Chapitre 5

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Léana

Lorsque j’ouvre les yeux, ma première vision est le visage de Matthew à quelques centimètres du mien. Ma main est posée sur sa joue râpeuse alors que ses bras m’enlacent étroitement. Nos corps sont imbriqués l’un contre l’autre et mon cœur bat la chamade dans ma poitrine. J’ai envie de l’embrasser. Mon dieu je meurs d’envie de goûter ses lèvres. Je ferme les yeux et souffle doucement. Il faut absolument que je calme mes hormones.

Je ne comprends pas comment je peux être aussi proche de lui. Certes, en trois ans, j’imagine que des colocataires se rapprochent. Mais tout paraît si naturel, pour lui comme pour moi. J’ai déjà surpris certains regards de sa part qui m’interrogent. Aurais-je couché avec lui ? Mon dieu... Matt et moi, ensemble ?

- Je t’entends réfléchir de là, marmonne-t-il en resserrant son étreinte. Ton cerveau se réveille beaucoup trop vite.

J’enlève ma main de sur sa joue en sursautant. Matthew ouvre les yeux et me sourit avant de déposer un baiser sur mon front.

- Tu n’as pas refait de cauchemar, je vais peut-être devoir dormir avec toi tout le temps, rit-il.

- Ça devrait aller… Encore merci et désolée.

- Hé, Léa arrête de t’excuser bon sang.

Je soupire et me retourne pour attraper mon portable. Il va être temps de se lever si nous voulons aller faire quelques courses pour la soirée jeux de société.

- Je suis sérieux, je t’assure que ce n’est pas nécessaire de t’excuser sans cesse.

- Je sais mais cette situation me met vraiment mal à l’aise. J’ai l’impression d’être une cocotte-minute prête à imploser constamment d’un trop-plein d’émotions. Je veux retrouver la mémoire. Je suis tellement frustrée d’avoir oublié ces trois dernières années, et mal à l’aise par rapport à vous tous parce que vous êtes tous géniaux avec moi. Et, non mais tu te rends compte du pauvre Jéjé ! Je ne me souviens même pas de lui ! La honte…

- Surtout qu’il t’a fait du gringue pendant un moment, rit-il.

- Quoi ? dis-je en me retournant vers lui. Sérieusement ? Oh mon dieu…

- Il s’en remettra, ne t’inquiète pas. Allez beauté, je file à la douche. Je gère les courses, reste encore un peu au lit si tu veux.

Il se lève avant que je n’aie pu répondre et sort de ma chambre.

****

Après avoir pris une douche, enfilé un legging noir et une tunique rouge à bretelles que j’ai découverte dans mon armoire et que j’adore, je me suis attelée à préparer de quoi dîner autrement qu’au menu pizza. Au programme, des lasagnes au saumon, une salade sucrée-salée et une mousse au chocolat et aux spéculoos. Certes, ce n’est pas ce qu’il y a de plus diététique, mais ce sont des pompiers qu’il faut nourrir. Alors que je viens d’enfourner mes lasagnes, Paul m’attrape par l’épaule et me serre contre lui.

- Tout va bien ?

- Oui, souris-je en passant mon bras autour de sa taille.

- Matt s’est bien occupé de toi ? Je… je t’ai entendu quand tu faisais ton cauchemar.

- De ta chambre ? Merde, quelle discrétion… Je suis désolée Paul.

- Ne t’excuse pas, ce n’est pas quelque chose qu’on contrôle, dit-il en déposant un baiser sur ma tempe.

- Tu parles… J’ai l’impression d’être une pauvre petite chose fragile, ça m’agace comme pas possible. Je ne suis pas cette femme faible et…

Je me fige avec cette impression de déjà-vu et ferme les yeux. Des images d’une conversation avec Matthew me reviennent. Bon sang, j’ai un souvenir !

- Matt ! Matt je me souviens !

- Quoi ? dit-il en dévalant les marches et en se précipitant vers moi. De quoi tu te souviens ?

- Je me souviens de cette fois où j’ai fait un cauchemar sur le canapé ! Je… Je me souviens t’avoir raconté pour Luc et Frédéric…

- Vraiment ? Parce qu’on en a discuté tout à l’heure… C’est peut-être juste ton imagination… Est-ce que tu sais où est-ce qu’on était ? Est-ce que tu te souviens de ce qu’on a dit ? demande-t-il en me prenant les mains.

