chapitre 6

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Je me rendais au Manoir de Lissia. L’environnement paraissait différent. Les arbres étaient plus rapprochés, le vent mugissait qu’il me semblait entendre des cris d’agonies. La forêt était effrayante. J’avais l’impression de marcher sans fin alors que l’obscurité tombait.

Malheureusement, je ne trouvai pas le Manoir de Lissia. Il s’était comme évaporé. Je sentis mon cœur sombrer. Tout à coup, un cri épouvantable résonna derrière moi. Je me retournai, une créature toute blanche, aux yeux sans iris, ouvrit sa bouche et se rua vers moi. Je me mis à hurler.

  •  Liséa, cria-t-on.

J’ouvris les yeux. Je transpirai à en être trempée.

Le Maire était à mon chevet et me tenait fermement les épaules. J’avais le souffle saccadé, et je sursautai en entendant l’horloge sonner les douze coups de minuits.

L’orage gronda brusquement et je savais que j’en étais à l’origine. Je reprenais alors mon souffle et me calmais.

  •  Tu as fait un cauchemar, remarqua le Maire.
  •  Pardon…
  • Tu n’as pas à l’être. Ce sont des choses qu’on ne peut pas éviter.

Je regardai autour de moi, et l’aiguille de l’horloge indiquait minuit deux.

  •   Je vous ai réveillé au beau milieu de la nuit.
  • On ne peut pas dire que je suis un grand dormeur non plus. Veux-tu du thé ?
  •  Oui, s’il vous plaît.

Il quitta la chambre. Le vent se mit à souffler fortement et des frissons me parcoururent le corps. Je ne me sentais pas en sécurité, j’étais terrorisée par je ne sais quoi.

Le Maire revint avec une tasse de thé. Je le remerciai.

  •   Je me suis évanouie tout à l’heure…
  •  Oui, et j’ai trouvé la Ferrari.
  • Pardon, c’est euh…
  •  Kahel m’a expliqué qu’il t’avait défié.
  • C’est moi qui ai commencé, et je voulais tellement expérimenter mes nouveaux pouvoirs, sans en connaître les conséquences. Vous ne devez pas punir Kahel. C’est de ma faute. Si quelqu’un doit être puni, c’est moi.

Il me sourit.

  •   Je ne vais pas te punir. Mais je te demanderai de ne plus utiliser ce pouvoir… surtout devant les élèves.

Cela m’intriguait. Je voulais savoir pourquoi. Mais je pensais à mon marché avec Kahel. Pour éviter que ça foire, je ne devais pas me montrer curieuse. J’acquiesçais alors.

  •   Mais puis-je vous demander quelque chose ?
  •  Quoi donc ?
  • Rendre les clés à Kahel. Lui et moi, nous sommes partis sur de mauvaises bases. Et je l’ai peut-être mal jugé avant de le connaître. Je suis sûre que vous l’avez trop gâté quand il était petit alors il joue les durs. Mais je pense que je pourrais m’entendre avec lui, et je voudrais bien lui accorder une nouvelle chance pour la conduite.

Soudain, j’entendis le cri épouvantable de mon rêve, et la fenêtre se mit à battre. Je l’observai, et vis une ombre qui essayait de l’ouvrir. Mon cœur tambourina dans ma poitrine.

  •   Liséa, dit le Maire.

Je me tournai vers lui. Il posa sa main devant mes yeux, prononça une formule cabalistique et d’un coup j’eus sommeil.

Ce fut le bruit d’une clochette qui me réveilla au petit matin. Cormac était au seuil de ma porte.

  •   Il est l’heure de se lever, annonça-t-il. Un nouvel uniforme est prêt et vous attend dans la salle de bains.

Je m’étirai. J’avais comme une petite migraine à la tête et comme l’impression d’avoir oublié quelque chose. Quoi qu’il en soit, j’avais bien dormi.

J’allais prendre ma douche. C’était la seconde fois que je dormais ici. Ce soir, il fallait que je rentre. Azia avait certainement de mes nouvelles par le biais du Maire, mais elle devait se sentir seule dans ma grande demeure.

