Chapitre 26

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Fen

Très bien. Je crois que j'ai comme loupé un épisode. Plusieurs, même. Et si le marteau piqueur qui s'agite dans mon crâne veut bien cesser sa rythmique, je pourrais peut-être y voir un peu plus clair. Quoique...

Autour de moi, ça tire des têtes pas plus amènes. À quel moment a-t-on traversé une faille temporelle, s'il vous plaît ?

La veille, on passait du bon temps, moi et ma bouteille. Après m'être allégrement foutu de la gueule de Wolf et lui avoir filé quelques conseils pour mater sa boniche lorsque les hormones de la grossesse la rendraient trop chiarde – bizarrement, il n'a pas trop apprécié – j'ai posé la masse graisseuse de mon postérieur dans un coin, bien décidé à laisser mon amie éthylique m'achever sous cette voie lactée à couper le souffle.

C'est ce moment qu'a choisi Rana pour venir tailler la bavette, ou plutôt me charrier sur mon incapacité à tenir l'alcool. J'ai relevé le défi. Je me rappelle pas si je l'ai emporté. Je me souviens juste de cette poignée pleine de pieds de champignons grisâtres qu'elle m'a tendus, puis de la sensation exacerbée de son bras musclé qui fit ployer ma nuque vers sa bouche, enfin, du contact exquis de ses lèvres sur les miennes. Et trou noir. Je me suis réveillé enchevêtré dans ses cuisses.

Fais chier. J'aurais bien aimé me souvenir, pour une fois. Surtout qu'à sa façon de fuir mon regard au matin, je doute qu'elle me laisse une deuxième chance.

Et voilà qu'après ce réveil sous l'égide d'une éprouvante gueule de bois, on nous annonce que la minette de Wolf a perdu son mioche et que leur doyenne qui célébrait notre « belle alliance » la veille a passé l'arme à gauche.

Comme si cela ne suffisait pas, Zi veut rassembler tout le monde ce soir, car il paraît que le p'ti Nonosse a une annonce importante à faire. Ça va être quoi cette fois ? « Ahah, je vous ai bien eus. Cette petite pause au frais a assez duré. Maintenant, on fait tomber le décor idyllique et on repart se sabler les miches dans le désert et les ruines. Parce que Dieu le veut. »

Remarque, si c'est ça, je veux bien signer. Rien ne vaut un bon pillage et des viols à la chaîne pour passer une vilaine cuite.

o

Delvin.

Rude journée. Puisque je suis allée me coucher, sobre, après mon altercation avec ce chien galeux de bandit prétentieux, j'étais probablement la seule à pouvoir donner le change au petit matin. La seule ? Non, j'ai vu Os revenir avec son chien d'une partie de chasse alors que le soleil atteignait son zénith. Quoiqu'il n'avait pas de fusil. Et il avait l'air inhabituellement transfiguré.

Je ne me serais pas risquée à lui adresser la parole d'ordinaire, mais cette fois, j'étais curieuse. Quand je lui ai demandé ce qu'il lui était arrivé. Il a relevé des yeux hagards sur moi, comme s'il me découvrait pour la première fois, et a seulement répliqué : « Nona, je dois aller voir Nona. »

Une heure plus tard, j'apprenais la mort de la matrone et la fausse couche de Sara. Existe-t-il un sordide système de compensation pour punir un évènement joyeux d'une succession de malheurs ?

J'ai retenu mes larmes. J'en ai déjà bien trop versé ces derniers mois pour qu'il m'en reste encore. Et il fallait bien quelqu'un pour servir de pilier à mes sœurs, de la même façon que ces dernières m'ont soutenue après la mort de Marika.

Alors que le chef ennemi est venu annoncer au conseil matronal qu'il souhaitait réunir toute la colonie pour passer un message important, je me suis demandé quelle déconvenue nous accablerait encore.