- Ici, dans la cuisine, soufflé-je. Je… je n’ai que des bribes du moment. J’ai sursauté quand tu m’as pris le bras et puis… Et puis merde, je ne me souviens pas bien de la suite. Je me vois te dire…. Ce que tu sais, ajouté-je en regardant Paul par-dessus son épaule.

Avant que j’aie le temps de comprendre ce qui se passe, Matthew m’attrape par la taille, m’emmène de l’autre côté de la cuisine et m’assied sur le plan de travail de l’îlot avant de se glisser entre mes jambes.

- Qu’est-ce que tu…

- On était là tous les deux, et effectivement tu as sursauté, dit-il doucement.

- Dis-moi une phrase que l’un de nous a dite, deux ou trois mots je ne sais pas, je crois que le souvenir a commencé à refaire surface quand j’ai dit à Paul que je n’étais pas une femme faible…

- Laisse-moi réfléchir… Tu m’as dit que mon regard sur toi changerait si je savais.

- Merde, murmuré-je en prenant mon visage entre mes mains. Je me rappelle maintenant. Je t’ai vraiment tout raconté ce soir-là.

- Il semblerait oui, dit-il en attrapant mes mains. Hé, regarde-moi. Rien n’a changé Léa, et surtout pas mon regard sur toi.

J’acquiesce doucement et lui souris timidement. Mon corps a terriblement conscience de la proximité du sien. Je me concentre sur mon souvenir et lui murmure les mots qu’il m’a dit et qui me reviennent en mémoire, de façon à ce que lui seul les entende.

- « Il faut de la force, du courage et de la détermination pour survivre à la violence conjugale, la manipulation et l’humiliation. Tu n’as jamais été faible, et tu l’as montré en fuyant et en portant plainte ». Je crois que tes mots m’ont marquée et fait le plus grand bien parce que je me souviens de ce que tu as dit au mot près il me semble.

Matthew pose son front contre le mien et sourit en me serrant contre lui. Son regard est empreint de tendresse, mais une nouvelle fois il me semble percevoir une lueur de tristesse.

- C’est comme ça qu’agissent les amis, que veux-tu.

Il m’embrasse sur la joue et remonte dans sa chambre. Je regarde Paul, resté en retrait dans la cuisine. Il hausse les épaules et me sourit.

- Prête pour ta seconde première soirée jeux de société ?

- Je crois ouais, souris-je.

- Dis, tu ne te dis pas parfois que tu aurais aimé perdre d’autres souvenirs ? Genre pour pouvoir revivre le stress et l’adrénaline de ta première intervention sur le terrain, ou je ne sais pas, toutes tes expériences sexuelles pour revivre un genre de première fois, finit-il en riant.

- A vrai dire il y a bien deux ou trois trucs que j’aimerais oublier oui, soupiré-je. Bref… Tu m’aides à mettre la mousse dans des verrines ?

- Allons-y Patronne !

Matthew

La soirée bat son plein à la colocation. Tous les collègues sont là, même le chef Jones est passé. Léana reste un peu en retrait depuis le début de la soirée, observant nos camarades, leur complicité. Ils sont comme une grande famille et j’espère qu’elle sent qu’elle en fait partie. Elle pose des regards bienveillants sur chacun d’eux et leur sourit.

Si on a dit qu’on évitait les possibles chocs émotionnels en lui rappelant des éléments compliqués de ces trois dernières années, les gars se sont donnés pour mission de lui rappeler la bonne humeur et le côté familial de l’équipe. Ils ne lésinent pas sur les anecdotes drôles et parfois humiliantes sur chacun de nous. Léana rit de bon cœur mais ses yeux ne mentent pas : elle est mal à l’aise et malheureuse de ne pas se souvenir de tout ça. Je n’imagine même pas ce qu’elle peut ressentir. Ce doit être terrible pour elle d’avoir oublié un pan de sa vie. Personnellement, je le vis mal. J’ai toujours ces questions en tête concernant notre avenir ensemble.

