chapitre 11

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  • Euh, tu veux que je passe une journée avec Glace et ses amies ? dis-je, hébétée.

Louan passa la main dans mes cheveux et sourit.

  • Si tu veux être l’une des nôtres, oui… Après mon père, c’est la famille de Glace qui est très influente. Elle a besoin de voir ce dont tu es capable pour t’accepter au sein de notre faction.

J’entrouvris la bouche. Je ne savais plus quoi dire.

  •  On ne pourrait pas juste rester comme ça… Je suis une « sans gant », mais en même temps nous continuons à être… amis…
  • Liséa, tu sais très bien que c’est impossible.

Il s’approcha encore plus de moi, alors que nous étions dans une petite pièce à rangement. Il avait dit vouloir me parler seule à seule après le déjeuner et m’avait emmené là. Etre enfermée avec un garçon, dans une petite pièce comme celle-ci, me faisait beaucoup d’effets, et à la fois j’étais mal à l’aise… Moi-même j’en étais surprise, quelle fille de l’école n’aurait pas aimé se retrouver à ma place avec le plus beau garçon du lycée ?

  • Liséa, regarde-moi, dit-il en posant sa main sur mon menton pour m’obliger à le fixer. Je t’ai dit que tu étais spéciale. Et j’ai envie de t’avoir pour moi… Tu n’en as pas envie toi ?

Ses yeux étincelaient alors et mon cœur s’emballa.

  •  Si j’en ai envie, je répondis sans hésitation.
  • Alors, si tu veux être avec moi, il faut que tu deviennes une Luminarias et que tu passes les épreuves que te confierons Glace.

Il se pencha alors pour m’embrasser. Il m’embrassa plus profondément que la première fois, et je sentis tout le sang de mon corps se glacer. J’ouvris les yeux tellement la sensation fut désagréable et le repoussai. J’avalai ma salive avec difficulté alors qu’il me fixait avec de la confusion dans ses yeux.

  • La cloche va sonner, je ne veux pas être en retard en cours… Et d’accord, je passerai cette épreuve.

Il me sourit et effleura ma joue pour m’y donner un baiser.

  •  Tu as la peau la plus douce et la plus chaleureuse que je connaisse.

Je souris, mais mon cœur s’emballa plus de frayeur que de joie. Ce n’était pas normal que plus nous nous embrassions, plus je ressentais de la froideur, du… dégoût. Ça devrait plutôt être le contraire.

Il m’attrapa la main et nous sortîmes de notre cachette, comme si de rien n’était. Mais je me figeai en voyant Kahel nous observer. Et il était vraiment furieux. Depuis l’incident au début de la semaine, il avait les nerfs en pelote. Et même le matin en conduisant, il n’utilisait plus son pouvoir tellement il était agacé. Son problème ne semblait pas avoir trouvé de solution après cinq jours. Quoi qu’il en soit, cela ne me regardait pas. J’en avais un autre à résoudre…

Je ne m’étais pas rendu chez Lissia tout au long de la semaine, et Louan était mon conducteur. Je me disais que Bastet aurait fait irruption si Lissia voulait me parler. Mais pour l’instant, ce n’était pas le cas.

  • Demain, je viendrai te chercher à neuf heures… Mets-toi des vêtements assez chauds… Glace ne se gêne pas quand il s’agit d’épreuve…

J’opinai. Il se pencha pour me donner un baiser d’au revoir avant que je ne quitte sa voiture.

Je piétinais le long de la route. Quelque chose me gênait. J’avais envie d’être avec Louan, il était beau, intelligent, populaire, et les filles craquaient pour lui… Alors pourquoi, lorsqu’on s’embrassait, il n’y avait pas de chaleur… ? C’était tout le contraire… et il n’y avait pas d’étincelle… J’étais perturbée par des émotions contradictoires aux tréfonds de moi-même.

  • Tu devrais arrêter.

Je sursautai et poussai un cri d’effroi en entendant une voix rauque.

  •   Ce n’est que moi !

Je tournai légèrement la tête. Kahel était debout, collé contre sa voiture garée près du cimetière, les bras dans les poches.

  •  Crétin ! Tu m’as fait peur !

Il resta de marbre et continua :

  •  Es-tu amoureuse de Louan ?

Ma mâchoire se décrocha à cette question subite.

  •   Ça ne te regarde pas, dis-je en tournant les talons.
  •  Liséa, c’est mon dernier avertissement. Tu devrais arrêter avant d’être blessée.

Je me pinçai les lèvres et continuai mon chemin. Dernier avertissement ? Non, mais pour qui se croyait-il ? Mon père ? Mon frère ? Et après il allait me punir, c’est ça ?

Je pivotai alors la tête. Il se dirigea vers la tombe de sa mère, le visage triste qu’en j’en eu le cœur gros.

