14.Cello Suite No.1 Prélude

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Ranelagh, ses jardins et son théâtre, le petit bijou du seizième arrondissement de Paris. Derrière les façades haussmanniennes se dissimulaient des lofts cossus et des jardins privatifs dont le commun des mortels n'avait parfois aucune idée. Barricadées derrière le luxe et l'opulence, les familles se transmettaient leurs biens de génération en génération.

Marie-Rose Dossancourt faisait évidemment partie des bien-nés de ce microcosme parisien. Malheureusement, ses parents avaient hérité d'un appartement, certes confortable, dans ce quartier dont les trottoirs n'étaient foulés que par de vieilles grand-mères aux manteaux de fourrure outranciers. Inutile de dire que son look excentrique jurait furieusement dans le voisinage et qu'elle ne passait pas un temps fou à se promener au milieu de tout ce beau monde.

En ce samedi après-midi, le taxi déposa Sasha entre les jardins du Ranelagh et les commerces de la rue de Passy, sur la Chaussée de la Muette. Comme prévu, il faisait beau, mais il n'eut pas à s'en soucier très longtemps. Il trouva rapidement l'entrée de l'immeuble de grand standing où vivait son amie. En passant la porte du hall après avoir sonné chez les Dossancourt, il fut d'abord décontenancé par l'horrible vert d'eau bordé d'ocre jaune, qui tapissait les murs du grand escalier Art Nouveau trônant face à lui. Un « bonjour » au concierge avant de grimper dans l'ascenseur transparent, afin de monter au quatrième étage.

Rose l'attendait devant la porte ouverte sur le palier. Ils s'embrassèrent avant de pénétrer dans la galerie d'entrée qui annonçait les goûts décoratifs des propriétaires des lieux. En somme, un style rococo moins chargé que dans le hall de l'immeuble, contrebalancé par des murs blancs, des couleurs sobres, et un parquet parfaitement entretenu. Sur les murs, des nus et des fêtes galantes ; au sol, du mobilier d'inspiration Louis ⅩⅤ. Rose, vêtue de son accoutrement de gothique-lolita, ressemblait à une poupée vivante hors de prix au sein d'un décor historique. Elle était belle, foulant les lattes cirées en faisant glisser ses collants fantaisie ornés de petites fleurs.

Seuls dans cet immense mais élégant appartement qu'elle lui fit visiter, ils se retrouvèrent rapidement dans la chambre de la jeune fille. Là, un grand lit à baldaquin, des peluches et des coussins à motifs gothiques disposés sur une literie de couleur violette. Les meubles noirs créaient du contraste, et des guirlandes aux ampoules multicolores étaient accrochées un peu partout dans la pièce. Une vitrine abritait une collection de poupées en porcelaine, toutes semblables avec leurs boucles blondes et leurs robes anciennes ; des copies miniatures de Rose, légèrement angoissantes mais joliment mises en scène. Sasha regarda par la fenêtre ; on pouvait voir un bout de la Tour Eiffel. Cette chambre, elle ressemblait tellement à la jolie blonde. Il l'envia un peu, pensant brièvement à la cellule aseptisée dans laquelle il dormait ; seulement quelques photos d'amis sur les murs, une icône de la Vierge, un bureau bien rangé, un dressing bien rangé, un lit toujours fait, une propreté et une normalité déprimantes.

Il secoua la tête avant d'être appelé par la jeune fille. Elle fit glisser une porte coulissante et révéla l'entrée de sa caverne d'Ali Baba. Sasha découvrit avec stupeur un énorme dressing rempli de vêtements, de robes, de chaussures... Mais aussi de perruques, de chapeaux, d'ombrelles et de tout un tas d'accessoires permettant de devenir quelqu'un d'autre, ou alors d'être soi, celui qu'on réprimait dans l'enceinte du lycée pour ressembler à tout le monde.

Il s'y engouffra, émerveillé par la profusion de couleurs et de tissus, caressa les dentelles, examina les chaussures. Que de jolies choses auxquelles il n'avait droit... En se redressant, il tomba sur une robe noire, bardée de charmants petits détails dont la finition était parfaite. Elle lui plut tant que, machinalement, il s'en saisit pour la plaquer contre lui et l'essayer mentalement. Rose demanda alors :

  • Tu veux la mettre ?

