chapitre 13

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Entendre mon prénom m’immobilisa encore plus alors que dans le clair de lune apparût un personnage au corps humain, vêtu d’un jean et d’une veste en cuir, dont la tête était celle d’un squelette, et qui tenait un sabre ancestral dans sa main. Je hurlai à en perdre la voix et lui jetai tout ce qui ce trouvait sous ma main… ma lampe de poche.

Je me levai alors et repris mon sprint.

Les lampadaires commencèrent à s’allumer par intermittence et je me trouvai idiote de lui avoir balancé ce qui aurait pu me sortir de ce guêpier. Mon malheur ne s’arrêta pas là, trois créatures jaillirent devant moi, me bloquant le passage.

Je me solidifiais sur le sol, il n’y avait plus d’issues sur chaque côté. Je devais rebrousser chemin, mais derrière moi, il y avait un ghost rider (sans flamme, autour de lui, fort heureusement). Ce qui me préoccupait, c était son sabre.

Je chancelais en arrière et les trois créatures déambulaient à petit pas vers moi. Brusquement, un vent souffla et je vis l’ombre du ghost agiter son sabre. Les trois créatures s’évaporèrent après avoir perdu leur tête. J’écarquillai les yeux alors que le ghost se tournait vers moi. Il leva son sabre, c’était la fin pour moi. Mais à ma surprise, il bondit dans le ciel pour s’attaquer à d’autres créatures. Je restais fascinée par le combat. Il était rapide.

Une fois que tous les monstres eurent disparu, je ne savais plus ce que je devais faire. Dans le film ou le comics, ghost rider n’est pas un méchant, au contraire, c’est un héro… sauf que je n’étais pas dans une bande dessinée… C’était la réalité. J’ôtai alors mon sac de mon dos.

  •   Ne vous approchez pas, bégayai-je.

Il pencha sa tête et la remua.

  •   Tu espères me blesser avec ça ?

Je m’empourprai. Effectivement, je n’avais aucune chance de le blesser avec ça.

  •   On ne sait jamais… je suis dans un cauchemar… alors on ne sait pas ce qui peut arriver…

Il pouffa. Mais c’était étrange, malgré sa voix brisée… J’avais l’impression de la connaître.

  •   Liséa, c’est moi…

Je fus estomaquée. Je le connaissais ?

Des cris gutturaux geignirent. Il rangea son sabre dans son étui accroché à son dos, s’empara de mon sac et m’attrapa la main. Il portait des gants noirs.

Il m’entraîna avec lui dans une petite ruelle mal éclairée et m’appuya contre un mur en posant sa main sur ma bouche. Il me fit signe de me taire. Je levai la tête vers son visage, à travers les ouvertures, il avait des yeux… des yeux gris…

J’écarquillai les yeux. Je les reconnus…

Les grognements des créatures firent battre mon cœur. Je tournai la tête vers la rue principale. Ils marchaient à grands pas en humant l’air. Lorsqu’ils s’éloignèrent le ghost me murmura :

  •  Tu vas me suivre. Je n’ai pas envie de t’entendre parler. Ok ?

Cette fois, je compris que c’était vraiment lui… et je hochais la tête. Il retira sa main et me donna mon sac. Nous remontâmes la ruelle, puis traversâmes une grande rue. Il inspectait les lieux à chaque fois, avant que nous nous engouffrions au plus profond de la ville. Il me fit arrêter devant la Mairie. Il sortit une clé en argent de sa poche et la mit dans la serrure, la tourna, puis la retira. Je fus étonnée de voir apparaître une espèce de porte interdimensionnelle. Il me prit alors la main et nous y pénétrâmes.

Il faisait tout sombre, et je ne savais pas où j’étais. J’avais envie de dire quelque chose, mais il m’avait dit de ne plus parler alors je restai muette malgré les lèvres qui me démangeaient. J’entendis des pas, puis la lumière fut.

Nous étions dans un petit hall avec des tableaux accrochés au mur et des fauteuils luxueux. On aurait dit un petit salon dans des hôtels à plusieurs étoiles.

  •  Tu es en sécurité, ici, tu peux parler si tu veux. Tu n’es pas rentrée chez toi et Azia s’est inquiétée… Mon père m’a même sermonné… Il m’a dit que je n’aurai pas dû te laisser trainer avec Louan, je pensais que tu étais chez lui…
  •  Ka… hel ?

