chapitre 20

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Le Kantoolis se rua  vers moi.

  •  Maudite femme, tu m’as joué un mauvais tour !
  •  Et vous, vous venez de tuer mon ami !
  •  Ton peuple a tué des milliers des miens ! Vous n’êtes que des monstres.

Mes larmes perlèrent. Je reniflai et les essuyai. Il était hors de question que je me retrouve dans son estomac.

  •  Monsieur Kantoolis, vous avez un nom ? Moi, c’est Liséa. Nous avons mal commencé cette entrevue, mais sachez, que je n’ai pas l’intention de vous faire du mal ! Je voudrais juste votre écaille qui se trouve sur votre queue… J’avoue que j’aurais dû vous le demandez gentiment, au lieu que mon ami profite de votre admiration avec la pierre que je vous ai donné !

Il rigola de nouveau.

  •  Les Alks ne sont pas gentilles ! Vous apportez le malheur autour de vous !
  •  C’était il y a des centaines ou des milliers d’années… Mon sang n’est pas 100 % Alks… Je ne suis pas une colonisatrice…
  •  Assez bavarder, grogna-t-il.

Sa queue se dirigea vers moi, et je pris la fuite. Le bougre ne voulait rien écouter ! Il voulait me tuer !

Je plongeai à terre, me redressai, et courrai à pas de géants évitant toutes ses attaques. Il fallait que je fasse quelque chose. Et puis, je pensais à ma dague… Ma seule arme. Je la retirai de ma ceinture et regardai les symboles en me rappelant de ce que Kahel m’avait dit. Une grandeur d’âme.

Je m’arrêtais alors, me tournai vers la créature et tendis la dague devant moi. Je fermai les yeux. Je priais pour avoir son aide. Je n’avais nullement l’intention de faire du mal à la créature. Je voulais juste l’immobiliser, récupérer ce dont j’avais besoin et la laisser en paix ! Je ne veux pas faire de mal à quiconque, je ne veux pas me servir de cette dague pour tuer !

C’est alors, que je sentis une douce chaleur. Je rouvris les yeux. Une lueur blanche s’échappa de la dague et toucha en plein fouet le Kantoolis qui s’immobilisa.

  •  Que se passe-t-il ? grogna-t-il. Mon corps ne me répond plus !

J’écarquillais les yeux. C’était là le pouvoir de la dague… On pouvait l’employer comme une sorte de sceptre de magicien !

Profitant de la paralysie du Kantoolis, je courrais vers sa queue et lui arrachai une écaille. Elle était vraiment dure à retirer qu’il m’en fallut de bonnes minutes pour réussir !

  •  Aïe ! aboya la créature.
  •  Pardon, je ne voulais pas vous faire mal ! J’essaierai d’y aller doucement avec la seconde.
  • Qui t’a donné la permission de prendre mes belles écailles ! ?
  •  Moi-même !
  •  Petite effrontée ! Aïe !

J’avais deux grosses écailles à mes pieds. Et à ce moment, je m’écroulai. Utiliser la dague m’avait affaibli contre toute attente. Et puis, j’étais abasourdie. Comment allais-je faire pour rentrer sans Kahel ! Je me mis à pleurer.

  •  Je ne peux même plus rentrer chez moi ! Vous avez tué mon ami ! Lui seul pouvait traverser les dimensions !
  •  Il n’est pas mort ! beugla le monstre. Je sens son sang infect empester l’air.

Je m’essuyai les yeux.

  •  Vraiment ? Il est vivant ?

Je me dirigeai alors vers les décombres et l’appelai. Mais, il ne me répondait pas. Seigneur, peut-être était-il blessé. Je posai la main sur un débris de pierre et tentai de le retirer mais en vain. J’étais bien trop frêle. Le Kantoolis en rit.

  • Vous ne pourriez pas m’aider ! grondai-je.
  •  Jamais je n’aiderai une Alks ! Regardez dans quel état vous m’avez mis !
  •  Je voulais juste vous prendre les écailles ! Si je voulais vous tuer ! Je l’aurais fait depuis longtemps croyiez-moi !

Je poussai des grognements inaudibles pour bouger les débris. J’effectuais une nouvelle tentative, mais toujours rien.

  •  S’il vous plaît, aidez-moi, monsieur Kantoolis. Nous repartirons dans notre monde et nous ne viendrons plus vous embêter ! Je vous le promets !

Il marmonna.

  •  Ou si vous voulez, je peux vous offrir ce que vous voulez en échange… On dirait que vous aimez les pierres précieuses !
  •  Je n’ai pas besoin de pierres précieuses ! Mille ans se sont écoulés depuis que les Alks ont détruit mon royaume, ma famille. J’ai été seul durant toutes ces années… Vous n’avez pas idée de la souffrance que j’éprouve !

Je plissai les sourcils. J’avais passé une dizaine d’années dans la solitude, même si ce n’était rien comparé à lui, je savais quand même ce qu’être seul représentait. Je soupirai et observai son visage. J’eus alors une idée lumineuse.

