Chapitre 8

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Matthew

Je bouillonne de l’intérieur alors que Léa se prépare dans la salle de bain depuis plus d’une heure. Romain l’a recontactée après quatre jours de silence, se demandant pourquoi elle ne l’avait pas rappelé. Résultat, Paul a eu le droit à la soufflante de sa vie quand elle a compris ce qu’il avait fait. J’ai bien essayé de le défendre, après tout il agissait dans mon intérêt, mais il n’a pas moufté et a encaissé comme un chef les reproches de la Guerrière. Elle le boude depuis trois jours, et lui ne bronche pas, il reste égal à lui-même, toujours aussi taquin et aux petits soins pour Léa. S’il n’était pas mon meilleur pote, je crois que je le détesterais d’être aussi attentionné envers ma nana. Je me suis déjà demandé s’il n’avait pas des sentiments pour elle. Toujours est-il qu’il n’a jamais marché sur mes plates-bandes et je l’en remercie, ça m’aurait fait chier de devoir cacher le corps de mon meilleur ami pour masquer mon crime.

Lorsque crétin frappe à la porte, je vais lui ouvrir avec une tronche de six pieds de long. Je suis à deux doigts de lui claquer la porte au nez quand je vois un sourire carnassier se dessiner sur son visage et ses yeux de pervers se poser au-dessus de mon épaule. Je me retourne pour découvrir Léa, vêtue d’une robe bordeaux évasée à partir de la taille et qui lui arrive au-dessus du genou, alors que sa poitrine est comprimée dans un col en V léger dont les bretelles épaisses sont nouées derrière sa nuque. Elle est tout bonnement sublime, et le décolleté qui descend jusque ses reins ne fait que confirmer la première impression.

Elle passe devant moi en m’adressant un léger sourire et embrasse Romain sur la joue. Je détourne les yeux, incapable de supporter la vision de crétin qui l’enlace. Lorsque Léa se retourne pour attraper sa veste et son sac à main, je croise son regard et suis surpris d’y trouver un élan de culpabilité. Je passe outre cette observation, entoure ses épaules d’un bras et l’embrasse sur la tempe.

- Bonne soirée Chouquette. Fais attention à toi d’accord ?

- Promis.

- Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu appelles.

- Paul m’a dit la même chose, ronchonne-t-elle. Je vais juste au restaurant avec Romain les gars.

Elle m’embrasse sur la joue et sort alors que j’ai encore la sensation de ses lèvres qui caressent ma peau. Juste au restaurant avec Romain. C’est déjà bien trop à mon goût bon sang !

****

Impossible de dormir. Léana n’est pas encore rentrée, je suis à mi-chemin entre inquiétude, car ils n’étaient censés aller qu’au restaurant, et rage à l’idée qu’il ait pu la ramener chez lui. Je tourne en rond comme une bête en cage depuis un moment. Je ne sais pas comment je vais réagir si cela devient sérieux entre eux. Paul m’a dit de dire à Romain la vérité. Mais s’il le répète à Léa, comment réagira-t-elle ? Et puis, c’est un mec. On ne se connaît pas, il s’en fout de marcher sur mes plates-bandes. J’en suis là dans mes réflexions quand j’entends la porte d’entrée s’ouvrir. Je me poste à l’entrée de ma chambre. D’ici, je peux les entendre et même les voir, mais l’obscurité du premier étage me permet de ne pas être vu.

- Merci pour la soirée.

- C’était un plaisir Léa. On refait ça quand tu veux ma jolie.

Crétin l’enlace avant de l’embrasser. J’hésite entre vomir et descendre lui coller mon poing dans la figure. Léa se laisse faire et glisse ses mains dans ses cheveux. Ce geste, j’adore quand elle le fait. Sur moi. Là j’ai envie de ruer dans les brancards. Davantage encore quand crétin s’invite à la maison en l’entraînant à l’intérieur, refermant la porte et la collant contre celle-ci. Cependant, je jubile quand Léa le repousse gentiment.

- Pas ici.

- Pourquoi ? ça ne t’a pas dérangé la dernière fois.

- Ça me met mal à l’aise par rapport à mes colocs.

- Si tu veux mon avis, tes colocs sont trop protecteurs avec toi. Tu ne leur appartiens pas, tu as le droit de vivre ta vie.

- J’ai oublié une partie de ma vie Romain, j’imagine que s’ils sont comme ça, c’est qu’ils ont leurs raisons, même si je ne m’en souviens pas.

- Mouais, je crois que l’un et l’autre espèrent surtout te coller dans leur lit. Surtout le brun là, Matthew.

- Matt ? rigole-t-elle. Pourquoi tu dis ça ?

- Il te dévore des yeux, et ça me rend fou. A contrario, si ses yeux étaient des flingues je serais mort depuis longtemps.