Dans ma chambre, je réfléchis. Peut-être étais-ce là, la question que je devais me poser. Etais-je amoureuse de Louan ?

Le lendemain, vêtue d’un jeans, d’une parka, de mes bottes de randonnées, et de mon sac à dos, dans lequel j’avais mis de l’eau, un sandwich et ma lampe de poche, j’étais prête à affronter Glace. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle allait me demander, mais je savais que ça n’allait pas être facile.

Quand Louan vînt me chercher, elle était déjà à l’intérieure, là où je m’asseyais d’habitude. Elle me fit un sourire moqueur. Mon cœur se serra, je me sentis jalouse.

  •   Bonjour, dit-elle.
  •  Bonjour.
  • Tu es prête ?
  •  Oui, mais qu’elle est cette épreuve au juste ?
  • Tu le sauras bien assez tôt.

Louan conduisait, nous n’échangeâmes aucun mot. Je n’étais pas enthousiaste à l’idée que Glace soit là… J’aurais préféré être seule avec lui, discuter, et comprendre si je ressentais quelque chose de profond pour lui.

À une intersection, une voiture nous rejoignit. Louan et Glace saluèrent les conductrices, c’étaient ses amies : Astra, Perly et Ursula.

Nous traversâmes la campagne, et le ciel s’assombrit d’un coup. Ce n’était pas de mon fait, c’était comme lors de mon arrivée dans cette ville. Nous roulions longtemps, puis ils empruntèrent un petit chemin jalonné par des arbres. Plus je regardais les arbres, plus j’avais l’impression que l’endroit m’était familier.  

Le chemin devînt de plus en plus raviné, qu’ils ralentirent leur vitesse.

Les voitures s’arrêtèrent quelques minutes plus tard. Une barrière barrait la route, il y était inscrit « propriété privée ». Et derrière la barrière, de la brume s’élevait.

  •   Nous y sommes, dit Glace en retirant sa ceinture.

Je descendis alors de la voiture. Il était maintenant midi.

Les filles se dirigèrent vers la barrière sans trop s’approcher.

  • Fais attention, Glace, dit Astra (une fille aux longs cheveux teints en bleue ciel.) Il y a une barrière magique qui peut nous blesser.
  •  Je sais, lui répondit Glace, ça fait longtemps que nous ne sommes pas venus là… Ça n’a pas changé.
  • Où sommes-nous exactement ? interrogé-je.
  •  Dans le comté de Fog, dit Glace. (Elle pointa du doigt le paysage derrière la barrière) Ici, c’est la propriété de la Famille du royaume de la nuit… ou encore la maison des Princesses de Brume.

Je fronçais les sourcils. La maison des Princesses de Brume ?

  •  Il y a très longtemps, dit alors Perly (une fille au teint bistre et des cheveux bouclés très courts) une famille vivait en reclus ici. Ils n’appartenaient à aucune faction, notre déesse les détestait, ils étaient capable de résister à ses pouvoirs… Jusqu’au jour où notre déesse trouva le moyen de les, comment dire… exterminer.

Je fus troublée.

  • Votre déesse les a exterminés simplement parce que les membres de cette famille pouvaient lui résister ?
  •  Non, pas simplement à cause de ça… Les filles de cette famille étaient toutes dotées d’une beauté qui terrifiait notre déesse… et une prophétie disait, qu’un jour, une Princesse de Brume la tuerait.

Je me rappelai de ma rencontre avec Lissia, elle avait dit qu’on la surnommait aussi « Princesse de brume ». Je fixai les yeux des filles.

  •  Qu’est-ce que vous attendez de moi ?
  • Je sais que les Tenebraes t’ont raconté que tous les membres de leur famille sont morts, dit alors Louan, mais selon mon père, et selon notre déesse… Elle ne s’est pas éteinte. Il reste encore une Princesse de Brume.

Je déglutis avec difficulté.

  •  Vous voulez que j’aille la tuer ? Je ne ferais jamais une telle chose !
  • Non, détends-toi, dit Louan en me prenant la main pour me rassurer. Nous voulons juste le vérifier.
  • Vérifier quoi ?
  • Qu’il n’y a plus personne qui vive ici.
  • Eh bien, allez-y ! Pourquoi vous ne le vérifiez pas vous-même ?
  • Il y a une barrière magique qui nous empêche d’avancer plus loin, confia alors Glace. L’ancien chef des Tenebraes les a aidé… c’est ce qui lui a coûté la vie, le pauvre vieil homme… Pourtant, dans son dernier souffle, il a jeté ce sortilège, pour que personne ne puisse pénétrer ici.
  • Si personne ne peut entrer ici, pourquoi moi je le pourrais ?
  • Parce que tu n’as pas encore été bénit ni par les Tenebraes, ni les Luminarias. Tu ne fais partie d’aucune faction, tu peux donc traverser cette barrière sans problème.
  • Et ensuite, si cette Princesse de Brume est vivante, qu’est-ce que vous ferez ?
  • Notre assemblée le décidera, admit Louan. Ce qu’il nous faudrait, c’est que tu ramènes quelque chose qui lui appartienne…
  • Quelque chose… ?
  • Quelque chose qu’elle porte sur elle, de préférence, dit Glace… Un collier, un bracelet, une barrette de chez cheveux…
  • Pourquoi ne pas lui ramener une de ses robes tant que vous y êtes, répliqué-je.
  • Oui, une robe aussi serait parfaite, dit Astra.