Je quittai la chambre et longeai le couloir. Je m’arrêtai devant un tableau que je n’avais pas remarqué. C’était le portrait d’une très belle femme. Elle avait de beaux yeux en amande de couleur gris et des cheveux noirs ondulés, coiffés en side hair. Elle avait un magnifique sourire qui me réchauffait le cœur.

  •  Comment la trouves-tu ?

Kahel me surprit. Il s’arrêta à mes côtés et regarda le tableau dans un vague sourire mélancolique.

  •  Alors ? Tu la trouves comment ?
  • Bonjour, il faudrait revoir les bonnes manières.

Il me regarda et plissa les sourcils. Malgré son enthousiasme, il me dit bonjour.

  •   Elle est très jolie et tu as ses yeux.

Il écarquilla les yeux et je tournai les talons.

  •   Tu as de la chance d’avoir un portrait de ta mère. Moi, je ne sais pas à quoi elle ressemblait et je n’ai aucun souvenir d’elle.
  • Avoir des souvenirs, c’est parfois plus douloureux de ne pas en avoir.

Je l’observai alors que nous descendions les escaliers.

  •   Mais au moins, tu as pu vivre à ses côtés. Elle t’a rencontré, tu l’as rencontrée. Vous avez passé du temps ensemble. Vous avez construit de beaux souvenirs. Ces souvenirs, tu devrais les voir comme un cadeau qui te permet de la garder vivante dans ton cœur, près de toi, de ne pas l’oublier.

Il resta circonspect. Nous rejoignîmes la salle à manger où le Maire avait déjà terminé son déjeuner et lisait un journal. Je le saluai.

  •   As-tu bien dormi ? demanda-t-il.
  •  Comme sur un petit nuage, annoncé-je. Je ne pensais pas qu’utiliser mes pouvoirs me demanderait autant d’énergie… J’ai une faim de loup, ce matin.

Il me sourit puis se tourna vers son fils.

  •  La nuit a été longue et mouvementée… Il y a eu un terrible orage, et une pluie torrentielle. (Il sortit une clé de sa poche) alors fait bien attention lorsque tu conduis. Je te rends les clés. N’utilise surtout plus tes pouvoirs.

Kahel en fut scotché. Il me regarda et je lui souris.

Nous quittâmes la maison, et je m’installais dans sa voiture. Il observa un moment la Ferrari avant de s’installer.

  •   Tu sais quoi, dit-il. Tu as fait apparaître une voiture mais elle n’a pas de clé.

Je gloussai. Quelle idiote !

  •  Pardon, c’est la première fois que je fais ça. J’ai juste pensé à la voiture et j’ai carrément oublié le principal, la clé.
  • Ce n’est pas grave, je peux arranger ça.

J’attachai alors ma ceinture et fermai les yeux pour ne pas ressentir la grande vitesse. À ma surprise, il n’en fut rien et roula normalement.

Il passa devant le cimetière.

  •  Je peux te poser une question… ou plutôt deux, et ensuite je ne te gênerais plus.
  •  Ok.
  •  Ce cimetière… il appartient à ta famille ?
  •  À nos deux familles.
  •  Vraiment ? Mon père… Mon grand-père… Ils sont enterrés là ?
  • Oui… ton père, tout comme ma mère, a une sépulture mais leurs corps n’y sont pas. Ils ont été dévorés par la brume alors, on a juste procédé à la cérémonie.

J’étais prête à ouvrir la bouche pour en savoir plus. Comment avaient-ils été dévorés par la brume ? Mais je lui avais promis de rester muette après mes deux questions… Je me tue alors et contemplai le paysage.

  •  Les filles, marmonna-t-il au bout d’un moment pour couper le silence.
  •  Pardon ?
  • Je me suis juré que jamais elles s’assiéraient dans ma voiture, et j’ai parié 100 livres avec mes potes pour ça…
  • C’est pour cela que t’étais en rogne la dernière fois ?
  •  Pas seulement, je pensais que tu aurais été exubérante comme toutes les autres. Elles chicanent à longueur de journée. C’est pénible.
  •  Tu as pourtant une copine.
  • Elle sait se tenir. Nous avons passé un accord. Grâce à elle, les autres filles ne s’approchent plus de moi.
  • Je ne pensais pas que tu avais autant de succès. Cruel comme tu es…

Il pouffa.

