Chapitre Huit : Les Murmures du Lac Putride

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Près du lac de Magnolia, on ne se sentait pas vivre. Il ne constituait ni un havre de paix ni un capital de couleur. Pas de vert émeraude ou de bleu pur, une rasade d’été au milieu des feuilles éparses. Le lac était sombre, noir, malfaisant. Le ciel ne s’y reflétait pas. Les enfants ne s’y baignaient pas. Même la nature possédait un goût putride d’inachevé.

Allie avait trouvé refuge à l’ombre d’un cognassier. Elle observait les deux seules personnes qui peuplaient le lieu. Une femme aux blue-jeans retroussés sur ses mollets et un garçon aux taches de son. Qu’est-ce que vous foutez là, voulut-elle crier à cette provinciale crottée. Peut-être que l’enfant avait insisté pour faire une promenade au bord de la mer. Ce lac pollué constituait sa maigre compensation.

Allie caressa du pouce la mousse au sol. Son contact rêche et râpeux la rassurait. La douce surface verte recouvrait les racines du cognassier. Dans un éclair de révélation, Allie s’y identifia. Elle était cette mousse sale qui s’accrochait au monde. Ses ongles grattèrent la terre putride, cette poussière qui serait toujours là après sa mort. Qui se disperserait plus tard que ses cendres. Elle était cette pourriture. Comme la mère Camara réduite à une chair suintante dans ce lit du passé. On ne pouvait s’empêcher d’y lire un présage. Elle se leva et s’approcha de l’eau.

L’enfant s’aventura dans le lac. Allie vit à ses mouvements qu’il ne savait pas nager. Il mouilla ses jambes, puis son bassin, puis son corps entier. Il n’était plus qu’une tête défiant l’onde sale, qui tentait de se rappeler les séances de natation du mercredi après-midi dans une piscine glacée et bondée. Sa mère ne le regardait pas. Elle scrutait l’horizon, s’y identifiant comme Allie à la mousse. Le gamin s’évapora. Il n’y eut pas de cris ou de gestes désespérés. Ce fut une simple disparition. La jeune inconnue aux ecchymoses bleues et au blue-jeans poussa un hurlement. Les profondeurs du lac avaient englouti son fils. Allie ne réagit pas. Elle fit demi-tour et revint près du cognassier. Ses pieds mordus par l’eau salée, elle esquissa un sourire. La douce surface humide avait contaminé le tronc de l’arbre, désormais totalement vert.

Lorsqu’Holden était petit, elle l’avait emmené au bord du lac. Parfum de mousse, de boue séchée et de sucre d’orge. Son sac à dos rempli de gâteaux et de compotes écrasées cognait contre ses reins. Son corps jeune et vigoureux le supportait sans problème. À présent, il lui aurait broyé les vertèbres. Holden avait quatre ans. Il marchait en titubant. Son crâne commençait à se doter de boucles brunes comme son père. Dans quelques années elles retomberaient sur son front en une mèche impeccable. Mais sa voix fluette et éraillée tranchait avec celle de Jérémie.

Au bord du lac, tout avait valsé. Ses pieds nus titillaient la grève et il restait impassible. Pourtant, Holden n’était pas un enfant calme. Il criait quand on lui enlevait sa tétine. Mais cette eau sombre, miroir inversé de la pureté du ciel, négatif des journées d’été, le laissait muet et béat. Le vent aplatissait ses cheveux sur son crâne en un épi ingrat, de la brume imbibait le lac et il ne bougeait toujours pas. Un instinct de meurtre avait ébranlé Allie cet après-midi-là. « Il veut se sacrifier, s’était-elle dit. Se donner en tribut pour cette nature angoissante. Il pense que si une âme pure se soumet à son appel, l’automne se dissipera et l’été viendra. Il ne souhaite pas vivre, il ne ressentira jamais que des pulsions de mort. » Il suffirait qu’elle l’aide, qu’elle le pousse un peu en avant. Il ne résisterait pas. Il n’y avait personne autour d’eux. Holden Camara disparaîtrait et personne ne le saurait.

Au dernier moment, elle finit par se résigner. Non, Allie, que dirait Jérémie ? Sa conscience morale trancha en elle toute velléité de meurtre. Des années après le lac, devant la bibliothèque de sa mère, elle regretterait de ne pas avoir poussé son fils.

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( ce recit est évidemment fictif ^^)
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