chapitre 10

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J’avais mis une petite robe droite, une veste, des bas et mes bottines ce jour là. Il commençait à faire froid. L’été s’en était allé. Je marchai à pieds vers le grand portail et m’arrêtai au cimetière pour y déposer des fleurs sur la tombe de mon père et de mon grand-père.

Après notre dispute avec Lissia, lorsque j’allais chez elle, elle ne m’ouvrait plus la porte. Bastet me raccompagnait simplement à la maison que je ne m’y rendis plus les jours suivants. Comme ma tante, du jour au lendemain, elle m’avait oublié et faisait comme si je n’avais jamais existé ! J’étais vraiment blessée.

J’attendais alors les garçons devant le portail. Louan n’avait pas une voiture de course comme Kahel. Ou plutôt, il n’avait pas de voiture, il empruntait juste celle de son père lorsqu’il en avait besoin. Une 4x4 Toyota.

Il arriva à dix heures pile. Kirâ était en sa compagnie.

  •   Bonjour, ça va ? me demanda-t-il.
  •  Oui, après la victoire d’hier, contre l’équipe de cricket de l’école voisine… j’ai pu dormir sur mes deux oreilles.

La veille nous avions pris le bus pour nous rendre la ville voisine. Le match de cricket m’a semblé durer une éternité… Je n’y ai pas pris goût, c’est surtout que je ne voulais pas montrer aux filles de mon équipe mes faiblesses que j’ai fait le nécessaire pour leur faire gagner le plus de points. En conséquence, et en jouant en équipe, nous avons remporté la victoire. Ensuite nous avons assisté à la rencontre des garçons… qui ont eux aussi gagné.

  •   As-tu déjà été de l’autre côté de la ville ? interrogea Louan.
  •  L’autre côté ?
  • La partie de la ville qui appartient aux Luminarias.
  •  Oh, j’aurais dû m’en douter que même la ville était divisée…
  • En général, quand on va dans le monde extérieur, il y a deux entrées, les Tenebraes utilisent celles de l’ouest et nous, celle de l’est… Toute la partie est de la ville est à nous.
  • Pour vous dire la vérité, je n’ai même pas été en ville partie Tenebraes.
  • Vraiment ? s’étonna Kirâ.

J’opinai.

  •  Alors nous allons te faire visiter la ville des Luminarias.

Les bâtiments étaient d’un autre âge, différent de la partie des Tenebraes. Mais certains étaient vraiment plus modernes. Ils avaient même un grand cinéma avec, à l’affiche, les derniers films en vogue. Niamh, Etna et Dan nous y rejoignirent et nous partîmes au centre ville. Ils me firent découvrirent chaque recoin et me parlèrent même des plus anciennes familles propriétaires des magasins. Après tout, on en héritait de père en fils. Et comme il s’agissait d’une communauté, avec des habitants aux pouvoirs surnaturels, vivre à l’extérieur n’était pas réellement autorisé… sauf si bien sûr vous étiez en « mission ».

Ils me montèrent la limite de la ville, celle qui déterminait la partie Tenebraes… C’était au niveau d’une fontaine dans le Central Garden. Il y avait même une sorte de barrière translucide où je voyais les ombres des Tenebraes se promener. J’étais maintenant éclairée sur la seconde règle.

La journée s’écoula vraiment vite. Les garçons étaient drôles, ils avaient toujours une blague à sortir. Je me sentais bien avec eux, sans oublier qu’à à chaque fois que Louan se mettait à côté de moi, mon cœur ne pouvait s’empêcher de battre.

Il me raccompagna à mon portail à 17 heures 45 après avoir ramené ses amis chez eux.

  •   Je me suis bien amusée, lui dis-je.
  •  Moi aussi.

Il me sourit et passa sa main dans mes cheveux. Nous échangeâmes notre second baiser. Il était moins amer, mais toujours aussi froid. Malgré tout, mon cœur ne pouvait s’empêcher de s’emballer.

  •   Je vais rentrer… On se voit lundi.
  •  Si tu veux, je peux venir te récupérer…
  •  Non… je ne préfère pas…
  • Tu sais… il reste un mois et deux semaines pour prendre ta décision… Si tu nous choisis, et j’espère que tu le feras… Tu ne pourras plus vivre chez avec ta tante.

Je haussai les sourcils.

  •  Ne t’inquiète pas, il y aura une place pour toi chez moi, m’annonça-t-il.

Je lui souris et rentrai chez moi. Sur le chemin, je me sentis étrange. J’étais contente, mais j’avais quand même un sentiment de doute.

  •   Alors comme ça, on embrasse monsieur Louan, maintenant.

Je sursautais en voyant Kahel au niveau du cimetière. Il m’avait foutu la trouille. Je pinçais mes lèvres. Ils nous avaient épiés ou quoi ?

