chapitre 24

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  •   Liséa, dit Kahel en venant m’aider à me relever.

Nous balayâmes l’endroit du regard. Tout était inconnu.

  •   Où sommes-nous ? demandai-je.
  •  Je n’en ai aucune idée.

Nous entendîmes soudain galoper. Nous nous retournâmes vers la source de bruit. Et là, des centaines de chevaux énormes recouverts d’armures blanches se ruaient vers nous. J’écarquillai les yeux. Kahel m’attrapa la main.

  •  Ne restons pas là, cria-t-il.

Nous courûmes à toute vitesse, mais, je n’avais pas de souliers, et je sentais les rochers sous mes pieds me faire mal, que je ne pouvais aller plus vite. Je dérapai, entraînant Kahel dans ma chute. Mon dieu, nous allions mourir ?!

Kahel se jeta sur moi et m’enlaça dans ses bras pour me protéger. Ce n’était pas possible. Nous ne pouvions pas mourir comme ça. Piétiner par je ne sais quelle espèce de cheval qui était deux fois plus gros que la moyenne.

Mais à ma surprise, les sabots des chevaux traversèrent nos corps. Kahel leva la tête aussi éberlué que moi. Il tendit une main vers les animaux. Ils n’étaient que des illusions…

Je soupirai de soulagement. Une fois la tempête passée, nous nous redressâmes.

  •  Ça va ? demanda Kahel.
  • Oui, mais… Je ne comprends pas pourquoi ils sont passés à travers nous alors, que mes pieds me font atrocement mal. Je sens le sol. Il est tout froid et jonché de roches.
  • Notre esprit à dû être transporter dans le livre. Nous pouvons ressentir les choses de ce monde, mais ceux de ce monde, ne nous discernent pas.
  • Tu as déjà été transporté dans un livre ?
  • Non, c’est la première fois. Mais ces chevaux et leurs cavaliers. Ils se dirigent vers la montagne là-bas. Nous devrions aller voir se qui s’y passe.
  • Je pensais que j’allais lire un livre, pas que j’allais être aspirée par l’histoire de ce livre !
  • Comme je te l’ai dit, tout peut arriver ici.

Nous nous lançâmes à la poursuite des chevaux. L’endroit était glauque. On aurait dit que les ténèbres régnaient. Tout était vraiment obscur. La terre, les arbres, les cabanes en bois… ne révélaient aucune couleur. Et comme arrière son, nous n’entendions que des cris d’horreur.

Nous atteignîmes un village en feu. Des habitants prenaient la fuite. Les chevaliers sur leur destrier les assenaient des coups terribles. Certains étaient mêmes enflammés et cherchaient à éteindre le feu en se jetant par terre pour rouler sur eux-mêmes. C’étaient vraiment épouvantable. Des cris d’agonies s’élevèrent de partout. J’assistai à une guerre… Je ne pouvais plus retenir mes larmes.

Le silence s’abattit soudain sur le village. Il ne restait que des cadavres. Même les chevaux semblaient médusés par l’exploit de leur cavalier. L’un d’eux retira son masque. Il ressemblait un peu à Louan, sauf qu’il avait de longs cheveux et une barbe emmêlée. Il brandit son épée vers le ciel.

  •  Gloire à Luminaria !

Les autres cavaliers l’imitèrent.

  •  Il est temps d’aller la rejoindre et l’aider à combattre !
  • Oui, mon prince ! crièrent les autres.

Leurs chevaux reprirent leurs galops.

  •  Suivons-les, dit Kahel.

Je regardai les cadavres autour de moi, il y avait du sang partout et une odeur infecte commença à se lever que j’en eus des nausées.

Kahel m’attrapa la main.

  •   Liséa, nous ne sommes que dans les écrits du livre de ton ancêtre. Tout ce que nous voyons là, s’est déroulé il y a des milliers d’années.
  •  Mais c’est quand même affreux, pourquoi font-ils cela ?

Mes larmes perlaient, et il les essuyait.

  •  C’est en les suivant qu’on va le découvrir. Aller, viens.

