Chapitre 40

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Alex

— Rappelez-moi ce qu'on fout ici ?

En vérité, je le sais très bien, mais c'est la seule manière que j'ai trouvée de manifester mon exaspération. Ma peur, aussi, peut-être ? Je n'avais jamais quitté Fun Town et quand je m'y résous, c'est pour me retrouver confronté à l'adversité d'un climat sans pitié et à l'hostilité d'une ville qui reste résolument fermée. Je pourrais dire que je regrette. Mais tout ceci est bien trop distrayant pour me faire privilégier la prudence.

De toute façon, tant que je suis avec Bijou, Doudou et Chouchou, je ne crains rien. Sauf qu'ils ne pourront pas rester à mes côtés cette fois-ci.

— On cherche l'exilé, répond Os avec la pédagogie du professeur qui a répété bien trop de fois la leçon.

— Ok, mais pourquoi je dois venir ?

— Parce qu'on a besoin de tes pouvoirs, me réplique Yue.

Je lève les yeux au ciel, bien que j'adore l'entendre dire ça. Puisqu'il s'agit seulement de fouiner dans la tête de ce type, j'ai du mal à saisir en quoi mon flux peut les aider. Mais Os a dit que je serais nécessaire et cette perspective grisante me comble d'excitation. Même si ça me fiche la trouille, je ne ferais demi-tour pour rien au monde. J'ai trop besoin de me sentir au cœur de l'action.

Des bruits de pas rappliquent sur ma droite et l'ombre trapue de Fen ruine mon bain de soleil. Il lance dans le triangle des trois psychos de la bande – nous – un genre de boitier qui me fait penser aux jeux à usage unique qu'on trouvait dans les distributeurs défoncés de Fun Town.

— Tenez. Votre dosimètre.

— Et ça va nous servir à quoi de savoir à quel point on va se faire griller le ciboulot là-dedans ?

« Là-dedans », c'est ce paquebot échoué comme une baleine en plein marécage radioactif. Le monstre d'acier git sur le flanc, la gueule béante crachant sa cargaison de containers rouillés. Comment ce tanker a-t-il pu dériver ici ? Et que fait ce décor hostile d'herbes d'eau flétries et de flaques saumâtres à moins de dix kilomètres de la ville flamboyante ?

« Là-dedans », c'est là que se trouve l'exilé, dit Os. Un homme – un autre Alter pour être exact – banni de la cité par ce prétendu dieu qui espère nous faire tomber dans son piège. Or, quitte à se ruer dans ledit piège, Os veut fouiner l'esprit du déchu pour se faire une meilleure idée de ce qui nous attend dans cette ville aussi étrange qu'impénétrable.

Mais quelle idée que de se réfugier dans un coin aussi lugubre ! J'imagine bien qu'il n'y avait pas myriade d'autres terres d'accueil dans ces contrées désertes, mais de là à vivre comme un ermite dans un vraquier suffisamment contaminé pour réduire ton espérance de vie de trois quarts... Comment peut-il seulement se nourrir dans le coin ?

— C'est vrai. J'oubliais qu'il n'y avait plus grand-chose à préserver là-dedans, réplique Fen en désignant mon crâne.

Je lui renvoie un sourire goguenard accompagné d'un aimable doigt d'honneur, avant de lui rétorquer :

— Tu me cherches, Papi ?

— Pas vraiment, non. J'aimerais juste qu'on se magne d'y aller. Cet endroit me file les chocottes. Plus vite ce sera fait et mieux ce sera.

J'ai envie de me foutre de sa gueule d'intrépide bâtard qui se pisse dessus dans un marais un peu nauséabond, mais je vais éviter, parce que moi non plus je ne fais pas le fier.

Je prends son dosimètre malgré tout et me lève avec Os et Yue dans mes pas. La petite prêtresse s'est engoncée dans d'épais vêtements rafistolés au scotch gris pour éviter de se coller de la poussière contaminée partout. Comme ça, elle ressemble au cosmonaute peinturluré sur le manège avec les fusées, le préféré de Bijou. Os et moi, on est plutôt sur une ligne de « on mourra bien d'une autre saloperie avant un cancer, de toute manière ».