Au crépuscule, le village s'est regroupé de la même manière qu'hier, mais dans une ambiance autrement plus sinistre. Même les rires d'ordinaire goguenards des Rafales s'étaient tus, ces derniers étaient prostrés dans un silence respectueux. Par égard pour la perte de leur camarade ou parce qu'ils peinaient à se remettre des excès éthyliques de la veille ?

Le corps de Nona avait été lavé et orné de ses belles parures. Il était exposé sous le préau et la succession des hommages ne s'interrompait pas. En l'espace d'une heure, son autel était déjà enseveli de fleurs et d'offrandes variées, témoignage de l'amour dont elle aura abreuvé notre colonie toutes ces années.

Lorsque je suis passée à mon tour, je ne savais quelle possession lui déléguer, alors j'ai abandonné la dague en acier de Damas que m'avait restaurée Paril des années auparavant. Ce cadeau de belle facture m'avait bien servi, mais je dois accepter le changement, comme Nona l'aurait voulu. Je n'en aurais plus besoin désormais. Et même si la paix doit prendre fin, j'ai toujours les cimeterres de Marika avec moi. Qui sait quels dangers la doyenne aura à affronter dans l'au-delà ?

Je suis restée longtemps à son chevet. Jusqu'à ce qu'un vent de rumeurs agite l'atmosphère. En tournant la tête, je découvre la silhouette de Sara qui claudique jusqu'à l'autel. Pâle et affaiblie, elle doit prendre appui sur son mari pour marcher. Pourtant ses yeux brillent d'une lueur combative, bien loin de l'abattement que je lui aurais prêté.

Elle porte sous son bras libre un paquet enroulé de draps. Taché de sang et de la taille d'une moitié d'enfant.

Tout le monde comprend de quoi il s'agit et tout le monde cache sa mine dégoûtée. Sara dépose précautionneusement son chargement au chevet de Nona. Personne ne songe à l'en dissuader. Tous observent un silence religieux.

La mère éplorée reste agenouillée de longues minutes, le Rafale se tient sagement dans son dos comme une statue. Puis, elle se lève et repart, la mine toujours assombrie, mais digne.

o

Selmek

C'est malheureux c'qui arrive à la petite Sara. Elle s'en remettra, cela dit. Elle est bien entourée. Elle a enfin trouvé un vrai astre autour duquel graviter. Et pas une sinistre lune qui n'aurait eu aucune lumière à lui apporter. Pas moi, donc. C'est mieux pour elle.

Par contre Tête d'Ampoule n'a personne, lui. Je me fais du mouron. Des mois qu'il se fait distant et part vadrouiller tout seul. Je devrais pas m'en faire. C'est un taiseux. Comme moi. Mais là, je le sens perdu. Égaré. Il a toujours été perdu et égaré. Ok. Mais c'était parce qu'il se cherchait.

Là, on dirait qu'il a fouillé partout et qu'il s'est pas trouvé.

J'avais juste envie de lui dire d'arrêter de se prendre la tête avec ces conneries de Dieu, de Terre Promise, de destin ou de but dans l'existence. Je lui en veux pas pour Louve. Je lui en veux pas pour Marika. Je lui en veux pas pour les Rafales. Je lui en veux pas non plus pour cette Terre Promise qui n'est pas sa Terre Promise. Je veux juste retrouver mon camarade de chasse. Mais il a besoin d'être seul, qu'il dit. Seul. Soit, je le laisse avec lui-même si c'est ce qu'il veut.

Quand je l'ai vu revenir ce matin du sentier de la montagne, j'ai compris que c'était terminé : il avait enfin trouvé ce qu'il cherchait.

Alors peu importe la raison pour laquelle sa nouvelle illumination nous fait tous nous asseoir en rond ce soir, je sais déjà que je le suivrai. Peut-être que je vais finir par y croire, moi aussi, à ces conneries de destin ?

Bah. Tant qu'il y a du gibier à se mettre sous la dent, vous pouvez compter sur moi.

o

Talinn

Le jour était déjà tombé et le dîner était terminé depuis un moment quand j'ai voulu quitter le cercle du feu de camp.