Il me regarda dans les yeux. Il y avait de la tristesse, comme s’il n’avait pas souhaité qu’on le voie sous cette forme.

  •  T’es un ghost rider…

Il pouffa.

  •  Si j’avais la bécane, que je m’enflammais, oui… tu aurais pu me surnommer comme ça…
  •  Azia… Bird… eux aussi, ils se métamorphosent comme ça la nuit… alors, je n’avais pas rêvé la dernière fois…
  •  Tu as vu Azia sous cette forme ?

Je remuais la tête.

  •  Quand j’ai fait ce cauchemar… mais en fait ce n’était pas un
  •  Bird a dû se servir de ses pouvoirs pour te faire croire à une illusion… un rêve.

Je hochais encore la tête tout en le dévisageant. J’étais encore désarçonnée…

  •   Vous n’êtes pas humains… ?

Il retira ensuite un de ses gants en cuir… sa main était normale.

  •  Moi, j’ai de la chance de n’avoir que ma tête qui devienne comme ça… Mais pas les autres. C’est notre malédiction… À 20 heures, après les huit coups de l’horloge du centre-ville, nous nous transformons ainsi… et nos capacités psychiques diminuent… Les Ahkiyyinis, quant à eux, se réveillent et sillonnent la ville.
  •   Les Ahki… yi… nis ?
  •   Les créatures que nous avons croisées… Les revenants si tu préfères. Ils cherchent de la nourriture, les âmes des personnes…
  •  Donc vous ne sortez plus à cause d’elles ?
  •   Pas seulement, dès que la nuit tombe, de la brume se lève et l’espace-temps se déforme. Si nous sortons, nous sommes pris au piège dans une sorte de réalité parallèle que nous appelons le monde de la Brume Ténébreuse, et nous ne trouvons plus notre chemin… Même si les capacités psychiques des citadins sont faibles à cause de cette malédiction, les habitants n’auraient pas de mal à combattre les revenants, mais se faire prendre dans la brume, c’est une autre histoire… Ils erreraient à jamais jusqu’à ce qu’ils perdent espoir, et en mourraient.

Je clignai des paupières, stupéfaite par la vérité…

  •   Mais toi… la brume ne te fait rien… ? Pourquoi tu es dehors ?
  • La seule malédiction qui me frappe c’est d’avoir une tête de crâne la nuit… Mes pouvoirs, eux, sont intacts. Comme je te l’ai dit, je peux traverser plusieurs dimensions et retrouver la mienne. Je suis le seul qui puisse sortir la nuit en fait…
  •   Mais, qu’est-ce que tu faisais là en pleine nuit ? Et je n’ai pas vu de brume autour de nous…
  •  La brume a disparu dès que tu es apparue… Je t’ai entendu chanter… C’est toi qui l’as fait disparaître.

J’écarquillai les yeux. Je n’en étais pas sûre.

  •  Papa voulait que je trouve un moyen de franchir la barrière qui conduit au centre-ville des Luminarias pour que je te retrouve. Mais je n’ai pas pu la traverser… Ils l’ont renforcé… ça fait plusieurs jours que j’essaie de la traverser pour retrouver ce qu’ils nous ont dérobé… Mais ce soir, ils ont envoyé leurs Ahkiyyinis à ma poursuite.
  •  Leurs Ahkiyyinis ?
  •  Ce sont leurs sbires.

Je fus interdite. Kahel me fixa.

  •   T’es pas obligé de me croire… l’amour rend aveugle…
  •   Je ne suis pas amoureuse de Louan… J’ai eu un coup de foudre ou peut-être pas… Il y a quelque chose dans ses yeux qui… quand je le regarde, je n’arrive plus à dire non…
  •   Il t’a manipulée et t’a fait croire à ce qu’il voulait… Je t’avais avertie.

Je plissai les sourcils et le fusillai du regard.

  • Ton regard ne me fait pas peur. Si tu me disais plutôt ce que tu faisais dans la rue… Que s’est-il passé pour que tu te retrouves au beau milieu de la nuit ici ?
  •  Ils voulaient me faire passer une épreuve pour que je rejoigne leur camp… (Je me tournai et allai m’asseoir dans un fauteuil. Mes genoux me faisaient mal.) Ils m’ont amenée à la propriété du lac de Fog…
  •  Ils t’ont fait franchir la barrière ?