Je suis quand même content d'avoir au moins enfilé ces grosses bottes en caoutchouc quand on commence à se frayer un chemin à travers le marais dans lequel chacun de nos pas s'enfonce dans un désagréable bruit de succion.

Notre petite expédition, hormis les trois psychos, se constitue de Zilla (qui refuse de lâcher Os d'un millimètre), Fen (pour tenir le radiamètre parce que Talinn passe son tour pour cette fois, tant mieux parce que je trouve ça très drôle de le voir suer à grosses gouttes tandis que le compteur grimpe en flèche), Delvin (parce qu'elle nous faisait pas assez confiance pour protéger Yue) et Hector (dont l'excitation à la perspective de rencontrer un Alter altéré supplante toute notion de danger).

Du danger ? On le redoute en arrivant devant l'énorme ouverture dans la carène. Le sol prend des teintes inquiétantes entre miasmes de vase, rouille et fioul épandu. Le plafond – du moins ce qu'il en reste – est un bazar improbable de métaux tordus, câbles emmêlés et tuyaux crevés. L'intérieur est sombre comme une nuit sans étoiles. Mais ce n'est pas le noir qui m'effraie. C'est cet homme.

D'après Os, l'ermite réfugié dans ce trou à rad-cafards fut l'administrateur de l'Interstice. Avant que ce type qui se fait passer pour Dieu – et qui est en réalité en Alter surpuissant, si j'en crois la terminologie d'Hector – prenne sa place. Son esprit aurait été brisé en mille morceaux. Simple accident ou volonté de s'assurer qu'il ne soit plus une gêne ? Quoi qu'il en soit, le pauvre bougre erre désormais dans la solitude et la folie au bord d'une cité dont il a été déchu.

Le fracas du rebond d'une balle contre la paroi métallique me ramène à la réalité. Notre hôte vient de nous tirer dessus en guise de bienvenue. Un charmant avertissement.

— Foutez le camp de mon navire, bande de rascasses vérolées ! Vous z'aurez pas mon ratafia !

Je n'ai aucune idée de ce qu'est un « ratafia ». J'aperçois un bref instant son visage dans un fin rayon de jour à travers le toit pourfendu. C'est un homme qui paraît vieux sans l'être réellement, comme si les perfides épreuves de sa vie s'étaient amusées à laisser leurs marques sur sa peau. Rendue crayeuse par le manque de soleil, elle craquèle comme un sol trop sec. Des cheveux gris de poussière balayent en désordre ses joues. Ses mains squelettiques sont grippées sur la crosse de son fusil comme le dernier vestige de sa vitalité.

Puis il disparaît dans les ombres. Le claquement de sa course sur la tôle nous indique que l'homme s'enfuit vers les profondeurs de l'épave.

— Tu avais prévenu qu'il serait retors, je n'imaginais pas à ce point, remarque Zilla.

— Ce n'est pas de sa faute. Il a perdu la raison depuis des années.

Et c'est la raison pour laquelle on est obligé de lui courir après dans un lieu où le danger se situe quelque part entre le tétanos et les radiations ; la raison pour laquelle il m'a demandé d'utiliser mon flux pour le calmer et à Yue d'ouvrir un passage dans sa psyché grâce à sa puissante connexion par contact.

Les autres sont là pour immobiliser la cible, puisqu'elle ne se prêtera pas de bonne grâce à notre expérience. Ils devront partir, ensuite, pour éviter un maximum d'interférences et laisser à Os la possibilité de se concentrer pleinement pour parvenir à entrer dans son esprit brisé.

Un plan hasardeux, mais que mon rôle de pion sur l'échiquier me pousse à suivre.

— Tu arrives à voir où il est parti ? demande Hector.

Os ne cligne des yeux qu'une seule fois avant de répondre.

— Dans l'ancienne timonerie. Il protège son bien le plus précieux.

— Qui est ?

— Un distillateur d'alcool.

— C'est donc ça son « ratafia », grommèle Fen avec un sourire amusé.