  •  Orgueilleux, prétentieux… et je t’ai vu comme un ennemi potentiel dès que nous nous sommes rencontrés.
  •  Merci de me dire ça, j’aime les gens honnêtes.
  • Je n’ai jamais eu d’amies… Quand Azia m’a dit que j’irais dans un endroit où je me sentirais comme les autres, où personne ne me traiterait comme un monstre… J’y ai vraiment cru et ça m’a fait plaisir. Toi, tu as brisé mes espérances.
  • Je ne vais pas m’excuser. Tant que mon père ne t’aura pas donné de gants, les autres te considéreront comme une kiezen.
  •  Une kiezen ?
  •  Une personne qui ne fait pas partie d’une faction et qui doit choisir. Louan a déjà proclamé qu’il t’acceptait en tant que Luminarias. Mais pas les autres… Tu devras faire attention…

Je le regardai. C’était comme s’il essayait de m’aider.

Dès que j’arrivai à l’école. Sa copine, Néla l’attendait déjà. Elle me lança un regard sombre avant de se jeter dans ses bras.

Ils s’en allèrent et Maelyn m’interpella.

  •   Wouah… tu es venue avec sa super-voiture… C’est comment ?
  • Rien, de Wouah !
  • C’est une bonne chose que je te trouve si tôt… Il faut que je te présente aux élèves.
  • Pourquoi ?
  • Parce que trois mois passent vite, et tout le monde est déjà au courant que Louan t’a déjà acceptée.
  • Je n’ai pas l’intention d’être une Luminaria, tout comme je ne porterai pas de gants noirs.
  • On n’échappe pas aux traditions ancestrales. Viens, suis-moi.

Je soupirai et elle me conduisit au foyer. Des élèves étaient réunis autour d’un computer surface table et criaient :

  •   Allez Peaches, attaque !
  • Bon sang, Todd ! Tu ne vas pas te laisser écraser par une fille !

Nous nous approchâmes. La surface table n’était pas un simple support comme l’on voyait ailleurs. Il y avait un labyrinthe en 3d et deux élèves étaient à l’intérieur, vêtus comme des guerriers, armes en main, ils s’attaquaient à des espèces de monstres à la tête de gobelins et au corps de lézard qui se tenaient sur deux pattes.

Deux élèves pianotaient sur l’écran, cherchant à ouvrir des passages pour leur coéquipier.

  •   Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.
  • Un jeu vidéo que nous avons pimenté à notre sauce, répondit Maelyn, Survival Monster Quest. Ça se joue toujours par équipe de deux ou quatre. Nous nous miniaturisons, intégrons le système et l’un de nos équipiers reste ici pour nous guider et nous aider. Ils jouent en mode équipe contre équipe. L’équipe qui vaincra le plus de monstres durant le temps imparti aura gagné.
  •  Purée ! grogna un garçon au stylo émo, alors que son coéquipier perdait contre son assaillant.

Un panneau indiqua « you loose » et l’étudiant disparu de l’écran pour se matérialiser à nos côtés. Son adversaire, une fille aux cheveux bruns très courts et vêtue d’un bermuda sauta de joie et hurla qu’elle avait gagné.

  •   Bien joué, lui dit son coéquipier, un garçon de taille moyenne et aux cheveux châtains.
  •  La prochaine fois, je vous massacrerai, promit l’émo boy.
  •  Il faut accepter la défaite, lui dit Maelyn.
  •  Oh, t’étais là, toi ? Et tu nous as emmenés de la compagnie.

Tous les regards se dirigèrent vers moi. Je me sentis mal à l’aise.