J’opinai. Il soupira.

  •  Kahel… est-ce que moi aussi, je peux, comme toi, traverser des espaces-temps ? J’ai l’impression de me retrouver ailleurs dans le passé, ou dans le futur… J’ai du mal à me repérer ensuite.
  •   Je pense que ton pouvoir est différent tout comme il se rapproche du mien. Moi, je me laisse guider par mon instinct, toi, tu te laisses guider par la brume.
  •  Est-ce que se laisser guider par la brume est une bonne chose ou une mauvaise chose ?
  •  Est-ce qu’elle t’a sauvée ?
  •   Je crois qu’elle m’a guidé vers toi… et c’est toi qui m’as sauvée.

Il me considéra. Mais je ne pouvais pas lire l’expression de son visage, je ne savais pas ce qu’il pouvait penser… peut-être même lisait-il mes pensées.

  •   Je m’excuse de m’être emporté contre toi, continuais-je alors. J’avais tort, et toi tu avais raison… Me retrouver avec Louan et Glace, aujourd’hui, m’a montré qu’ils n’avaient peut-être pas de bonnes intentions… (Je me pinçai les lèvres et quelques larmes coulèrent) Quand j’avais dix ans, et que mes pouvoirs ont commencé à se réveiller… ma tante, celle qui s’occupait de moi avant, m’a emmenée chez un exorciste… Elle pensait que j’étais possédée par je ne sais quel démon et elle m’avait même filmé en train de dormir pour lui en montrer la preuve… Mon corps flottait au-dessus du lit quand je faisais des cauchemars ou que j’étais malade… J’étais moi-même convaincue que j’étais un monstre… et que je devais me faire exorciser… Le prêtre a fait toute sorte de prières et, pendant les deux années qui suivirent, rien d’anormal ne se produisit… Jusqu’à ce qu’au collège on m’enferme dans les vestiaires… Il y a eu une affreuse tempête, le tonnerre éclatait, la pluie tombait à verse et tout le monde était rentré chez eux dans la panique… J’y suis restée toute seule toute une nuit. J’étais terrifiée, angoissée… J’avais beau crier à l’aide, personne ne venait. À cause de ma frustration, j’ai fait exploser la porte. J’étais tellement contente d’être enfin sortie que la tempête disparut d’un coup… c’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était moi qui avais fait ça… Je me suis renfermée sur moi-même et je ne voulais pas qu’on s’approche de moi… mais les autres filles, elles en profitaient pour me faire des salles coups. J’étais vraiment devenue un monstre à leurs yeux… Personne ne m’avait traité comme je l’attendais… Aujourd’hui, quand j’ai traversé la barrière et que je me suis retrouvée dans le marais, j’ai refoulé tous ces souvenirs… Mais je me suis dit, qu’en ramenant à Louan, ce qu’il voulait. Il m’accepterait… et j’aurais peut-être quelqu’un qui viendrait m’aider si j’en avais besoin… Louan a dit que j’étais quelqu’un de spécial… J’y ai cru… j’y ai vraiment cru… (J’éclatais en sanglot. Louan s’était servie de moi pour obtenir une chose. Voilà la vérité. Je n’étais pas spéciale à ses yeux.) Et tu as raison, je suis naïve… J’ai eu tout faux.

Kahel s’installa à côté de moi. Il posa sa main sur ma tête et me caressa les cheveux. Puis il s’approcha de moi, et ramena ma tête contre son torse. Je me laissai faire. Je me blottis au creux de son cou et je sentis son odeur… Une odeur sucrée… Une odeur qui n’existait pas chez Louan. Et il y avait même de la chaleur qui se dégageait de son corps. Je pouvais entendre son cœur.

Je me détendis. J’eus l’impression que sa chaleur noyait toutes mes peines.

  •   Nous ne sommes pas des montres. Je ne suis pas un monstre, tu n’es pas un monstre non plus. Azia et Bird non plus. Les citadins… du moins les Tenebraes non plus. Je ne vais pas te faire de mal. Je serai là pour t’aider si tu en as besoin…

Je hoquetai et ris nerveusement. Je fermais ensuite les yeux et me laissais bercer pas le rythme de son cœur qui battait la chamade. Morphée m’emporta alors.

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