Chapitre 29

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Je sentais des mains douces me caresser le front. J’ouvris les yeux. Je voyais flou.

  •   Ça va ?

Je clignai des paupières. Je reconnaissais la voix de Kahel.

  •   J’ai faim, marmonnai-je.
  •  Ok, je reviens. Ne bouge pas.

Je souriais. Comment aurais-je pu bouger alors que je n’avais plus aucune force ?

Il revînt quelques temps avant et me fis asseoir. Il me donna un jus de fruit et des scones aux raisins. Après les avoir mangés, je me sentis mieux. Je revis parfaitement Kahel. Il avait sa forme humaine.

Je regardai autour de moi. Nous étions toujours dans son monde parallèle.

  •   Nous ne sommes pas rentrés ?

Il secoua la tête.

  •   Je préfère attendre qu’il fasse nuit. Il est déjà 11 heures dans le monde réel, et si nous sortons avec ce spectre à la vue des citadins, je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

Je baillais. J’étais encore un peu épuisée…

  •  Repose-toi encore un peu, tu en as besoin.

Je me rallongeai et m’endormis encore. Lorsque je me réveillais, Kahel s’asseyait à terre les bras croisés. Il avait sa forme squelettique et semblait être concentré sur quelque chose.

  •  Kahel… ?

Il se tourna vers moi. Ses yeux avaient l’air fatigué.

  •   Ça va ? lui demandai-je.

Il se leva.

  •   Comment te sens-tu, toi ?
  •  Bien. Je crois que j’ai retrouvé toute mes forces.
  • Alors, c’est bon. Nous pouvons rentrer ?

J’acquiesçai.

Nous quittâmes son abri dimensionnel et nous retrouvâmes dans les rues de la ville. J’entendais les cris des Ahkiyyinis. Kahel me fit signe de ne pas parler. Nous traversâmes les rues le plus discrètement possible tout en nous cachant de temps à autre dans les couloirs étroits pour ne pas nous faire remarquer. Dès que nous atteignîmes la Cathédrale, Kahel récita une incantation, les portes s’ouvrirent et nous la franchisâmes.

Devant le portail de la maison, Kahel se laissa tomber à genoux. Il eut le souffle pantelant.

  •   Hey, que se passe-t-il ? m’affolai-je.
  •  C’est rien, ça va aller, dit-il en se redressant.

Il ouvrit le portail, mais je voyais bien que quelque chose clochait et qu’il marchait comme un soulard.

  •  Kahel, si tu as besoin d’une épaule, tu peux t’appuyer sur moi.
  •  Non, ça va aller, je te ramène chez toi… et ensuite, je rentre dormir.

Je l’attrapai le bras et l’obligeai à me regarder.

  •   Quoi ? grogna-t-il.

Je le giflai. Mais c’est moi qui criai « Aïe » ! Sa mâchoire était vraiment dure à cuire. Il en profita pour s’écarter et reprendre la route.

  •   Je sais que tu ne vas pas bien, grondai-je. On n’a qu’à aller dans ton caveau, tu te reposes et…

Je ne savais même plus s’il m’écoutait. Il déambula à grands pas sur le chemin. Néanmoins, à ma surprise, arrivée au cimetière, il se dirigea vers son caveau. Il descendit les escaliers mais tomba. J’accourrai vers lui.

  •  Kahel, criai-je en le mettant sur le dos.

Ses yeux étaient révulsés. Mon dieu, qu’avait-il ? Qu’est-ce que je devais faire ? Je pris une profonde inspiration et fit apparaître un matelas. Je trainais Kahel comme un vulgaire sac poubelle, mais excusez moi mon expression, il était bien trop grand et costaud pour que je puisse le porter dans mes bras.

Je l’étendis sur le lit et penchai la tête sur son torse pour écouter son cœur. Avec son apparence de tête de mort, je ne savais même pas s’il respirait correctement. Mais j’entendais bel et bien son cœur. Cela me soulagea. Je caressai son front et le rassurai que tout allait bien. Je ne savais pas quoi faire d’autre… À moins de lui donner ma chaleur. 

Posant mon spectre près du lit, je me blottis près de lui et me rendormis. Même si j’avais repris des forces, j’avais toujours sommeil.

La faim me réveilla. Je me grattais les yeux et m’étirais avant de jeter un coup d’œil à Kahel. Il avait sa forme humaine, mais sa peau était toujours pâle et son souffle saccadé. Je me levai à toute vitesse. Je devais prévenir son père.

Je quittai le caveau, le soleil m’éblouissait, on aurait dit que cela faisait une éternité que je n’avais pas mis les pieds dehors. Je me précipitai vers la demeure du Maire, en trouvant le moyen de trébucher et de me blesser le genou. Pourtant, ce n’était pas bien grave contrairement au mal inconnu qui frappait Kahel. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine, pourvu qu’il n’ait rien de grave.

Je m’arrêtais à la porte et frappais de toutes mes forces en appelant, Cormac le majordome, et le Maire. Nous devions être vendredi, et je ne savais pas quelle heure il était, mais la Rolls Royce du Maire était là. Aucun doute qu’il soit absent.

La porte s’ouvrit enfin.

  •  Liséa ! s’écria Azia. Mon dieu, où étais-tu ? (elle sauta à mon cou) Je me suis inquiétée…
  •  Kahel, il ne va pas bien, avertis-je.

Elle s’écarta et le Monsieur Blacks s’approcha.