Je tendis mon arme devant moi ainsi que ma main. Je pensais à un bébé… Un bébé Kantoolis. J’usais de mes pouvoirs et de la force de la dague pour en créer un.

La brume apparut et se transforma aussitôt en un œuf… Un œuf géant.

Le monstre écarquilla les yeux.

  •  Un bébé ? murmura-t-il stupéfait.

Je me laissai tomber. Cela m’avait éreinté et je pantelai. La dague s’arrêta de briller et, le Kantoolis se défit de mon envoûtement. Il se dirigea vers l’œuf et le caressa.

  •  Un bébé…

Brusquement, la coque de l’œuf craqua. Le bébé sortit la tête et poussa un cri. Il était recouvert d’un liquide baveux. On dirait qu’il essayait de s’accommoder à l’air.

Le Kantoolis retira le reste de la coquille. Le bébé tomba à terre. Il le prit dans ses bras et le berça.

  •  Un bébé femelle…

Ses yeux se voilèrent de larmes et il me regarda.

  •  Tu as… ramené un bébé à la vie ?
  •  Il n’y a rien de plus pire que de passer l’éternité seule… Maintenant, tu n’es plus seule… c’est ta famille.

Les larmes du Kantoolis perlèrent. Il était vraiment ému.

  •  Merci, me dit-il.
  •  Non, c’est moi… Vous m’avez donné deux de vos écailles !

Il s’essuya les yeux, puis déposa le bébé, qui se mit à pleurer, sur un lit d’herbe.

  •  Ne t’inquiète pas, mon bébé, papa va revenir.

Il revint vers moi, et cette fois, il retira les débris de pierre. Kahel était à terre inconscient. Je me redressai avec difficulté et courrai vers lui.

  •  Kahel, Kahel, criai-je en le secouant l’épaule.

Il marmonna quelque chose, et je compris qu’il avait été sonné. Je pleurai et lui sautai au cou.

  •  Espèce d’imbécile ! J’ai cru que tu étais mort.
  • Tu m’étouffes… Et je crois que j’ai les côtes brisées… Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je redressai la tête et le regardai en gloussant.

  •  Laisse-moi, te soigner, lui dit Kantoolis.

Il posa un de ses doigts sur Kahel. Je sentis une puissance étrange et d’un coup, Kahel trouva la force de se remettre debout. Ensuite, il fit de même avec moi et je retrouvai toute ma vitalité.

  •  Oh, merci ! Vous êtes vraiment adorable !
  •  C’est vous qui êtes adorables. Vous venez de m’offrir le plus beau cadeau de ma vie. Je ne serais plus jamais seul sur ces terres.

Je lui souris.

  •  Comme promis, je vais vous laisser. Nous ne reviendrons plus jamais dans votre monde.

Il tendit la main.

  •  Je m’appelle Jahooltis.

Je la lui serrai. J’étais contente de connaître son nom. Et cela signifiait que le marché était conclu.

Kahel récupéra les deux écailles et je rangeai ma dague. Je fis mes adieux à Jahooltis.

  • Si un jour, tu as besoin d’une écaille, tu peux cependant revenir. Je ferais une exception pour toi, Liséa. Tu mérites autant d’écailles que tu veux.
  •  Vraiment ?
  •  Oui.
  •  D’accord, alors merci Jahooltis.

Il me sourit puis alla récupérer le bébé. Pour nous, il était temps de rentrer.

Cette fois, pas la peine de gravir les murs. Kahel prit la clé de Locksmith de sa poche et la tourna dans le vide. Une porte inter-dimensionnelle apparut et nous la traversâmes.

Nous étions devant notre portail et l’aube se levait. Kahel avait repris sa forme originelle.

  •  Tout compte fait c’était beaucoup plus facile que je ne l’imaginai, commentai-je.

Kahel ouvrit le portail en me lançant un regard sombre.

  •  Quoi ? C’est quand même moi qui ai réussi à prendre ces écailles… Et mon idée a, en fait, été une bonne idée !
  •  J’ai failli mourir !
  •  Oui, et je m’en excuse ! Mais tu es vivant ! Et nous sommes rentrés !
  •  Eh bien, tu devrais te dépêcher de rentrer. Il est 6 heures 15 minutes. Comme je le craignais, le temps s’est beaucoup écroulé.
  •  Mon dieu ! Je dois me réveiller dans quinze minutes.

Je me ruais alors vers la maison et abandonnai Kahel près du lac. Comme il faisait clair, je ne craignais plus rien des Ahkiyyinis. Mais je savais qu’il m’observait pour s’assurer que je rentre bien. Je grimpais par ma fenêtre et à ce moment, je vis qu’il n’était que 5 heures 45 ! Le bougre ! Il m’avait fait sprinter pour rien. Je profitais de ce court instant pour fermer les yeux.  

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