chapitre 5

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Le majordome Cormac nous conduisit à l’école. La route me sembla vraiment longue contrairement à la veille. Quel genre de pouvoir avait Kahel pour que la route soit si courte ?

Je me tournai vers lui. Il portait ses lunettes et admirait le paysage. Il ne nous avait pas rejoints pour le dîner. Sa confiscation l’avait vraiment peiné.

Et mince ! C’est alors que je pensais à Lissia. Oh ! Non ! J’avais promis de la voir.

Je posai les mains sur mon visage et poussai un juron. J’observai alors Cormac qui restait neutre et concentré à conduire. Je devais parler à Kahel, mais impossible avec lui devant. Qui sait s’il n’allait rien répéter au Maire.

Dès que nous arrivâmes au lycée, Kahel se dépêchait de me fuir, et je le suivais à la course.

  • Attends ! je criai. J’ai envie qu’on parle !

Il fit la sourde oreille et d’un coup, il disparut comme s’il s’était servi de ses pouvoirs.

  •   Bordel, hurlai-je en donnant un coup de pied dans un casier.
  •   Je pourrai savoir ce que mon casier t’a fait ?

Je sursautai. Mon interlocuteur était le beau mec de ma classe. Un vrai apollon. Il me sourit et je me sentis rougir.

  •  Pardon, je ne savais pas que c’était ton casier… C’est juste que je voulais parler à Kahel, mais lui, il m’évite…
  •  Et pourquoi veux-tu lui parler ?
  • Parce que je ne veux pas qu’il me ramène chez moi.
  • Vraiment ? pouffa-t-il.
  •  Oui, ma tante est la secrétaire du Maire, alors tu vois… C’est lui qui doit jouer au chauffeur, et je n’en ai pas envie. C’est dur à l’avouer, mais dès que j’ai vu Kahel, j’ai su que lui et moi… Nous serions ennemis.

Il se mit à rire.

  •  Vraiment ? Tu penses que vous serez ennemis ?
  • C’est mon intuition. Et ça a déjà mal commencé entre nous. Franchement, je ne vais pas rejoindre les Tenebraes si c’est pour être traité comme une… Ignarus. Au fait, qu’est-ce que ça signifie ?
  • Oh, il t’a traité d’Ignarus ? commenta-t-il en ouvrant son casier pour y prendre ses cahiers.
  •  Oui, tu pourrais m’éclairer ?
  • Ceux qui, comme toi, viennent de l’extérieur et ne connaissent rien du fonctionnement de la ville et qui sont incapables de maîtriser leurs pouvoirs.

J’avalai ma salive. Ok, d’accord j’avouai que ce surnom me représentait bien.

  •  Je pourrai être une non-Ignarus si quelqu’un m’expliquait le fonctionnement ! Je suis arrivée ce week-end. Je sais juste qu’il y a un couvre-feu, et rien d’autre… et ça me met en rogne. Je ne veux pas rester inculte !

Il rit.

  •  Et avec moi ? Qu’est-ce que tu as ressenti en me voyant ?

Je déglutis. Ses yeux croisèrent les miens.

  •   Je crois que ça pourrait coller entre nous. (Je m’empourprai en me rendant compte de ce que j’avais répondu si clairement sans hésitation) Je veux dire qu’on pourrait bien s’entendre…

Il me fixa intensément et mon cœur battit la chamade.

  •  C’est bizarre, je n’arrive pas à lire tes pensées.

J’écarquillais les yeux.

  •   C’est une mauvaise chose ? m’enquis-je.
  •  Au contraire… Moi, c’est Louan, ça signifie « lumière ».
  •  Et moi, c’est Liséa, bienveillance et sagesse.

Il me sourit et referma son casier.

  •   Tu devrais faire partie des nôtres. Malheureusement, ce n’est pas seulement moi qui décide. Mais, je veux bien t’aider à t’intégrer.
  •  Vraiment ? Merci.

Son regard devint malicieux. Nous entrâmes alors en salle, et à ce moment, il me prit la main, et s’arrêta devant tout le monde pour annoncer :

  •  J’ai décidé de faire de Liséa, une Luminarias. Alors si l’un d’entre vous utilise, comme hier, ses pouvoirs pour lui jouer des tours, alors il le paiera.