  •   Voici la nouvelle, Liséa.
  • Oh, tu nous as fait gagner 100 livres. Moi, c’est Aisling, se présenta le garçon châtain. Et voici Peaches, Todd et Brigg.

Je les dévisageai. Il n’était pas dans ma classe. Parler des 100 livres me fit penser à ce que m’avait dit Kahel.

  •  En effet, dit Brigg, nous connaissons Kahel. Jusqu’à l’an dernier, nous étions tous dans la même classe.

Je fus confuse en voyant qu’il avait lu mes pensées. Avais-je pensé tout haut ? Les autres rigolèrent.

  •   Je pense tout haut, c’est ça ?
  • Non, c’est nous qui utilisons nos pouvoirs pour savoir ce que tu penses, s’excusa Peaches. C’est une étape pour savoir si tu es apte à faire partie des Tenebraes.
  • Vous procédez comme ça pour choisir vos… futurs camarades ? m’étonnai-je.

Ils sourirent.

  •  Eh oui, dit Todd, la confiance, l’honnêteté, la responsabilité… Ce sont des qualités que nous recherchons chez les Tenebraes.
  • Pour être honnête, je n’ai pas l’intention d’être une Tenebraes. Ni une Luminarias.
  •  C’est la loi, dit Maelyn. À moins que tu ne veuilles être une recluse.
  •  Je parie que je me retrouverai à errer dans un monde sans fin, c’est ça ?

Ils rigolèrent.

  • Peut-être pas dans un monde sans fin. Mais tu n’auras pas de privilège et on aura le droit de te torturer, répondit Aisling.
  • Vous avez déjà eu recours à ça ?
  • Pas nous, nos grands-parents… Il y a déjà eu une famille de reclus, annonça Todd. Leur manoir se trouvait près du Lac Fog. Depuis la nuit des temps, ils s’étaient proclamés des divinités du royaume de la nuit. Ils avaient leurs propres idéaux, leurs propres cultes, personne ne leur parlait. Ils n’avaient même pas le droit de mettre un seul pied en ville. Ils étaient la famille maudite. Un jour, les membres de leur famille commencèrent à mourir dans des conditions inexpliquées. Les idiots sont venus demander de l’aide. Malheureusement, quand on ne fait pas partie d’un clan, personne ne te vient en aide.
  • Et que s’est-il passé ?
  •  Une version raconte qu’ils sont tous morts, mais une autre dit qu’ils ont offert leur fille en sacrifice aux dieux des damnés pour les aider. Et depuis, chaque nuit, ils reviennent à la vie pour nous hanter.

Je frissonnai.

  •  C’est pour cela que vous ne sortez plus à la nuit tombée ?

Ils haussèrent leur épaule.

  •   Nous ne faisons que suivre les règles du Maire. Mais c’est surtout à cause du trouble qui s’est produit il y a treize ans qu’on ne sort plus, expliqua Brigg.
  •  Et c’est quoi ce fameux trouble ?
  • On ne sait rien. Les adultes ne veulent pas en parler. Ça porterait malheur. En dire un mot, et nous serons punis par notre dieu, lui-même.

Ils semblaient vraiment superstitieux.

  •   Hey, dit Maelyn, si nous parlions d’autre chose ! La rencontre sportive avec l’école voisine ! C’est dans un mois ! Il va donc falloir choisir une date pour la rencontre contre les Luminarias. Je dois rencontrer Beth pour en discuter. Alors ? Qui participe ?
  •  Comme d’habitude, répondit Todd.
  • Un duel contre les Luminarias ? questionnai-je.
  •  Oui, les équipes sportives s’affrontent pour déterminer qui ira dans la ville voisine pour la rencontre sportive inter-lycée de cricket. On le fait aussi pour les concours scientifiques inter-lycée ! m’expliqua Peaches.

La cloche sonna alors, et je me rendis en classe.

  •   Hey, salue, Liséa, me dit Louan en le croisant dans les couloirs.
  • Bonjour, souris-je.

Les filles me lancèrent toutes un regard glacial en entrant.