Il releva la tête, coupable, et rangea la robe :

  • Bien sûr que non !
  • Elle t'irait bien...
  • Les robes ne vont pas aux garçons.
  • Qui a dit ça ?

Il sourit tristement et quitta le dressing en frottant son coude par dessus l'écharpe qui lui maintenait le bras, peu enclin à donner la réponse. Rose l'invita alors à s'installer sur son lit tandis qu'elle courait mettre de la musique, puis revint s'asseoir auprès de lui. Sasha avait les yeux rivés sur la fenêtre. Son profil baigné de lumière prit un aspect féerique et troubla légèrement l'adolescente ; beau comme une fille, doux comme un prince, mais l'air mélancolique et secret du contemplateur résigné, spectateur de sa propre vie qui n'en était pourtant qu'à ses débuts.

  • Sasha ?
  • Hmm ?
  • À quoi tu penses ?
  • À rien.

Il avait répondu en souriant, toujours, car il était ainsi, fuyant et réservé lorsqu'on cherchait à lui retirer son masque. C'était triste. Rose était prête à écouter, mais il aurait fallu qu'il y mette du sien. Si l'histoire de Thomas était vraie, Thibault aurait bien des difficultés à tirer quoi que ce soit de ce rouquin introverti et complexé.

  • Tu veux parler ? questionna-t-elle.
  • Pourquoi ?
  • On sait jamais.
  • Tu...

Il hésita.

  • Ne me prends pas pour ce que je ne suis pas, finit-il par lâcher.
  • C'est à dire ?
  • Une victime.
  • Je ne le crois pas.
  • Alors qu'est-ce qu'il y a ?

Cette fois, il la regarda. Intensément. Mais elle ne cilla pas. Au lieu de ça, elle s'approcha et déposa un rapide baiser sur ses lèvres. Les joues de Sasha prirent alors une teinte si vive qu'elle en éclata de rire.

  • Pourquoi tu as fait ça ?! s'exclama-t-il.
  • Pour voir.
  • Pour voir ?

Elle détourna le regard et se concentra sur ses petits pieds qu'elle balançait au bord du lit.

  • Je me demandais si je t'intéressais.

Sasha se racla la gorge, gêné, sans savoir s'il existait une réponse à cette question. Est-ce que Rose était jolie ? Oui. Est-ce qu'elle sentait bon ? Oui aussi. Est-ce qu'il avait envie de toucher ses seins ? Là, ça se corsait un peu. Ils avaient l'air bien, hein... mais, c'était mieux d'être amis, non ? Plus facile, surtout...

Elle rit encore, l'arrachant à ses réflexions.

  • Ne t'en fais pas, le rassura-t-elle, je me demandais simplement si tu t'étais rapprochée de moi pour ça, et je comprends que non. Ce n'est pas grave.
  • Je ne veux pas te blesser.
  • Je sais. Je suppose que je t'aurais mieux plu si j'avais ressemblé à Lucas !

Est-ce que c'était une pique ? Ou une simple constatation ? Il secoua la tête négligemment et passa à autre chose. Si Rose espérait entendre ses confessions, elle pouvait toujours s'accrocher. Il n'avait rien à dire sur le sujet, tout simplement parce qu'il préférait ne pas savoir. Imaginer la débandade que provoquerait la nouvelle d'un fils homo chez les Dotremont, ça n'avait rien d'excitant ni de productif. Et puis mince, il n'avait vu Lucas qu'une fois, alors pourquoi Rose s'acharnait-elle tant sur la question ?

La jeune fille sentit qu'elle l'avait froissé. Elle s'en excusa et lui proposa de l'aider à choisir les accessoires pour finaliser sa tenue.

  • Tu as de beaux cheveux, reconnut-il sans pouvoir s'en empêcher.

Parce qu'ils étaient longs, soyeux et suffisamment épais pour pouvoir en faire quelque chose. Pas comme les siens, beaucoup trop fins, et qui ne tenaient en place qu'avec le bon fixatif. Elle lui passa la brosse pour qu'il l'aide à se coiffer. Il ne refusa pas, il le faisait avec beaucoup de plaisir quand sa maman le lui demandait. Lui, il n'aurait jamais le loisir de porter une toison dorée de ce genre. Autant grappiller là où il pouvait.