Je restai stupéfaite et je n’étais pas la seule. Les filles, qu’elles soient Tenebraes et Luminarias, restèrent médusées. Louan m’entraîna alors à son rang et Kahel me fusilla du regard.

  •   Liséa, je te présente Etna, Kirâ, Niamh, et Dan, fit-il en me montrant les quatre mannequins. Ils me firent tous un clin d’œil.

C’est ainsi que je fis leur connaissance. Tous les cinq étaient des amis d’enfance, et j’appris que le père de Louan était lui aussi le Maire… Mais le Maire des Luminarias. Et je compris, que le Maire n’était pas, comme dans toutes les autres villes, un représentant politique… c’était bien plus… Il était leur chef.

Je déjeunai alors avec eux dans le réfectoire. Il y avait deux entrées distinctes. L’une pour les Tenebraes, et l’autre les Luminarias.

  •  Je pourrais savoir pourquoi il y a deux clans dans cette ville ? questionnai-je.
  • Eh bien, ça remonte à très, très longtemps, répondit Etna. Mistreed a été fondé par Donall le Grand, ce qui signifie « Puissance Mondiale ». Il accueillait toutes les personnes venues de l’Autre monde. Ces derniers l’élurent « Roi de Mistreed ». Mais à sa mort, ses deux fils, Asrid et Nal, se battirent pour prendre la couronne. Les deux étaient aussi puissants l’un que l’autre. Après huit jours d’affrontement où la brume et le froid envahissaient le village, ils décidèrent de faire une trêve. Mais ils avaient eu chacun une idée : invoquer les divinités de l’Autre monde pour augmenter leur pouvoir. Asrid fit appel à « Ténébras », le gardien des enfers, le tourmenteur des âmes. Nal appela « Luminaria », la déesse de la Puissance et de l’Eternel. Mais toute demande imposait un échange. Asrid donna la personne qu’il aimait le plus. Nal offrit son cœur. Ils s’affrontèrent à nouveau, mais encore une fois, aucun n’en sortit vainqueur. Ils retournèrent invoquer leur dieu. Asrid offrit sa chair, et Nal son âme. Ce fut alors un combat sans fin. Chaque fois, ils retournèrent encore et encore à la rencontre des dieux, chaque fois, il leur donnait ce qu’ils avaient de plus précieux. Ce fut ainsi durant un siècle, jusqu’à ce qu’ils en meurent. Mais un jour, les dieux apparurent sur Mistreed et dirent : « Vos chefs vous ont promis comme esclaves, tel était leur dernier souffle ». Depuis ce temps, les partisans et descendants d’Asrid sont devenus des Tenebraes, et ceux de Nal, des Luminarias.
  •  Tu as dit que Donall Mistreed accueillait des personnes de « l’Autre monde » ?
  • Il existe plusieurs milliers de dimensions… des mondes parallèles, dit Kirâ. Nos ancêtres venaient d’une autre époque, d’un autre temps, d’un autre univers où nous étions tous dotés de pouvoirs. Mais un jour, les plus puissants, que nous appelions nos dieux, entrèrent en guerre et dévastèrent tout. Il n’était plus bon vivre dans leur monde, alors Mistreed décida de rechercher un nouveau monde pour protéger et sauver sa famille. Il avait la capacité de voyager entre les mondes. C’est ainsi que nous sommes arrivés sur cette Terre.

Je fus étonnée par cette découverte. Je ne pensais pas qu’une telle chose pouvait être réelle, et pourtant…

  •   C’est vraiment incroyable ! Je comprends pourquoi c’est une offense de parler de « sorcier ». Nos ancêtres viennent d’une autre dimension.
  • Oui, mais il y a bien eu une époque où on traitait nos ancêtres de sorciers. Mistreed était encore une ville ouverte à l’extérieur, expliqua Niamh. Mais les humains de ce monde avaient peur de ce qu’ils ne comprenaient pas. Et les chasseurs de sorciers sont même apparus pour nous rendre la vie dure. C’est pourquoi nous avons fermé nos frontières, et sommes devenus la « ville oubliée ».
  •  Pourtant, le professeur a dit que nous pouvions partir à Cambridge, Manchester, ou encore d’autres universités du pays… La ville n’existe pas sur la carte, cependant, si on veut s’inscrire ailleurs…
  • Eh bien, nous utilisons l’adresse de la ville voisine. Et grâce à nos pouvoirs, nous pouvons manipuler n’importe quel humain. Nous sommes peut-être la « ville oubliée » par les autres, mais quand on le veut, on sort… et on fait même des rencontres sportives inter-lycée avec la ville d’à côté, se réjouit Dan.