  •   Je ne sais pas ce qu’il t’a dit pour te faire tomber dans ses bras, mais tu es vraiment très naïve.
  • Excuse-moi, mais moi, au moins j’embrasse quelqu’un parce que je le trouve attirant et que j’en ai envie. Ce n’est pas pour conclure un marché.
  • Moi au moins, je suis franc avec les filles ! Elles savent qu’elles ne vont rien obtenir de moi à part… le plaisir du goût !
  • T’es qu’un sale égoïste sans cœur ! Je plains ta future femme, vraiment !
  •   Et moi, je te plains déjà !

Je le fusillai du regard et rougissait de colère.

  •  Au revoir, tombeur à la noix ! Tu ferais mieux de rentrer avant que la nuit tombe et que je ne sais quelle malédiction te foudroie !

Je tournai les talons et rentrai. Il avait vraiment le don de m’énerver celui-là. Mais ce qui m’agaçait c’était que même Lissia aurait été de son avis.

Dès que j’entrai dans la demeure, je claquais la porte et un tonnerre déchira le ciel. Il eut même un petit tremblement de terre.

  •   Woh… ça ne va pas ? demanda Azia en me voyant. Tu as passé une mauvaise journée.
  • Oh, j’ai passé une excellente journée ! Jusqu’à ce que je rencontre Kahel ! Je ne vois pas ce que je lui ai fait de mal ! Il m’agace !

Ma réflexion lui fit sourire.

  •   Ça ne fait pas rire ! C’est un grossier personnage !
  • Il éprouve juste quelque difficulté à exprimer ses sentiments… c’est le futur chef des Tenebraes et son père lui confie déjà de grandes… responsabilités.
  • De grandes responsabilités ? Vraiment ? C’est juste un garçon gâté qui ne vit que pour sa Bugatti.

Elle pouffa.

  •  Toi et lui, vous vous ressemblez… Et s’il y a quelqu’un qui pourrait te comprendre ce serait lui… J’espère que vous finirez par devenir bons amis.

J’entrouvris la bouche. J’avais essayé, mais dorénavant, il en était hors de question.

Quand il vînt me chercher le lundi matin, j’entrai dans sa voiture sans le regarder et gardai le silence. Je crois même que ça devait lui faire plaisir. Après tout, que je sois muette, c’était ce qu’il avait espérer depuis notre rencontre.

Lorsque nous arrivâmes à l’école, quelque chose ne semblait pas comme d’habitude, un troupeau d’élèves attendaient devant le parking. Ils avaient l’air un peu effrayé.

Dès que Kahel sortit, Maelyn s’empressa de dire :

  •  Nous avons un problème, Kahel.

Il alla les rejoindre et quelques élèves qui me lancèrent un regard hargneux. Cela m’inquiéta. Ils se dirigèrent tous vers leur foyer. Je voulais les suivre, mais je savais que depuis que je trainais avec Louan, je n’étais plus la bienvenue chez eux.

Je gagnai ainsi notre salle de classe, et remarquai que le couloir n’était pas aussi bondé que d’habitude. Il n’y avait que des Luminarias. J’étais curieuse de savoir ce qui s’était passé avec les Tenebraes.

J’ouvrai mon casier quand Louan arriva et me surpris en me donnant un baiser à la joue. Je tressaillis.

  •   Bonjour, ce n’est que moi…
  •  Bonjour, excuse-moi, je ne suis pas habituée à ces contacts…

Il esquissa un sourire.

  •  Ok, j’essaierai d’aller doucement avec toi.

Je lui rendis son sourire et nous nous dirigeâmes dans notre classe. Aucun Tenebraes n’était là.

  •   Vous savez ce qui se passe avec eux ? demandai-je.
  •  Lorsque les Tenebraes rencontrent des problèmes, nous ne nous en mêlons pas, répondit Dan.

Le prof de littérature arriva, la cloche sonna et il commença son cours normalement. J’étais vraiment intriguée par ce qui se passait.

Et puis, à l’intercours Kahel fit irruption et demanda à parler à Louan. Ce dernier ne refusa rien, mais Kahel avait des flammes dans les yeux. S’en était effrayant.

  •   Une minute Kahel, lui dit Niamh, la dernière fois que tu as demandé ça, tu as enfermé Louan dans un autre espace inter-dimensionnel. Si tu veux lui parler alors ce sera en assemblée.
  • D’accord, alors parlons en assemblée. Mais Liséa reste là !

J’écarquillai les yeux d’étonnement, et tout le monde se leva suivant Louan et Kahel, je ne sais où. Et voilà, j’étais mise à l’écart, et je me retrouvais seule dans la classe. J’eus l’impression que là encore, je n’étais pas à ma place. Pourquoi je n’aurais pas pu assister à leur assemblée ? Qu’est-ce que c’était ?