Je me retiens de rire. Il a tout à fait raison. Mais il aurait tout d’abord souffert avant de mourir, juste punition pour avoir touché à ma femme.

- Tu dis n’importe quoi.

- Oh non, je suis un homme, et je connais les hommes. Bon, assez parlé, on file dans ta chambre ?

- Pas ce soir Romain, je suis crevée et vraiment, ici ça me gêne.

- Quoi ? T’es sérieuse ? Allez Léa, je t’ai emmené au restau, j’ai bien droit à un petit coup vite fait, je peux être parti avant que tes colocs se lèvent.

Léa le repousse plus violemment cette fois. Crétin vient de réveiller la Guerrière et ça me ravit. Il ne doit pas encore l’avoir vue en colère car il ne recule pas. J’aurais presque pitié de lui si l’idée qu’elle le vire ne me plaisait pas tant.

- Je te demande pardon ? Un petit coup vite fait ? Tu m’as payé le restau pour pouvoir baiser ? Tu me prends pour qui là ?

- Ce n’est pas ce que je voulais dire, tu le sais bien.

- Non je ne le sais pas, mais exprime-toi voyons. Parce que si tu comptes me baiser en ne te préoccupant que de ton plaisir comme la dernière fois, merci mais non merci !

- Quoi ? Arrête Léa, ne me dis pas que tu n’as pas pris ton pied, c’est de la mauvaise foi.

Chouquette s’esclaffe tout en enlevant sa veste puis ses chaussures. Moi, je suis à mi-chemin entre le plaisir de savoir qu'il n'a même pas été capable de la satisfaire et l'envie de lui arracher les couilles.

- Crois-moi, la mauvaise foi n’a rien à voir là-dedans. Tu as un sacré problème si tu n’es pas capable de voir quand une femme jouit. Sur ce, je suis crevée, je vais aller me coucher. Encore merci pour la soirée Romain.

- Hé, dit-il en lui attrapant le bras. Tu vas vraiment me foutre à la porte ?

Léana se dégage de la prise de Crétin avant que j’ai pu faire un pas. Elle ouvre la porte d’entrée.

- La prochaine fois que tu cherches un plan cul, assure-toi au moins d’assurer en retour.

- T’es vraiment une putain d’aguicheuse, tu le sais ? s’insurge-t-il en passant la porte.

- Et toi un sombre crétin !

Elle referme la porte en la claquant. Cette femme est capable de faire dresser mon entrejambe rien qu’en s’énervant. Bon, soyons franc, elle est capable de me faire bander rien qu’en me regardant, mais quand elle s’énerve c’est juste… inqualifiable !

- Tout va bien ? demandé-je en avançant sur le palier.

- T’es un sacré fouineur Cow-boy ! soupire-t-elle.

- Cow-boy ?! Léa, tu m’as appelé Cow-boy ?

Je descends les escaliers et la rejoins dans l’entrée. Merde, elle m’a appelé Cow-boy. Bordel ! Est-ce qu’elle se souvient ?

****

Un an plus tôt

- Franchement, ce restau c’est une idée débile, bougonné-je alors que nous attendons qu’une table se libère.

- Tu déconnes ? j’adore l’ambiance western, sourit Léa.

Sophia lui a parlé de ce petit restaurant aux abords de la ville à la décoration saloon et, amatrice de restaurants à l’ambiance atypique, Léana a sauté sur l’occasion. Elle m’a traîné ici de force, avec son décolleté plongeant, sa petite jupe en jeans et ses bottes de l’enfer. Je n’ai qu’une hâte, c’est rentrer à la coloc pour lui enlever cette jupe et la faire gémir.

Je l’enlace par derrière et pose mon menton sur son épaule en caressant son ventre à travers ce chemisier blanc dont les boutons m’appellent pour un déshabillage rapide. Ici, peu de chance de croiser du monde que nous connaissons et dont nous devons nous cacher. Voilà une semaine que nous ne nous sommes pas retrouvés en tête à tête, Léa étant partie en formation à trois-cents kilomètres de la maison.

- J’ai juste envie de rentrer à la coloc avec une pizza et de te faire l’amour encore et encore.

Elle entrelace nos doigts et pose sa tête contre moi en soupirant. Je resserre mon étreinte avec le besoin que nos corps fusionnent, comme si elle n’était jamais assez proche de moi, tout en tentant de contrôler mon envie d’elle. Je me vois mal ma balader dans le restaurant avec la trique.

- Je meurs de faim, Cow-boy !

- Cow-boy ? ris-je.

- Oui, c’est sexy et viril un cow-boy. Ça te va bien je trouve.

Je bougonne contre son cou, bien que sa description de moi me plaise plutôt bien.