Manipuler un humain ? Woh, j’avais vraiment l’impression d’être dans une histoire fantastique de créatures imaginaires… Et en quelques heures, j’avais l’impression d’avoir trouvé ma place auprès des garçons.

Mais quand nous quittâmes le réfectoire pour nous détendre dans le jardin, Kahel surgit de nulle part et nous barra la route.

  •  Liséa, il faut qu’on parle.

Je fus estomaquée par cette attention subite.

  •  Kahel, je crois qu’il est déjà trop tard… Tu as eu la chance de lui parler hier et tu l’as laissé filer. Maintenant, débrouille-toi, lui lança Louan.

Je vis comme des flammes se dessiner dans les yeux de Kahel. Je raclai alors ma gorge.

  •  Il faut que je lui parle de toute façon. Je vous rejoins tout à l’heure.

Kahel et Louan se dévisagèrent. On aurait dit que de la foudre sortait de leurs yeux et qu’elle se rejoignait pour former des étincelles.

Je m’approchai alors de Kahel.

  •  Suis-moi ! dit-il.

J’obtempérai. Il se dirigea vers les buissons, et tout à coup, les couleurs perdirent leur aspect, les formes se distordirent et je me retrouvai dans un espace tout blanc. Kahel se tourna vers moi.

  •   Qu’est-ce que tu as fait ? interrogeai-je.
  •  Je t’ai conduit dans une autre dimension pour discuter. Personne ne peut nous entendre.
  • Ok… mais qu’est-ce que tu me veux ?
  •  Toi d’abord. Tu voulais me dire quelque chose ce matin.

J’entrouvris la bouche. Ça, c’était la meilleure ! Il me fuyait dans la matinée et voilà qu’il était prêt à m’écouter. Bien, alors parlons…

  •  Je veux bien t’aider à récupérer ta voiture… le matin, tu me déposes, et le soir, je rentre toute seule, à pied. Je te promets que je ne te demanderais plus rien. Je resterai muette…

Il prit un air circonspect.

  •  Le problème c’est que si tu rentres seule, je serais toujours puni.
  • Non, parce que dès ce soir, je prendrais moins de temps. Je rentrerai avant 18 heures. Étant donné que le chemin que j’emprunte me conduit directement chez toi… Eh bien, je peux, en arrivant, entrer dans ton salon et, quand ton père revient… on lui fait croire qu’on faisait nos devoirs. Nous sommes dans la même classe, cette excuse est plausible. Et puis, je rentre chez moi à pied, sachant que nous sommes voisins, c’est tout près.
  • Mon père arrive à 18 heures pile, il faudrait que tu sois là 15 minutes avant pour que ce soit vraiment… concevable.
  •  D’accord, je ferais le nécessaire pour rentrer à 17 heures 45… c’est ce dont je voulais parler. Et toi ?
  • On naît Tenebraes ou Luminarias, on ne choisit pas de le devenir ! Ton père était un « Tenebraes », alors tu en es une.
  • Tu ne peux pas dire que j’en suis une, je ne porte pas encore de gants. Et comme m’a dit Maelyn, je viens de l’extérieur, donc je peux encore choisir mon camp dans trois mois.
  • Ces élèves ne savent pas qui tu es et s’ils le savaient…

Il se tut et passa sa main dans ses cheveux l’air soucieux.

  •   S’ils savaient quoi ? repris-je.
  • De toute façon, ce n’est pas mon problème. Mon père aurait dû te donner un gant à ton arrivée. Je ne sais pas pour quelle raison il ne l’a pas fait et ne t’a rien expliqué. Peut-être a-t-il une autre idée en tête et se sert de toi pour quelque chose.
  •  Se servir de moi ?

Il haussa les épaules.