Une bonne quinzaine de minutes s’écoula avant que tout le monde revienne. L’air était pesant. Louan affichait un regard serein, quand à Kahel, il semblait d’humeur massacrante. Il s’assit seule à la dernière rangée, et je fus surprise de voir Néla s’asseoir à côté de ses amies deux rangées plus bas.

  •   Qu’est-ce qui s’est passé ? interrogeai-je.
  • Rien d’inquiétant, répondit Louan. Ils ont juste perdu… quelque chose… et ils nous accusent de l’avoir volé. Mais comment aurait-on pu voler quelque chose alors que l’endroit où elle se trouve nous ai interdit d’accès ? Ils pensent que nous ne respectons pas le règlement… Ils se trompent complètement.
  • Le règlement ?
  • Il y a certains endroits dans l’école que nous ne pouvons pas accéder car ce sont les lieux des Tenebraes. Tout comme eux, ne peuvent pas accéder à des lieux qui nous sont appropriés. (Il me prit soudain la main et donna un baiser à mes doigts) Lorsque tu seras l’une des nôtres, je te les dévoilerai.

Il me sourit, et je vis encore ses yeux briller comme des diamants. J’étais plus intriguée par ses yeux que par ces endroits mystérieux.

Après les cours, je les quittai et allai au jardin. Mais ce soir là, Bastet n’était pas là, je pris donc le chemin du manoir seule. Me promener dans la forêt me laissait un goût amer dans la bouche. Les bois qui me semblaient magnifiques d’habitude, paraissaient sans vie, peut-être parce que c’était l’automne et qu’elle perdait leur feuillage…

Devant le lac un brouillard s’élevait, je m’avançai près du manoir et je vis que toutes les portes étaient fermées. Lissia n’était pas là. Et si elle avait décidé de ne plus rentrer ? De rester avec ses parents ? Me détestait-elle parce que je m’étais lié d’amitié avec les garçons ? Voulait-elle encore me revoir ?

Je lui écris alors un mot, en lui posant ces questions. Je voulais la revoir, lui parler… Je ne voulais pas que ça se termine comme ça. Même si j’étais amie avec les Luminarias, on pouvait toujours trouver une solution pour se voir. Notre secret, je le gardais toujours.

Je mis le mot dans la boîte au lettre et rentrais chez moi.

Les fenêtres de la demeure de Kahel étaient fermées lorsque j’arrivais. J’aurais aimé lui parler pour savoir ce qui avait disparu de leur « lieu secret », mais vu les circonstances, je ne pensais pas que c’était la meilleure chose à faire.

Quand Azia rentra à la maison, elle avait l’air un peu bouleversé.

  • Que se passe-t-il ? m’enquiers-je.
  • Oh… juste un petit souci au bureau… Mais parfois les petits soucis peuvent se transformer en gros problème… Nous trouverons bien un moyen de le résoudre.
  • Il s’est passé quelque chose d’inaccoutumée à l’école aujourd’hui.

Elle ne parût pas étonnée.

  • Quelque chose aurait disparut de je ne sais quel lieu interdit à certains élèves. Kahel en a été bouleversé.

Elle posa une de ses mains sur mes épaules pour me frictionner.

  •   Ne t’inquiète pas pour lui, il résoudra ce problème lui aussi.

Je haussai les sourcils. Ce n’était pas que je m’inquiétai pour lui… peut-être un tout petit peu, mais j’aurais plutôt aimé qu’elle m’éclaire un peu plus. Comme d’habitude, elle restait mystérieuse.

  • Vous ne m’avez jamais parlé des factions Tenebraes et Luminarias, poursuivis-je alors. Pourquoi ?

Elle entrouvrit la bouche, puis se mit à chercher les mots.

  •   Eh bien, parfois… il vaut mieux découvrir certaines choses par soi-même, tu ne crois pas ? dit-elle d’un ton hésitant.
  •  Peut-être voulais-tu dire : laisser les enfants choisir leur propre voie ? Ou plutôt leur propre camp ! Luminarias ou Tenebraes !
  • Tu n’as pas à faire de choix. Je t’ai adoptée, tu fais déjà partie de ma faction…
  • Et si je ne voulais pas faire partie de cette faction ?

Elle rit nerveusement puis reprit son calme.

  •  Tu es une fille intelligente Liséa, je suis sûre que tu ne décevras pas ta famille…

Elle me montra le tableau de mes grands-parents et sourit. Je soupirai et allai dans ma chambre. Elle m’avait promis beaucoup de chose et ne les avait pas tenus ! Et mes pouvoirs !? Quand le Maire allait-il lui donner la permission de me les apprendre ?

Si j’étais dans une faction Luminarias, je suis certaine qu’on ne serait pas resté aussi énigmatique avec moi ! Mais pourquoi l’étaient-ils ? 

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