D'habitude, je profite des premières heures de la nuit pour finaliser quelques lectures, jusqu'à ce que la lampe solaire épuise tout son jus. Ce n'est pas mon intention de ce soir. Je peinais encore à me remettre de la nuit précédente. Comme tout le monde, j'ai beaucoup bu. Eden m'a entraîné dans son sillage, a commencé à m'embrasser. Ce n'était pas la première fois, aussi je prenais mes aises. Jusqu'à ce que Paril se joigne à nous.

Je n'ai pas tout de suite compris quand Eden s'est mise à l'embrasser juste après moi ni quand il a souri lorsqu'elle revint m'embrasser à nouveau. Je n'ai compris ce qu'il se passait qu'une fois qu'on s'est retrouvés roulés par terre tous les trois, ensemble, à se brosser de caresses. Et j'ai cessé de me poser des questions à ce moment-là pour me laisser embarquer par l'ivresse du moment. Je n'avais jamais fait ce genre de chose avec un autre homme. Je n'étais pas comme Zilla, et je ne pouvais m'empêcher de penser que ce qui s'était passé hier soir avec Paril et Eden n'avait effectivement rien à voir avec de l'homosexualité. Et pourtant... c'était si bon.

Quoi qu'il en soit, après cette journée à errer dans les brumes des lendemains de fête et des interrogations identitaires, pas de lectures. Juste une bonne – une vraie, cette fois – nuit de repos. Surtout que mon camarade Hector n'est certainement pas d'attaque pour étudier ce soir.

Je me tourne d'ailleurs vers lui qui termine sa brochette de poisson. Sans les rides précoces qui barrent son front soucieux ou les cernes qui s'agrandissent à mesure que les nuits raccourcissent, Hector serait probablement séduisant avec ses cheveux de jais et son regard profond. Est-ce que je pourrais être attiré par mon ami ? Est-ce que je pourrais avoir envie de partager autre chose que du savoir avec lui ? Il dévie à ce moment-là ses yeux sombres sur moi, et je me sens soudainement complètement perdu avec moi-même.

Je me racle la gorge pour me passer cette idée bizarre et lui dis :

— On va se coucher ?

Étant donné son désir de retrouver le contact avec son édredon, je m'attendais à ce qu'il me suive sans discuter. Au lieu de ça, il attrape ma manche pour m'intimer de me rasseoir.

— Non. Les chefs veulent dire quelque chose. Il faut attendre.

Ah ? J'ai raté cette information. Quoique cela me revient maintenant ; ce message qui circulait de bouche en bouche au sujet d'une annonce importante. Il fallait vraiment que je sois perturbé par ma nuit pour que cela me sorte de la tête. S'agit-il d'un mot d'hommage pour leur doyenne décédée ? Pour la fausse couche de la demoiselle ? Ils nous ont déjà imposé leur mariage hier, ils ne vont pas quand même pas nous retenir avec leur bébé mort cette fois ?

Je ne devrais pas penser en ces termes, je sais bien que c'est malheureux ce qui leur arrive, mais des mioches, ils peuvent en pondre encore et encore.

Les tresses fantasques de Bonnie – celle que tout le monde considère comme la cheffe ici, bien plus qu'un Zilla ou une Delvin – s'agitent et les conversations se tassent en comprenant qu'elle va parler. Comme je m'y attendais, elle déballe une litanie de mots convenus pour adresser son chagrin endeuillé. Au contraire de mes camarades Rafales qui ne font pas la moitié de mes efforts, je tâche d'afficher une mine triste et navrée. Ce n'est pas difficile, en fait, dans mon état de fatigue.

Quand elle se tait enfin, je lâche un soupir malgré moi et me prépare à me lever. Hélas, le calvaire n'est pas fini.

— Avant que vous ne partiez, Os a demandé à pouvoir dire quelque chose.