  •  Je veux récupérer la voiture. Fin de la discussion.
  • Attends ! Ce soir, je ne rentrerai pas avec toi ! Tu diras à ton majordome que mes nouveaux amis me raccompagneront. Et je serais chez toi comme promis. Ensuite, je parlerai à ton père pour que tu récupères ta voiture. Voilà, fin de la discussion.

Il me détailla d’un air méfiant quand tout à coup les lumières se distordirent à nouveau puis, j’entendis les bavardages des élèves. J’étais au beau milieu du jardin. Kahel avait disparu. Il avait vraiment un pouvoir hors du commun.

Le soir venu, je saluai mes nouveaux camarades et m’empressai de rejoindre le jardin. Bastet m’attendait déjà.

  •  Il va falloir courir aujourd’hui, mon minou. Je vais devoir rentrer plus tôt.

Il me répondit dans un miaulement et nous courûmes à toute vitesse jusqu’au manoir. Dès que j’atteignis le lac. Lissia se mit à sa fenêtre et me fit signe de la rejoindre à la terrasse.

Elle portait un t-shirt court, et un pantalon taille haute tout droit sorti des années quatre-vingt-dix.

  •  Mes vêtements ne sont plus à la mode, c’est ça ?

Je me sentis mal à l’aise voyant qu’elle avait lu mes pensées. Mais je la trouvais magnifique. Elle avait un corps de rêve.

  • Toi aussi, tu as un corps de rêve.

Je gloussais et devenais rouge.

  •  Je suis plutôt maigre… Il me manque quelques kilos… Mais j’ai toujours été comme ça, j’ai beau mangé, je ne grossis pas.
  • Détrompe-toi, tu es dans les normes… Ça fait longtemps que je n’ai pas été en ville, faire du shopping.
  • Et moi, je n’ai jamais été à la ville d’ici ! Je ne suis pas non plus une shopaholic.
  • Moi non plus, rigola-t-elle.
  • Oh, il faut que je te dise, je dois rentrer avant 17 heures 45. Et comme je ne sais pas combien de temps on prend pour rentrer… Je pense que je devrais te quitter plus tôt.
  •  Pas de problème. (Elle fit alors apparaître un sablier) Avec ça, on est sûre de ne pas rater l’heure.
  • C’est fantastique. Comment tu fais ça ?
  • Je pense, donc je réalise !
  •  Je pense donc je réalise, gloussai-je. Par exemple, si je pense à avoir une glace, je pourrai en avoir une ?
  • Mais en plus, il faut ajouter un max de concentration… Essaie, si tu veux.

Je pris une profonde inspiration, fermai les yeux et pensai à une gaufre garnie de crème glacée à la vanille et d’un coulis de fraise. Une chaleur émana alors de ma main. J’ouvris les yeux et vis de la brume apparaître, mais elle s’évapora très vite sans que rien ne vienne.

  •   Il faut y penser jusqu’à ce qu’elle prenne forme, m’apprit-elle. Tu t’es laissé distraire parce que tu étais surprise par ton propre pouvoir.
  • Oh, ok. Je vais réessayer.

Je collai les mains l’une contre l’autre, les fixai, et repensai à mon mets. La brume réapparut et se transforma en gaufre.

  •  J’ai réussi ! m’exclamai-je alors toute enjouée.
  • Bravo, Liséa.
  • C’est grâce à toi, merci. On se la partage ?
  • Ok, fais apparaître des couverts.

Je me concentrai alors et deux assiettes et des cuillères se dessinèrent. Je n’aurais jamais pensé que ça aurait été si simple. Nous dégustâmes la gaufre et, vraiment, c’était succulent. Ça me rappelait celle que ma tante m’achetait quand nous étions dans les fêtes foraines.

  •  Bon ok, tu m’as posé une question. Maintenant à moi. Tu aimais ta vie à Oxford ?
  •  Quand j’étais petite, oui. Je restai chez ma tante. Elle m’a appris à compter, à chanter les comptines, elle me lisait des histoires tous les jours… Et puis, je suis rentrée à l’école… c’est là que j’ai commencé à me sentir… différente, seule… tout le monde avait des parents et ils étaient normaux.
  • Mais tu es normale.
  • Maintenant que je suis ici, oui. À Oxford, je préférais rester à l’écart. Je n’avais pas d’amies… Et même ma tante, à cause de mes pouvoirs. (Je repensai alors au moment où elle m’a annoncé qu’elle ne pouvait plus s’occuper de moi, à la peur qui se lisait dans ses yeux, et mes larmes coulèrent) Elle a fini par me rejeter.

