chapitre 35

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Louan.

Il n’avait pas l’air content.

  •  Bonjour, et pardon, dis-je en le contournant.

Il me devança pour me barrer la route.

  • Hier, tu as utilisé un artefact pour immobiliser les filles. Je n’ai pas bien vu ce que c’était mais, aujourd’hui, je ne te laisserai pas filer.
  • Hey, grogna-t-on. Laisses-la tranquille.

Surprise de voir Kahel déjà derrière moi, je lui faisais place. Comme d’habitude, les deux garçons se jetèrent des regards assassins.

  • Nous avions un accord, dit Louan, cette semaine, elle devait être avec moi.
  • Ah ouais ? Je ne me souviens pas avoir passé un tel accord !

Je fronçai les sourcils et poursuivis ma route. Hors de question que je me mêle à tout ça.

En classe, Néla s’installa entre Kahel et moi. Et franchement, j’étais gênée et indignée qu’elle se colle à lui. Quant à lui, il ne se retenait pas pour passer ses bras autour de sa taille. Même avant, il ne l’avait jamais fait. Ça devait être à cause de son père. Oui, Ténébras l’avait jeté un sort, il n’y avait pas d’autres explications à son attitude.

Quand vînt l’heure du déjeuner et que tout le monde sortit de la classe, Louan s’arrêta à notre rang.

  •  J’ai une idée, dit-il. Faisons une chasse.

Kahel haussa les sourcils puis se tourna vers moi et sourit.

  •  Kahel, ça n’a aucun sens, lui dit Néla.

Mais à ce moment, il s’écarta d’elle et dit :

  •   D’accord.

Je fronçais les sourcils. Une chasse ?

  •  J’espère que tu es en forme Liséa, continua Louan. Tu vas courir et nous allons te chasser.
  • Quoi ? m’inquiétais-je.
  • Louan et moi allons te chasser, répéta Kahel. Celui qui met la main sur toi, a gagné et tu passeras le reste de la semaine avec lui.
  • Non, le reste de la vie tout court ! répliqua Louan. Cette chasse déterminera si elle deviendra une Tenebraes ou une Luminarias.

Kahel grimaça, quant à Louan, il sourit sournoisement.

  • Kahel, ne fait pas ça, lui supplia Néla.

Il ne répondit pas et fixa Louan dans les yeux.

  • Hors de question, m’écriai-je. Je ne veux pas faire l’objet d’une chasse à l’homme !
  • Tu n’as pas le choix, annonça Louan. Nous sommes les futurs chefs, il faudrait peut-être que tu apprennes à nous obéir…

J’entrouvris la bouche. Seigneur. Il ne voulait vraiment pas me laisser filer.

  •  Ok, d’accord… balbutiai-je. Vous voulez m’attraper, bien. Mais laissez-moi aller aux toilettes avant.
  • Ok, on t’accompagne, mais dès que tu as finis, c’est la course poursuite, dit Kahel.

Je fronçai les sourcils en apercevant une lueur que je n’avais jamais vue dans ses yeux.

  •  Va rejoindre tes copines, ordonna-t-il à Néla.

Et voilà, de la minute à l’autre il l’avait repoussé, et le ravissement qu’elle avait depuis la matinée s’était envolé. Elle me lança un regard sévère avant de disparaître.

Je marchai vers les toilettes et tout le monde s’écartèrent en voyant les deux grands garçons derrière moi. Ils avaient des points d’interrogation dans les yeux. Nul ne se doutait de ce qui se tramait.

J’entrai dans les toilettes et ils restèrent à la porte.

Je me dirigeais dans la dernière cabine. Il y avait une fenêtre. Oui, une fenêtre ! Mon échappatoire. Je jetai mon sac en premier puis y passai. Je tombai sur mes fesses en poussant un petit cri. Décidément, je ne savais pas atterrir avec grâce. Cependant, je ne perdis pas de temps et courus vers le jardin.

Je devais quitter l’école à tout prix. Oh bien sûr j’aurais aimé que ce soit Kahel qui m’attrape, mais vu son comportement, je ne pouvais pas le laisser. Et hors de question que je me retrouve chez les Luminarias ! La fuite, c’est ce que j’avais de mieux à faire pour l’instant.

Dans ma course, je me heurtais avec quelqu’un. Et merde ! C’était Glace. Elle me regarda avec de gros yeux. Je me levai en m’excusant et courus vers les buissons.

  • On la suit, cria-t-elle à ses amies.

Merde, pourquoi avait-il fallu que je me cogne contre elle !?

  •  Allez prévenir Louan ! Elle est là ! Il ne faut pas la laisser filer !

