chapitre 43

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Une voix douce et triste me réveilla. Je sursautai et me redressai. J’étais dans la vielle chambre délabrée de Lissia. Mon cœur se serra. Après m’avoir appris à maîtriser mes pouvoirs et me révéler tout ce dont je devais savoir, je m’étais assoupie à cause de la fatigue. Mais je n’ai pas pu lui dire au revoir. Mes larmes coulèrent. J’entendis alors le chant de la brume et me précipita vers la source du bruit, la chambre au bout du couloir.

Lissia, adulte, se balançait sur la balancelle, un bébé en main. Je compris que c’était moi qu’elle portait. Elle m’embrassa et me posa dans le berceau puis se tourna vers moi.

-     Il est temps de se dire adieu.

Je ne pouvais plus arrêter mes larmes. Elle s’approcha de moi et passa sa main sur mes joues.

-     J’ai utilisé la brume pour jouer avec le temps et pouvoir te rencontrer. Malheureusement, même nos pouvoirs ne sont pas illimités… (Elle essuya mes larmes) Ne pleure pas, sois forte, continue de vivre pour ton père, pour moi. Même si me séparer de toi a été la décision la plus terrible de ma vie… Je n’ai voulu que te protéger… Parce que ta vie comptait plus que tout pour moi. Excuse-moi d’avoir fait ça.

Je secouai la tête. Bien sûr, j’avais des regrets. Ceux de ne pas avoir grandi au sein d’une vraie famille, mais j’ai pu la rencontrer et connaître la vérité.

-     Maman… maman… tu n’as pas à t’excuser… J’aurai juste aimé… pouvoir continuer à te voir en quittant l’école… continuer de discuter avec toi… te raconter mes histoires... aller au lac… que tu me fasses de belles coupes dans mes cheveux…

Ses larmes coulèrent à son tour.

-     Moi aussi…

Je me jetai dans ses bras et éclatai en sanglot.

-     Je t’aime Liséa, je sais que tu es une fille courageuse et que tu réussiras. Ne doute jamais, ait confiance. Adieu.

D’un coup, mes bras n’avaient plus personne à tenir et je tombais à genoux sur le parquet. Je restai un moment à pleurer, puis hoquetai. D’un pas nonchalant, je retournai dans sa chambre et prit le cadre sur sa commode. Je retirai la photo. Celle de mon père et ma mère. Je la serrais contre mon cœur. Subitement, des grognements retentirent. Je regardai par la fenêtre. Il y avait de la brume, impossible de voir quoi que ce soit. J’essuyai mes larmes et promis à mes parents que je ne les décevrais pas. Kahel, il fallait que je le retrouve.

Je rangeai la photo dans mon sac et courus vers la grande tour. Mais alors que je commençai à emprunter les escaliers, quelque chose me happa le pied et m’attira brusquement. Je heurtai un meuble en passant et tombai violement sur le plancher. Je poussai un cri de douleur et restai allongée à terre. On s’approcha de moi et je me retournai.

Ténébras.

-     Je savais que je te trouverai ici. Mais où est Kahel ?

-     Je vous empêcherai de le dévorer et pour Mila, je peux récupérer son cœur et j’ai trouvé une solution à votre problème, mais avant, il va falloir que vous m’aidiez à combattre les Luminarias. Je sais comment arrêter tout ceci !

-     Sottise ! Nous allons nous en tenir à mon plan !

-     Non ! À cause du voile qui cache votre cœur et à cause de votre emprisonnement dans ce livre, vous avez perdu votre… intelligence et vous ne savez plus trop comment réfléchir ! Mais je vous demande de me faire confiance.

-     Je ne fais plus confiance à personne ! Je vais dévorer Kahel, ensuite je libèrerai la pierre de Mila. Je retirerai ta pierre de ton corps et elle ressuscitera ! Je vivrai à nouveau !

-     Non… Kahel est votre petit-petit-petit fils ! Votre sang coule dans ses veines, lui et moi nous pourrons vaincre Luminaria, bien entendu avec votre aide… Vous n’avez pas à le dévorer ! Vous n’avez pas à détruire sa vie et la mienne par la même occasion !

Il arqua un sourcil.

-     Oh, je vois, si ça te conviens, je pourrais prendre son apparence lorsque je t’arracherai ta pierre.

Aussitôt une fumée noire l’entoura et il se métamorphosa en Kahel. Il lança ensuite un fouet de sa magie qui m’attrapa le cou et me souleva du sol. J’eus du mal à respirer. J’essayai de retirer son filet de mon cou, mais c’était impossible. Je n’en avais pas la force.