  •  Bonté divine, fit-il en observant le spectre.
  • Monsieur, il est arrivé un grand malheur…
  • Je vois ça… Le spectre… Comment l’as-tu trouvé ?

Il semblait en colère. Mais pour l’instant ce n’était pas le premier de mes soucis.

  •  Monsieur, Kahel ne va pas très bien ! Il est dans le caveau familial, sa respiration est anormale, et il est tout exsangue. Il faut aller l’aider.

Il fronça les yeux puis posa son regard sur mon front. Je le laissai entrevoir mes derniers souvenirs. Il pâlit à son tour et appela Cormac.

  •  Nous allons le chercher, annonça-t-il. Restez ici.

Le Maire et Cormac prirent la voiture. Azia me fit entrer dans le salon et me proposa du thé et des cookies. Même si j’avais faim, je ne pouvais rien avaler. J’étais trop inquiète pour Kahel.

  •  Où étiez-vous durant ces trois jours ? interrogea Azia.
  • Trois jours ? m’étonnai-je.
  • Oui, nous pensions que vous étiez pris dans un espace temps, et que nous n’allions plus vous revoir.
  • Et moi, je pensais que ça ne faisait qu’une journée que nous étions partis.

Elle secoua la tête et, au même moment, le Maire revînt. Cormac portait Kahel dans ses bras et le transporta dans sa chambre.

  •  Qu’a-t-il ? m’enquis-je.
  • Il a besoin de repos, dit le Maire d’un ton inquiet. Vous êtes restés trois jours dans le monde parallèle, il a usé de son énergie trop longtemps pour maintenir l’espace temps où vous étiez. Lorsqu’il est seul, cela ne lui pose aucun problème. Mais lorsqu’il y a une autre personne avec lui, il doit aussi veiller à ce que cette personne ne se fasse pas dévorer par le temps.

J’écarquillais les yeux. Pendant que je dormais, Kahel avait veillé sur moi. Et pas seulement veillé… Il avait continué à utiliser ses pouvoirs pour que le temps soit normal autour de nous. Je me souvins que cela lui avait demandé une très grande concentration la première fois… Seigneur, si j’avais su, je ne me serais pas rendormie après qu’il m’ait donné des scones. Mon cœur se serra.

  •   Ne t’inquiète pas, il sera sur pied dans quelques jours. Mais nous avons un autre problème à résoudre. (Il fixa le spectre) Cet artefact aurait dû rester là où il était.
  • Nous en avions besoin pour combattre les Ahkiyyinis.
  • Mon dieu, soupira le Maire. Vous l’avez utilisé ?
  • Bien sûr que oui ! Ce spectre appartenait à Mistreed et c’est ce que la déesse Luminaria cherchait ! Avec moi, il sera plus en sécurité.

Le Maire retînt sa respiration. On aurait dit qu’il se retenait d’exploser de colère.

  • Détrompes-toi. Il ne sera pas plus en sécurité avec toi. Et si tu l’as utilisé, alors la déesse s’est certainement réveillée. Elle a dû sentir son pouvoir et voudra le récupérer. Si elle le détient, nous, Tenebraes, serons tous perdus.
  • Quoi ? Pourquoi ? m’inquiétai-je.
  • Ce spectre confie un grand pouvoir à son utilisateur. Une personne dotée d’une bonté pourra apporter la vie. Mais une personne, au cœur ténébreux, n’apportera que la destruction. Je connais la déesse et la première chose qu’elle fera sera d’éliminer notre espèce.
  • Ce spectre ne tombera pas entre ses mains ! Je le protègerais !
  • Non, il ne doit pas rester entre tes mains.

Monsieur Blacks tendit la main vers le spectre mais une force inconnue le projeta et il percuta sa bibliothèque. Azia se précipita vers lui et l’aida à se relever. Elle me regarda avec horreur.

  • Je ne suis pas à l’origine de ce phénomène, me défendis-je.

Le Maire fixa le diadème et murmura :

  •   Un sortilège de possession. Personne d’autre ne pourra le toucher.

Je restai stupéfaite puis scruta le diadème à mon tour. Comment pouvait-il savoir cela ?

  •   Seule la personne qui pourra te tuer, pourras l’obtenir.

Et là, j’eus l’impression que mon cœur allait arrêter de battre. La personne, qui me tuera, pourra l’obtenir ? Je déglutis. Je regrettais maintenant de l’avoir touché.

  •   Vous auriez dû m’avouer la vérité à propos de toute cette histoire, depuis le début ! hurlai-je. Rien de tout ceci ne serait arrivé !
  •  Je voulais te protéger !
  • De quel droit ? Parce que je suis la petite fille d’un Mistreed ? Ou parce que, peut-être, vous voulez vous servir de moi pour retirer la malédiction ?!

Le Maire s’approcha de moi et tendit sa main vers mon front. Je levai mon arme vers lui.

  •  Ne tentez pas de m’effacer la mémoire encore une fois. Je sais que vous avez déjà utilisé envoûtement sur Kahel et moi pour nous faire oublier des choses. Mais, je ne veux rien oublier ! Je veux que cette malédiction soit levée et, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le faire ! Dîtes-moi plutôt ce que vous attendez de moi !

Le Maire soupira.

  •   Les Mistreed sont vraiment têtus !

Tout à coup une flamme entoura le Maire, ses cheveux s’agrandirent et il se transforma comme le portrait que j’avais vu dans mon livre. C’était… 

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