chapitre 8

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Je fixai la photo de mon père me posant tout plein de questions. Pourquoi y a-t-il les Tenebraes et les Luminarias ? Et Lissia, pourquoi suis-je la seule à voir son chat… ? Et ces couvre-feux… ? ! Puis, hier, j’ai découvert que le chemin que j’empruntais derrière le jardin du Maire avait disparu.

  • Toi, tu dois savoir ce qui se passe… dis-je à la photo de mon père.

Je le posai alors sur ma table à chevet et éteignis la lumière. J’avais hâte d’être à demain, demander à Lissia pourquoi le chemin n’existait plus… ou peut-être qu’elle utilisait un de ses pouvoirs pour me donner un raccourci ?

Je pris du temps à trouver le sommeil cette nuit-là. Beaucoup de choses trottinaient dans ma tête. Et puis, je rêvai de la forêt enchantée, mais elle était devenue un véritable marais où je m’y étais perdue. Je n’arrivais plus à retrouver ni le Manoir de Lissia, ni le château de mon grand-père… J’entendais des grognements atroces, je ne savais pas ce que c’était, mais on dirait qu’ils me poursuivaient.

Je me précipitais alors je ne sais où, ralentie par la boue et les petits trous d’eau. Des corbeaux noirs déferlèrent brusquement et me firent tomber. Je hurlai de peur. Je ne pouvais même plus me lever. Et la boue devint comme des sables mouvants qui me dévoraient les pieds. Je m’y engouffrais, essayant de résister en m’agrippant à de fines branches. Mais elles étaient bien trop fines et se brisaient. Je criai à l’aide, mais personne ne m’entendait.

Puis, je vis une lumière… Je me sentis soulagée, peut-être un luminaria, peut-être même Louan ! Mais à ma grande terreur, c’était une créature toute blanche, aux yeux blancs… Il courait vers moi, pas dans l’intention de m’aider, au contraire… Il voulait dévorer mon âme…

Je me réveillais en sursaut. Je tremblais comme une feuille et suais.

Un coup de tonnerre se fit entendre à m’en donner encore plus de frayeur. L’air était glacial, je ne me sentais pas du tout réconfortée. J’allumais alors ma lampe et pris ma petite lampe de torche. Je marchais à petits pas vers la chambre d’Azia. Je ne voulais pas dormir seule. Ce rêve m’avait traumatisé.

Je frappais à sa porte, mais elle ne répondit pas. Je l’ouvris alors doucement et pénétrai dans sa chambre.

  •  Azia, dis-je… J’ai fait un cauchemar… pourrai-je dormir à côté de toi ? Je n’arrive pas à me détendre…

Je m’approchai jusqu’à son lit tout en l’éclairant. J’avais peur qu’elle me gronde, mais ce que je découvris m’affola encore plus. Il y avait un squelette recouvert de cheveux blonds dorés dans son lit.

Je poussai un cri. J’étais terrorisée et ne perdit pas de temps pour quitter la chambre. Mais dans le couloir, je me heurtais contre quelque chose…

Un nouveau squelette mais vêtu de l’habit de majordome.

  •   Qu’y a-t-il mademoiselle ?

Je hurlai de toutes mes forces.

  •  Liséa, cria-t-on, Liséa !

J’ouvrai les yeux. Azia était devant moi. J’avais le souffle pantelant et je regardais autour de moi… J’étais dans ma chambre et le jour se levait. Le tonnerre grondait et la pluie tombait.

  •  Tu sembles avoir fait un cauchemar…

Elle passa ses mains sur mon visage et me sourit.

  •  Ça va, ce n’était qu’un cauchemar…

J’en tremblai encore, tout avait l’air si réel…

  •   Je vais te faire couler un bain. Tu te sentiras mieux, ok ?

J’acquiesçai. Elle se rendit dans ma salle de bain et j’entendis le son de l’eau. Je me tournai vers ma commode et l’ouvris. Ma lampe de poche était là…

Je me passai la main sur le visage pour essuyer mes sueurs. Je serrai ensuite mon pendentif de toutes mes forces… quelque fois, il me calmait lui aussi.

  •   Liséa.

Je sursautai.

  •   Tu peux y aller… Vas-y, ça te fera le plus grand bien.

J’opinai. Mon pyjama était vraiment tout trempé. Jamais je n’avais autant transpiré de ma vie. J’entrai dans l’eau, mais je ne me calmai pas… je ne cessai de trembler, et le temps en pâtit. La pluie commença à tomber à verse, et le tonnerre grondait encore plus sauvagement. L’eau même vibrait dans la baignoire.

  •   Liséa.

Je tressaillais à nouveau.

  •  Tu veux me raconter ton rêve ?

Azia était à la porte. Mes lèvres tremblaient encore, et j’avais du mal à ouvrir la bouche. Je secouai la tête en réponse.

  •  La pluie, ça peut se l’expliquer… Mais le brume qui se lève dehors… les citadins vont trouver ça étrange…
  •  J’ai juste besoin… d’un moment… je vais arrêter tout ça… Je peux rester seule ?

Elle me sourit et ferma la porte.

Je fixai alors le vide et essayai de chasser toutes les images qui n’arrêtaient pas de me venir en mémoire. Liséa avait dit que les Tenebraes ne savaient même pas de quelle malédiction ils étaient touchés… Et si ce rêve était… un signe ?