Zilla envoie l'ailière et le toubib faire de la varappe dans les étages supérieurs. Si Delvin se hisse habilement à la corde qu'ils viennent de lancer, ce n'est pas le cas d'Hector, moins rompu à l'exercice physique et alourdi par un sac à dos qui semble peser une tonne. Leur objectif ? Se faufiler dans les coursives et jeter une grenade lacrymogène dans la timonerie par les brèches du plafond. Une idée fourbe (émanant d'une alliance maléfique entre les connaissances innées d'Os et la ruse de Zilla) qui est cependant la moins risquée pour maîtriser le vieux fou sans le blesser. S'il sort, Zilla et Fen le cueilleront à la porte. S'il reste, il s'asphyxiera et il n'y aura plus qu'à plonger dans le nuage piquant pour le tirer sans difficulté.

Facile ? Mouais. Le vieux cinglé nous a vus venir.

On progresse lentement sur la surface inclinée des passerelles, tandis que le radiamètre continue à faire défiler les chiffres. Nous arrivons devant la timonerie en synchronisation avec l'autre équipe. La pièce a beau être protégée par une solide écoutille, les trous béants de la paroi n'ont été calfeutrés que par un grossier patchwork de tôle.

Dès que Fen passe devant ce gruyère, un nouveau tir fuse à travers et manque de lui perforer son gras. En haut, ils ne sont pas mieux lotis. Une autre balle part dans leur direction. Je dois m'en référer à l'absence de geignements pour en déduire qu'aucun de nos deux acolytes n'a été touché (parce que ce n'est pas sur le visage inexpressif d'Os que je risque d'avoir la réponse). Du coup, ils ne se risquent pas à la balancer leur grenade. Pas tout de suite.

— Du calme, l'ami ! tente Fen. On ne te veut aucun mal ni ton ratafia. On veut juste te parler.

— J'ai pas d'amis ! Foutez le camp et allez brouter la vase ailleurs ! réplique-t-il à travers la porte avec un verbe énervé.

— Il dit vrai, Aulrek. Nous sommes tes amis et nous voulons t'aider. Nous n'allons rien voler. S'il te plaît, ouvre cette porte.

Si même Os s'y met à l'oral, c'est que le type doit être un vrai mur mental. Cela dit, Os est doué pour s'immiscer dans la tête des gens et dans la trame de ce monde. Mais il n'a pas le pouvoir de convaincre, lui. À côté de moi, Yue m'adresse une supplique contenue dans ses yeux d'obsidienne. Très bien, j'ai compris. Il va falloir que je m'y colle.

Je laisse le flux déborder et effleurer l'esprit de ce type réfractaire et replié près de son distillateur. Calme-toi, laisse-nous rentrer. Le flux l'imprègne difficilement, les murs ploient comme des bambous, mais ne s'ébrèchent pas. Il résiste. Logique. Même avec l'esprit fêlé, il a été et reste encore un Alter.

Même s'il ne réagit pas à l'ordre, mon intrusion le trouble suffisamment pour qu'il lâche son fusil. Zilla en profite pour défoncer d'un coup de botte la paroi dézinguée par laquelle il a tiré. Il se jette sur le vieil homme. Le bougre se débat et tombe sur le sol en diagonale – il n'est pas aisé de garder l'équilibre. Les deux corps finissent par rouler sur le caillebotis, heurtant le précieux distillateur (qui n'est, en passant, qu'un grossier bricolage de tuyaux et futs rouillés). Le barjo hurle de douleur quand l'assemblage s'écroule, comme si le coup lui avait été porté. Ça ne tarde pas à être réellement le cas. Zilla l'assomme d'une mandale et c'en est fini de ce cirque.

Fen vient aider son supérieur à asseoir l'inconscient sur une chaise, pendant que Yue aide Os à dérouler les cordes qu'il avait prises dans son sac à dos. Je pourrais leur filer un coup de main, moi aussi. Mais j'en ai déjà assez fait, et ce ne serait pas une attitude princière que de pratiquer le zèle.

— C'est bon, vous vous en sortez ? s'exclame la voix de Delvin depuis le plafond, une fois que le danger est solidement attaché.

— Parfaitement. Rentrez au camp. Inutile de vous manger plus de radiations que nécessaire, répond Zilla.

