Chapitre 22

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Léana

- Aucun membre de sa famille ne peut être là Sam.

- Je le comprends bien Léa, mais je ne peux pas laisser entrer n’importe qui dans sa chambre.

Je dévisage le docteur Cortes d’un air que j’imagine désespéré. Les nouvelles sont rassurantes concernant l’état de santé de Matt, mais j’ai besoin de le voir, et mes collègues aussi, pour m’en assurer. Cependant, comme souvent, n’étant que de simples collègues, nous ne pouvons pas avoir accès à toutes les informations et n’avons pas l’autorisation de voir le patient si un membre de sa famille ne nous y autorise pas.

- Nous ne sommes pas n’importe qui bon sang. On parle de ses collègues, de ses colocataires. Nous sommes sa famille ! m’emporté-je.

- Cela ne suffit pas, tout ceci est trop officieux et tu le sais.

Je soupire lourdement. Je sais qu’il a raison. Connaissant le père de Matt, s’il apprend que Cortes nous a informé de son état de santé alors qu’il ne l’avait pas autorisé, il est capable de tout et n’importe quoi pour semer le trouble. Alors j’inspire profondément et lâche la bombe qui, je le sais, nous retombera dessus au boulot. Cependant, pas le choix à cet instant.

- Je suis sa compagne.

Je n’ose pas jeter un regard autour de moi pour voir la tête de mes collègues et encore moins celle du Chef Jones, mais j’affirme cela ouvertement en priant pour que Matt n’ait pas tiré un trait sur nous deux et que nous soyons de nouveau un couple.

- C’est nouveau ça, marmonne le Docteur Cortes en fronçant les sourcils.

- Je peux en attester, me soutient Paul, je vis avec eux. Ils étaient ensemble avant la perte de mémoire de Léana et se sont remis ensemble il y a deux semaines.

- Sam, je sais que nous ne sommes pas mariés, mais je suis ce qu’il a de plus proche de la famille. Son père et lui sont en froid, sa mère est… Inexistante. Pas de frère et sœur. Laisse-moi le voir.

- Mademoiselle Legrand est le contact d’urgence de Matthew à la caserne, intervient le Chef Jones qui se poste à mes côtés en tendant une feuille pliée en quatre et froissée à Cortes. Ainsi que la personne qui a un droit de décision quant à ses actes médicaux.

J’écarquille les yeux et m’empare de la feuille avant que Sam ne la prenne pour la déplier. Effectivement, Matt m’a désignée comme personne de confiance concernant ses soins médicaux dans le cas où il ne serait pas à-même de prendre des décisions lui-même. Mon dieu, je n’en reviens pas, il ne m’en a jamais parlé. Je tends la feuille à Cortes et avance d’un pas, désormais plus sûre de moi que jamais quant à ma légitimité à voir mon pompier.

- Je veux le voir, Sam.

Le docteur soupire et parcourt la feuille des yeux avant de me faire signe de le suivre. J’adresse un regard de remerciement à Jones et prends Paul dans mes bras rapidement avant de leur promettre de revenir vite leur donner des nouvelles. Je suis Sam dans les couloirs blancs de l’hôpital et me retrouve seule avec lui dans l’ascenseur.

- Je ne savais pas que Matthew et toi sortiez ensemble.

- Je ne m’en souvenais plus jusqu’à il y a quelques jours à vrai dire, soupiré-je.

- Je vois… J’aurais dû tenter ma chance plus tôt alors.

J’écarquille les yeux et rougis instantanément en comprenant le sous-entendu. Je n’avais pas fait attention au fait que je pouvais l’intéresser.

- Je… Oh… Mince, je bafouille avant de rire nerveusement. Excuse-moi.

- Je ne t’en veux pas, c’est la vie. J’espère qu’il te rend heureuse.

- J’ai souvenir que c’était le cas. Aujourd’hui c’est un peu compliqué mais… Une amnésie ça n’aide pas.

- Oui je me doute.