  •  Ne fais pas attention aux filles, m’adressa-t-il.
  • Tu sais, tu devrais dire à tes admiratrices que je ne souhaite pas devenir une des vôtres, proclamé-je alors pendant la récréation.

Les garçons ne me prirent pas au sérieux.

  •  Sais-tu ce qui arrive à ceux qui ne choisissent rien ? dit Niamh.
  • On devient un reclus.
  • Oui, mais pas seulement. Tu reçois une malédiction des dieux eux-mêmes.

Je fronçai les sourcils. Ce n’était pas ce que m’avait raconté la bande à Maelyn ce matin.

  • Liséa, dit Louan. Les Tenebraes peuvent raconter tout et n’importe quoi pour faire entrer ce qu’ils veulent dans leur camp. Ils disent que l’honnêteté, la confiance ou encore la responsabilité sont les qualités qu’ils cherchent. Mais ce ne sont que des menteurs qui vouent un culte à un dieu des ténèbres.

Les choses se compliquaient. Qui devais-je croire ?

  • Nous sommes des Luminarias. Nous pensons au bien de nos proches, à la paix durable, au bonheur, à l’amour… Nous sommes ceux qui apportent la lumière.

Louan passa soudain sa main dans mes cheveux pour les ramener en arrière.

  •  Ton cœur est très pur, Liséa, je ne voudrais pas qu’il devienne sombre, vide, dénué de toute âme.

Je déglutis et mon cœur se mit à battre la chamade. Mais tout à coup, des flocons de neige tombèrent au-dessus de nos têtes, et il fit froid. En quelques instants, mes lèvres gercèrent.

Louan tourna la tête, un rictus sur le front, il cherchait la personne à l’origine de cet incident.

  •   Je vais lui parler, dit alors Kirâ.

Je n’eus pas la moindre idée de qui il parlait, mais il s’agissait d’une de leur connaissance. Louan passa alors ses doigts sur mes lèvres et elles redevinrent douces. Il me fit un sourire à m’en faire tomber. Je pensais alors qu’il n’avait pas tort. Après tout, dans Tenebraes, on trouvait le mot « obscur ». Ils devaient certainement être une secte satanique qui adorait je ne sais quel démon.

Après les cours, je me rendis chez Lissia. Je lui racontai ma journée, le petit changement de Kahel à mon égard, les Tenebraes que j’avais rencontré, et les étranges sensations que je ressentais à chaque fois que Louan me touchait.

  •  Liséa, ce garçon se comporte bien avec toi parce qu’il te veut dans sa faction, commenta Lissia. Et crois-moi, ces élèves se trompent en te disant que tu recevras une malédiction. Ils sont eux-mêmes maudits.
  • Ils sont maudits ?
  • Les Tenebraes sont maudits de ne pas savoir quelle malédiction plane sur eux. Quant aux Luminarias, cela fait bien longtemps que la lumière n’éclaire plus leur âme.
  • Que veux-tu dire par là ?

Lissia détourna la tête vers le lac. Elle n’avait pas l’intention de m’expliquer.

  •  Pour ton bien, il vaut mieux que tu n’es pas à le savoir, répondit-elle. Mais tu ne devrais faire confiance à aucun d’entre eux. Je suis la seule à qui tu peux te fier.
  •  Tu sais… ils m’ont parlé d’une famille de reclus qui vivait près d’un lac… est-ce que… ?
  • Tu m’as déjà posé deux questions aujourd’hui. En plus regarde, c’est déjà l’heure de se quitter. Demain, ni le jour suivant, nous ne pourrons pas nous voir. Je dois me rendre à la ville voisine pour rencontrer mes parents. Mais que dirais-tu de rattraper cette visite samedi ? On pourrait faire un pique-nique. J’ai vu qu’il allait faire beau. Je pourrais te faire découvrir des endroits dont tu n’aurais jamais soupçonné. On se dit à 10 heures ?
  •  D’accord, ça me plaît.
  •  Et apporte ton maillot de bain ! On pourrait se baigner !