Ils parlèrent, d'eux et des autres ; de Julien et de ses frères, de la maison qu'il avait pour lui tout seul, d'Al et de son rire, de Flo et de son flegme ; de Lucas, un peu, mais Rose ne s'attarda pas. Lucas, c'était tabou. Et ça faisait palpiter le cœur un peu n'importe comment. Celui de Sasha se tordit mais il garda son calme. Dans quelques heures, ce serait différent. Parce qu'il le reverrait, et peut-être même qu'il le trouverait plus beau, plus ensorcelant – pourquoi est-ce que ça sentait la vanille ? – et ils rirent, probablement pour se cacher certaines vérités qu'ils préféraient ne pas voir en face. Celle, notamment, où Lucas occupait le myocarde et faisait pétiller le sang à base de « boum » et de « pschitt ». Pour l'un comme pour l'autre.

Très vite, il fut temps de monter dans un taxi afin de rejoindre les quais de Seine. Et plus ils se rapprochaient, plus ça tapait dans la poitrine, mais chacun conservait cette information la plus secrète possible, se gavant de sourires et de conversations anodines. Puis la voiture s'arrêta, les deux amis s'en extirpèrent, distingués comme son altesse et sa promise ; ils virent la grande silhouette sombre de Julien au loin, celle plus menue de Al et la décontractée de Flo ; encore une fois, Lucas se faisait désirer. Rose avait l'habitude et n'y pensa pas. Sasha, lui, se sentit soulagé. Peut-être qu'il n'aurait pas mal au ventre aujourd'hui.

Il fit alors de grands sourires, répondant à pourquoi il avait le bras en écharpe. Ça fit rire gentiment, puis le petit groupe descendit sur les quais, traînant alcool, clopes et guitare pour commencer à festoyer. Tout allait bien, il faisait beau, les gens étaient de bonne humeur, les touristes sur les péniches saluaient ceux qui prenaient l'apéro sur la rive. On regarda le soleil se coucher, éteignant progressivement ses rayons et teintant le ciel de pourpre et d'orangé. Sasha leva son nez vers Notre-Dame, admirant la vue et savourant l'atmosphère de liberté. Une voix retentit soudain, interrompant les rires et les discussions. La bande se tourna comme un seul homme vers sa provenance, et la bouille insolente de Lucas apparut au-dessus de leurs têtes. Ils le virent s'éloigner pour atteindre l'escalier et le descendre en grimpant sur la rampe en pierre. Il se laissa glisser en usant de ses mains, de ses pieds, de ses fesses, et se rattrapa de justesse une fois arrivé à l'extrémité.

Enfin, avec ce naturel qui lui ressemblait tant, il s'approcha d'eux et Sasha, qui tentait tant bien que mal de masquer ce trouble trop familier à son goût, se recroquevilla sur lui-même en espérant passer inaperçu.

Ça n'arriva pas. Après avoir serré les mains à tous et fait une bise à la seule fille, Lucas le remarqua très vite.

  • Tu dis pas « bonjour » ? demanda-t-il avec espièglerie.

Sasha dut alors se ressaisir. Si si bien sûr. Mais le feu qui envahit ses joues lui fit baisser les yeux quand le regard de Lucas se concentra beaucoup trop sur lui.

  • Qui c'est qui t'a fait ça ? en désignant l'écharpe.
  • Juste un accident en cours de sport...
  • Un mec l'a fait tomber, renchérit Rose.

Mais elle dit ça avec une pointe de dédain, consciemment ou non, et se précipita dans les bras de Lucas pour apprécier quelques secondes la tendresse dont il pouvait faire preuve. Sasha fut donc témoin des baisers sur le front, de la proximité, de l'affection que les deux jeunes gens se portaient l'un à l'autre.

Lucas mit toutefois fin à leur étreinte et se focalisa rapidement sur les copains, l'alcool qui tournait et l'odeur du joint que Flo squattait. Il prit des nouvelles des uns et des autres, puis, parce que le hasard en avait décidé ainsi, s'installa auprès de Sasha, la clope au bec et les fesses sur son skate. Rose le rejoignit rapidement, lui agrippant le bras et y posant doucement la tête. Les conversations reprirent leurs cours et le ventre du rouquin se creusa comme la toute première fois. Il respira l'odeur de vanille mêlée à la cigarette ; l'arôme subtil de la culpabilité. Sasha eut chaud, il se sentit cuire à l'étuvée et garda les yeux baissés.