Lissia se leva et me prit dans ses bras pour me réconforter.

  •  Liséa, tu es une jeune fille unique et, tes pouvoirs, c’est ce qui fait de toi une personne spéciale. Les humains ne peuvent pas comprendre ça, et ils rejettent toujours ceux qui sont différents. Mais aujourd’hui, je serai ta nouvelle famille. Et jamais, je ne te rejetterais. Je te le promets.

Je souriais et me collais contre elle. Elle était vraiment douce et je me sentais vraiment en paix, tellement bien dans ses bras. Je m’éloignais alors et essuyais mes larmes.

  •  Merci, maintenant à moi, ma seconde question. Tu vis toute seule dans cette maison ?
  • Eh bien, il y a la gouvernante, son époux le majordome. Ils sont allés la ville voisine faire des courses. Mes parents sont hors du comté. Ils travaillent ailleurs… comme je te l’ai dit, nous ne sommes pas appréciés. Et ils préfèrent fuir… ne pas affronter les habitants… Bon à moi, comment s’est passée ta journée ?

Je ris et lui racontai ce que j’avais appris des garçons et de mon amitié naissante avec eux.

  • C’est bien que tu aies commencé à discuter avec les autres, mais se lier à un Tenebraes ou un Luminarias, ce n’est pas une bonne chose. Tu ne devrais choisir aucun camp.

Je la fixai soucieusement. Elle posa ses mains en coupe sur mon visage.

  •   S’il te plaît Liséa, promets-moi que tu ne feras pas partie d’aucun clan.

Je pouvais lire de l’inquiétude dans son regard. Sans réfléchir, j’acceptai.

  •  Oh, regarde, le sablier est vide. Il est déjà temps pour toi de rentrer.

Le temps passait vraiment vite. Je lui fis mon au revoir et Bastet précéda mes pas pour me montrer le chemin. Il me laissa comme la veille dans le jardin et je me dépêchai d’aller à la porte du salon qui était ouverte.

J’entrai et surpris Kahel en train d’embrasser la blonde qui s’asseyait toujours à côté de lui. Je restai immobile à les observer. Je ne savais pas si je devais mettre fin à leur intense baiser ou attendre. En tout cas, voir les couples s’embrasser ça m’énervait. Je décidai alors de faire le moindre bruit possible et me dirigeai vers la salle à manger. Par mégarde, mon pied cogna dans la table basse et un vase roula sur la table. Je me mordis les lèvres et rattrapai le vase de justesse avant qu’il ne tombe.

Le couple me regarda étonné.

  • Pardon, faîte comme si je n’étais pas là.

Je redressai le vase et partis ailleurs. La blonde me lança un regard malsain, comme si je venais de briser leur moment…

  •   Merci pour ce que tu as fait Néla. On se voit demain.
  •  Si tu as besoin de mes services, appelle-moi.

Je m’assis dans le canapé et entendis les talons de ses chaussures s’éloigner. Cette fille devait certainement être la reine du lycée, ou plutôt la reine des « Tenebraes ». Je m’en moquais.

Je retirai mes devoirs de mon sac. Kahel s’installa en face de moi. Je levai les yeux vers lui. Il semblait plus calme et serein que d’habitude, et je ne ressentais plus la sensation qu’il était un ennemi… Peut-être parce qu’il venait d’embrasser une fille… Qu’il était encore sur son petit nuage magique.

  •  Tu aurais pu me dire que tu ramènerais ta copine, j’aurais pu patienter dehors.
  • Ce n’est pas ma copine.

Je restais de marbre.