Je restai stupéfaite. Elles étaient vraiment sérieuses.

  • C’est du n’importe quoi, dis-je… C’est comme si j’allais voler quelqu’un…
  • Nous en avons grand besoin, dit Louan qui me serra la main. Liséa, souviens-toi, de ce que je t’ai dit hier. Si tu veux que nous soyons ensemble, tu dois nous ramener quelque chose de la princesse.

Ses yeux étincelèrent et mes doutes s’envolèrent.

  •  D’accord, répondis-je.

Je regardais ensuite le chemin, elle s’enfonçait dans la brume, et on ne pouvait plus percevoir le lointain.

  •   Et si… s’il n’y a plus de Princesse ?
  • Alors, la maison doit être en ruine. Je te conduirai à ma mère, et tu la laisseras voir tes pensées, déclara Glace.
  • Mes pensées ?
  • Oui, ce sera la seule chose qui pourra nous révéler que tu n’as pas menti, et qu’il n’y a vraiment plus de Princesse.

J’avalai ma salive. Puis Louan posa ses mains sur mes joues.

  • Liséa, je te fais confiance. Je sais que tu as autant envie que moi d’être avec moi.

Je le fixai dans ses yeux qui brillaient encore et encore. Je hochai la tête.

  •   Je vais y aller… je vous ramènerais ce que vous voulez.

Il me sourit et s’écarta de moi.

Je pris une profonde inspiration et avançai lentement. Je sentis ensuite comme une onde chaleureuse s’éparpiller dans mon corps. C’était certainement la barrière magique.

Je levai la main et touchai alors une chose translucide.

  • Arrête d’hésiter, dit Perly, tu vas passer !

D’un pas décidé, je la franchis. Les bruits furent comme distordu et puis j’entendis la voix de Louan.

  •  Ça y est, elle est passée. Liséa ! Tu nous entends ?
  • Oui, je répondis.

Mais il ne semblait pas m’entendre, et continuait à m’appeler.

  •  Arrête, lui dit alors Perly. Une fois qu’on traverse la barrière, on doit être transporté dans un autre espace temps… On ne la voit pas, et peut-être qu’elle ne nous voit pas non plus.

Ils ne me voyaient donc plus, mais moi, je les entendais et je les voyais très bien.

  • Oups, dit alors Astra… Nous avons oublié de lui dire que si elle ne revenait pas avant 17 heures… elle ne nous trouverait plus.

Les filles gloussèrent et même Louan.

  • Eh bien, prions pour qu’elle revienne, nous avons surtout besoin de connaître la vérité, annonça-t-il.  

Je sentis une boule me bloquer la gorge. Il aurait dû s’inquiéter de ne pas me revoir venir ! Je contemplai ensuite devant moi et commençai ma progression. Je reviendrais, ils verront !


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  Caïn se fit un bandage de fortune pour immobiliser ses longs doigts tordus et sa main enflée. A chaque mouvement, il grimaçait. Voilà que maintenant la douleur persistait. Autrefois, durant ses premières années d'immortel, il ne ressentait plus la douleur, il avait oublié ce que cela faisait. Il avait oublié.
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  Caïn avait désormais le sentiment de ne plus s'appartenir. Au fond, peut-être que cela était vrai. Il n'appartenait à rien, ni aux vivants, ni aux morts, cela était donc une suite logique. Il ne s'appartenait plus depuis le jour où... Depuis le jour où... Depuis ce jour où... Il ne parvenait plus à ce souvenir de ce fameux jour où il s'était abandonné. La frustration lui arracha un cri qui ressemblait fort à une chaise grinçant sur un sol rêche. D'ailleurs, pour quoi s'était-il abandonné ? Son esprit lui refusa de nouveau une réponse qu'il était pourtant sûr de connaître. Il se laissa tomber dans son lit immaculé, grelottant, frêle. Il eût l'impression que ses vieux os s'entrechoquaient, tels un instrument assez original. Tout son être était torturé par une force qui le dépassait. Lui qui pensait avoir dépassé toute l'existence. Son orgueil avait régné en maître trop longtemps, et le voilà qui en payait les frais les plus douloureux.
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