Le silence s’installe jusqu’à ce que les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Après plusieurs nouveaux couloirs traversés, Sam me laisse devant la porte de la chambre qu’occupe Matt. Je me morigène d’oser stresser quant à la réaction qu’il pourrait avoir en me voyant là alors qu’il a une nouvelle fois été blessé en intervention et entre doucement dans la pièce. Mon pompier est allongé, relié à plusieurs fils que j’identifie rapidement. Le bip du scope[1] est lent et régulier, j’observe ses constantes et ne peux m’empêcher de sourire en voyant la poche de la sonde urinaire qui lui a été posée. Nul doute qu’il n’appréciera pas la surprise.

J’approche lentement et observe Matt. Il est pâle, et ce n’est pas le peu de lumière qui filtre derrières les stores des fenêtres qui va me contredire. Je glisse mes doigts dans ses cheveux et caresse sa joue. Sa barbe est encore plus longue qu'à la cabane, il n’a pas dû la tailler depuis. Comment puis-je le trouver encore sexy allongé sur ce lit, diminué ? Comment puis-je avoir ce genre de pensées, cette sensation d'être attirée comme un aimant ? C’est totalement déplacé de ma part. Je me penche et dépose un baiser sur son front, ce qui le fait sursauter. Je recule brusquement, surprise, mais il attrape mon poignet en grimaçant.

- Ne bouge pas Matt, tout va bien.

- Léa ? Qu’est-ce que… Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Tu as perdu la bataille contre un plafond Cow-boy…

- Les autres vont bien ?

- Tout le monde va bien, mais ils se font du souci pour toi.

Matthew soupire et ferme les yeux un moment. Ses sourcils se froncent un moment avant que son visage ne se détende. Il reprend la parole après ce qui me semble être une éternité et alors que je pensais qu’il s’était rendormi.

- Tu es revenue parce que j’ai eu un accident ?

- Non, j’étais rentrée avant d’être au courant… A vrai dire je vous attendais à la coloc. Matt je…

- Non, me coupe-t-il. Je ne veux rien savoir. Je veux juste que ma colocataire et amie soit là, tais-toi s’il te plait.

Je ferme les yeux et inspire lourdement. Alors il ne veut plus de moi que comme amie ? J’ai tout gagné, c’est mérité. Est-ce que l’amitié est mieux que rien ? Je ne suis pas certaine de pouvoir m’en contenter, même si vu le contexte actuel je vais me satisfaire du fait qu’il me parle encore.

- Très bien, je ne dirai rien de plus, pour le moment en tout cas.

- Merci, murmure-t-il en grimaçant à nouveau. Comment je m’en sors ?

- Tu as fait une hémorragie interne, tu es bon pour un alitement de plusieurs jours et du repos forcé.

- Fait chier.

- Tu es en vie, c’est l’essentiel.

- Sans doute oui… Tu repars quand ?

- Je n’ai pas prévu de quitter cet hôpital tant que tu n’en partiras pas.

- Non, je parle de fuir, de me fuir moi, la coloc et la ville une fois de plus.

Je détourne le regard même si Matt a les yeux fermés et ne peut voir la honte qui m’habite. Je l’ai trahi puis abandonné, je ne mérite pas meilleur traitement.

- Ce n’est pas au programme non plus.

- Hum…

- Matt je t’assure que j’y travaille, je vois un…

- Je suis crevé Léa, me coupe-t-il à nouveau.

- Ok, soupiré-je. Repose-toi alors. Je… je reviendrai plus tard.

Matt ne me répond pas et je finis par tourner les talons, au bord des larmes. J’ai beau comprendre sa réaction, elle n’en reste pas moins douloureuse. J’ai la main sur la poignée de la porte lorsque je l’entends m’interpeler.

- Oui ?

- Promets-moi que tu seras là quand je me réveillerai.

Je fais demi-tour et approche de son lit pour nouer mes doigts au siens et poser un nouveau baiser sur son front.

- Je te le promets Matt. Je vais juste donner des nouvelles aux collègues et je reviens. Tu n’es pas près de te débarrasser de moi.

- Tant mieux, murmure-t-il en serrant mes doigts dans les siens alors que j’embrasse sa joue râpeuse. Ne repars pas s’il te plait, je ne suis pas sûr de pouvoir te pardonner deux fois ma douce.

[1] Appareil qui sert à mesurer le rythme cardiaque, la pression artérielle, la fréquence respiratoire et la quantité d’oxygène dans le sang

Annotations

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Lia 53
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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
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Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
_____________

Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
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