Chapitre 7

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Matthew

Ce matin, je me réveille avec une nouvelle énergie. L’opération reconquête est en route ! J’enfile un jeans et un pull, récupère mon portefeuille dans ma veste et file à la boulangerie du coin de la rue. Je compte embarquer Léana dans un lieu qu’elle adore, et qui est également le lieu où je l’ai embrassée pour la première fois. Qui sait, cela lui rappellera peut-être des souvenirs. Je sais qu’elle adore ce petit coin de forêt traversé par un ruisseau. Elle va régulièrement s’y réfugier après une garde compliquée. Enfin, elle allait, avant sa perte de mémoire.

Je rentre, muni d’un sac de viennoiseries et me dirige en cuisine pour faire couler le café. Je ne l’ai pas entendue rentrer hier soir, elle était de sortie avec Sophia dans une boite à l’autre bout de la ville. J’ai dû me retenir de les pister et de les surveiller, mon taux de stress depuis que Léa a repris ses sorties en célibataire a atteint un niveau proche de l’insupportable. Le problème quand on garde une relation secrète, c’est que personne ne peut surveiller les choses en cas d’amnésie. En même temps, qui imaginerait se retrouver dans ce genre de situation ! J’ai bien pensé en parler à Sophia, mais à part la mettre dans une situation compliquée, je ne vois pas ce que cela m’apporterait.

Je m’installe au comptoir quand j’entends la porte de la chambre de Léa s’ouvrir. Le sourire qui naissait sur mon visage meurt à la seconde où je vois le brun de l’autre soir sortir en caleçon de la chambre. Putain de bordel de merde ! Je bouillonne, une envie folle de le jeter dehors en l’attrapant par les couilles me prend.

- Salut, je peux me prendre un café ? dit-il, se dirigeant vers la cafetière sans même attendre ma réponse.

Paul choisit ce moment pour descendre. Il me gratifie de son accolade fraternelle habituelle et se fige en apercevant le crétin en train de fouiller dans les placards pour se dégoter une tasse. Il fronce les sourcils, m’interroge du regard. Que répondre à ça ? Que ma copine vient de me tromper mais que je ne peux même pas lui en vouloir parce qu’elle ne se souvient pas que nous sommes ensemble ? La jalousie me tord les entrailles. C’est une douleur lancinante qui s’installe dans tout mon corps. L’idée que ce connard a posé ses sales pattes sur ma femme me donne envie de vomir, et plus encore de le tuer après l’avoir fait souffrir.

- Léa dort encore ? questionne Paul en redirigeant son attention vers ce Romain.

- Ouais, répond simplement crétin en se servant une viennoiserie dans le sachet posé près de la cafetière.

- Tu devrais savoir qu’elle n’aime pas trop voir ses conquêtes au réveil.

Je fronce les sourcils et regarde Paul du coin de l’œil. Que fait-il ?

- Ah ouais ?

- Oui, elle ne rappelle jamais un mec qui était là quand elle s’est levée. Elle a peur qu’il soit trop collant.

Je me retiens de sourire. Paul est un sacré menteur quand il s’y met. Plus convaincant qu’un foutu politicien. Je vois les rouages du cerveau de crétin se mettre en marche. Je ne sais pas d’où il sort, mais il ne connaît absolument pas Léa s’il croit un mot de ce que dit mon colocataire.

- Hum… Je devrais peut-être partir alors. C’est une nana cool. Et bordel qu’est-ce qu’elle est bonne !

Je pose bruyamment ma tasse et me lève. Il faut que je me casse de là avant d’éviscérer ce type. Je monte les marches deux par deux et claque la porte de ma chambre avant de me laisser tomber sur mon lit. Je ne vais pas tenir. Je ne pourrai pas voir ça sans réagir. Je vais finir par péter un plomb. Impossible de voir ma nana dans les bras d’un autre.

Je ne sais pas combien de temps je reste à ruminer en regardant le plafond, mais ça ne m’a certainement pas calmé. Mon cerveau part dans tous les sens, je ne sais pas quoi faire, comment réagir, quelle attitude adopter. Il faut que je décharge mon trop plein d’énergie au risque de m’en prendre au premier qui me parlera. Je me lève et me change avant de descendre.

