Prologue

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La fuite. C’est ce qu’elle a de mieux à faire.

Pourtant, la jeune mère sait que ce n’est pas la solution.

Elle regarde son bébé qui gazouille et joue avec sa peluche.

Quelle décision prendre ? Rester et mourir, ou s’enfuir jusqu’à ce que les villageois les retrouvent ?

Oui, car peu importe où elle irait, ces maudits habitants enverraient leurs sbires et tôt ou tard, ils la tueraient. Qu’importe la décision, la mort l’attend. Elle l’a toujours su.

Elle caresse les joues de son bébé, une petite fille née six mois auparavant. Personne ne connaît son existence. Si les habitants l’apprennent, elle en perdrait la vie. Elle soupire. Elle connaît un autre moyen.

Elle prend son bébé dans ses bras et dit :

  • Ma chérie, le monde est parfois cruel… Il y a tant de choix à faire. Des choix pénibles sur lesquels on ne peut plus revenir en arrière. Mais parfois, des miracles peuvent se produire… comme toi. (Sa fille lui sourit) Sache que maman ne va pas t’abandonner… C’est juste un « au revoir » pour quelque temps. Un jour, nous nous rencontrerons. Peut-être pas dans ce monde-là, mais nous aurons la chance de nous connaître. Et jusqu’à ce que l’on se rencontre, je vais t’apprendre le chant de la Brume. Chaque fois que tu seras perdue, chaque fois que tu te sentiras seule, tu n’auras qu’à le chanter.

Alors qu’elle chante, la brume ténébreuse se dresse comme un nuage au-dessus de la tête du bébé qui est hypnotisé par le beau dessin qui se forme. Elle sourit, la brume est son élément, la brume est son amie, sa protectrice, sa sauveuse.

La jeune mère pose un baiser sur son enfant qui se laisse bercer par sa douce voix et s’endort.

 

Dans la forêt, au beau milieu du royaume de la nuit, les hiboux s’envolent, les corbeaux émettent leurs cris d’alarme, les villageois, artefact ancestral en main, remontent le chemin qui mène au manoir du Lac. L’heure est proche. 150 ans ont passé depuis le jugement. Ce soir, toutes les étoiles seront alignées, et le sacrifice de la Princesse de Brume pourra lever la malédiction. Ils seront enfin libérés et retrouveront leur âme d’antan.

Mais, le jeune Declan n’est pas prêt à laisser la mère de son enfant se faire tuer.

  • Il est temps d’y aller, dit-il à sa femme qui met le bébé dans le couffin.
  • Tu vas quitter cette ville sans moi, avec notre fille.
  • Non ! Nous avions décidé de nous enfuir dans le monde au-delà de la barrière.

La jeune mère secoue la tête.

  • La déesse nous retrouvera, tu sais que tout cela n’est qu’une machination montée de toutes pièces… À cause du talisman qu’elle a dérobé à ma sœur, elle pourra nous retrouver où que nous allions. Mais personne ne sait que j’ai une fille. Personne ne sait que tu étais là avec moi. Je viens d’enfermer une partie de son pouvoir dans le pendentif de ma grand-mère. Son odeur magique ne se fera pas ressentir pendant quelques années. Vous pourrez vivre normalement hors de la ville.
  • Comment veux-tu que je vive normalement sans toi ! Il est hors de question que je te quitte, que je quitte cet endroit sans toi. Il doit avoir une autre manière d’arrêter tout ça.

Elle s’approche de son homme et pose sa main en coupe sur son visage.

  • Tu sais qu’il n’y en a plus. Je t’ai donné ma première vie pour te délivrer…
  • Mais la malédiction ne se lèvera pas car tu n’es plus la seule Princesse de Brume. Ton sacrifice ne servira à rien.
  • Détrompe-toi, la malédiction se lèvera… Cependant pas à jamais. Ils croiront qu’ils seront libérés, ils ne se douteront de rien et penseront qu’il n’y a plus de princesse. Mais d’ici quelques jours, elle reviendra. C’est pourquoi, tu dois profiter de ces quelques jours et quitter la ville. Tu dois mettre notre fille en sécurité. Elle n’a pas de lien avec ma sœur. La déesse ne pourra donc pas la retrouver. Elle pourra vivre une vie normale loin de cette ville, loin de toutes ces atrocités. Mon chéri, notre enfant est notre priorité, rappelle-toi.

Il considère sa femme. Elle a raison. Elle a toujours raison. À contrecœur, il s’y résigne.

Il prend le couffin et les affaires du bébé.

Il embrasse sa femme une dernière fois.

  • Je t’aime, dit-elle, tu as comblé ma vie. Je n’ai jamais été si heureuse depuis le jour où nous nous sommes rencontrés.
  • Si tu continues, je ne pourrai plus partir.

La jeune mère lui sourit et lui donne un baiser sur le front.

  • Prends soin d’elle. Pars maintenant.

Le jeune Declan la serre dans ses bras avant d’ouvrir une porte interdimensionnelle et de disparaître.

À ce moment, la jeune femme pleure. La voilà seule à nouveau. Elle se dirige vers son jardin et fait une prière ancestrale.

Dès que la dernière phrase est prononcée, les citadins sont là, devant son manoir.

  • Cruelle démone, crie l’un d’eux, il est temps de mettre fin à ta malédiction.
  • Ceci n’a jamais été ma malédiction, mais celle de votre déesse adorée.
  • Diffamation, hurlent-ils.

Les villageois lui lancent ainsi toute sorte d’imprécations.

  • C’est vous les démons ! Vous ne méritez pas que cette malédiction soit levée ! se défend-t-elle.
  • À mort, crie une femme, qu’on en finisse avec elle ! Ce soir, ses pouvoirs sont faibles, il faut en finir vite ! C’est son devoir en tant que Princesse de Brume de nous donner sa vie !
  • Je vais vous la donner, mais ne croyez pas que vous vous en tirez ! Vous serez libérés de ce maléfice, mais ma brume ténébreuse restera à jamais dans la ville pour se venger.

Les villageois grognent de colère. Ils ne veulent plus entendre un seul mot sortir de sa bouche. Tous utilisent leur artefact et l’emprisonnent. Ils l’amènent au bûcher au cœur de la forêt.

Alors que la magie noire lui retire peu à peu sa vitalité, la jeune mère ressent la douleur, mais elle n’est pas aussi terrible que celle d’avoir abandonné sa famille. Avec les dernières forces qu’il lui reste, elle chante encore une fois le chant de la Brume.

  • Entends ma dernière prière, soupire-t-elle.

Subitement, une fumée noire enveloppe le corps de la jeune femme livide. Les villageois s’écartent du bûcher. La fumée se transforme en brume ténébreuse et s’éparpille autour d’eux. La terreur s’empare des villageois. La Princesse de Brume, dans son dernier souffle, a laissé une nouvelle malédiction.

 

 

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