J’avalai ma salive et me lavai le visage. Non, peut-être que ce n’était qu’un cauchemar. Je devais chasser tout ça de ma tête.

Je me brossai ensuite les dents, m’habillai et me rendis à la salle à manger. Le tonnerre cessa, la brume laissa place à un brouillard, mais la pluie tombait encore…

  •   Ça va mieux ?
  • Oui, je répondis…

Je m’installai et pris mon petit déjeuné. Je n’osai même plus la regarder et dire quoi que ce soit.

  •  Tu es sûre que tu ne veux rien me raconter, insista-t-elle.

Je remuai la tête.

Nous mangeâmes en silence. C’était un peu déconcertant, mais ce cauchemar m’avait vraiment troublé. Dès que j’entendis la voiture de Kahel, je me levai et pris mon sac.

  •  Il y a un parapluie à l’entrée, prends-le, me conseilla-t-elle.

Je lui remerciai et lui souhaitai une bonne journée.

Je me précipitai dehors, mais en voyant la voiture, je fus frapper par le doute. Et si le rêve était une prémonition… Si les Tenebraes n’étaient en fait que des squelettes vivants qui en journée prenait une apparence normale et la nuit, reprenaient leur forme originelle ! Mon dieu… Kahel n’était qu’un squelette… sans cœur, sans âme…

Il klaxonna voyant que je restai debout devant sa voiture. Je déglutis, et m’installai dans la voiture. Il me lança un regard sombre. Je ne sais pas quelle expression j’avais mais il remarqua ma pâleur… Son visage se radoucit. Il fixait ensuite mes mains qui tremblaient.

  •  Qu’est-ce qu’il se passe ce matin ?

Le tonnerre recommença. Il me fixait droit dans les yeux, sans aucune once d’hostilité.

Je le considérai un moment.

  •   Tu sais, j’ai tout mon temps pour t’écouter… Il suffira ensuite que j’utilise mes pouvoirs pour nous faire arriver à l’école en cinq minutes… Et tu dégueuleras, bien entendu, pas dans ma voiture.

Je rougis et pouffai de rire.

  •   T’es pas le genre de type à écouter les filles rabâcher, et tu voudrais m’écouter ?
  • Le temps, le tonnerre, la brume… c’est toi qui fais ça. Et si nous allons à l’école et que tu ramènes ça avec nous. Les autres vont se demander si le trouble n’aurait pas recommencer.
  •  Le trouble ? De quoi s’agit-il ?
  • Rien qui puisse t’intéresser. Mais c’est moi qui t’es posé une question en premier.

Je restai stupéfaite. Il me fit un sourire radieux qui me ravisa. Il ne pouvait pas être un individu sans cœur ou sans âme.

  •   D’accord, dis-je. J’ai fais un cauchemar… Il avait l’air si réel qu’à mon réveille, je ne savais plus si j’étais dans la réalité ou pas…
  •  Et que se passait-il dans ce cauchemar ?

Je dirigeai mon attention vers le château. Je ne pouvais pas lui raconter. Il était bien trop proche d’Azia, Bird ou encore du Maire.

  • Rien qui puisse t’intéresser, répondis-je alors.

Il ne s’attendait pas à ce que je reprenne sa réplique que son étonnement fut risible, et j’en retrouvai ma gaieté. Et d’un coup, le ciel s’éclaircit.

  •  Je vois que tes tourments viennent de se volatiliser.
  •  Oui, c’est grâce à toi… Je crois que j’ai compris… Il va falloir que je te raille.
  • Pardon, qu’as-tu dit ?
  • Tu as très bien compris… Aller, maintenant file… Ou on va être en retard.
  •  Et tu me donnes des ordres ?
  •  Je ne veux pas être en retard…
  •  J’ai perdu dix minutes de mon temps à te parler sans que je ne puisse rien soutirer de toi… La prochaine fois, je ne jouerai pas au gentil.

Je gloussai alors qu’il allumait sa radio à fond, et je compris qu’il allait recourir à ses pouvoirs. J’attachais ma ceinture et, juste après, mon cœur bondit. Je poussai un cri alors qu’il roulait aussi vite qu’une moto. Mais cette fois, je n’avais pas peur, à l’inverse, ça m’amusait.

Il freina d’un coup sec, et nous étions déjà devant le feu rouge de la ville.

  •   T’as envie de vomir ?

Je secouai la tête et ris.

  •  Je pense que je commence à m’y accommoder.

Je quittai sa voiture le sourire aux lèvres. La petite virée m’avait ragaillardit. Sa copine, qui l’attendait comme d’habitude, me considéra avec méchanceté. Elle alla se coller à lui, l’agrippant fermement les bras. Comme si elle voulait me dire : « Pas touche ! Il m’appartient ! » Mais, vraiment, elle n’avait rien à craindre de moi…

Je longeai le couloir, quand on m’interpella. C’était une fille, aux longs cheveux blonds et bouclés, que je n’avais jamais vue auparavant.

  •  Viens, suis-moi, me dit-elle.

J’obtempérai. Elle m’amena une salle, le foyer des Luminarias. Dès que j’entrai, une dizaine de filles m’encerclèrent. Cela me rappela alors Cheryl et sa bande de copines qui n’arrêtaient pas de me martyriser dès que je mettais les pieds aux lycées. La porte se ferma d’ailleurs derrière moi dans un fracas. Je recommençai à me sentir en danger.

 

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