Main dans la main, nous enjambâmes les cadavres. Je recouvrai mon visage d’une main pour essayer de ne pas sentir l’odeur du sang. Une fois le chaos traversé, nous arrivâmes un immense pont en pierre situé à plusieurs centaines de mètre au-dessus d’un torrent. Il conduisait vers la montagne. En fait, ce n’était pas réellement une montagne, mais un palais de pierres.

Le tonnerre gronda et j’en frémis. Kahel me pressa alors la main. Je lui jetai un coup d’œil. Il me sourit.

  •   T’inquiète ce n’est pas réelle.

Je lui rendis son sourire et nous poursuivîmes notre route.

Plus loin, nous fûmes surpris de trouver des chevaux et des cavaliers inconscients. On aurait dit que la foudre les avait frappés. Je ressentis même un picotement électrique parcourir mon corps. Mais soudain, le corps des cavaliers soubresautèrent et leurs âmes sortirent de leur chair. Ils poussaient des cris gutturaux qui me rappelaient ceux des Ahkiyyinis.

Ils marchèrent d’un pas nonchalant vers la grande muraille. Nous les suivîmes.

Une immense porte s’ouvrit. Je contemplais les murs, ou plutôt les pierres fissurées du palais. Il y avait des trous considérables qu’on aurait dit qu’il y avait eu une bagarre entre deux Hercule.

Les revenants montaient des escaliers en cristaux dont des morceaux tombaient dans un immense gouffre. Il n’y avait mêmes pas de garde-corps, que j’en tremblai lorsque je montai. Sans compter, que je voyais le vide sous mes pieds et je l’imaginai s’effondrer à tout moment. J’avais vraiment la frousse. Je finis par fixer uniquement devant moi pour avancer et nous atteignîmes enfin le premier niveau. Nous nous retrouvâmes à l’entrée d’un grand hall avec, de part et d’autres, deux grandes statues représentants un homme et une femme vêtus de tenues de combattants.

Soudain, le bruit d’une torpille me fit sursauter. Des faisceaux phosphorescentes volaient de partout, et détruisaient tout sur leur passage. Les pierres du palais explosaient et des roches tombaient, faisant de la fumée.

Deux femmes portant un masque sur leur visage apparurent. L’une avait des cheveux très noirs, et l’autre très blond. Elles se ruèrent l’une sur l’autre et brandissaient leur épée. Une lutte acharnée se déroulait sous mes yeux. Mais la blonde semblait avoir l’avantage. Elle avait un long spectre et une lumière blanche y émanait. Parfois, des boules d’énergies s’y échappaient et se dirigeaient vers l’autre femme. Celle-ci était très habile et les esquivait. Elle rappliqua en faisant sortir de ses mains de la brume ténébreuse qui aspirait le pouvoir de la blonde, puis tira de sa ceinture une épée à la lame très fine et se jeta sur son ennemie qui vacilla légèrement, mais tînt le coup.

La femme aux cheveux blonds lui rendit son coup puis appela ses sbires à l’aide. Les Ahkiyyinis se précipitèrent vers la brune. Elle leur lançait des attaques, mais ils ne cessaient de revenir à la vie. La blonde se mit à rire et hurla des mots cabalistiques. Et subitement, le cavalier ressemblant à Louan se manifesta. Il était maintenant un esprit mort, sans humanité. Ses yeux étaient vitreux, sa peau cireuse, et son cri bestial. Il captura la femme aux cheveux noirs, la serra avec ses mains odieuses comme un simple torchon. J’en avais mal pour elle. Puis, le monstre ouvrit sa bouche et aspira l’âme de la pauvre femme.

À ce moment des brides de mes cauchemars traversèrent mon esprit. Comme la femme, je ressentais mes forces me quitter, je devins dans un état d’inanition et tombai à genoux. J’avais du mal à respirer.

  •   Liséa ? Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Kahel en s’accroupissant à côté de moi.