  • Ça va ?

Il avait fallu que Lucas lui adresse la parole... Il releva timidement la tête, se figea plusieurs secondes devant son regard voilé par la fumée, un regard qui connaissait la réponse à la question posée ; il suffisait de s'attarder sur le petit sourire narquois qui fendait son visage pour s'en convaincre. Sasha bégaya un « oui » hypocrite, la chaleur ne le quitta pas, elle amplifia pour rosir un peu plus ses joues et le rendit moite. Mais Dieu était avec lui. Ce dernier détourna Lucas pour qu'il remarque les deux jeunes filles en short qui passèrent devant le groupe. Elles étaient jolies, et elles aussi virent le beau brun qui leur souriait sans complexe. Elles chuchotèrent quelque chose entre elles tout en continuant d'avancer, tandis que Lucas détaillait les gambettes à l'air et les fessiers qui les surplombaient. Puis, lorsqu'elles furent loin et qu'il en eut assez de se tordre le cou, il se leva et s'élança sur son skate pour les rejoindre sous les regards amusés des copains et des visages fermés de Rose et de Sasha. Tous observèrent son cinéma, on savait ce qu'il était parti chercher. Quand il roula jusqu'à les dépasser, il fit mine de tomber pour leur barrer la route ; elles s'exclamèrent, et de là la discussion s'installa.

Sasha les entendit glousser. Et ce charmant sourire qui façonna le visage de Lucas pendant qu'il draguait des filles lui fit honteusement mal dans la poitrine. C'était idiot, mais c'était comme ça. Lucas revint tout guilleret pour se réinstaller auprès de lui, se vantant auprès des autres lorsqu'ils lui demandèrent s'il avait réussi. Deux numéros au lieu d'un, parce qu'il était sympa, que quand il y en avait pour l'une, il y en avait pour l'autre. L'infidélité, c'était cool apparemment. Un vrai connard, mais un connard plein de charme qui effleura Sasha de trop près lorsqu'il allongea le bras pour attraper le joint – sa récompense – que Flo lui tendait. Deux-trois lattes rapides avant de le repasser, mais Lucas stoppa net en voyant Sasha l'observer.

  • Tu veux fumer ? proposa-t-il, clairement amusé.
  • Non, c'est... ça ne me réussit pas...

Un rire et le joint qui trouva les doigts du voisin. Lucas en profita pour se servir un petit rosé mais le téléphone qui vibra dans la poche de sa veste l'interrompit. Il râla en déposant son gobelet, avant de hausser les sourcils en découvrant le nom qui s'affichait.

  • Ouais ? fit-il mollement en décrochant.

Sasha vit ses paupières se plisser d'agacement et perçut une voix féminine en provenance du combiné.

  • Vas-y, baisse d'un ton, tu m'fais mal à la tête là...

Le rouquin n'avait pas envie d'être indiscret, mais il n'en perdit pas une miette.

  • De quoi ? […] J'sais pas qui c'est. […] Bah fouille pas si t'aimes pas ce que tu trouves. [...] Tu vas m'casser les couilles encore longtemps ? […] Ouais j'suis avec le groupe. […] Et alors ?

Lucas se rendit compte de l'indélicatesse de Sasha et finit par se lever pour s'éloigner. Il semblait contrarié. Le rouquin, lui, se sentit complètement nul d'avoir si désespérément envie d'épier une conversation qui ne le regardait pas. Quand le brun revint quelques minutes plus tard comme si de rien n'était, Rose demanda :

  • C'était Imane ?
  • Ouais.
  • Qu'est-ce qu'elle voulait ?
  • Me faire chier, comme d'hab.
  • C'est-à-dire ?
  • Elle fouille dans mes affaires et n'aime pas ce qu'elle trouve. J'ai envie de dire qu'elle a qu'à pas fouiller.
  • Elle a pas confiance, je serais pareille à sa place.
  • Ah ouais ?

Il eut l'air de s'en foutre royalement, mais Rose insista :

  • Un jour, à force de traiter les filles comme de la merde, y'en a une qui va finir par te planter un coup de couteau.

Il rit. Pas d'un rire méchant. Plutôt insouciant.