  •  Il fallait qu’elle se fasse passer pour toi. Tu crois que Cormac serait rentré sans que tu sois là ? J’ai donc demandé à Néla de se faire passer pour toi… Et elle a pris ton apparence.
  • C’est juste une excuse pour la faire entrer chez toi et passer du temps avec elle, avoue.
  • Non, ce n’est pas ma copine ! grogna-t-il. (Il redevint colérique mais pris une profonde inspiration pour se calmer) Sache que toute faveur a un prix. Le baiser était le prix. Il n’y a rien entre cette fille et moi… C’est juste une… camarade. J’ai fait un marché avec toi. Si mon père ne me rend pas la voiture. Alors, je lui dirai que tu t’aventures je ne sais où derrière les jardins du lycée.

J’entrouvris la bouche et il me sourit malicieusement.

  •  T’inquiète. S’il n’est pas d’accord, je pourrai t’offrir un nouveau bolide, répliquai-je.

Il pouffa de rire ne me prenant pas au sérieux. C’était bien la première fois, que je le voyais égayé.

  •  Je ne te mens pas. Je peux te la faire apparaître, tout de suite, si tu veux.
  • Ok, je voudrais une Ferrari rouge. Une 458 Italia !
  •  Pardon, mais je ne connais pas bien les numéros de séries. Tu te contenteras de ce que je ferais apparaître.

Nous allâmes ainsi à l’entrée de la maison, là où étaient garées les voitures. Je venais de découvrir mes nouveaux pouvoirs et je me sentais excitée de connaître leur étendue, de savoir tout ce que je pouvais faire grâce à eux.

J’imaginai alors la Ferrari rouge que j’avais vue, une fois, dans un magazine de Joe, l’ex de mon ancienne tante. Il lisait toujours des magazines d’automobile avec des femmes aux grosses poitrines qui posaient toujours avec les voitures. Ma tante se demandait toujours si c’étaient les voitures qui l’intéressaient ou les mannequins.

Je tendis mes bras devant moi, tout en pensant à la voiture comme si elle était devant moi. La brume apparut, elle était aussi massive et puissante, que j’eus des sueurs froides lorsqu’elle commença à prendre forme. La sensation était différente de la gaufre. Cela me demandait trois fois plus de concentration et de force.

La brume tourbillonna comme un typhon puis se dissipa rapidement. Aussitôt, elle était devant nous : une belle Ferrari décapotable rouge.

Mais je n’eus pas le temps d’apprécier mon exploit. Mes forces m’abandonnèrent. Tout virevolta et je perdis connaissance.