Je ne pouvais pas lui répondre. Tout devenait inextricable dans ma tête. La brune s’écroula, sa peau devînt exsangue et mon pouls s’affola. J’avais ressentis sa mort comme si ça avait été la mienne.

  •   Liséa ! cria-t-on.

Je me retournai en entendant mon nom, stupéfaite.

Une autre femme non masqué se tenait sur les marches d’escaliers plus haut. Elle me ressemblait… non, c’était la déesse de Brume. Elle hurla de douleur et d’un bond rejoignit le hall. Elle dégaina une arme et asséna un puissant coup au meurtrier. Sa tête se brisa et il éclata en cendres.

Les yeux embués de larmes, elle se précipita sur la blonde qui prit soudain peur. Ça pouvait se comprendre. De la brume ténébreuse sortait de son dos comme des ailes, et une puissante énergie faisait tourbillonner de la poussière autour de nous. C’était une aura dévastatrice. Elle se laissait emporter par la colère et la blonde n’était pas assez puissante face à cela. Cette fois, elle n’avait pas l’avantage qu’elle prit la fuite. D’un geste rapide, elle s’évapora.

La déesse de Brume se précipita ensuite vers la femme et retira son masque. On aurait dit son double, mais ses yeux étaient révulsés.

La déesse éclata en sanglot et serra le corps de la défunte contre elle. J’en pleurai moi aussi. Brusquement, j’entendis des pas. Je tournai la tête. Un homme qui ressemblait à mon arrière grand-père, suivi de chevaliers vêtus d’armures noirs gravissaient les marches.

Mon arrière grand-père tenait l’Epée de la Force dans ses mains. Il la laissa tomber lorsqu’il vit la funeste scène. Ses yeux s’écarquillèrent et il s’avança lentement vers les femmes. La déesse de Brume leva ses yeux inondés de larmes vers lui.

  •   Je suis désolée… Je n’ai rien pu faire…

Mon arrière grand-père se laissa tomber et prit la femme dans ses bras. Il caressa sa joue avec tant de tendresse et l’embrassa. Je compris alors qu’elle n’était autre que sa bien-aimée…

  •   Les enfants ? s’inquiéta-t-il.
  •  Nous les avons mis en lieu sûr… En s’emparant du pouvoir de Ronos, elle est devenue trop forte… Et maintenant, elle détient les pouvoirs de ma sœur… Qu’allons-nous faire ?
  •  Elle va s’en prendre à Renia, lui voler ses pouvoirs et pourra contrôler toutes les créatures de notre monde… Elle volera ensuite tous les pouvoirs des dieux, jusqu’à ce qu’elle soit assez forte pour vaincre Tenebraes.
  • Ténébras est entré dans une colère noire lorsqu’il a appris la mort de Ronos… Mais si elle obtient les pouvoirs des autres dieux. Pourra-t-il la vaincre ?
  • Je ne sais pas… mais je ne peux plus rester ici… Il n’y a pas que Luminarias… La Grande Nymphna veut, elle aussi, s’emparer du trône de Ténébras. Sur la cité des Efrits, elle a déjà réveillé une armée démoniaque. Si nous restons là, une guerre interminable va se produire. Nous mourrons tous, et il ne restera plus rien. Il faut que nous quittions ce monde. J’en connais un où nos enfants pourront grandir sans connaître toute cette terreur. Veux-tu me suivre Lissia ? Tes enfants seront en sécurité.

J’entrouvris la bouche. Lissia ?!

Une lueur enveloppa mon corps, et à nouveau je fis transporter ailleurs…

J’étais de retour dans le monde réel. J’avais le souffle pantelant et je suais.

  •   Liséa ?

Je tournai la tête vers Kahel.

  •   Ça va ?

Je déglutis puis regardai le livre. Cette fois, je pouvais lire ce qu’il y avait d’écrit :

Ce jour horrible, non seulement, j’avais perdue mon peuple, mais aussi la mère de ma fille, ma femme, et ma bien-aimée Liséa. Je décidai donc avec les survivants et sa sœur jumelle, Lissia, de quitter notre monde. C’est ainsi que nous arrivâmes dans ce pays appelé « Angleterre ». Nous devions nous adapter à ce nouveau monde qui avait des répercussions sur nos pouvoirs, mais nous avions tellement envie de vivre que nous étions prêts à tout, même à bâtir nos maisons avec de la boue, et par nos propres mains.