J’acquiesçai et quittai le manoir. L’idée de faire un pique-nique avec ma première amie me rendait folle de joie. Jamais on ne m’avait invité ! Et en plus, se baigner dans un lac ! Je grimaçai alors. Je n’étais pas une bonne nageuse… mais ce n’était pas grave, je savais que Lissia n’allait pas me critiquer.

J’arrivai chez le Maire, où Kahel dormait dans le canapé. Je l’observai, il était vraiment différent comme ça. Et rien à voir avec un garçon qui pouvait prier je ne sais quel monstre. À le regarder comme ça, il ressemblait à un adorable bébé.

J’appelais alors Cormac, pour lui dire que je rentrai, et de l’annoncer à Kahel lorsqu’il se réveillerait.

Il me prit une bonne quinzaine de minutes pour arriver à la demeure. Bird m’ouvrit la porte et me salua. Bizarrement, cela me sembla étrange de rentrer. La maison était bien trop grande pour trois personnes. Azia ne tarda pas à arriver, elle me posa beaucoup de questions sur ces derniers jours. Je lui parlais de l’école sans lui faire connaître les révélations que j’avais apprises.

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  Durant les premières années de sa vie éternelle, il craignait le soleil. Symbole de la vie même, il appréhendait d'être tué sur le champ par ses rayons. Dans sa religion antique, cousine de celle des Phéniciens, les rayons du Soleil étaient transportés sur un char tiré par quatre chevaux étincelants et ils parcouraient le monde pour l'éclairer, donnant la lumière aux divers peuples, permettant aux plantations de pousser pour ainsi nourrir les Hommes... En s'étant ainsi opposé à la vie telle que les Dieux l'avait créée, il redoutait donc leur colère. Caïn, bien que fatalement orgueilleux, était encore naïf. Il lui avait fallu un siècle entier pour se rendre compte que le soleil ne faisait que l’incommoder sans vouloir sa mort immédiate. Dès lors, sa naïveté enfin envolée, il s'évertua à faire de ses nuits et de ses jours des plaisirs sans fin.
  Il repensait à ces choses-là en se levant enfin de son canapé vieux mais bien entretenu. Les jours et les nuits de plaisir étaient terminées. Ses articulations lui faisaient trop mal, et sa souplesse semblait l'avoir définitivement quitté. Oh, il avait bien essayé de mettre fin à ses jours ces dernières années, mais rien n'aboutissait ; il ne faisait que blesser son corps déjà mort et douloureux. On pouvait d'ailleurs voir à sa gorge fripée un étrange pli, absolument pas naturel -quoi que l'existence actuelle de Caïn était bien loin du naturel- ; c'était le résultat d'une pendaison qui n'a jamais eu l'effet escompté. Il avait oublié que le sang ne circulait plus dans son corps, ainsi le fait que respirer lui était inutile. Parfois, il ne se souvenait plus qu'il était immortel.
  Il se tenait debout, face à sa fenêtre, l'échine courbée par le temps, et il contemplait la nuit constellée des lumières de la ville au loin. Durant tout ces millénaires, il avait eu le temps nécessaire pour accumuler une masse gargantuesque de cet argent dont raffole l'Homme, il possédait donc plusieurs résidences dans le monde. Aujourd'hui, il siégeait à Londres, dans un quartier tranquille et à l'écart de tout. Cette ville lui plaisait, mais dorénavant, il ne saurait dire pourquoi. Ça aussi, il avait oublié. Il fouillait dans sa mémoire, il cherchait ce qu'il avait pu vivre dans cette métropole britannique qui lui avait fait tant aimé cet endroit. C'était tout de même cocasse ! Il était un des seuls hommes, si ce n'était le seul, à avoir eu la chance de vivre les histoires et Histoires du monde, et il oubliait. Il tapa rageusement dans la vitre qui ne se brisa pas. Non, ce ne fut pas la vitre mais sa main qui produisit un craquement particulièrement ignoble et lui arracha un cri de pure douleur. Il recula en titubant et s'adossa à son canapé en jurant dans sa langue natale désormais oubliée.
