. En attendant, agent Martos, vous vous en référerez directement à moi, désormais.
— Très bien, chef. Qui se chargera de l'enquête, si cela doit rester secret ?
— Vous le saurez bien assez tôt, ne vous inquiétez pas. Ce sera quelqu'un de la maison. Francis, tu restes notre suspect principal, tu seras donc mis sous surveillance rapprochée.
Francis parait abattu, ses épaules s'affaissent, son regard devient maussade.
— Lisa, je ne te retiens pas plus longtemps, poursuit le commissaire en se tournant vers moi, je dois encore parler avec Francis et Walter. Tu peux reprendre le boulot.
— Bien, chef.
Je me retire sans demander mon reste. David m'attend au seuil de la porte.
— Alors, quelle est la suite ?, demande-t-il abruptement.
— On va tous subir des interrogatoires. Le chef soupçonne une ou plusieurs taupes au sein du bureau. Francis est suspendu.
— Ben tiens !, grogne David tandis que nous nous dirigeons vers la sortie.
— Je sais que tu es toujours furieux à propos du fait que ces pièces à conviction ont soudainement disparu, mais il faut essayer de voir les choses du bon côté.
— Quel bon côté ?
— En infiltrant la Nueve de l'intérieur, nous avons la possibilité d'en apprendre beaucoup plus que si nous nous étions contentés de consulter de simples caméras de surveillance.
David s'insurge :
— Non mais tu t'écoutes parler un peu, Lisa ? On était peut-être à deux doigts de clôturer cette enquête et c'est tout ce que ça te fait ? Tu as l'air contente, limite !
— Ce n'est pas ce que j'ai dit... Mais avoue que dans tous les cas, nous aurions été obligés d'en passer par là pour atteindre notre cible. On a juste perdu un peu plus de temps, c'est tout.
Tout en parlant, je ferme mon épais manteau d'hiver et ouvre la porte d'entrée. David m'imite en tous points. Un vent glacé nous fouette le visage tandis que nous descendons le perron menant à notre voiture. Les premiers flocons rendent la chaussée glissante. Ça sent le sapin.
— Nous n'aurons plus Walter dans les pattes, désormais.
Je laisse cette phrase s'échapper afin de dérider un peu mon partenaire, mais ce dernier, loin de s'adoucir, allume une cigarette, signe chez lui d'un certain agacement.
— Enfin, une bonne nouvelle, marmonne-t-il d'un ton grinçant en faisant jaillir une étincelle de son briquet.
Nous claquons les portières de la Mercedes et David enclenche le moteur et pousse le chauffage à fond. D'un coup de volant de sa part, nous prenons la direction du QG de la Dark Unit.
— On peut dire que depuis que tu as intégré cette unité de geeks, on ne se voit plus vraiment, commence-t-il au bout d'un moment.
— Je te manque ?
— P...Professionnellement parlant, j'avance moins vite, balbutie-t-il.

— Ça se comprend.

Le regard de David se perd dans la circulation, alors qu'un embouteillage nous ralentit fortement au niveau de Porte Maillot.
— Tu sais, pendant que tu deviens une apprentie développeuse modèle, Marc-Olivier et moi sommes venus à bout de tous les enregistrements de Thomas Girard, déclare-t-il au bout d'un moment.
— Et ?
— Le mot le plus juste qui me vient est : édifiant.
David sait comment piquer ma curiosité :
— Raconte !
— Il ne s'est pas contenté de se filmer lui-même. Il a aussi filmé d'autres dirigeants à leur insu en caméra cachée. Je dirais même que c'est à partir de là qu'il a véritablement travaillé pour la Nueve. On sait déjà que le déclic pour lui s'est fait lors du dîner en compagnie du secrétaire d'Etat américain. Il en fait d'ailleurs souvent allusion dans ses vidéos personnelles. Tiens, écoute un peu ça.