Les jours passèrent, ma fille, Mila, passait beaucoup de temps avec sa tante et ses deux filles, Ilya et Lucia. Elle préférait dormir chez elle. Après tout, elle avait besoin d’une mère. Et moi, je me sentais seule. Liséa me manquait terriblement.

A l’âge de 20 ans, Mila me présenta à des femmes. Cela faisait maintenant quinze ans que nous étions là, et elle me disait que je devais reprendre une nouvelle femme, car j’étais le roi, et un roi ne peut gouverner seul. C’est ainsi que j’épousai Yade. Ensemble, nous eûmes un fils : Asrid.

Asrid a hérité de mon charisme. Je crois que cette naissance m’a apporté une grande joie. Mais, Yade mourut quelques temps après. Cinq ans plus tard, je rencontrai Blaire. Quelque chose m’envoutait dans son regard. Elle me rappelait ma tendre Liséa. Elle me donna, elle aussi, un fils. Nil. Il était aussi impétueux que sa mère. Je vivais dans le plus grand bonheur. Mais Mila n’appréciait guère Blaire qu’elle décida de quitter le château et vivre dans les bois avec sa tante.

 Mais un jour, Mila revînt au château. Elle, qui pouvait prédire l’avenir, avait eu une vision funèbre. Mes enfants allaient s’entretuer. Comment allais-je faire pour arrêter ça ?

   J’ai vécu 200 ans, et me voilà en fin de vie. Une maladie inconnue est en train de m’emporter. Mes deux fils veulent le trône. Mais moi, je veux que ma fille devienne reine. Je sais qu’elle peut régner et gouverner comme sa mère.

 

Le chapitre se terminait ici. Je ne pensais pas que ça aurait été si émouvant.

  •  Il n’a pas vraiment écrit grand-chose sur ses pouvoirs ou ceux de ses fils… Je ne savais pas qu’il avait eu une fille… On dirait qu’elle avait des dons pour prédire l’avenir, commenta Kahel.

Je fermai le livre à clé.

  •   Alors ? Tu te sens mieux, poursuit-il.

Je haussai les épaules.

  •   Il était marié avec la sœur de la Princesse de Brume…
  • Ça éclaire maintenant ton lien avec elle… Si tu as le pouvoir de la brume ténébreuse, c’est que tu descends de cette lignée… Il n’est pas rare que l’on prénomme ses enfants du même nom que ses ancêtres.

J’opinai. Ce qui expliquait ma ressemblance frappante avec la déesse de Brume. Sa sœur jumelle était mon ancêtre et je portais le même prénom qu’elle.

  •   On continuera la suite demain. Il vaut mieux aller se coucher.

Il se leva, mais je ne bougeais pas.

  •  Tu ne viens pas ?
  • Je pense que je vais dormir ici… Je me sens en sécurité… Je préfère rester près des artefacts.

Il plissa le front et me dévisagea.

  •   Il s’est passé quelque chose quand cette femme est morte… Qu’est-ce que tu as ressentis ?

Je le regardai l’air inquiet.

  •   Je… J’ai ressentis ce qu’elle vivait… C’était comme dans mon cauchemar… Locksmith avait raison.

Il s’accroupit et posa une main sur mon épaule.

  •  Tu sais, ce ne sont que des cauchemars. Il ne t’arrivera rien.
  • Merci de me remonter le moral… Je vais quand même rester là.
  • Alors je vais rester moi aussi. Tu prends le canapé, et moi, le tapis… il est assez douillé.

Je lui souris. Je rangeai ensuite le livre et m’installai dans le canapé. Il était assez grand et confortable, que je m’endormie de suite épuisée par cette aventure. 


Petit mot au passage: Bonne année!

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