Elle se tourne vers le concerné pour l'adjoindre à s'avancer au centre du cercle. Cette situation inédite me tire aussitôt de ma torpeur. Os ? Parler ? Devant tout le monde ? Cela ne se produit jamais. Déjà parce qu'Os ne dit jamais rien de lui-même. Il faut lui arracher les vers du nez à grand renfort de questions. Je me souviens de sa façon de murmurer à l'oreille de Zilla, qui répétait ses mots du haut de sa stature. De ce qu'Hector m'en a raconté, c'était la même chose avec Marika. Os n'aime pas prendre le devant de la scène. La seule fois où il l'a fait, après la bataille du fleuve asséché, il avait quelque chose d'important à transmettre.

S'il est gêné de cette soudaine attention tournée vers lui, le garçon n'en laisse rien paraître. Pourtant, aux coups d'œil qu'il jette dans son dos, vers Zilla justement, je me demande s'il n'espère pas voir encore ce dernier accourir pour confisquer sa parole. Mais le chef ne bouge pas, bras croisés et dans l'ombre, il se contente de le fixer, comme si un échange muet circulait entre eux. Et je mettrais ma main à couper que c'est le cas. Je mettrais bien mon autre main à couper pour savoir ce qu'ils se disent par la pensée, mais je risque d'avoir encore besoin de mes extrémités.

Os finit par faire face à l'auditoire, à la place qu'occupait Bonnie plus tôt. Je m'attends à le voir se ramasser sur lui-même, triturer ses doigts ou balayer son regard n'importe où, comme n'importe quelle personne timide peu habituée à prendre la parole en public. Mais Os ne fait jamais les choses comme tout le monde. Il se tient droit comme un I et plante ses yeux transparents sur un point fixe de l'obscurité, loin derrière nous. Est-ce qu'il nous voit seulement ?

— Je sais que ce soir est bien mal choisi pour vous avouer ça, mais cet endroit, Dulaï Nor... ce n'est pas la Terre Promise. Pardon de vous avoir menti, ou plutôt, de ne pas l'avoir dit plus tôt. La plupart d'entre vous le savaient pertinemment et je ne voyais pas l'intérêt de mettre cela sur la table alors qu'il était finalement commode de se forger une nouvelle vie ici...

Au loin, je vois Fen gonfler comme un taureau en colère face à cette révélation et Zilla l'admonester d'un coup de coude pour l'empêcher d'interrompre le gamin. Os ne prête bien sûr aucune attention à Fen ni à personne d'autre. Il marque pourtant une pause dans son discours. Comme s'il cherchait les mots, lui que j'imagine bien plus apte à s'exprimer par des images.

Il lâche finalement un petit sourire qu'il semble n'adresser qu'à lui-même, avant de soupirer.

— Non, ce sont des excuses, en fait. La vérité, c'est que je ne sais pas où se trouve la vraie Terre Promise. Dieu a cessé de m'envoyer ses directions. Sa présence s'est éteinte depuis que nous nous sommes installés ici, malgré toutes mes tentatives pour me connecter à nouveau à lui. Plus rien. Jusqu'à aujourd'hui. Il m'a envoyé une nouvelle mission ! Nous devons sauver quelqu'un. Partir au plus vite pour l'aider et, en échange, cette personne nous dira où...

Cette fois, c'est Delvin qui manifeste son exaspération. Et la grande main de Zilla n'est pas là pour se coller à sa bouche et l'empêcher de couper la parole.

— Nous ? Nous ? Tu espères encore qu'on te suive dans tes délires mystiques ? N'as-tu pas assez causé de dégâts avec ces histoires ? Nona est morte. Sara a perdu son bébé. Et toi, tout ce que tu trouves à faire, c'est nous rabâcher encore les oreilles avec ta Terre Promise !

Finalement, si. Le grand blond avec ses manières dégingandées ne peut s'empêcher, une fois encore, d'intervenir à la rescousse de son protégé. Même moi, je vais finir par trouver ça malsain, à force. Surtout à le voir s'avancer pour déposer ses mains sur les épaules frêles – quoiqu'un peu plus musclées qu'autrefois – du petit Os. Ce tableau agite de drôles d'émotions en moi alors que je ne peux empêcher la vision des lèvres de Paril de s'y superposer. Bordel...

