Chapitre Vingt-Six

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Deux cents ans.

Deux cents putains d'années !

Cette ville en ruine était celle où j'avais grandi, celle où mes parents vivaient. Si je sortais, je pourrais alors trouver leur résidence ? Leur maison, vide et poussiéreuse, abandonnée. Déserte, parce que deux cents ans s'étaient écoulés et que mes parents...

Samuel exhibait de vieux papiers griffonnés à la main. Il m'expliquait ce qu'ils avaient découverts, les conclusions qu'ils avaient tirées en jouant les squatteurs.

Mais je n'avais pas besoin de l'écouter. A la façon d'un puzzle, tout s'assemblait. Je connaissais l'histoire de mon monde. Nous vivions tous dans de jolies bulles, le regard soigneusement tourné vers l'intérieur. Pas une pensée pour ce qui se passait en dehors du dôme, jamais. Les hommes avaient réduit la Terre en poussière, nous étions en train d'écraser ce qui restait sans nous en soucier. A force d'abuser d'elle, notre planète avait fini par mourir, entraînant avec elle les villes-dômes et ses habitants. Un monde devenu inhabitable.

Mes parents étaient morts.

Tout le monde était mort.

Je cherchais le regard d'Orlan. La révélation de Samuel l'avait visiblement ébranlé, à moins qu'il n'ait été encore en train de mentir.

« Tu le savais ? »

J'étais certaine qu'il était au courant. Il ouvrit de grands yeux et secoua aussitôt la tête.

« Je te promets que je n'étais pas au courant.

- Tu mens. » assénais-je. Ma voix tremblait. J'avais la gorge serrée, j'étais... furieuse. Choquée.

Horrifiée.

« Diana, je te jure que je ne savais pas. » m'assura Orlan en s'approchant. D'une main hésitante, il voulut me réconforter.

Je le repoussais avec violence. Il ne connaissait pas le contact humain ? J'allais lui donner de quoi satisfaire sa curiosité. Je plaquais mes deux mains sur son torse et le poussais une nouvelle fois, le forçant à reculer d'un pas, puis d'un autre.

« Tu mens ! Tu mens ! » hurlais-je. Cette fois, je le frappais, mes poings rebondissant sur sa poitrine, ses épaules. Ses yeux brillaient. Il souffrait, il avait mal pour moi. Pas à cause de mes attaques minables. Parce que je souffrais.

Quand il voulut m'attraper les poignets, je réagis avec plus de violence encore et une meilleure maîtrise de mes coups. Il chancela brièvement et j'en profitais pour courir vers la cage d'escalier. Je dévalais les marches, mon prénom retentissant dans l'obscurité. Je descendais à toute vitesse, ne m'arrêtant pas une fois parvenue au rez-de-chaussée.

Je traversais la place avec la fontaine synthétique et j'empruntais une rue transversale. Je courais, sans y voir de façon claire. Un autre gouffre et j'y resterais. Je m'en moquais. Je ne pensais plus. Mon corps, parfaitement remis de l'accident, avala les kilomètres de la ville-dôme. Les rues défilaient. Les maisons se suivaient, vides. La mort était présente partout. Mes larmes ne m'empêchaient pas de voir des silhouettes fantomatiques, conséquence de mon cerveau embrumé. Je croyais voir des gens, des habitants du dôme.

Je courais plus vite.

J'atteignis la limite du dôme au moment où le soleil apparaissait à l'horizon. Je me faufilais dans une brèche, atterrissais dans le sable et fonçais vers la forêt. Je montais, descendais les dunes. Je fis le tour de l'imposant village d'arbres pour emprunter le chemin peu visité qu'Orlan m'avait fait découvrir. Il n'y avait personne, ni dans les champs que je traversais à toute allure. Au milieu des arbres imposants, je grimpais à la première échelle. Je ne croisais personne, les arbres ici n'étaient pas aménagés pour y vivre. Je m'accrochais à des barreaux, à des rampes. Parfois je me faufilais directement sur les branches, grimpant de plus en plus haut. J'atteignis une plate-forme et ne m'arrêtais que pour agripper une planche clouée au tronc. Vu l'état, l'échelle ne devait pas avoir été empruntée depuis longtemps. Tant mieux. Je me hissais le long du tronc, jusqu'à une nouvelle plate-forme. J'étais au milieu des branches et des feuilles, je ne voyais même plus le sol.

Alors seulement je m'arrêtais.

Haletante, couverte de transpiration, je me laissais tomber sur les planches, et me roulais en boule.

Mes parents étaient morts.

Le futur.

Tout le monde était mort.

Un futur où les dômes n'étaient plus que des ruines. Mon monde était mort.

Je pleurais, je hoquetais, je me noyais dans ma douleur.

Tout cela était de notre faute.

Nous avions tué la Terre et elle nous avait emportés avec elle.

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