chapitre 34

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Dès la fin des cours, je rangeai mes affaires dans mon sac et m’empressai d’aller au jardin. J’avais averti Maelyn que j’irais dormir chez Locksmith, même si elle voulait que je revienne chez elle. Mais ce soir, je devais voir Lissia. Je devais éclaircir tout ce mystère.

Devant les buissons, Bastet n’était pas là. J’espérais alors atteindre le manoir malgré son absence. Je fis un pas quand tout à coup on m’interpella.

  •  Où vas-tu comme ça, tous les soirs ?

Je me retournai. C’était Glace et ses copines. Louan, quant à lui, sortait tout juste du hall pour nous rejoindre. Décidément, ils tenaient à découvrir la vérité. Délicatement, j’ouvrai mon sac.

  • Comme Louan n’a pas réussi à te convaincre, alors c’est nous qui allons le faire, annonça Perly qui tendit les bras et prononça : « Adolptice ! »

 Aussitôt des flammes vertes jaillirent de ses mains et elle les lança sur moi. Je plongeai à terre pour les esquiver puis me redressai et sortis ma dague pour les immobiliser. Je ne perdis pas de temps et pris la fuite.

Je m'engouffrai dans la forêt, les rayons du soleil ondulait sur ma peau et me réchauffait, me faisant un bien fou. 

Je finis par rencontrer Bastet au beau milieu du chemin. On aurait dit qu’il m’attendait et qu’il savait précisément que nous allions nous retrouver là.

Arrivée au manoir, Lissia se précipita vers moi et me sauta au cou.

  • J’étais inquiète pour toi ! s’écria-t-elle. Après que tu aies ouvert ton livre, tu as disparu… j’étais si inquiète.
  • Et moi, je me suis retrouvée dans ton manoir… mais on aurait dit que c’était le futur, et que tout avait été brûlé.
  • Vraiment ?

J’opinai.

  • Lissia, je suis inquiète pour toi. J’ai du mal à comprendre ce qui se passe. Quelque fois, je me retrouve devant ton manoir encore en vie, mais parfois, il est vide, en piteux état, et il n’y a plus personne. Tout est mort.
  • Tu n’as pas à t’inquiété pour moi. Aujourd’hui, je suis là, avec toi. Ce que tu vis est réel.

Elle me caressa le visage et je ne doutai plus.

  • Viens, rentrons.
  • Attends, il faut que je te dise. Le Maire… ou plutôt le dieu Ténébras… il veut… que je porte son enfant.
  • Quoi ? hurla-t-elle stupéfaite.

Je lui expliquai alors les desseins de Ténébras à mon sujet. 

  •  J’ai fui, je ne sais plus où me rendre.
  • Oh, c’est terrible. Viens avec moi. Tu vas passer la nuit ici, ne t’inquiète pas.

Je la souriais et la suivis dans sa maison. Molly ne rouspéta pas lorsque Lissia lui demanda la permission. Elle me prépara même un chocolat chaud et des cookies pour le goûter.

Nous montâmes ensuite dans sa chambre. Elle s’amusa à me coiffer, puis je lui demandai des nouvelles de son « amoureux ».

  • J’ai passé la journée du vendredi avec lui. Comme j’étais inquiète pour toi, je n’avais pas le moral, et il m’a emmené au lac de Bloom. Un lac qui se trouve tout à l’opposé d’ici. Je n’y étais jamais allée. J’ai eu peur... peur que les autres me reconnaissent et qu’ils me disent quoi que ce soit, mais nous étions un endroit calme sans personne pour nous embêter. Et je suis même montée sur sa moto.
  •   Il a une moto ?
  • Oui, une très grosse moto, rigola-t-elle.

Elle alla à sa fenêtre et regarda le paysage. Elle souriait aux éclats.

  • Nous nous sommes promis de quitter cette endroit ensemble ! À la fin de l’année, il aura son diplôme et il ira étudier hors de la ville. Il a promis qu’il m’emmènerait avec lui.

Je restai estomaquée. N’étais-ce pas rapide ?

  •   Je sais à quoi tu penses, Liséa. Mais je sais que c’est l’homme de ma vie et que je peux lui faire confiance.
  • Tu viens juste de le rencontrer.
  • Oui, mais moi, je le sais.
  • En plus, est-ce que tu connais son nom ?
  • Oui, mais c’est mon secret. Même si tu es mon amie, je ne te le dirais pas.

Je m’assis à côté d’elle. Elle avait vraiment l’air heureuse. Mais je m’inquiétais. Pourquoi dans le monde après la barrière elle était morte.

Elle posa ses mains sur les miennes.

  • Tu n’as pas à t’inquiéter de quoi que ce soit, Liséa. Lui et moi, nous sommes pareils. Nous détestons cette ville et une fois que nous l’aurons quitté, nous n’y mettrons plus jamais les pieds. Lui et moi, nous irons voir le monde ! Et si tu veux nous accompagner, tu seras la bienvenue.
  • Je crois que je me retrouverai un peu de trop avec vous. Et, j’ai décidé de ne pas quitter cette ville. Je veux réellement mettre un terme à cette malédiction. J’ai enfin trouvé des personnes qui m’acceptent tels que je suis. Je veux les aider. Et toi aussi. Je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit. Je te protégerai.
  • Mais et toi, qui va te protéger ?