Quand je l’ai vue sortir de sa chambre tout à l’heure dans cette tunique rouge qu’elle a achetée il y a quelques mois, mon sang n’a fait qu’un tour pour se diriger entre mes jambes. Le col en V me donne envie de plonger ma tête entre ses seins. Quant à son côté moulant, il dessine ses formes à la perfection, laissant voir ses jolies hanches pleines que j’adore agripper et caresser. Mon dieu je ne pense plus qu’au sexe depuis quelques jours. Léa me manque ; notre complicité, nos moments à deux, son corps contre le mien, le goût de ses lèvres, de sa peau, son odeur, ses gémissements…

****

Cinq mois plus tôt

Je mets la pizza au chaud dans le four quand Léana sort de sa chambre. Elle porte une petite robe rouge à bretelles fines et au décolleté en V qui ne passe pas inaperçu. Elle met rarement des robes aussi courtes et ses jolies jambes bronzées me font de l’œil. Et putain, je n’ai jamais fantasmé sur les chaussures à talons, mais la vision de Léa ne portant que ces stilletos me fait bander.

- Tu sors habillée comme ça ? demandé-je l’air de rien.

- Ouais, tu préférerais que j’enfile une combi de ski ? rit-elle en approchant.

Je pose ma bière sur la table du coin salle à manger et m’assieds sur une chaise.

- Disons que c’est un peu court, et que cette soirée entre filles avec Sophia ne me dit rien qui vaille si tu es habillée aussi sexy.

- Tu sais que je déteste les boites de nuit. Elle me traîne dans une qui vient juste d’ouvrir et m’a dit que le dress code de la soirée était « rouge ». Je n’ai que celle-là.

- Pourquoi tu n’enfiles pas un legging là-dessous ?

- Heu… Parce que c’est une soirée en boite mon lapin.

- Je n’aime pas trop l’idée que tous les mecs vont se retourner sur ma nana, soupiré-je.

Léa s’approche de moi, s’assied sur le rebord de la table juste sous mes yeux et passe une jambe de chaque côté des miennes. Mon cœur a un raté quand j’observe ses cuisses légèrement écartées juste sous mes yeux. Un magnifique sous-vêtement en dentelle noire me fait de l’œil.

- Dis-toi que c’est toi qui vas me l’enlever, sourit-elle innocemment.

- Bon sang ce que tu es belle, murmuré-je en glissant mes mains le long de ses cuisses. Je pourrais aussi t’enfermer ici et t’arracher tes fringues une à une.

Je remonte sa robe tout en caressant l’extérieur de ses cuisses puis passe mes mains vers l’intérieur de celles-ci, frôlant la dentelle noire à plusieurs reprises. Le souffle de Léa se saccade alors qu’elle regarde mes mains se promener sur son corps. Je dépose mes lèvres sur son ventre couvert avant d’empoigner ses fesses pour la descendre à califourchon sur mes genoux.

- Bon sang Matt, Sophia ne va pas tarder, soupire-t-elle en passant ses mains dans mes cheveux.

- Je m’en fous, j’ai envie de toi.

Je mordille sa lèvre inférieure tout en relevant sa robe au-dessus de ses hanches. Mes mains partent à la conquête de ses fesses, passant sous la dentelle. Je les caresse, les malaxe tout en faisant imprimer à ses hanches un mouvement de va et vient sur mon membre tendu dans mon jean.

Léa se cambre contre moi en gémissant. Elle déboutonne mon jean et glisse sa main dans mon boxer. La chaleur de sa paume sur mon pénis me fait grogner. Je me lève et la repose sur la table en l’embrassant fougueusement. Ma langue danse avec la sienne alors que ma main glisse entre ses jambes pour y découvrir ce lieu chaud et humide où j’adore me réfugier. Je la caresse, appuyant sur son clitoris, tout en dévorant son cou et ses épaules.

La sonnette de l’entrée retentit alors que je glisse deux doigts en elle. Nous nous figeons tous les deux.

- Merde, murmure-t-elle sans pour autant bouger.

- Tu vas me tuer à m’aguicher quand on n’a pas le temps, soupiré-je en enfouissant mon nez dans son cou.

Mes mains quittent son corps et je reboutonne mon jean avant de porter mes doigts humides de son excitation à ma bouche.

- Délicieuse, comme toujours, souris-je avant de l’aider à se rhabiller.

- C’est toi qui vas me tuer, dit-elle, les joues rougies.

Elle plante un baiser sur mes lèvres, son corps moulé contre le mien, puis m’abandonne pour aller ouvrir à Sophia. Bordel !

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
_____________

Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
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