«Arrêtons une bonne fois pour toutes de jouer sur les mots. Il s'agit de quelque chose de bien plus important que de misérables vies sans intérêt. On parle de l'avenir du monde. S'il fallait compter sur le peuple pour résoudre tous les problèmes, on en serait toujours à l'âge de pierre. Les élites ont toujours existé. C'est indispensable pour maintenir un semblant de stabilité. Qu'aurions-nous fait sans les franc-maçons, sans les Illuminatis ou les Templiers ? Le monde marcherait sur la tête aujourd'hui et on s'entretuerait. Mars est une occasion d'expérimenter quelque chose d'inédit : un monde nouveau avec des hommes nouveaux. Qu'en pensez-vous, Thomas ? Vous n'êtes pas d'accord sur le fait que vous avez un Q.I au-dessus de la moyenne et que vous méritez, par vos efforts et votre travail, d'être en première ligne pour coloniser Mars ?»
David coupe.
— Jeff Walter à l'œuvre. C'était ce fameux dîner du quatorze janvier 2085 qui, selon Thomas, l'aurait définitivement convaincu qu'il fallait dénoncer les agissements de l'ONU. Ce qui est étrange, c'est que j'ai aussi remarqué qu'il essayait de filmer l'intérieur de la Nueve.
— Ah bon ?
— Oui. Certes, c'est très court et il n'a pas réussi à saisir les visages, mais c'est suffisant pour être utilisé comme pièce à conviction lors d'un procès.

Je me gratte légèrement la tête :
— Tout ça ne parait pas très logique, au premier abord... Pourquoi essaierait-il de piéger l'organisation terroriste censée l'aider à inculper les membres corrompus de l'ONU ?
David jette sa cigarette par la fenêtre du véhicule, laissant échapper un nuage de fumée de sa bouche :
— Au début, il m'apparaissait évident qu'il filmait en caméra cachée uniquement dans le but de se protéger lui-même. Après tout, c'est normal, il risquait sa vie tous les jours et avoir des vidéos accablantes lui permettait de se couvrir si les choses tournaient mal. Un moyen de pression classique.
— Exact.
— Mais en creusant davantage, je me suis aperçu que les raisons pouvaient être finalement beaucoup moins avouables.
— Développe...
— À mon avis, l'ambassadeur jouait sur les deux tableaux et toutes ces vidéos n'avaient été réalisées que dans un seul et unique but : nous persuader de sa bonne foi. Il souhaitait que l'on pense qu'il avait subitement changé et qu'il était prêt à dénoncer ses anciens amis, mais j'ai la conviction que c'est faux. En tout cas, que la vraie histoire n'est pas aussi chevaleresque qu'il veut bien l'admettre. Toutes ces vidéos se trouvaient dans son ordinateur portable, protégées par un mot de passe très basique. Pas franchement ce que j'appelle quelqu'un de prudent avec ses données personnelles. Dans mon scénario, il a effectivement tenté de nuire à quelqu'un, mais je doute que ce soit contre l'ONU. Pour ma part, il a dupé la Nueve afin de les infiltrer pour pouvoir mieux les détruire de l'intérieur et ce serait pour ça que l'organisation l'aurait finalement descendu. Je suis certain qu'il s'apprêtait à les dénoncer devant le monde entier.
Je ne le montre pas devant David, mais intérieurement, je suis épatée par son raisonnement.
— Je devine déjà ce que tu vas me sortir comme mobile... Son propre fils.
— Oui ! Son fils déchu et embrigadé dans une organisation terroriste. Il n'aurait pas pu lui arriver quelque chose de pire. Comment pourrait-il pardonner ça ? Pour moi, c'est impossible.
— C'est un bon argument, j'avoue... Mais ça reste une hypothèse. Thomas Girard a fait des vidéos bien plus anciennes que le jour de son dîner avec Jeff Walter où il incendiait déjà le projet Genesis. Cela remonte à bien plus loin... Au fond de lui, il pensait ce qu'il disait.
— Peut-être qu'il ne faisait que vider son sac en ce temps-là et que ce n'était pas vraiment sérieux.Ça l'est devenu à partir de 2085. C'est tout à fait plausible, non ?