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  Il repensait à ces choses-là en se levant enfin de son canapé vieux mais bien entretenu. Les jours et les nuits de plaisir étaient terminées. Ses articulations lui faisaient trop mal, et sa souplesse semblait l'avoir définitivement quitté. Oh, il avait bien essayé de mettre fin à ses jours ces dernières années, mais rien n'aboutissait ; il ne faisait que blesser son corps déjà mort et douloureux. On pouvait d'ailleurs voir à sa gorge fripée un étrange pli, absolument pas naturel -quoi que l'existence actuelle de Caïn était bien loin du naturel- ; c'était le résultat d'une pendaison qui n'a jamais eu l'effet escompté. Il avait oublié que le sang ne circulait plus dans son corps, ainsi le fait que respirer lui était inutile. Parfois, il ne se souvenait plus qu'il était immortel.
  Il se tenait debout, face à sa fenêtre, l'échine courbée par le temps, et il contemplait la nuit constellée des lumières de la ville au loin. Durant tout ces millénaires, il avait eu le temps nécessaire pour accumuler une masse gargantuesque de cet argent dont raffole l'Homme, il possédait donc plusieurs résidences dans le monde. Aujourd'hui, il siégeait à Londres, dans un quartier tranquille et à l'écart de tout. Cette ville lui plaisait, mais dorénavant, il ne saurait dire pourquoi. Ça aussi, il avait oublié. Il fouillait dans sa mémoire, il cherchait ce qu'il avait pu vivre dans cette métropole britannique qui lui avait fait tant aimé cet endroit. C'était tout de même cocasse ! Il était un des seuls hommes, si ce n'était le seul, à avoir eu la chance de vivre les histoires et Histoires du monde, et il oubliait. Il tapa rageusement dans la vitre qui ne se brisa pas. Non, ce ne fut pas la vitre mais sa main qui produisit un craquement particulièrement ignoble et lui arracha un cri de pure douleur. Il recula en titubant et s'adossa à son canapé en jurant dans sa langue natale désormais oubliée.
  Caïn se fit un bandage de fortune pour immobiliser ses longs doigts tordus et sa main enflée. A chaque mouvement, il grimaçait. Voilà que maintenant la douleur persistait. Autrefois, durant ses premières années d'immortel, il ne ressentait plus la douleur, il avait oublié ce que cela faisait. Il avait oublié.
  La rage ne faisait qu'enfler dans sa cage thoracique en même temps que le sentiment de la Mortalité renaissait en lui avec sa compagne, l'Impuissance. Il avait choisi une immortalité qui maintenant le piégeait et le faisait se sentir plus vulnérable que jamais. Il avait oublié ce que cela faisait de se sentir si faible. Mais c'était une chose qu'il ne pouvait se résoudre à accepter. Il pouvait être magnanime envers les sentiments qui l'assaillaient, mais la faiblesse lui était insupportable. Enfin, cela lui était devenu insupportable parce qu'il s'était cru invincible, puis il ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois où il s'était senti si petit. Il sentait pourtant que c'était un instant crucial de son existence d'autrefois. Mais voilà encore une chose qu'il avait oublié. Il s'éloigna de sa fenêtre et du paysage qu'elle laissait observer. Il vacillait. Le poids de l'oubli semblait trop lourd pour un squelette si mince.
  Caïn avait désormais le sentiment de ne plus s'appartenir. Au fond, peut-être que cela était vrai. Il n'appartenait à rien, ni aux vivants, ni aux morts, cela était donc une suite logique. Il ne s'appartenait plus depuis le jour où... Depuis le jour où... Depuis ce jour où... Il ne parvenait plus à ce souvenir de ce fameux jour où il s'était abandonné. La frustration lui arracha un cri qui ressemblait fort à une chaise grinçant sur un sol rêche. D'ailleurs, pour quoi s'était-il abandonné ? Son esprit lui refusa de nouveau une réponse qu'il était pourtant sûr de connaître. Il se laissa tomber dans son lit immaculé, grelottant, frêle. Il eût l'impression que ses vieux os s'entrechoquaient, tels un instrument assez original. Tout son être était torturé par une force qui le dépassait. Lui qui pensait avoir dépassé toute l'existence. Son orgueil avait régné en maître trop longtemps, et le voilà qui en payait les frais les plus douloureux.
  Il essayait de toutes ses forces de se souvenir. Mais il ne parvenait même plus à savoir ce dont il voulait se rappeler exactement. Alors une tristesse ineffable s'empara de lui. Il aurait voulu pleurer, mais ses yeux jaunis à l'iris dorénavant blanchâtre le brûlaient, il avait l'impression de verser des larmes de poussière. Ce n'était après tout peut-être pas une impression. Il sanglotait atrocement, et son corps était un grelot étrange qui se secouait par spasmes. Il voulait se souvenir, il le voulait de tout son être, même s'il ne savait plus si ce dernier était éternel ou éphémère.
  Son corps mincissait à vue d’œil, et il pleurait la poussière de ces derniers millénaires. Il disparaissait. Est-ce sa progressive disparition qui provoquait son oubli ou est-ce parce qu'il oubliait qu'il disparaissait ? Les deux hypothèses lui semblèrent chacune valable, mais il oubliait à chaque poussière qui se défaisait de son corps à demi-effacé maintenant. Il avait été le témoin de l'existence et de ses nombreuses autres vies. Il réalisa alors que personne n'avait été témoin de son existence. Peut-être est-ce cela qui engendra sa disparition. Ah, qu'il avait été orgueilleux. En voulant se souvenir de tout, survivre à tout, personne n'allait pouvoir se souvenir de lui et encore moins lui survivre. Sa naïveté avait été mère de son orgueil. A présent, il ne pouvait plus choisir cette mort qu'il avait réussi à déjouer, il en était la victime, et la vie semblait rire de son pitoyable état.
  Il pleura les quelques dernières poussières de son existence et ne devint plus qu'une ombre étrange sur un lit désormais maculé par des millénaires oubliés. Ah, qu'il avait été orgueilleux. Mais cela aussi, il l'avait maintenant oublié.
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