  • C'est pas gentil de dire ça, rétorqua-t-il, faussement outré. T'aimerais que ça arrive ?
  • Ça t'apprendrait la vie, bougonna-t-elle.
  • Ou peut-être que t'es jalouse parce que t'es la seule qui m'intéresse pas.

Il y eut un silence. Tout le monde avait entendu et Rose, humiliée, se leva d'un bond pour s'éloigner au plus vite. Sasha allait la suivre, mais Julien lança un petit caillou en direction de Lucas :

  • Va t'excuser.

Le jeune homme roula des yeux et s'exécuta, ce qui eut pour effet de couper le rouquin dans son élan. Autant laisser Lucas faire son mea culpa et la rejoindre après, si c'était ce qu'elle voulait. Il observa la scène de loin sans entendre ce que le couple avait à se dire.

Lucas rattrapa rapidement Rose, armé de son sourire gamin et lui lançant des « Ma puce, attends, allez, j'suis désolé ! ». Il l'était sincèrement, mais elle n'avait pas franchement envie de l'entendre. Il l'agrippa doucement pour la soustraire du regard des autres et s'isola derrière un pan de mur en pierres.

  • Allez, Rose, fais pas la gueule, j'suis désolé...
  • C'est pas vrai, tu l'es pas, c'est pour ça que tu le fais à chaque fois.
  • Qu'est-ce que tu veux que j'te dise ? Tu sais très bien pourquoi j'fais ça. T'es comme ma sœur, putain...

Elle détourna le regard, amère et dépitée :

  • Tu me laisses aucune chance...

Il rit doucement.

  • Une chance ? Une chance de quoi ?

Elle ne répondit pas. Il continua de sourire, la prit dans ses bras et poursuivit :

  • Rose, ça n'arrivera pas alors arrête d'être triste...
  • C'est pas une raison pour te foutre de moi devant tout le monde.
  • Si j'suis trop gentil, tu vas commencer à tout confondre.
  • Et Sasha ?

Un blanc. Sasha ? Lucas se recula et fit l'étonné en plongeant ses yeux gris dans le bleu humide qui mouillait le regard de Rose.

  • Fais pas l'innocent, tu sais très bien de quoi je parle, maugréa-t-elle.
  • Tu me prêtes des intentions malsaines, se défendit-il avec malice.
  • Je te connais. Sasha est transparent et toi ça t'amuse. C'est mon ami alors j'aimerais que...
  • C'est pas le mien, coupa-t-il sèchement.

Puis, son visage s'illumina à nouveau, le plus naturellement du monde lorsqu'il lui proposa de retourner auprès des autres. Elle accepta sans répondre, mais consciente de ce qu'il avait voulu dire. Parfois, elle oubliait que Lucas s'était un jour réveillé avec un trou dans la poitrine, si béant qu'on pouvait y passer la main, et que s'il y avait bien une chose à laquelle il s'évertuait, c'était justement de le combler. Par tous les moyens.

Tout le monde en faisait les frais. À commencer par Julien. Rose, elle savait, elle connaissait le nom qu'ils avaient tous oublié ; celui d'un frère qui manquait. Elle avait vu les excès même si elle n'avait pas tout compris. Lucas riait plus fort pour ne pas pleurer. Lucas vivait plus fort pour ne pas mourir. Lucas faisait mal pour ne plus ressentir. Et si Sasha continuait de l'observer avec des yeux de merlan frit, nul doute qu'il finirait par être englouti.

Elle vit Lucas se rasseoir auprès de lui. Elle vit le sourire que Lucas lui décocha en passant son bras autour de son cou. Il lui emprunta le téléphone qu'il avait dans les mains pour faire un selfie. Juste tous les deux. Elle sut que Sasha se sentit spécial. C'était toujours comme ça que ça commençait. Puis elle vit le doigt de Lucas déposer une caresse sur l'arête de son petit nez et glisser lentement sur ses lèvres entrouvertes. Sasha écarquilla les yeux mais se laissa faire. Il réprima la nausée. Il baissa la tête pour que personne ne s'en aperçoive. Il faisait beau, oui, et les touristes sur les péniches faisaient de grands signes à ceux qui profitaient de la rive. Sasha ferma les paupières. Le vent était doux. Les rires, le vin, les discussions l'étaient aussi. L'empreinte du doigt de Lucas sur ses lèvres ne le quitta pas. Est-ce qu'elle serait toujours là lorsqu'il rouvrirait les yeux ?

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