-     Je pense que nous allons commencer par te retirer ta pierre, au moins, je n’aurais plus rien à craindre de toi.

Il s’approcha de moi, je crus que mon heure avait sonné, mais tout à coup une flamme noire vînt le percuter. Son corps s’envola et percuta un meuble poussiéreux qui s’effondra sur lui. À cet instant, je sortis de son emprise et récupérai mon souffle. Néanmoins, Ténébras se redressa rapidement. Il retira la poussière sur ses vêtements et leva les yeux.  

Je ne sentis une ombre passer comme le vent. En moins d’une seconde, Ténébras était de nouveau à terre et un tourbillon noir se dressait devant lui. L’ouragan prit forme. C’était Kahel en mode tête de mort. Il craqua sa tête et posa son pied sur la poitrine de son père pour qu’il reste au sol.

-     Tu ne la toucheras pas et il est tard maintenant pour me dévorer. Je suis plus fort que toi. (Kahel retira l’épée de son étui et la planta sous la gorge de son père) Je comprends mieux pourquoi ça ne collait pas vraiment entre nous… t’étais qu’une mascarade ! Tu ne mérites pas de porter le titre de dieu ! Tu ne mérites pas de contrôler tous ces gens. Je vais en finir avec toi une fois pour toute.

Alors qu’il levait son arme, prêt à décapiter Ténébras, je me précipitais sur lui et enroulai mes bras autour de sa poitrine pour l’arrêter.

-     Ne le tues pas ! Je sais qu’il a commis des erreurs, qu’il est devenu fou avec le temps, mais nous avons besoin de lui, les gens sont ses serviteurs, et ils les écouteront, pas nous… Laisse-le en vie. En plus, malgré ce que tu dis, je suis sûre… je suis sûre que vous vous aimez bien tous les deux.

Kahel tourna son épée et la planta dans la poitrine de Ténébras. Mon cœur bondit. Il ne m’avait pas écouté ! Je le lâchai et vacillai en arrière, puis fixai le corps de l’homme. À ma surprise, il éclata de rire. Oui, Ténébras riait. Il retira l’épée de Kahel de son corps et s’assit. Il n’y avait même pas une seule goutte de sang.

-     Elle a cru que tu allais me tuer ?

Kahel lui donna un coup de pied, l’attrapa la tête pour lui frapper contre le mur.

-     Je voudrai que tu reprennes ta forme originelle, je n’aime pas me voir en double. Et si j’en avais eu la possibilité, je l’aurais fait !

Je regardai les deux hommes hébétée. C’était une mise en scène ou quoi ? Ténébras se releva et redevînt lui-même. Il passa la main dans ses cheveux et scruta Kahel.

-     C’est bien mon fils, tu as l’air plus fort, plus confiant, tu as plus d’assurance ! (Il prit l’épée et la lui donna) Je suis fier de toi !

-     Une minute, interrompis-je. C’est quoi ce changement subit de personnalité ? Vous vouliez le tuer, et maintenant, c’est comme si rien ne s’était produit…

-     Réfléchis, il ne peut pas me tuer, car ma vie est déjà entre les mains de Luminaria. Kahel savait qu’il n’y parviendrait pas. En revanche, maintenant, il peut me dominer.

-     Je t’empêcherai de lui faire du mal, tu entends ! grogna Kahel.

Ténébras lui sourit. C’était un sourire assez étrange, comme celui d’un homme qui était fier de voir son fils grandir.

-     Je capitule. Je suis arrivé trop tard… je ne vous ferai plus de mal… Je vous laisse gérer les Luminarias.

Son changement m’étonna vraiment. Je fixai Kahel pour vérifier qu’il n’envoutait pas son père, mais ça ne semblait pas être le cas. Ténébras avait-il joué à un double jeu ? Même si son objectif était de dévorer Kahel, il semblait si fier de le voir élevé.

-     On a quand même besoin de toi. T’es le Maire et Ténébras à la fois… Je ne veux pas que tu ailles t’asseoir dans ton fauteuil à la maison et que tu attendes patiemment que je te ramène ce que tu veux comme d’habitude. Tu vas venir combattre avec nous. Ce sera ta punition pour m’avoir mentis toute ma vie.

On dirait que l’ascension n’avait pas simplement changé ses aptitudes magiques mais il avait l’air plus mature.

Les cris tonitruants s’élevèrent de plus en plus.

-     Les Ahkiyyinis ont sentis notre présence, annonça Ténébras en regardant vers une fenêtre. Ils sont très nombreux.

-     Il faut réunir les citadins, annonçai-je, je sais comment lever la malédiction, même celle des Luminarias. Mais en ce qui les concerne, il va d’abord falloir affaiblir la déesse. 

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