Mon dieu ! Connaissait-elle ce que comptait faire Louan ? Fort probable ! Peut-être avaient-ils comploté ce plan ensemble.

Je grimaçai et sautai dans les buissons.

Je me précipitai vers la forêt. Le chemin ! Bastet ! Je devais le trouver. Il devait me conduire ailleurs. Malheureusement, je m’empêtrai même les pieds dans les racines, fit un vol plané et me blessai les genoux. Mais pas le temps de me reposer et de palper ma peau. J’entendis les élèves derrière moi. Je me redressai à vive allure. Malgré ma blessure je courus à fond de train.

Au bout d’un moment, je me cachai derrière un arbre. Il faisait légèrement sombre à cause des feuilles qui cachaient le soleil. Je regardai le ciel. Il devait avoir un moyen de les semer. Mais lequel ?

J’avalai ma salive et me mis à chanter. La brume s’éleva et j’entendis les cris des élèves. Cela les effrayait. Je poursuivis alors mon chemin, cette fois en me laissant guider par la brume. Je n’avais aucune idée de l’endroit où elle me conduisait, mais je ne pouvais que lui faire confiance.

Après quelques efforts, je me mis à marcher. J’étais épuisée et je n’avais rien mangé depuis la matinée. Je me fis apparaître une barre de chocolat pour grignoter ainsi qu’une petite bouteille d’eau que je bus avant de reprendre mes pas. Je m’engouffrais dans la forêt et commençais à reconnaitre les formes tordues des arbres.

Je souriais, j’allais bientôt atteindre le manoir de Lissia.

Mais à ma grande déception, ce fut le manoir sans vie qui se forgea devant moi. Je me laissai tomber à genoux devant le portail. D’habitude lorsque j’empruntais ce passage, c’était la belle demeure !

Je la contemplais un long moment avant de me décider de partir. Peut-être était-il encore trop tôt pour que je me retrouve dans ce monde… Peut-être étais-je trop épuisée pour accepter la réalité.

  •  C’est ici que tu venais, dit une voix gutturale.

Je sursautai et me retournai. Un être vêtu de l’uniforme mais avec une peau décomposée se montra. J’eus l’impression que mon cœur allait s’arrêter. On aurait dit un zombie. Il tenait dans sa main un pendentif un peu comme le mien sauf qu’il brillait d’une lumière rouge.

La chose regarda le manoir.

  •  La demeure de la princesse de brume… Et toi, tu venais là depuis tout ce temps ! Tu connaissais le moyen de te transporter ici… J’aurais dû comprendre que tu avais un pouvoir de traverser les dimensions.

Il s’approcha vers moi et je reculai.

  •  Qui êtes-vous ?
  •  Oh, qui je suis ? C’et vrai que tu ne m’as jamais vu dans mon état maudit… contrairement aux Tenebraes, si nous sommes dans de la brume, même en pleine journée, nous nous transformons ainsi. Je suis toujours séduisant, n’est-ce pas ?  

Je déglutis et regardai ses yeux. Des yeux vert émeraude.

  •  Louan ? bredouillai-je.
  •  Oui, c’est moi. Et je t’ai trouvé la première. D’ailleurs, pour je ne sais quelle raison, Kahel n’a pas poursuivi sa course lorsque la brume s’est levé. Donc je considère qu’il a abandonné la chasse et que c’est moi le gagnant.

Je secouai la tête.

  •   Tu ne m’as pas encore attrapé.

Je sortis ma dague et l’utilisai. Mais à ma grande surprise, cela ne marcha pas.

  •   Ha ! Ha ! rigola-t-il.
  • J’ai en ma possession un puissant artefact qui absorbe n’importe quel pouvoir. La déesse me l’a donné. C’est grâce à lui que j’ai pu traverser la brume et te suivre jusqu’ici.
  • Tant que tu n’auras pas posé la main sur moi, je ne te suivrais pas.

Je repris ma course et appelai la brume. Je devais poursuivre le chemin vers la demeure du Maire. Là-bas Bird ou Cormac pourraient m’aider.

  •  Liséa, même si tu te serres de la brume, cet artefact me conduira toujours vers toi, ricana-t-il. Tu ne m’échapperas pas !

Je faisais la sourde oreille. Peu importe ce qu’il disait. Je ne voulais pas le suivre. Il y avait de la méchanceté dans son regard. J’avais peur de lui. Je m’empressai encore plus et je regrettai de ne pas avoir rencontré Peaches, elle aurait pu booster mes chaussures. Seigneur. Pourquoi a-t-il fallu que ça tourne ainsi ? 

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