Léana

Je suis réveillée par le bruit de la porte d’entrée qui claque. Les gars font vraiment comme s’ils vivaient seuls dans cette coloc. Je me retourne et fronce les sourcils en découvrant que la place à mes côtés est vide. Je me lève et enfile un débardeur, mon shorty et mon peignoir en soie blanc en bougonnant. Il n’est pas tard, je ne comprends pas pourquoi Romain n’est pas resté. Je doute qu’il soit dans la salle, étant donné que sa veste a disparu de sur mon fauteuil. Est-ce utile de dire qu’un homme qui se barre avant même que la nana se réveille est un connard fini ? D’autant plus que je n’ai pas de petit mot sur la table de chevet, pas de message. C’est comme s’il n’était jamais venu. Ah si, un préservatif usagé au pied du lit. Beurk ! Surtout qu’il m’a laissé sur ma faim. Je prends un mouchoir de ma table de nuit, récupère la pièce à conviction et sors de ma chambre. Paul est seul dans le salon, pas de Romain aux alentours. Je file en cuisine, jeter mon mouchoir à la poubelle, me laver les mains et me servir un café.

- Qui a ramené les viennoiseries ? dis-je en attrapant le sachet.

- Matt.

- Il est reparti ?

- Non, il est dans sa chambre.

- Et Romain ?

- Le mec que t’as ramené ? Parti.

Je bougonne. Je ne demande pas la Lune, un minimum d’attention au réveil après une partie de jambes en l’air, ce n’est pas la mer à boire. J’attrape un pain au chocolat dans le sachet, sors deux clémentines du panier à fruits et m’installe au salon pour petit-déjeuner.

- La soirée a été bonne ? me demande Paul sans me regarder.

- Pas mal oui…

- C’est sérieux avec ce Romain ?

- Dis-moi Columbo, c’est bientôt fini cet interrogatoire ?

- Tu étais censée passer la soirée avec Sophia, gronde la voix de Matthew qui descend les escaliers.

- Bonjour à toi aussi, coloc, souris-je exagérément.

Matt me gratifie d’un regard noir et file en cuisine. Il porte un jogging gris qui moule ses jolies fesses musclées et un sweat à capuche, dans lequel il range une petite bouteille d’eau qu’il sort du frigidaire. Son air bougon le rend encore plus sexy et je lorgne sur son derrière plus que ne devrait le faire une colocataire. Merde, je viens de m’envoyer en l’air avec un mec, et j’en reluque un autre, qu’est-ce qui me prend ?

- Je vais courir.

- Je peux venir avec toi ? dis-je en me levant.

- Non, tu as sans doute fait suffisamment d’exercice cette nuit, peste-t-il avec dédain.

Il sort en claquant la porte avant même que j’ai pu protester. Je fronce les sourcils en me rasseyant. Qu’est-ce qui lui arrive ? Je me retourne vers Paul qui arbore lui aussi un air renfrogné.

- J’ai manqué quelque chose ?

- Quoi ?

- Vous faites tous les deux une tête de six pieds de long. Un problème ?

- Aucun.

- Est-ce que j’ai manqué une règle de la coloc qui dit qu’on n’a pas le droit de ramener quelqu’un à la maison ?

- Non.

- Tu comptes faire des phrases à un moment, ou je n’ai droit qu’à ta tête de con ce matin ?

Paul hausse les épaules et se lève pour rejoindre sa chambre. Ok, j’ai vraiment dû rater quelque chose là. Je ne comprends pas ce qui leur prend ce matin. Paul, d’ordinaire plutôt bavard et de bonne humeur au réveil, contrairement à moi, m’a montré un visage que je ne connaissais pas jusqu’à présent. Du moins, un visage que je n’ai pas vu depuis mon accident. Sa réaction, ainsi que celle de Matt, me laisse vraiment perplexe. Je finis mon petit-déjeuner et file sous la douche pour tenter d’évacuer la mauvaise humeur qu’ils ont, de par leurs comportements, instigué dans tout mon être.

Lorsque je ressors de la salle de bain, uniquement vêtue de mon peignoir fermé, Paul est de retour dans le salon. Il se tourne vers moi, me reluque, comme toujours, puis se lève et s’approche.