Par contre, nous, on va en bouffer sévère si je comprends bien. Les pas s'éloignent en haut et Zilla lance deux claques – douces – sur les joues sillonnées du bonhomme. Un sifflement sort entre ses dents, mais il ne se réveille pas. Son odeur, émanant de ses vêtements imprégnés de crasse, d'alcool et de vase, me donne le tournis. Une excroissance dégueulasse orne son cou. Une tumeur ? Comment peut-il encore survivre dans un taudis pareil ? Qu'est-ce qu'il m'a pris d'accepter de venir ? À la manière dont Yue pince l'arrête de son nez, je peux dire qu'elle pense comme moi. Sauf que c'est probablement de la pitié plus que du dégoût qu'elle éprouve pour ce clochard.

Elle cède sa bouteille d'eau sur ordre de Zilla, qui en balance le contenu sur l'exilé. Probablement sa première douche depuis... non, en fait, je ne veux pas savoir. Il tousse dans un raclement de gorge gras et commence à tempêter à la seconde où ses esprits – enfin, ce qu'il en reste – lui reviennent.

— Foutus rats de cale ! Bande de bois-sans-soif ! Vous z'avez pété mon arbre à ratafia !

Os s'agenouille devant lui, se retrouvant ainsi sous sa hauteur.

— Et tu auras tout le temps de le réparer quand nous serons repartis. Ce qui arrivera dès que tu nous auras dit ce que tu sais sur l'Interstice.

C'est fulgurant. À ce simple nom, je vois toute la colère dans ses yeux exorbités se cristalliser et muer en une nuance encore plus sombre. Une terreur incommensurable.

— Non, non, non, non, non...

Sa litanie est sans répit. Il gesticule comme un diable, entrecoupe ses « non » d'affreux hurlements et commence à sangloter.

— Laissez-nous, dit Os pour Zilla et Fen.

— Tu es sûr ? tente le blond. Ça ne me paraît pas...

— C'est ce qui était convenu.

Zilla se fige et Os semble se rendre compte du tranchant glacial de sa réponse. Il se relève et attrape les joues de son amant dans ses mains en coupe.

— Ne t'inquiète pas, ça va bien se passer. On a juste besoin d'espace.

J'ai l'impression que leur échange de regards marque la capitulation de Zilla. Os se dresse sur ses pieds pour le gratifier d'un baiser tendre. Je suis surpris. Tout le monde a beau connaître leur relation, ils ne l'affichent jamais devant témoins – l'expression atterrée de Fen me confirme qu'il est aussi étonné que moi. Pour autant, il ne dit rien et se contente de suivre son chef vers la sortie.

— Appelez-nous si vous avez le moindre souci. On sera juste devant l'entrée, rappelle Zilla.

— Et vous attardez pas trop ! Même si les rayons tabassent moins ici, c'est pas une raison pour traîner dans ce rafiot une éternité !

— Ne t'inquiète pas, Fen. Ce n'est nullement mon intention, soupiré-je en avisant l'odeur immonde qui me pique les narines.

Et nous voilà livrés à nous-mêmes. Entre psychos. Os s'assoit en tailleur sur le sol bancal, faisant fi de la saleté, puis nous invite à faire de même.

— Je préfère rester debout.

Moins je serais en contact avec cette insalubrité et mieux je m'en porterai.

— Je te le déconseille. Une fois qu'on aura plongé dans sa psyché, tu n'auras plus le contrôle de ton corps.

Je frémis aux mots qu'il emploie. Plonger ? Dans la tête de cet homme dégueulasse ?

— Un peu de respect, me sermonne Os. C'était un puissant Alter avant que son affrontement contre le dieu imposteur détruise son esprit.

— Le dieu imposteur... Celui qui t'a mis au défi, hein...

Il ne répond pas. Comme s'il n'en voyait pas l'intérêt. Je peux comprendre qu'il ne soit pas encore posé la question d'affronter ou non cet inconnu vraisemblablement dangereux avant d'en apprendre plus sur lui.

Avisant le regard acide avec lequel Yue me transperce, je cesse de les retarder et forme le cercle avec eux. Je me résous même à frôler la main graisseuse du fou, car le contact faciliterait soi-disant la pénétration. Un frisson de dégoût me traverse à cette idée.