Je tâche de l'effacer quand Zilla se met à parler.

— Ce qu'essaye de dire Os, c'est qu'il existe toujours une ville grandiose à l'est qui n'attend que notre venue. Bien sûr, l'atteindre ne sera pas une partie de plaisir. On risque de galérer comme au bon vieux temps avant d'apercevoir à nouveau de jolis pâturages verts. Donc personne n'est obligé de rien, personne n'aura à suivre qui que ce soit. On vous annonce simplement qu'on part et si certains veulent se joindre à l'expédition pour ces nouvelles aventures, et bien j'imagine que le butin sera suffisamment conséquent pour être partagé. Mais ceux qui veulent rester restent.

Un silence consterné suit les paroles brutes de Zilla. Mais un silence bref. Un brouhaha assourdissant ne tarde pas à envahir l'assemblée. C'est dans une cacophonie sans nom que chacun y va de sa question dans les minutes qui suivent. Les colons ont besoin de digérer l'information, mais surtout de précisions. Où vont-ils ? Est-ce que c'est loin ? Combien de temps ? Est-ce qu'ils reviendront ici ? Qui doivent-ils aller sauver ?

Et à mesure que les questions pleuvent et que Zilla tente tant bien que mal de noyer le poisson, Os s'efface comme il a l'habitude de faire. Pas besoin d'avoir le cerveau d'un Hector pour deviner que le prophète improvisé n'a pas tout à fait de plan de route détaillé ni de programme des étapes de voyage. Il compte nous guider à l'aveuglette, ou plutôt, muni d'un sens dont il est le seul pourvu.

Lorsque les discussions commencent enfin à se tasser, la suite apparaît inévitable : qui veut à nouveau se jeter dans les nimbes de ce désert hostile et inconnu ? Partir en croisade pour satisfaire les désirs d'un dieu incertain ? Avec à la clé, un mirage des plus flous ?

Sans surprise, la majorité des ex-Rafales se portent volontaires. Je ne les aurais de toute façon pas imaginés se contenter d'amour et d'eau fraîche après avoir été nourris si longtemps aux flammes et aux massacres. Certains hésitent, cependant : ce vieux bonhomme d'Anon qui s'est trouvé une charmante jouvencelle à combler le soir après les travaux des champs ou le paisible Vaslow qui derrière les cylindres de sa 125 a toujours rêvé de cette quiétude pastorale.

Plus étonnant : Fen, que j'aurais imaginé le premier à sauter sur l'occasion, reste prostré dans son mutisme. Mutisme dont il sort dès que Rana manifeste son désir de suivre la bande. Il raccroche immédiatement les wagons et s'affirme à nouveau à sa place d'éternel second.

Et Wolf ? J'ai du mal à interpréter son air troublé, qui peut-être aussi bien imputable à son réveil tourmenté qu'à la tristesse de voir ses compagnons de toujours prêt à le quitter. J'imagine qu'une part de lui aimerait les suivre, mais qu'une part plus forte ne résoudra jamais à abandonner son nouvel amour ici. Il restera.

— Je viens aussi.

L'atmosphère est envahie d'un silence immédiat alors que la frêle Sara s'est levée pour déclamer ces mots avec une assertivité dont personne ne l'aurait soupçonnée. Wolf est le premier choqué de cette annonce.

— Mais, mon soleil...

Elle le coupe.

— Je ne savais pas si je devais croire à ces fables de dieux ou de destins, maintenant je sais. Nona et mon bébé ne sont pas morts aujourd'hui juste par hasard. C'est un signe, Wolf ! Et même si je ne sais pas comment l'interpréter, je crois en tout cas que cela signifie que je n'ai plus rien à faire ici. S'il vous plaît, je sais que je ne sais pas me battre, mais je peux faire la cuisine, alors laissez-moi venir avec vous.

Qui aurait pu croire ce petit brin de femme, que j'ai connu si terrorisée lorsqu'elle a failli passer entre les mains sales de notre bande de barbares, capable d'un tel aplomb ? À croire que ce deuil brutal l'a transformée.