- Tu vas faire un tour de taureau mécanique ?

- Carrément, ris-je.

- J’ai hâte de voir ça Cow-boy !

- Ok, alors on fait un deal : si je tiens plus de dix secondes sur le taureau, on laisse tomber le restau et on rentre pour que je te fasse l’amour jusqu’à épuisement de nos deux corps, susurré-je contre son oreille.

Léana frissonne contre moi alors que je dépose une série de baisers humides dans son cou.

- On a un deal si on s’arrête acheter quelque chose à manger en chemin, j’ai vraiment faim tu sais, rit-elle.

- Moi aussi j’ai faim, dis-je en mordillant la chair tendre sous son oreille tout en frottant mon érection contre ses fesses.

- Ok, on laisse tomber le restau, dit-elle en se retournant.

- Et le taureau ?

- On s’en fout de ce putain de taureau ! rit-elle en m’entraînant à l’extérieur.

****

Aujourd’hui

- Oui, je ne sais pas d’où c’est sorti. Pourquoi ?

- Non pour rien… C’est un surnom que tu me donnais à une période.

Merde, pas de souvenir. Un pur hasard. C’est tellement frustrant ! Ce petit surnom était devenu un jeu entre nous. Elle l’utilisait pendant les préliminaires, quand elle me tournait autour. Et, en public, elle se payait ma tête avec ce surnom quand j’en faisais selon elle un peu trop, que je me montrais trop possessif malgré le fait que nous ne devions pas ébruiter notre relation.

- Oh, répond-elle confuse. Chouquette et Cow-boy… Un duo de choc.

- Tu n’imagines même pas…

- Matt… Je peux te poser une question ?

- Evidemment, tout ce que tu veux.

- Tu me le dirais si… Entre toi et moi… Enfin, disons que j’ai parfois l’impression que toi et moi nous étions vraiment très proches.

Ça tu peux le dire. Je n’ai jamais été aussi proche d’une femme de ma vie. Mais je ne peux décemment pas lui dire la vérité, que nous étions plus que vraiment très proches. Je veux que cette femme m’aime, qu’elle ait vraiment des sentiments pour moi, pas un semblant de souvenir.

- Nous étions vraiment très proches oui.

- A quel point ?

- Des amis proches, des confidents… dis-je en souriant pour appuyer mes propos.

- Rien de plus ?

- Quoi ? On est colocs Léa, mens-je effrontément.

- Ok, je voulais être sûre… Bon allez, bonne nuit Cow-boy, répond-elle en me faisant un clin d’œil.

Elle m’embrasse sur la joue et je la retiens pour la prendre dans mes bras un instant.

- Bonne nuit Chouquette, murmuré-je en la relâchant.

Merde. Je ne voulais pas lui mentir. Vraiment. Mais la peur qui me tenaille les tripes est toujours présente. J’ai besoin d’être certain qu’elle est sincère dans ses sentiments, dans l’éventualité où elle retomberait amoureuse de moi. Je ne supporterais pas le doute.

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

On utilise souvent l'expression "être dingue de quelqu'un" "être fou de l'autre"...ce récit va vous montrer le véritable sens de ces mots.

Ce récit est dérangeant, déstabilisant, il va vous faire découvrir des sensations que vous ne connaissez surement pas. Si vous êtes prêts à venir dans ma création, alors suivez-moi...


ATTENTION, ce récit comporte des scènes difficiles !!!
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Défi
Ceryse ‎
Réponse au défi : "Il était une fois... un roman à quatre mains" avec @PoloAuteur@ !
Du 20/09/2020 au 20/09/2021, nous allons faire de notre mieux pour écrire une phrase tour à tour tous les jours !
1100
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22
18
XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
Personnellement, je n'étais pas très tentée. J'aime que les choses soient faites à ma façon, alors forcément, écrire à deux me paraissait inenvisageable. Et puis, j'ai virtuellement rencontré quelqu'un qui m'a fait me dire "et pourquoi pas ?". L'idée est lancée, Lecossais et moi nous y mettons...

Voici la conséquence d'une collaboration des plus agréables entre un dirlo et une éduc (parce que oui, c'est possible !)... Bienvenue dans notre monde.
Nous vous laissons découvrir le résultat de longues soirées d'écriture à distance, de rires, de vannes, de moments d'émotions diverses...

Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
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Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
Albane ne se sent bien qu’à son travail, là où elle peut être elle-même, là où elle n’a pas à se cacher, là où elle peut aider les autres. Lorsqu’elle accueille Julien, bourru et peu aimable, avec ses enfants, elle se donne pour objectif de leur redonner le sourire et de tout faire pour leur permettre de retrouver une vie ordinaire, quitte à jouer un peu avec le règlement.
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