— Qu'est-ce qu'on doit faire concrètement ? demandé-je afin de chasser mon malaise. Je vous rappelle que je ne suis pas télépathe, moi.

— Rien de spécial. Vous utilisez vos capacités au mieux pour dénouer l'accès barricadé dans les strates enfouies de son inconscient, et je me fraye un passage.

Un rire nerveux s'échappe de ma gorge, couvrant à peine les supplications ininterrompues du type.

— Super. On te déroule le tapis rouge en gros.

— Vu les risques que j'encoure à m'aventurer dans un esprit fracturé, je ne suis pas sûr que tu aimerais être à ma place.

Il marque un point. Les protestations en roue libre de notre captif commencent sérieusement à me vriller le crâne. Je serais gagnant à me concentrer sur autre chose.

— Attention à vous cependant, ça risque d'être difficile à encaisser. Si vous ne tenez pas, ne forcez pas. Protégez-vous avant tout.

Rassurant. Mais quand faut y aller... Je ferme les yeux et force mon flux au maximum pour briser sa résistance. Allez, laisse-nous passer gentil monsieur zinzin, ordonné-je sans y croire. Puis c'est comme si j'étais happé dans un vortex. L'écho des « non » à répétition s'éloigne. J'ai l'impression que ma conscience se fait aspirer comme un liquide dans un siphon. Je sens des bouts d'Os et Yue m'entraîner dans cet état déconstruit. Mais je n'arrive pas à les suivre. Chaque parcelle de mon mental va finir disloquée si je persiste, alors je cesse de résister et lâche prise. Éjection d'urgence du vortex.

Le prince abdique et s'effondre dans le noir de l'inconscience.

o

Yue

Je me rappelle lorsque j'avais huit ans. Je venais d'entrer au service de Kana Ariun. J'étais si fière dans ma robe bleu nuit. Ma vie serait simple entourée de ce faste. Le temple n'était pas aussi gravé et orné qu'à présent, mais respirait déjà l'opulence au cœur d'une contrée en friche. Je me sentais importante, choisie. Fanfaronne, je me suis baladée le long des ponts de pierre qui surplombaient la source. La mère supérieure me tuerait si elle me voyait gambader de façon aussi imprudente. Je m'en moquais. Kana m'avait béni de sa grâce et elle veillerait sur moi.

Je marchais en équilibre sur la craie lisse, alignant un pied devant l'autre, les bras étendus pour maintenir l'équilibre. Puis j'ai glissé.

Cent vingt-six secondes.

C'est le temps que j'ai compté tandis que mes membres s'agitaient, incapables de s'extirper de l'eau, tandis que mes poumons s'emplissaient de liquide, que les âmes noires de la source m'attiraient dans leurs profondeurs et que le monde s'éteignait autour de moi.

Lorsque j'ai repris connaissance, un garçon du karst était en train de me faire un bouche-à-bouche (quand j'y repense, il valait mieux que la mère supérieure n'ait pas été témoin de cela, elle m'aurait probablement bannie de l'apprentissage augural). M'ayant vu tomber, il avait héroïquement sauté pour me sauver. Je me souviendrai toujours de la brûlure de l'eau lorsque je la crachai hors de mes poumons.

C'est ce jour-là que j'ai acquis le don de voir l'âme des autres.

J'y ai vu un cadeau d'excuse de la part de Kana, pour ne pas avoir prévenu ma chute. Sans doute que cela n'a jamais été le cas.

À présent, je revois un autre souvenir. La même noyade, au même âge, mais à travers l'eau qui m'engloutissait, c'était la silhouette de ma mère que je voyais s'éloigner. Sous un dôme de miroirs et de chrome. Cette mère que je ne reconnais pas comme ma mère et qui m'appelait par un nom qui n'est pas le mien.

Je suis perdue dans le torrent de l'esprit dilaté et fracassé du vieil homme. Je ne retrouve plus la trace d'Os. La même sensation de noyade m'étreint à nouveau alors que j'essaye de lutter en vain contre des forces trop puissantes. Je n'ai plus la force de résister, alors je lâche prise et abandonne mon esprit aux abîmes du néant.

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