- Je suis désolé. Je suis crevé, je n’aurais pas dû être aussi froid avec toi, dit-il avec une moue adorable qui pourrait m’attendrir si je n’avais pas l’impression que quelque chose cloche.

- Tu veux bien me dire ce qui se passe réellement, Paul ?

Mon colocataire soupire, passe sa main sur son crâne aux cheveux bruns rasés de près puis m’adresse un sourire d’excuse.

- Rien de grave ma belle, ne t’inquiète pas pour ça. Alors, tu vas le revoir ce Romain ?

- Je ne sais pas, il s’est barré sans rien dire ce con.

- Pas cool. Si tu veux mon avis, c’est un connard qui ne te mérite pas. On ne laisse pas Léa dans un coin.

Je ris devant son allusion à Dirty Dancing alors que Paul commence à danser en sifflant l’air de Time of my Life quand un souvenir surgit du fin fond de mon esprit.

****

Deux ans plus tôt

Je suis emmitouflée sous une couverture dans le canapé quand Paul et Matthew débarquent à la coloc. Je les soupçonne de rentrer tôt de leur soirée poker pour veiller sur moi. J’ai eu une garde difficile et, comble de l’horreur, j’ai croisé mon abruti d’ex en sortant de la caserne, « par hasard » selon lui. Je n’ai pas pu manquer sa greluche, la femme avec laquelle il me trompait, enceinte jusqu’au cou et pendue à son bras. Matt a été un amour et s’est dévoué pour jouer le petit-ami, et j’ai malheureusement compris que j’étais définitivement perdue quand mon cœur a raté plusieurs battements au contact de son corps contre le mien. Matthew me fait définitivement plus d’effet que Luc ne m’en a jamais fait. Ce n’est pas tant le fait de le voir avec sa pouf qui m’a fait du mal, mais plutôt le souvenir du temps perdu auprès de lui, de ce qu’il m’a fait vivre jusqu’au jour où j’ai claqué la porte. Et Matt, à qui j’ai tout raconté il y a peu de temps, a vite compris que j’avais besoin de soutien.

Je ne sais pas s’il en a parlé à Paul, j’en doute, mais comme l’un et l’autre se montrent très protecteurs avec moi, les voilà qui s’installent sur le canapé alors qu’arrivent les dernières minutes de Dirty Dancing, sur lequel je suis tombée par pur hasard en zappant. Certes, un pot de glace à la vanille est vide sur la table basse, mais je ne suis pas en mode déprime. J’avais juste besoin d’une soirée tranquille. Oui oui, promis !

Paul augmente le son alors que commence la dernière chanson et que Patrick, dieu qu’il est sexy, entraîne Bébé dans une danse devant tout le monde. C’est sensuel, tendre et torride à la fois, et je ne peux réprimer un sourire quand Matt se met à siffloter la chanson.

- Chiche on fait le porté, dit Paul en se levant.

Je le regarde, les yeux écarquillés alors que Matt rit et se lève à son tour. Je vis avec deux dingues !

- Allez-y, je vous regarde, ris-je.

Tous deux se tournent vers moi et s’esclaffent avant que Paul ne tire sur ma couverture.

- Tu ne crois quand même pas que je vais porter Matt ! Allez, debout !

- Non mais ça ne va pas la tête ? Je n’ai aucune envie de m’éclater le crâne par terre !

- Allez, viens ! Je te jure que je ne te lâcherai pas. On va faire ça dos au canapé, comme ça, au pire, tu tomberas dessus.

- Hors de question !

- Je suis plus musclé que Paul, je gère, intervient Matt en m’attrapant la main pour me faire me lever.

- Bordel mais vous êtes tous les deux totalement cinglés !

- Allez, rit-il, arrête de te faire désirer Chouquette, c’est parti !

Et c’est ainsi que je me retrouve étalée sur le canapé, morte de rire après une chute mémorable mais sans doute moins douloureuse pour moi que pour Matt qui s’est pris l’accoudoir dans le dos. Cependant, après plusieurs échecs et autant d’éclats de rire, Paul et moi réussissons un porté quasi parfait, jusqu’au moment où le canapé redevient mon ami. Ah ces mecs !

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

On utilise souvent l'expression "être dingue de quelqu'un" "être fou de l'autre"...ce récit va vous montrer le véritable sens de ces mots.

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Ceryse ‎
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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
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Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
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Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
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