Évidemment, Wolf se lève aussi. Où qu'elle aille, il ira. Il tente néanmoins de la raisonner. « Ce sera dangereux, mon soleil. Prenons le temps d'y réfléchir. » Elle demeure inflexible. Et du temps ? Ils n'en ont pas tant que ça. Os parle d'une personne en danger. Ses jours seraient comptés et ils doivent partir au plus vite pour espérer la secourir. Demain ou après-demain, mais pas plus tard.

Alors je jette un œil au reste des protagonistes. Qui d'autre parmi les Vautours aura le cran de se joindre à ce périple ?

À la suite de Rana, je vois certaines têtes comme Karima, Cléa ou Patrocle, bercés comme la guerrière dans des arcanes plus proches du combat que de l'agriculture, lui emboîter le pas. Selmek aussi se porte volontaire. Rien d'étonnant. J'imagine mal son affection pour Os la/le déporter de son sillage.

Et c'est tout. Je jette un coup d'œil affolé à Hector, puis à Eden et Paril. Que suis-je censé faire s'ils ne viennent pas ? Je ne peux pas partir sans eux, non ? Et je ne peux pas ne pas partir.

Finalement, la voix d'Hector jaillit d'un coup sec.

— Je vous accompagne. Vous aurez sûrement besoin d'un médecin sur le trajet puisqu'Alvin reste ici.

Il n'avait pas besoin de ce prétexte. Tout le monde sait que le scientifique obstiné ne peut que s'accrocher à son objet d'étude : Os. Il tourne son regard vers moi. Il s'attend à ce que je vienne aussi. Mais Eden ?

C'est une autre voix que la sienne qui s'exclame :

— Moi aussi, j'en suis.

o

Bonnie

Tout le monde a été surpris en entendant Delvin annoncer qu'elle souhaitait suivre les Rafales. Tout le monde a décroché sa mâchoire et s'est exclamé qu'elle était tombée sur la tête ou bien qu'ils avaient dû rater un épisode. Tout le monde, sauf moi. Et Os, bien sûr. Quoique Zilla non plus n'a pas semblé surpris. J'ai cru le voir esquisser un sourire en coin.

Pour ma part, je savais bien que mon amie ne supportait plus de s'enliser dans ce quotidien sans piment. Elle avait besoin d'un phare dans son existence. Phare qui s'est éteint depuis la mort de Marika. Peut-être espère-t-elle en rallumer la flamme en conquérant la Terre Promise. Du moins, c'est ainsi que j'interprète sa décision.

Une fois la réunion terminée et le feu de camp dispersé, Delvin est venue me voir. Je savais déjà ce qu'elle allait me dire.

— Tu feras une bien meilleure cheffe que moi.

Je souris tendrement. En effet, c'était déjà le cas depuis plusieurs mois, même si je n'ai jamais cherché à lui voler la place. Je pose mes mains sur ses épaules et la regarde longuement, profondément. Comme j'aimerais arracher la peine de son cœur et le voir scintiller à nouveau. Mais ce n'est pas moi qui pourrai accomplir ce fait. Je ne la verrai pas heureuse à nouveau, alors j'espère qu'elle le sera loin de moi.

On se serre dans les bras l'une de l'autre. Fort.

— J'espère que tu trouveras ce que tu cherches là-bas.

Même si je doute qu'elle sache elle-même ce qu'elle cherche.

— Tu vas me manquer, murmure-t-elle.

— Rana et Selmek prendront soin de toi.

— Et moi, j'aimerais bien en dire autant pour toi, mais tu es celle qui prend soin de tout le monde.

Oui, c'est mon sacerdoce et c'est ainsi que je veux mener ma vie. Loin du chaos et des combats, juste une vie paisible au sein d'une belle famille unie. Je devrais me réjouir du départ des fauteurs de trouble. Ces parasites n'étaient pas à leur place ici. Sauf qu'ils me manqueront malgré tout.

J'avais fini par m'y attacher à cette drôle d'union impie et contre nature.

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