  Caïn se fit un bandage de fortune pour immobiliser ses longs doigts tordus et sa main enflée. A chaque mouvement, il grimaçait. Voilà que maintenant la douleur persistait. Autrefois, durant ses premières années d'immortel, il ne ressentait plus la douleur, il avait oublié ce que cela faisait. Il avait oublié.
  La rage ne faisait qu'enfler dans sa cage thoracique en même temps que le sentiment de la Mortalité renaissait en lui avec sa compagne, l'Impuissance. Il avait choisi une immortalité qui maintenant le piégeait et le faisait se sentir plus vulnérable que jamais. Il avait oublié ce que cela faisait de se sentir si faible. Mais c'était une chose qu'il ne pouvait se résoudre à accepter. Il pouvait être magnanime envers les sentiments qui l'assaillaient, mais la faiblesse lui était insupportable. Enfin, cela lui était devenu insupportable parce qu'il s'était cru invincible, puis il ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois où il s'était senti si petit. Il sentait pourtant que c'était un instant crucial de son existence d'autrefois. Mais voilà encore une chose qu'il avait oublié. Il s'éloigna de sa fenêtre et du paysage qu'elle laissait observer. Il vacillait. Le poids de l'oubli semblait trop lourd pour un squelette si mince.
  Caïn avait désormais le sentiment de ne plus s'appartenir. Au fond, peut-être que cela était vrai. Il n'appartenait à rien, ni aux vivants, ni aux morts, cela était donc une suite logique. Il ne s'appartenait plus depuis le jour où... Depuis le jour où... Depuis ce jour où... Il ne parvenait plus à ce souvenir de ce fameux jour où il s'était abandonné. La frustration lui arracha un cri qui ressemblait fort à une chaise grinçant sur un sol rêche. D'ailleurs, pour quoi s'était-il abandonné ? Son esprit lui refusa de nouveau une réponse qu'il était pourtant sûr de connaître. Il se laissa tomber dans son lit immaculé, grelottant, frêle. Il eût l'impression que ses vieux os s'entrechoquaient, tels un instrument assez original. Tout son être était torturé par une force qui le dépassait. Lui qui pensait avoir dépassé toute l'existence. Son orgueil avait régné en maître trop longtemps, et le voilà qui en payait les frais les plus douloureux.
  Il essayait de toutes ses forces de se souvenir. Mais il ne parvenait même plus à savoir ce dont il voulait se rappeler exactement. Alors une tristesse ineffable s'empara de lui. Il aurait voulu pleurer, mais ses yeux jaunis à l'iris dorénavant blanchâtre le brûlaient, il avait l'impression de verser des larmes de poussière. Ce n'était après tout peut-être pas une impression. Il sanglotait atrocement, et son corps était un grelot étrange qui se secouait par spasmes. Il voulait se souvenir, il le voulait de tout son être, même s'il ne savait plus si ce dernier était éternel ou éphémère.
  Son corps mincissait à vue d’œil, et il pleurait la poussière de ces derniers millénaires. Il disparaissait. Est-ce sa progressive disparition qui provoquait son oubli ou est-ce parce qu'il oubliait qu'il disparaissait ? Les deux hypothèses lui semblèrent chacune valable, mais il oubliait à chaque poussière qui se défaisait de son corps à demi-effacé maintenant. Il avait été le témoin de l'existence et de ses nombreuses autres vies. Il réalisa alors que personne n'avait été témoin de son existence. Peut-être est-ce cela qui engendra sa disparition. Ah, qu'il avait été orgueilleux. En voulant se souvenir de tout, survivre à tout, personne n'allait pouvoir se souvenir de lui et encore moins lui survivre. Sa naïveté avait été mère de son orgueil. A présent, il ne pouvait plus choisir cette mort qu'il avait réussi à déjouer, il en était la victime, et la vie semblait rire de son pitoyable état.
  Il pleura les quelques dernières poussières de son existence et ne devint plus qu'une ombre étrange sur un lit désormais maculé par des millénaires oubliés. Ah, qu'il avait été orgueilleux. Mais cela aussi, il l'avait maintenant oublié.
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