— Dans ce cas-là, ces vidéos ne sont pas toutes fabriquées pour essayer de se disculper... Comment peux-tu être si sûr qu'il ne s'est impliqué qu'à partir de 2085 et pas avant ?
David pousse un grognement d'exaspération :
— Lisa, où est-donc passé ton instinct de flic durant ce mois de formation ?
Je deviens sombre.
— Je suis désolée... Aujourd'hui est le jour de mon premier rendez-vous avec celui qui se fait appeler TheCreator au sein de la Nueve. Je suis un peu nerveuse.
Nous arrivons près d'un bâtiment qui ne paye pas de mine, seulement gardé par un homme en arme, un berger allemand et une vieille barrière. De ce que m'a dit Hélène, c'était un choix réfléchi pour ne pas trop attirer l'attention sur l'unité.
— C'est tout de même étonnant qu'en si peu de temps, tu aies réussi à t'adresser directement à un haut responsable de la Nueve, là où des dizaines de geeks ont échoué, s'étonne David.
— Je suis peut-être plus douée ou plus chanceuse.
— Peut-être que tu lui as tout simplement tapé dans l'œil.
— Physiquement, il ne m'a jamais rencontrée.
— Oui, mais vous avez bien discuté par claviers interposés avant ce moment. Il sait que tu es une fille ?
— Oui.
— Bah, voilà, j'ai ma réponse...
— Bon, je me sauve, on se revoit bientôt, David.
— Bonne chance !
En franchissant le hall du bureau de la Dark Unit, je surprends Pierre, près de la caféteria, une nouvelle fois victime des moqueries de ses collègues.
— Comment ça se fait qu'après un mois, tu ne l'as toujours pas invitée au restaurant ? , demande l'un d'entre eux alors que Pierre devient blanc comme un linge.
— Oh, laisse-lui le temps, allons ! Rappelle-toi qu'il est toujours puceau, le petit ! , ridiculise un autre.
Et les trois d'éclater de rire à gorge déployée. C'en est trop pour moi. J'avance vers eux et me plante là, les bras croisés, en les apostrophant :

— Dites donc les gars, vous n'avez rien d'autre à foutre que de l'emmerder ? Il ne vous dira rien, vous n'en valez pas la peine. Demandez-vous plutôt pourquoi votre patronne a préféré choisir Pierre que vous pour me former ? C'est simple : c'est lui le meilleur.
Complétement déconcertés par ma rhétorique et mon culot, les pauvres bougres ravalent leur fierté et s'en vont sans piper mot. Je me tourne vers Pierre, très impressionné.
— Tu vas bien ?, m'enquiers-je.
— O... O... Oui, ça va... Merci, répond-il un peu honteux.
Je plonge mes yeux dans les siens et lui envoie un sourire réconfortant.
— Ne laisse jamais personne te marcher sur les pieds, jamais.
D'abord surpris, Pierre semble boire mes paroles et me rend mon sourire.
— Alors, Lisa, est-ce que vous êtes prête pour le grand saut ?, me demande Hélène Lotte d'un ton qui se veut amical en s'avançant vers moi tel un chat.
— Je pense que oui...
— Bien ! Alors ne perdons pas de temps et rendons-nous tout de suite en salle de réunion pour parler du plan d'action.
Une dizaine de personnes sont déjà assises, que des hommes. Ils ont tous l'air concentrés sur une reconstruction 3D du lieu de la rencontre.
Hélène m'invite à m'asseoir et prend la parole devant tout le monde.
— Messieurs, Madame, aujourd'hui, est un jour particulier. Dans trois heures, précisément, Lisa va avoir son premier véritable contact avec un membre de La Nueve et pas des moindres puisqu'il s'agit de celui qui se fait appeler TheCreator, considéré comme le numéro 2 de cette organisation. Au temps vous dire que c'est la cerise avant le gâteau et qu'une telle occasion ne se reproduira pas de sitôt. Il est donc vital pour nous tous que cette rencontre se déroule le mieux possible et qu'à la fin, Lisa obtienne la confiance de son interlocuteur. C'est pourquoi j'ai opté pour la discrétion en montant une équipe réduite et seulement constituée des meilleurs éléments. TheCreator a donné rendez-vous à Lisa au Parc Georges Brassens à 11h, près de la fontaine.
Tout en parlant, Hélène fait un zoom de ma future position sur la reconstitution 3D. Un banc près d'un arbre.
— Le groupe sera scindé en deux : quatre agents sur le terrain, quadrillant la zone et ayant un contact visuel sur Lisa et les quatre autres avec moi, ici, à enregistrer et analyser la conversation et diriger le drone. Ne vous méprenez pas : TheCreator a beau être un hacker de génie, c'est également un terroriste. Il doit donc être sûrement armé et extrêmement dangereux. C'est peut-être la première fois que l'on verra son visage. Je recommande à tous la plus grande prudence. Le plus important sera de savoir s'il est effectivement venu seul ou avec des complices. Je sais que certains d'entre vous brûlent d'envie de le coffrer sur place mais ce n'est pas du tout le but de cette mission. Concrètement, nous n'avons rien contre lui et ce serait une erreur monumentale de faire ça, en grillant ainsi la couverture de Lisa et en anéantissant nos chances d'attrapper in fine toute la clique. Donc, calmez vos ardeurs de petits flics frustrés de testostérone et contentez-vous de protéger les arrières de Lisa pour cette fois-ci. Maintenant, à vous de jouer !

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