Je lui souris et regardais le paysage. Personne ne devait me protéger. Je ne voulais pas qu’ils soient blessés ou malades à cause de moi. Ils avaient tous une famille, et moi, je n’avais personne. Alors si je mourrais. Ce n’était pas bien grave. Ma perte ne causerait de tort à personne.

Ce soir-là, je n’ouvris pas le livre. J’avais peur de me retrouver ailleurs  ou à nouveau dans le manoir sans vie infesté d’Ahkiyyinis mutants. Eux, je devais leur donner un autre nom. Ils étaient vraiment trop moches.

Lissia m’emprunta des vêtements et nous dormîmes ensemble dans son lit.

Au matin lorsque je me réveillai, je sentis le sol glacial sous ma peau. J’avais des courbatures et je n’étais pas dans la chambre de Lissia. Je m’assis et contemplai autour de moi. J’étais dans une petite tour ronde, avec une petite fenêtre ouverte. Ça sentait la poussière, le moisi. Je n’y comprenais rien surtout que je portais encore la robe de Lissia. Mes vêtements étaient bien pliés et rangés sur une table.

Je me dirigeai vers la fenêtre. J’étais dans la plus haute tour du manoir et tout était redevenu mort. Mon cœur battait à rompre. Je me changeai et quittai la maison à toutes jambes. Et là, sur la terrasse, Bastet attendait. Il miaula pour me faire signe de le suivre dans le jardin où un brouillard fantomatique recouvrait le sol. Il faisait froid et j'espérai ne trouver aucun d’Ahkiyyinis mutant sur mon passage.

Plus loin, je me retrouvais dans la forêt. Je compris alors qu’il me conduisait à l’école.

Il n'y avait aucun étudiant en vue dans l'établissement, mais les portes étaient déjà ouvertes et le concierge passait le balai.

Je voulais demander à Bastet ce qui s’était passé cette nuit, mais il avait déjà disparu. Je soupirai et allai aux toilettes. Là, je me brossais les dents en me demandant si, la veille, j’avais réellement pris une douche.

Je profitai du calme et me rendis au foyer pour lire mon livre. Cette fois, rien ne se produisit lorsque je l’ouvris. Je le lisais comme un roman normal. Ou plutôt un roman tragique…

Les premiers élèves commencèrent à arriver une vingtaine de minutes plus tard et je rangeai mon livre. La première chose que Maelyn me demanda fut, bien entendu, où j’avais passé la nuit. Je lui mentis en disant que Locksmith m’avait accueilli, mais changeai très vite de sujet de conversation. Je voulais avoir des nouvelles de Kahel.

Elle haussa les épaules. Néla était muette comme une carpe.

Soudain, j’entendis les vrombissements familiers d’une voiture. Je me dirigeai à toute allure vers le parking, et là, je vis Néla toute contente sortir de ma Ferrari.

Elle se déhanchait comme un mannequin. Je la lorgnais alors que mon cœur se serrait. Moi qui croyais qu’il ne voulait qu’aucune fille s’asseye dans sa voiture, et pour couronner le tout, la voiture que je lui avais offerte ! J’étais en colère.

Kahel retira ses lunettes et secoua sa tête comme un vrai macho. Néla s’approcha alors de lui et il l’attira vers elle pour l’embrasser.

Je restai bouche bée. Je ne savais pas ce qui m’arrivait, des sentiments de haine, de colère, de tristesse me percèrent le cœur. Moi qui me faisais du sang d’encre pour lui. Je m’étais inquiétée pour rien.

Collé à Néla, il se dirigea vers moi.

  •  Oh, salut Liséa, ça va ?

Je clignais des paupières. Quelque chose ne tournait pas rond. Il me parlait avec un beau sourire, alors que d’habitude… C’était monsieur tout juste sortis du lit sans faire le moindre sourire. D’ailleurs, il faisait plus souvent la tête.

  •   Je me suis inquiété pour toi. C’est à moi de te demander si ça va.

Il sourit et regarda Néla.

  •  Oui, depuis que Néla s’est occupé de moi, tout va pour le mieux.

Néla lui récompensa d’un baiser à la joue puis me lança un regard triomphant. Ils me laissèrent ensuite en plan et se dirigèrent là où ils avaient l’habitude de se rendre.

Le tonnerre gronda derrière moi. Comment était-ce possible ?! Il me snobait à nouveau, comme si de rien était alors que nous venions d’accomplir quelque chose d’important et que tout n’était pas finit.

Je partis en classe d’un pas lent. Ce n’était pas normal qu’il se comportait ainsi… attendez et si… si Ténébras l’avait envoûté pour qu’il se comporte ainsi ? Ou pire, qu'il oublie tout! Oui c’était fort probable.

Subitement, je me heurtai contre quelque chose ou plutôt quelqu’un. 

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